Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










RAPPORT

A L'EMPEREUR

DU 3 OCTOBRE 1806

TENDANT A DEMONTRER

L'INTERET DE LA PRUSSE

A DECLARER LA GUERRE

A LA FRANCE




SIRE,

Votre Majesté, à la première nouvelle qu’elle reçut des armements de la Prusse, fut longtemps sans y croire. Forcée d’y croire, elle se plut à les attribuer à un malentendu. Elle espéra que ce malentendu serait promptement éclairci, et qu’aussitôt ces armements cesseraient.

Les espérances de V. M. avaient leur source dans son amour constant pour la paix. Elles ont été trompées. La Prusse n’en est plus à méditer la guerre, elle la fait : par quels motifs ? Je l’ignore, et je ne lui en connais aucun.

Si la Prusse eût eu quelque sujet de plainte, quelque grief, quelque raison d’armer, se serait-elle obstinée à les taire ? le ministre de V. M. à Berlin n’en aurait-il pas été instruit ? M. de Knobelsdorff n’aurait-il pas été chargé de les faire connaître ? Tout au contraire, M. de Knobelsdorff n’a apporté à V. M. qu’une lettre du roi fort amicale, et il a reçu des assurances également amicales de la bouche même de V. M. Le ministre de V. M. à Berlin voyait les préparatifs se poursuivre, l’arrogance s’accroître, les provocations s’accumuler, à mesure que V. M. montrait plus de modération et d’impassibilité. Mais s’il demandait quels pouvaient être les griefs de la Prusse, on n’en articulait aucun, on ne lui donnait aucune explication ; de sorte que sa présence était devenue inutile à Berlin ; de sorte qu’il n’y était plus que le témoin de procédés et de mesures contraires à la dignité de la France.

En supposant que des bruits absurdes, accueillis avec une inconcevable crédulité, eussent inspirés au cabinet prussien de vaines alarmes, V. M. qui avait tout fait pour les prévenir, avait aussi tout fait pour les dissiper.

De quels dangers la Prusse voulait-elle se prévenir ? La France, loin de la menacer, ne lui avait jamais donné que les preuves les plus signalées de son amitié ; à quels sacrifices voulait-elle se soustraire ? V. M. ne lui avait rien demandé ; de quel déni de justice avait-elle à se plaindre ? Tout ce qu’elle eût demandé de juste, V. M. était disposée à le lui accorder ; mais elle n’a fait aucune demande, parce qu’elle n’en avait point à faire.

Est-ce l’existence de la confédération du Rhin ? sont-ce les arrangements qui ont eu lieu dans le midi de l’Allemagne, qui ont porté la Prusse à prendre les armes ? On ne peut pas même le supposer. La cour de Berlin a déclaré qu’elle n’avait rien à objecter contre ces arrangements. Elle a reconnu la confédération ; elle s’est occupée à réunir avec elle, dans une confédération semblable les Etats qui l’avoisinent.

V. M. a déclaré, il est vrai, que les villes hanséatiques devaient rester indépendantes et isolées de toute confédération. Elle a déclaré encore que les autres Etats du nord de l’Allemagne devaient être libres de ne consulter que leur politique et leurs convenances : mais cers déclarations, fondées et sur la justice, et sur l’intérêt général de l’Europe, n’ont pu fournir à la Prusse un motif de guerre, ni même un prétexte qu’elle puisse avouer.

La guerre de la part de la Prusse est donc sans aucun motif réel.

Cependant les armées prussiennes ont dépassé leurs limites ; elles ont envahi la Saxe ; elles menacent le territoire de la confédération du Rhin, de l’inviolabilité duquel V. M. est garante. Les troupes mêmes de V. M. sont menacées ; à peine arrivées devant nos avant-postes, les troupes prussiennes ont fait le service de guerre. Elles ont refusé aux officiers français l’entrée de la Saxe, et la guerre s’est trouvée commencée, sans que la cour de Berlin ait fait connaître quels sujets de mécontentement elle prétendait avoir, sans qu’elle ait tenté les moyens de conciliation, sans qu’elle ait rien fait pour éviter une rupture.

Un silence si obstiné, si peu naturel, si incompréhensible d’une part ; de l’autre une précipitation non moins inconcevable, prouvent assez qu’il ne faut pas chercher de motif même apparent, à ce qui n’est que le résultat d’une déplorable intrigue.

Deux partis, dont l’un veut la guerre, l’autre la paix, divisent depuis longtemps la Prusse. Le premier dont les tentatives avaient été constamment déjouées, sentant qu’il ne pouvait réussir que par l’artifice, n’a eu qu’une pensée, qu’un dessein, qu’un but ; c’était d’exciter des défiances, de présenter comme nécessaires des mesures qui devaient forcer la France à en prendre de semblables ; d’écarter ensuite toute explication, d’empêcher que les deux gouvernements ne puissent s’entendre, et de les placer dans une situation telle, que la guerre en devint une conséquence inévitable : projet malheureux exécuté avec un succès que ses auteurs eux-mêmes pourront être un jour forcés de nommer funeste.

Non, la guerre présente n’a point d’autre cause. Il n’en existe point d’autre que ces passions aveugles qui ont égaré tant de cabinets, dont la Prusse s’était longtemps préservée, mais dont il semble que la Providence l’ait condamnée à être aussi victime, en la livrant aux conseils de ceux qui comptent pour rien les calamités de la guerre, parce qu’ils ne doivent point en partager les dangers, et sont toujours prêts à sacrifier à leur ambition, à leurs craintes, à leurs préjugés, à leurs faiblesses, le repos et le bonheur des peuples.

Si toutefois ces passions ne sont pas l’unique mobile du cabinet de Berlin, et si quelque motif d’intérêt personnel lui a fait prendre les armes, c’est incontestablement et uniquement le désir d’asservir la Saxe et les villes hanséatiques, et d’écarter ou de surmonter les obstacles que les déclarations de Votre Majesté lui ont fait craindre de rencontrer dans l’exécution d’un tel dessein. La guerre alors, quels que soient les regrets que Votre Majesté éprouve de n’avoir pu la prévenir, lui offrira du moins une perspective digne d’elle, puisqu’en défendant les droits et les intérêts de ses peuples, elle préservera d’une injuste domination des Etats dont l’indépendance importe, non seulement à la France et à ses alliés, mais encore à toute l’Europe.

Mayence, le 3 octobre 1806.

Signé, CH. MAUR. TALLEYRAND, prince de Bénévent.



******************************************


MONITEUR N° 288 DU MERCREDI 15 OCTOBRE 1806 P. 1257









RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement