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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DU MINISTRE

DES RELATIONS EXTERIEURES,

SUR L'INTERET

QU'ONT LES PRINCES

DE L'EMPIRE GERMANIQUE

DANS LA GUERRE ACTUELLE

30 GERMINAL AN 8

20 AVRIL 1800




Paris, le 30 germinal an 8 – 20 avril 1800


La campagne va s’ouvrir, et le destin de l’Europe est remis encore une fois à la décision hasardeuse des combats. A l’aspect de ces bataillons prêts à s’ébranler, de ces milliers d’hommes qui vont avec fureur se précipiter les uns sur les autres, on se demande, malgré soi, quel est le but de leurs efforts, quel prix doit les dédommager du sang qu’ils vont répandre. La question relativement aux Français est bientôt résolue : liberté politique et civile, propriété, tranquillité domestique, honneur national et sûreté individuelle, tout ce qui est cher aux peuples, tout ce qui compose la félicité des hommes, est menacée par des ennemis insatiables de sang et or : le plus sacré des droits, celui de la défense naturelle, arme leurs bras pour le soutien des plus grands intérêts. On ne conçoit pas aussi facilement le motif qui suscite d’un bout à l’autre de l’Allemagne ces peuples réunis sous les drapeaux de l’armée impériale. Les princes du Saint-Empire ne rêvent plus la conquête de la France, et c’est à des vues qui leur sont étrangères qu’ils sacrifiant la vie de leurs sujets ; ils marchent en aveugles entraînés sur les pas de l’empereur, et servent des desseins dont ils devraient s’épouvanter si, désormais réduits à obéir, il leur était permis d’examiner. La maison d’Autriche atteindra-t-elle le but de son antique ambition ? propriétaire d’une partie de l’Italie, en acquérera-t-elle les plus riches portions ? consommera-t-elle la spoliation si imprudemment entreprise de ses alliés ? héritera-t-elle avant le temps, par le bénéfice des désastres qu’elle a provoqués, d’une partie des domaines de sa famille ? et pendant que son joug de plomb pèsera sur la partie septentrionale de cette belle contrée, son influence immédiate dominera-t-elle depuis Venise jusqu’aux extrémités de la Sicile ? Telle est aujourd’hui la véritable question que le canon va résoudre ; tels sont les vrais projets, les prétentions avouées du cabinet de Vienne ; et du moins, quant à l’empereur, on ne peut se méprendre sur l’espoir qui lui fait tenter de nouveau les chances de la guerre ; mais on aurait peine à prouver que les états de l’Empire eussent quelque intérêt à ce nouvel agrandissement de leur chef. L’histoire nous apprend, d’une part, que toutes les guerres dans lesquelles la maison d’Autriche a entraîné l’Empire, ont eu pour objet l’accroissement de sa propre puissances, sans qu’on puisse citer plus d’un ou deux cas dans lesquels elle ait pris les armes pour la défense de l’Allemagne ; de l’autre, que la consistance, la considération et la liberté des princes et états germaniques, ont constamment diminué dans la même proportion que se sont étendus le pouvoir et les domaines de la maison impériale.

Ces faits sont si notoires, qu’il n’est permis à aucun prince allemand de s étourdir sur leurs conséquences. L’empereur qui se sert aujourd’hui des forces de l’Allemagne pour conquérir l’Italie, n’aura pas plutôt établi sur celle-ci son autorité, qu’il amènera à sa suite toutes celles de l’Italie pour asservir l’Allemagne. Et ce qu’il y a de remarquable, c’est que les succès qu’il convoite menacent d’autant plus ses co-états, qu’ils sont d’un plus grand poids dans l’Empire. Depuis longtemps l’indépendance des petites souverainetés est devenue illusoire. Frêles jouets de l’ambition autrichienne, leurs princes, moins vassaux que serviteurs, sont plutôt humiliés qu’honorés par de vains titres qui rappellent leurs droits envahis. La même dégradation attend ces états d’un ordre supérieur, qui, dans leur imprévoyance, secondent et renforcent le géant qui doit les dévorer. Dans l’état actuel de l’Europe, l’Empire germanique n’a réellement d’autre ennemi à craindre que son chef. Lui seul a intérêt, lui seul peut former le projet d’en absorber quelques portions, ou d’en réunir la totalité sous une vaste et redoutable domination. Il est pour l’Allemagne un défenseur, un appui naturel contre des périls trop probables ; c’est particulièrement la république française qu’un intérêt égal engage à ne point laisser naître à ses côtés une puissance colossale. Telle est donc la singularité des circonstances actuelles que l’Empire germanique travaille aujourd’hui à augmenter le pouvoir qu’elle doit le plus redouter, et sacrifie toutes ses ressources pour écraser celui qui, par la nature des choses, est appelé à le défendre.

Cependant c’est au nom de la défense de l’Allemagne que l’Autriche excite aujourd’hui les princes de l’empire à prendre les armes ; elle cherche à électriser les peuples par les mots de patrie germanique ; comme s’il était dans l’intention de la France de l’envahir, et comme si, dans cette patrie germanique, la France ne comptait pas autant d’amis que d’ennemis. On ne peut s’empêcher d’abord de porter son attention sur la faiblesse de la ligue que forme, pour la prétendue défense de l’Allemagne, le petit nombre de princes qu’ont séduits les artifices de l’Autriche, et dont la coalition est dénuée de tout ce qu’il y a de fort et de puissant dans l’Allemagne même. En effet, la Prusse, la Hesse, la Saxe, le duc de Brunswick et même l’électeur de Hanovre, après avoir négocié avec la France, ne redoutent rien pour la sûreté de la Germanie, au nom des électeurs on excite une partie de ses peuples et de ses princes contre la France. C’est de l’électeur de Bavière, du duc de Wirtemberg, des électeurs ecclésiastiques et de quelques évêques que se composent les champions de l’Autriche, qui veulent s’arroger exclusivement le titre de défenseurs de l’Empire. Est-ce bien là l’Allemagne sainement coalisée pour la défense de son territoire ? non sans doute, et l’électeur de Hanovre, qui, comme roi d’Angleterre, est le moteur de toute cette guerre, la regarde si peu comme étant la cause de la commune patrie, qu’il se tient lui-même tranquille derrière la ligne de neutralité.

En recherchant avec soin les raisons que l’Autriche fait valoir pour armer les princes de l’Empire, on n’en trouve que deux qui méritent quelque considération, puisque celle tirée de la défense de l’Allemagne est absolument illusoire. Ou l’Autriche flatte les électeurs ecclésiastiques de l’espérance de reconquérir ce qu’ils ont perdu sur la rive gauche du Rhin, et rassure en même temps les princes ecclésiastiques de la rive droite contre le danger de sécularisations éventuelles qui serviraient à compenser les pertes des princes séculiers ; ou elle agite l’esprit des uns et des autres par la crainte de voir révolutionner toute l’Allemagne par l’effet d’une paix convenue avec la France : au-delà de ces prétextes il n’y a nulle raison qui puisse directement intéresser l’Allemagne ; au-delà, il n’existe de motif de guerre que l’agrandissement de l’empereur en Italie, et l’or de l’Angleterre.

Dans le premier cas, ce serait en faveur des princes ecclésiastiques seuls que se renouvellerait la guerre ; ce serait à eux seuls à s’en charger, et les princes séculiers devraient s’en abstenir rigoureusement, puisqu’il est clair qu’ils gagneraient plus à la paix, qui leur assure des compensations certaines, qu’à une nouvelle guerre où il n’y a guères d’assuré pour eux que de nouveaux risques et de nouvelles pertes. Ils convoitent les opulents évêchés et les riches abbayes qui se trouvent à leur bienséance, et il leur doit être plus doux d’en prendre tranquillement possession que d’ouvrir une nouvelle campagne, où ils exposeraient les états qui leur restent sans pouvoir espérer de compensation. L’électeur de Bavière et le duc de Wirtemberg sont nommément dans ce cas. La nouvelle guerre serait donc une espèce de guerre de religion, guerre digne du 14e siècle, entreprise par des prélats pour retarder des sécularisations que les lumières du 18e siècle amèneraient infailliblement, qui se réaliseraient même dans le cas où la France perdrait toute son influence dans les négociations de la paix, et où des évêques pourraient être victorieux de la république française.

Si la guerre dans ses résultats ne permet à ces princes que des espérances très peu probables de recouvrer des possessions devenues bien précaires, on ne les détourne au contraire de la neutralité et de la paix que par des craintes chimériques.

Quand on pourrait encore prêter à la France l’absurde projet de révolutionner l’Allemagne, quand les principes et la conduite actuelle du gouvernement français ne rassureraient pas suffisamment l’Europe contre ce danger ; encore faudrait-il considérer si l’esprit révolutionnaire ne se propage pas plus par la guerre que par la paix. C’est par la guerre que se sont opérées les révolutions de Hollande, d’Italie, de Suisse ; c’est par la guerre que s’opérera celle de l’Allemagne, si les esprits y sont disposés, ce dont personne ne doute ; tandis que l’Espagne, la Prusse, le Danemark, qui sont en paix avec la France, conservent tranquillement leur ancien gouvernement, sans que la contagion, si redoutée de l’exemple et des communications, ait pu développer dans ces états le moindre germe de fermentation. La guerre par laquelle les princes de l’Empire veulent se préserver du danger de voir leurs états révolutionnés, loin d’en être le remède, est le plus puissant véhicule de l’esprit révolutionnaire. C’est la guerre qui, dans ses terribles chances, rend les autorités chancelantes. C’est elle qui justifie les secrètes intelligences, qui par ses besoins rend les gouvernements exigeants et leur action odieuse ; c’est elle qui enhardit les mécontents, leur promet, leur fournit des secours ; c’est elle, enfin, qui, destructive de sa nature, ébranle et renforce ; tandis que la paix calme, amortit et conserve.

Tels sont les intérêts que les princes de l’Empire peuvent avoir à renouveler la guerre, de concert avec l’Autriche ; tels sont les motifs que celle-ci allègue pour les attacher à sa cause et leur faire rompre les traités précédemment faits avec la France. Il est facile de voir combien ces intérêts seraient mal entendus, combien ces motifs sont illusoires ; car l’Allemagne n’étant point attaquée, n’a pas besoin d’être défendue ; la restitution des pays de la gauche du Rhin regarde uniquement les princes ecclésiastiques, puisque les autres devraient être amplement dédommagés, et seraient plutôt l’objet de négociation que de guerre ; enfin, le danger de voir les principes révolutionnaires s’étendre en Allemagne, danger évidemment nul pendant la paix, est réel et pressant pendant la guerre. Il faut donc conclure que les princes de l’empire ne sont que les instruments passifs de l’ambition de l’Autriche qui veut dominer en Italie, en Suisse et en Allemagne, et que, semblables aux recrues de l’empereur, ils marchent par ordre, et s’exposent à regret aux coups de l’ennemi, tremblants sous le sceptre de leur maître, comme ses soldats sous la verge de leur caporal.



T..........



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MONITEUR UNIVERSEL
PRIMEDI 1er FLOREAL AN 8 DE LA REPUBLIQUE – 21 AVRIL 1800 - P. 855











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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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