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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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PROJET

DE MEMOIRE

DE TALLEYRAND

POUR SERVIR D'INSTRUCTIONS

AU MINISTRE PLENIPOTENTIAIRE

DE LA REPUBLIQUE

AUPRES DE LA PORTE OTTOMANE

PRESENTE

AU DIRECTOIRE

LE 26 VENTOSE AN VI

16 MARS 1798





CITOYENS DIRECTEURS,


Depuis le seizième siècle, la politique a uni la France avec la Turquie. Quoique la fierté ottomane ait, en plusieurs circonstances, blessé l’orgueil des monarques français, ceux-ci n’ont jamais voulu rompre cette union. Elle était, en effet, commandée par toutes les sortes d’intérêts. D’une part, elle était un puissant obstacle à l’agrandissement de la Maison d’Autriche, et de l’autre, elle procurait à la France le commerce presque exclusif du Levant, qui, en 1789, était parvenu au plus haut degré de prospérité.

Cependant, les avantages de ce système n’étaient plus les mêmes pour la France, depuis un demi-siècle. La puissance ottomane n’avait plus dès lors, dans la balance de l’Europe, le poids qu’elle y apportait auparavant. Les vices de son administration intérieure, la dépopulation de ses provinces, les concussions et les révoltes des officiers de la Porte, la destruction du corps des janissaires, la perte de cette ancienne discipline militaire et de ce fanatisme religieux qui avait procuré tant de triomphes aux Turcs, l’ignorance grossière des divers peuples soumis au Croissant, toutes ces causes et mille autres inutiles à rappeler ne permettaient plus de compter l’Empire ottoman pour un allié puissant, surtout en considérant les progrès des puissances de l’Europe dans la législation, l’administration, les finances, la tactique et la discipline militaire, la marine et la navigation, le commerce et les arts.

Les politiques qui observaient la décadence de l’un et les progrès des autres dans ce qui constitue la force et la grandeur des Etats, avaient bien fait sentir que la France ne pouvait plus considérer l’amitié du Grand Seigneur comme un moyen efficace en politique, et qu’elle devait se borner à retirer les avantages du riche commerce que les provinces ottomanes présentaient aux Français. Il semble que l’ancien gouvernement de la France sentait cette vérité, puisqu’il ne daigna faire aucune diversion favorable aux Turcs dans les guerres de 1768 et 1788, malgré le danger imminent dans lequel celle-ci surtout les jeta. Il est même probable que sans la Révolution française ils n’y eussent pas échappé, et que le Croissant eût été expulsé au-delà du Bosphore.

Quoi qu’il en soit, les motifs qui ont inspiré cette manière de voir prennent chaque jour un caractère plus grave et plus prononcé. Il est évident pour les personnes instruites de la situation de l’Empire ottoman, qu’il touche de près à la dissolution que les plus éclairés de nos observateurs lui ont prédite. Si aux causes intestines qui l’annoncent se joignaient les attaques des Cours de Vienne et de Pétersbourg, dont les projets secrets et ambitieux ne peuvent être mis en doute, l’Empire ottoman serait chassé de l’Europe et relégué en Asie. La République française ferait de vains efforts pour prévenir cet événement. Elle y perdrait le sang et les trésors des Français, parce que les Turcs sont incapables d’aucune réforme et de renoncer à leurs habitudes et à leurs préjugés. Le Directoire exécutif a voulu, il y a deux ans, donner une grande preuve de son amitié à la Porte, en lui procurant des moyens de perfectionner sa tactique militaire, de fortifier ses places frontières, d’avoir de l’artillerie légère. A cet effet, il lui envoya à grands frais des compagnies de canonniers, d’ingénieurs, artilleurs, fondeurs, etc… Tant de générosité a été inutile et en pure perte pour la République. Les Turcs ont préféré leur détestable routine, qui leur sera tôt ou tard funeste, à toutes les inventions salutaires et aux plans utiles qui leur étaient offerts.

Mais la prévoyance et la prudence du Directoire ont été plus loin. Embrassant d’un coup d’œil le système de commerce de l’Europe et surtout celui des Anglais dans l’Inde, calculant tous les avantages que l’Egypte peut procurer, aujourd’hui et à l’avenir, à la République française, il a résolu de faire une descente en Egypte et d’y établir la nation française.

L’Egypte est de toutes les provinces ottomanes celle où l’autorité de la Porte est la plus précaire. On peut même dire qu’elle n’y a pas l’ombre du pouvoir. Son pacha du Caire n’est que le premier esclave des beys. Elle n’y fait, en temps de guerre, aucune levée de troupes, et dans aucun temps elle n’en retire de tribut : celui qui lui est fixé par les transactions faites par Sélim Ier, conquérant de l’Egypte, ne lui est plus payé depuis un grand nombre d’années.

Ainsi la conquête de l’Egypte par la France ne cause aucun préjudice effectif à la Porte, et elle donne à celle-là, outre plusieurs avantages considérables, celui d’affaiblir le commerce des Anglais dans l’Inde et même de pouvoir les chasser de cette contrée, au moyen de troupes qu’on peut y faire passer rapidement et à peu de frais, par le Caire et Suez.



CH. MAU. TALLEYRAND



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TIRE DU LIVRE DE G. PALLAIN LE MINISTERE DE TALLEYRAND SOUS LE DIRECTOIRE










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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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