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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

MONSIEUR LE COMTE JUSTE DE NOAILLES

AMBASSADEUR DE FRANCE EN RUSSIE

EN DATE DU

23 JUILLET 1814







Paris, le 23 juillet 1814.

Monsieur le comte, les relations entretenues par les Cours alliées pendant le séjour des souverains à Londres, les dispositions qu’elles ont faites sur le continent ayant, par la simple apparence, pu faire naître quelques doutes, peut-être même quelques inquiétudes sur leurs sentiments envers la France, je crois devoir vous donner à cet égard des informations qui, fixant votre opinion et le langage que vous aurez à tenir, pourront servir de supplément aux instructions que j’ai eu l’honneur de vous adresser.

Des négociations ont eu lieu à Londres, et une convention y a été faite entre les Cours alliées.

Le Congrès, pour l’ouverture duquel le traité du 30 mai avait fixé un délai de deux mois, ne s’ouvrira que deux mois plus tard.

Les Cours alliées ne désarment point et doivent tenir d’assez grandes forces en deçà du Rhin, dans les pays cédés par la France, et sur ses frontières.

On pourrait aisément faire de ces circonstances des sujets d’alarme en supposant :

Que la convention de Londres aurait d’avance réglé tous les objets qui doivent être traités au Congrès, et que conséquemment la France n’aurait à y jouer qu’un rôle passif et peu conforme à sa dignité ;

Que l’époque du Congrès n’aurait été retardée que par suite de quelque arrière-pensée de la part des Cours alliées ;

Et qu’enfin leurs armements, dont le but se trouvait rempli par le traité du 30 mai, indiqueraient, en se prolongeant, qu’elles ont des vues dont la France devrait justement s’inquiéter.

Mais de telles suppositions, en portant la France à prendre des précautions contre des dangers imaginaires, pourraient en amener de réels et il ne faut point chercher de causes extraordinaires à ce qui en a de très simples, ni de causes hypothétiques à ce qui en a de certaines.

La convention faite à Londres le 29 juin, et dont j’ai pu mettre une copie sous les yeux de Sa Majesté, règle uniquement les forces que les Alliés tiendront sur pied, jusqu’à ce que les arrangements à faire au Congrès aient été définitivement faits.

Les quatre Cours alliées ont résolu d’envoyer à Vienne leurs ministres du cabinet ; l’Empereur de Russie et le Roi de Prusse doivent y être pendant la tenue du Congrès. On ne pouvait pas en avancer l’époque, parce que lord Castlereagh ne pouvait s’y rendre avant la fin d’août. De son côté, l’Empereur de Russie, absent de ses Etats depuis dix-huit mois et y étant appelé par des affaires pressantes, ne pouvait point y aller et revenir à Vienne pour cette époque. Il a pris l’engagement d’y être le 27 septembre, et son ministre en a fait la déclaration formelle aux Alliés, et cette déclaration porte expressément qu’aucune question ne sera préjugée et que rien ne sera décidé entre les Cours alliées, avant la réunion des trois souverains à Vienne.

Voilà la cause toute naturelle qui a fait reculer l’ouverture du Congrès. La France pourrait peut-être se plaindre de ce qu’une époque fixée par le traité fait avec elle a été changée sans son concours ; mais elle a à se féliciter d’un retard qui, lui donnant le temps d’asseoir et de consolider son régime intérieur et de rétablir ses affaires avant la tenue du Congrès, y accroîtra sa part d’influence.

Quant au non-désarmement des Alliés, il tient au principe d’après lequel ils se sont armés. La paix avec la France n’était pas le seul objet qu’ils eussent en vue. Ils se sont proposés, dès l’origine, l’établissement d’un équilibre résultant d’un état général de possession en Europe. Le traité du 30 mai n’a fait que rétablir la paix. Les arrangements relatifs à l’équilibre ne sont pas faits, et les Alliés se sont engagés à ne poser les armes qu’après la fin de ces arrangements.

Les pays auxquels la France a renoncé doivent être administrés : ceux qui n’ont point encore de maîtres doivent nécessairement l’être par des puissances alliées, et conséquemment occupées par leurs troupes. Si donc celles-ci sont près de notre frontière, c’est que ces pays y touchent. Elles les gardent, sans pour cela menacer le nôtre ; si elles les gardent contre nous, elles les gardent aussi contre ceux des Alliés pour qui elles sont étrangères.

La Belgique est occupée par les Anglais.

La rive gauche du Rhin, entre la Meuse et la Moselle, par les Prussiens.

Le pays entre la Moselle et la frontière, par les Autrichiens et les Bavarois.

Mayence par 10.000 Autrichiens et Prussiens.

La Saxe par les Russes.

L’Autriche a tout au plus 10.000 hommes en deçà du Rhin, dont les trois quarts sont à Mayence.

L’armée autrichienne est disloquée en Italie, en Moravie et en Galicie.

Si un peu de défiance de nous a pu influer sur le nombre de troupes que les Alliés ont placées dans notre voisinage, un sentiment d’une autre nature y a certainement encore influé davantage ; et ils sont trop convaincus que leur repos dépend du nôtre pour n’en pas être les gardiens plutôt que les ennemis.

Il n’y a donc dans ce qui a été conclu à Londres, ni dans le retard apporté au Congrès, ni dans la présence et le nombre de troupes alliées, rien qui doive être pour nous un sujet d’inquiétude, et dont nous n’ayons nous-mêmes à nous applaudir.

Voilà, Monsieur le Comte, ce que vous pouvez dire avec confiance et opposer aux fausses inductions qu’on aurait pu tirer des circonstances que j’ai cru devoir rappeler dans cette dépêche.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

******************************************


in CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DES AMBASSADEURS ET MINISTRES DE RUSSIE EN FRANCE ET DE FRANCE EN RUSSIE

AVEC LEURS GOUVERNEMENTS DE 1814 A 1830 - TOME I 1814-1816 - PUBLIEE PAR ALEXANDRE POLOVTSOFF - SAINT-PETERSBOURG

EDITIONS DE LA SOCIETE IMPERIALE D’HISTOIRE DE RUSSIE










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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