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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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PETITION

DE MAURICE TALLEYRAND

ANCIEN EVEQUE D'AUTUN

A

LA CONVENTION NATIONALE




MAURICE TALLEYRAND-PERIGORD, ( ancien Evêque d’Autun ), est parti de France le 10 septembre 1792, avec un passeport du gouvernement (1) qui lui ordonnait d’aller à Londres. Cette mission avait pour but d’essayer de prévenir la rupture entre la France et l’Angleterre. Les circonstances n’ont pas permis que les efforts de Talleyrand fussent couronnés par le succès ; mais les Envoyés de France en Angleterre rendront témoignage au zèle français que Talleyrand a constamment montré pour la République. Pendant la durée de sa mission même, il fut décrété d’accusation, et sur un prétexte si frivole, que les comités chargés de rédiger l’acte d’accusation, n’ont jamais trouvé de quoi le composer, et qu’il eût sans doute été rapporté, sans les événements désastreux qui s’opposèrent aux mesures de justice. Talleyrand pouvait-il revenir sans que l’objet de son décret d’accusation lui fût seulement connu ? devait-il se constituer prisonnier alors que les prisons venaient d’être violées ? L’Assemblée Nationale, gémissant des massacres qui s’y étaient commis, s’était vu dans l’impossibilité de les empêcher ; elle avait donc rendu à chaque homme le droit de nature pour se défendre : et quel droit de nature plus évident que celui de se soustraire à ces mêmes prisons où on avait massacré, et où rien ne pouvait garantir d’un massacre nouveau (2) ? Le Ministre Anglais, parfaitement instruits des sentiments de patriotisme de Talleyrand, se servit du pouvoir qu’il acquérait par l’alien-bill, pour lui ordonner de sortir d’Angleterre sous trois jours (3). Talleyrand partit pour les Etats-Unis d’Amérique, où il réside encore, attendant qu’il lui soit permis de revoir sa patrie, et digne d’elle par ses principes et ses sentiments. Talleyrand représente que la qualité de contumace et celle d’émigré ne peuvent se réunir sur la même personne ; que la fuite causée par un décret d’accusation, et à plus forte raison l’absence prolongée par ce motif, n’a aucun rapport avec le départ volontaire qui constitue le délit d’émigration ; que la Convention Nationale a reconnu que ceux qui depuis le 31 mai avaient été persécutés par des mandats d’arrêt, dénonciations, etc. étaient autorisés à reparaître. Talleyrand, décrété d’accusation depuis le 2 septembre 1792, est absolument dans le même cas ; car les prisons étaient alors ce que toute la France est devenue depuis sous la tyrannie de Robespierre, et il eût été insensé de se constituer prisonnier au milieu des troubles qui déchiraient alors la République. Talleyrand représente que dans tous les pays et par toutes les lois, un contumace obtient le droit de venir faire purger son décret, et c’est là le seul objet de sa pétition. Plein de confiance dans la justice de la Convention, dans celle des citoyens qui exercent aujourd’hui le pouvoir judiciaire, il demande qu’il lui soit permis de venir se présenter devant le Tribunal indiqué pour le juger, sans qu’il puisse être considéré comme émigré, alors qu’il n’est précisément que contumace, et contumace à une époque où les Représentants eux-mêmes, menacés ou victimes, ne pouvaient garantir l’appui de la loi aux innocents. A ces titres de justice universelle, Talleyrand croit pouvoir ajouter le dévouement qu’il a constamment montré pour la cause de la liberté, les opinions prononcées et irrévocables qui l’attachent sans retour au sort de la République Française, des travaux multipliés entrepris pour les finances, pour l’instruction publique, et son nom enfin tellement désigné par la haine et la persécution des ennemis de la France, qu’il ne peut en même temps être proscrit par ses Représentants.



CH. MAURICE DE TALLEYRAND-PERIGORD

Philadelphie, le 28 prairial, l’an troisième de la République Française



(1) J’ai entre les mains le passeport original signé le 7 septembre 1792 par les six ministres du gouvernement d’alors, Rolland, Clavière, Servan, Danton, Monge, Lebrun, et contresigné Grouvelle. Je le remettrai aux Comités à l’instant où il me sera demandé. Ce passeport, que Talleyrand m’adressa à l’époque où je fus chargé par lui de poursuivre le rapport de son décret d’accusation, au sujet duquel décret, j’affirme ici que les divers membres du comité des Rapports me déclarèrent à plusieurs reprises qu’il leur était impossible de trouver une base quelconque sur laquelle ils pussent dresser l’acte d’accusation, ce passeport prouve à la fois bien évidemment, et que Talleyrand, même au mois de septembre, ne chercha point à se soustraire au danger par la fuite, et de plus, qu’une mission particulière nécessita son départ pour l’Angleterre ; car il y est dit littéralement : Laissez passer … Talleyrand… allant à Londres par nos ordres.



DESRENAUDES, professeur aux écoles centrales de Paris, fondé de pouvoir de Talleyrand ci-devant Evêque d’Autun.



(2) L’Assemblée Législative, dans une proclamation du 3 septembre 1793, dit ces propres paroles : Il n’y a plus liberté ni patrie, là où la force prend la place de la loi.

(3) Si quelqu’un se croyait le droit d’élever un doute quelconque sur la conduite de Talleyrand à Londres, il suffira sans doute de lui dire que Talleyrand est le seul Français marquant, parmi ceux qui étaient alors en Angleterre, à l’égard duquel M. Pitt ait cru devoir mettre à exécution ce bill des étrangers. ( Notes du fondé de pouvoirs. )



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Note du fondé de pouvoirs.


La Convention Nationale vient positivement de reconnaître le principe qui distingue les contumaces des émigrés, en décidant de rayer de la liste des émigrés, Diétrich, qui à l’époque du 2 septembre avait cherché en pays étranger un asile contre un décret d’accusation ; mais quand même la Convention, par une supposition que tout semble repousser, se refuserait à généraliser ce principe, il y aurait encore à réclamer en faveur du ci-devant Evêque d’Autun une exception sans réplique ; car il serait toujours vrai de dire que lui n’a point cherché son salut dans la fuite, et qu’en partant il avait des ordres particuliers à remplir : or, il est de principe, même dans le code de l’émigration, que celui qui a reçu une mission pour les pays étrangers n’est tenu de rentrer qu’après son rappel ; et il est de fait qu’aucun rappel n’a eu lieu à l’égard de Talleyrand.



Paris, le 10 fructidor, l’an 3.



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DE L'IMPRIMERIE DE LA VEUVE D'ANT. JOS. GORSAS
rue Neuve des Petits-Champs,
au coin de celle de la loi, N° 741









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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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