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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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OPINION

DE M. L'EVEQUE D'AUTUN

SUR

LA FABRICATION

DES

PETITES MONNAIES

IMPRIME PAR ORDRE DE L'ASSEMBLEE NATIONALE





L’Assemblée ayant prescrit l’ordre de la discussion relative à la fabrication d’une petite Monnaie, je me bornerais aux réflexions générales qui me paraissent justifier mon opinion, puisque cette opinion elle-même me dispense des détails, et peut accélérer votre décision sur cet objet important.

Quelle est la sorte de petite Monnaie dont il serait convenable d’ordonner la fabrication dans le moment actuel ? Première question.

Fabriquera-t-on une Monnaie de billion ? Cette Monnaie sera-t-elle rouge ou d’argent à un bas titre ? Admettra-t-on la proportion décimale ? Seconde question.

La première me paraîtrait rentrer absolument dans la seconde, si je ne présumais qu’elle porte en même temps sur la quantité de petite Monnaie qu’il conviendrait de fabriquer. Je dois croire que votre Comité a combiné avec soin les rapports de convenance entre les quantités d’espèces circulantes, et les besoins supplémentaires. Je ne me suis pas livré à ce calcul, sur lequel je n’ai point d’opinion ; mais il sera facile d’établir les bases qui pourront déterminer la vôtre.

La seconde question m’occupe seule en ce moment. S’il s’agissait de l’approfondir dans toutes ses parties, je puiserais mes réflexions dans le savant travail que M. de Mirabeau vient de publier sur les monnaies ; mais je pense que vous devez laisser aux législatures suivantes l’avantage de profiter de l’ouvrage qui vient de vous être présenté. Les savants trouveront à s’y instruire. Des motifs puissants me paraissent vous porter à ce parti. Vous avez jugé qu’il était important d’assujettir les mesures d’étendue et de poids à l’unité de mesure linéaire. Déjà l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal et l’Amérique se disposent à adopter la mesure que vous aurez déterminée. Les Compagnies savantes qui fixeront cette unité, choisiront, suivant toute apparence, pour livre poids un volume d’une substance homogène, telle que l’eau distillée, en prenant pour ce volume le cube d’une des divisions décimales de l’unité de mesure linéaire, ou une partie décimale d’un pareil cube. Il est à désirer que toutes les monnaies d’argent soient des parties décimales de la livre poids que l’on aura ainsi fixée. Cette correspondance des monnaies avec l’unité de mesure offre de grandes facilités pour les pesées d’argent, pour les calculs monétaires, et pour les comparaisons de l’argent aux objets dont il sert à mesurer la valeur. Il est permis d’espérer qu’un système monétaire, fondé sur les rapports les plus commodes et les plus simples, sera également adopté par les nations commerçantes de l’Europe, qui ont déjà fait connaître leur vœu sur l’unité de mesure et de poids, et qu’alors il s’établira une monnaie commune dont les avantages seront aussi grands que ceux d’une mesure universelle. C’est un nouveau bienfait qui sera dû au progrès des lumières ; et l’Assemblée Nationale se priverait du moyen de le réaliser, si elle se livrait à la refonte actuelle des Monnaies.

Cependant, Messieurs, le besoin actuel de fabriquer une petite Monnaie est généralement reconnue. Vous avez créé des Assignats, et dès cet instant vous avez rendu indispensable une masse correspondante d’espèces propres à subdiviser les plus faibles parties de ce nouveau numéraire, qui ne seraient pas assez facilement échangées avec les Monnaies dont la quantité est devenue insuffisante.

C’est à cette considération principalement, et uniquement peut-être, que vous devez vous arrêter.

Le point de vue sous lequel j’envisage cette question, me dispense d’exposer les principes généraux, qui d’ailleurs, si j’en juge par la controverse des Ecrits publiés par des personnes dont l’opinion doit avoir quelque autorité, ne me paraissent pas encore assez universellement reconnus ; mais il en est quelques-uns d’incontestables dont vous croirez devoir faire l’application aux circonstances.

Toutes les espèces d’un même métal doivent être rigoureusement dans un rapport de valeur conforme au rapport de leur poids. Toute déviation de ce principe serait une calamité publique, puisque l’étranger ou le contrefacteur s’emparerait de toutes les pièces d’un titre supérieur, en introduisant à leur place les pièces qui seraient la division des premières.

Second principe également certain. Il faut que la valeur monétaire d’un métal se rapproche le plus qu’il est possible de la valeur intrinsèque. C’est de cette vérité mieux sentie de nos jours, que doit sortir l’assentiment général des nations qui reconnaîtront tous les avantages de l’unité dans le système des monnaies, et réduiront sans doute à une seule et unique mesure le signe représentatif de toutes les autres valeurs. Le billonnage porte avec lui le caractère de l’ignorance autant que celui de l’infidélité. Aucun motif ne peut justifier le mélange des métaux ; il est le signe certain de la pauvreté dans les Etats qui avilissent par cette opération les pièces de première valeur dans leurs Monnaies ; il est le signe de l’impéritie dans ceux qui l’introduisent dans leurs Monnaies subalternes. 1°. La proportion prescrite par la Loi dans le pays qui adopte le billon, est facilement changée : l’essai de l’argent à un titre trop bas, est toujours incertain, et la modicité de sa valeur le dérobe à cet essai. 2°. Il est plus facile d’imiter par d’autres mixions la couleur et le grain d’un argent de bas aloi, que d’une Monnaie plus pure. 3°. L’argent ainsi falsifié s’use et se consomme plus vite par le frai, et la Monnaie perd alors le peu qu’elle avait de sa valeur réelle.

A ces vices du billon se joignent d’autres inconvénients qui frapperont bien autrement l’Assemblée Nationale, qu’ils n’auraient intéressé les Administrateurs dans d’autres temps. Les Représentants du Peuple ne voudront pas que la classe laborieuse et la moins aisée de la société reçoive, pour prix de son travail, une Monnaie mensongère qui, tôt ou tard altérée par son usage, aurait une valeur intrinsèque fort éloignée de sa valeur monétaire. Quelle influence une masse de billon n’aurait-elle pas sur les opérations du Commerce ? Comment apprécier les pertes inévitables au moment des refontes, et comment enfin consentir à perpétuer ces discussions populaires causées par l’oblitération des empreintes ? Tels sont les malheurs auxquels la violation de la bonne foi condamne toujours, en dernière analyse, et les hommes et les Gouvernements qui s’en écartent.

Sans doute il faudra songer à réparer les abus auxquels donne lieu l’altération des pièces actuellement répandues dans la société ; mais déjà c’est les atténuer, ces abus, c’est les détruire peut-être, que de se défendre de toute opération qui ne servirait qu’à les multiplier. Le plus simple dans son principe, sera le plus utile dans ses effets ; celle qui n’offrira ni prétexte à l’inquiétude ni appât aux contrefacteurs, ni danger dans les suites, est celle qu’il vous convient d’adopter : la simplicité des moyens est ici un titre de préférence. N’adoptons point un système : ne faisons que ce qui est indispensable. Toute grande opération dans les Monnaies ne doit être faite que dans un temps de parfaite tranquillité : elle est surtout incompatible avec un papier forcé. De quoi s’agit-il aujourd’hui ? il n’existe pas assez de pièces de Monnaie pour échanger des écus de 3 et 6 livres ? Introduites en quantité suffisante, elles faciliteront la circulation habituelle ? – Eh bien ! augmentez le nombre de pièces courantes en argent ; fabriquez des pièces de 24, de 12 et de 6 sols. – Ce métal monnayé ne comportera pas une subdivision suffisante ? – Eh bien ! facilitez cette subdivision par une Monnaie de cuivre déjà connue, et que cette Monnaie soit dans une relation très rapprochée de la valeur du métal qui la compose. Voilà où se bornent vos besoins ; voilà tout ce que vous devez faire. Se permettre toute autre opération, tout amalgame de métaux d’une valeur différente entre eux, ce serait courir une foule de dangers ; ce serait prolonger, ce serait accroître les inquiétudes de cette classe de Citoyens que vous devez, au contraire, que vous voulez secourir. Facilitez-lui tous les moyens d’échange qui doivent le préserver des pertes, des non-valeurs inévitables dans le cours actuel des Monnaies fictives ou métalliques, et ne vous exposez pas à l’incertitude et aux craintes de l’opinion que la malveillance alarme avec une si dangereuse facilité.

Quant aux moyens d’exécution, c’est toujours au parti le plus simple qu’il convient de s’arrêter. Vous voulez vendre les cloches des établissements ecclésiastiques que vous avez supprimés. Au lieu de priver le Trésor public des fonds nécessaires à l’achat des matières et à la fabrication des pièces de monnaie nouvelle, appliquez à cette dépense le produit de ces cloches.

Il sera nécessaire de faire surveiller cette opération ; il conviendra de prescrire aux Municipalités de vérifier le poids des cloches, et de dresser le Procès-verbal des livraisons qui en seront faites d’après les enchères des acquéreurs auxquels elles seront remises en donnant par eux caution valable pour la sûreté du paiement.

Vous pourriez ensuite nommer des Commissaires, ainsi que vous en avez nommé pour les opérations de la Caisse d’Escompte ; ils seront chargés de suivre l’effet des dispositions que vous auriez ordonnées ; et croyez que vous auriez atteints parfaitement le but que vous proposez, en accélérant l’émission des pièces de Monnaie attendues avec l’impatience du besoin.

Je sais qu’il vous a été présenté des essais de billon blanc fort supérieurs à tout ce qui a été fait dans ce genre, et qui est le résultat du travail de deux chimistes habiles, MM. Beuze et Miller. Je rends hommage à cette découverte ; mais je persiste à croire qu’il est impossible d’adopter aucune espèce de Monnaie de bas aloi. Les mêmes chimistes ont mis sous les yeux de votre Comité des pièces de cuivre extrait du métal des cloches ; de ce métal ductile, ils sont parvenus à faire ces pièces aussi dures que l’acier. Je ferais extrêmement cas de ce procédé, parce que j’y trouve l’avantage précieux de donner à cette Monnaie la dureté qui convient à son usage, au genre et à l’activité de la circulation populaire.

Un de mes vœux serait de voir concourir à la fabrication de ces Monnaies un autre Artiste qui est aujourd’hui en Angleterre : il s’appelle Droz. Il y a fabriqué des pièces d’une grande beauté, et j’en ai quelques-unes.

Les anciens privilèges attachés à vos Hôtels des Monnaies, ces privilèges si longtemps les fléaux des arts, ont exilé son talent. Toujours, et dans tous les systèmes, les Monnaies de cuivre seront nécessaires dans le Royaume. Pourquoi seraient-elles flétries par la négligence de la manufacture monétaire ? Pourquoi la Monnaie du pauvre serait-elle punie du peu de valeur de son métal ? Le don de la charité ne peut-il pas aussi porter l’empreinte de l’industrie ?

Je demande donc qu’il soit réservé aux Législatures suivantes de déterminer toute opération relative à la refonte des Monnaies.

Qu’il soit fabriqué en quantité suffisante et déterminée des pièces de 24, de 12 et de 6 sols, au titre des écus de 6 et 3 livres.

Qu’il soit sur le champ procédé à la vente, par enchère, des cloches des établissements supprimés ; que le prix des cloches soit payé en Monnaie de cuivre au Trésor Public, d’après le Règlement qui sera fait par les Commissaires que vous nommerez à cet effet.

Que cette nouvelle Monnaie, dans la mesure qui aura été indiquée, soit de cuivre pur, et taillée en pièce d’un sol, de deux liards et d’un liard.



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DE L'IMPRIMERIE NATIONALE





©Pierre COMBALUZIER. Reproduction interdite.




recto : Legende - VIVRE LIBRES - OU MOURIR. // à l'exergue 14 JUILLET. / 1790.

Description : dans un cartouche ovale, scène du serment de la Fête de la Fédération avec PACTE FÉDÉRATIF, signé DUPRÉ F.

verso : Legende - MONNERON FRERES NEGOCIANS A PARIS. / 1792.

Description : Au centre légende en neuf lignes : MEDAILLE / DE CONFIANCE / DE CINQ-SOLS / REMBOURSABLE / EN ASSIGNATS / DE 50. ET / AU DESSUS. / - / L'AN IV. DE LA / LIBERTÉ.

Graveur : Augustin Dupré (1748-1833)

Historique :

Le texte du revers a été modifié pour être en conformité avec la loi sur les domaines nationaux et les monnaies de confiance. La scène représentée rappelle le Serment de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 qui commémorait la prise de la Bastille et le lien qui unissait la Nation au roi et au Peuple. C'est Talleyrand, à l'époque évêque, qui avait célébré l'office. Selon différents travaux, avec une production dépassant 70 tonnes, nous aurions une fabrication de 2.334.000 pièces avec un poids moyen de 30 grammes par pièce.

Les Frères Monneron firent fabriquer en Angleterre par Matthew Boulton, grâce à la machine à vapeur de Watt, des pièces de 2 et 5 sols en grande quantité dans l'atelier de Soho à Birmingham, à partir de la fin de l'année 1791. Ces monnaies de nécessité auraient dû suppléer à la pénurie monétaire qui régnait en France et leur qualité technique et esthétique était bien supérieure aux médiocres productions officielles contemporaines en métaux vils. En mars 1792, les Monneron firent faillite et Pierre s'enfuit. Son frère Augustin reprit l'affaire, mais une loi du 3 mai 1792 interdit la fabrication des monnaies privées. En septembre, un décret interdit la commercialisation des pièces de confiance. Ces monnaies de nécessité circulèrent en fait jusqu'à la fin de 1793.










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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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