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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DU

MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES

A

M. D'OUBRIL

CHARGE D’AFFAIRES RUSSE A PARIS

EN DATE DU

22 THERMIDOR AN XII

[10 AOUT 1804]



Paris, le 22 thermidor an XII [10 août 1804]

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de l'Empereur la note de M. d'Oubril, chargé d'affaires de Russie. Sa Majesté m'a ordonné de déclarer qu'elle voulait qu'il ne fût porté aucune attention aux injures dont cette note est remplie ; qu'elle avait depuis six mois vu avec peine que les notes du cabinet de Saint-Pétersbourg portaient toutes le même caractère ; que, lorsque dans des relations aussi importantes on emploie un style si inconvenant, le blâme en est tout entier au cabinet qui s'en sert. Sa Majesté l'Empereur des Français, depuis le moment où il renvoya les prisonniers russes, n'a pas perdu une occasion de donner une preuve de déférence, d'estime et de considération au souverain de la Russie ; en échange, elle n'en a reçu que de mauvais offices. Tous ceux qui voulaient troubler la tranquillité de l'intérieur de la France, tous les individus que le cabinet de Saint-Pétersbourg avait employés en temps de guerre contre la France, l'ont été avec plus d'ostentation depuis la paix ; et, dans les détails des affaires, on n'a oublié aucune occasion de montrer à la France de la haine. Lorsqu'on a porté à Saint-Pétersbourg le deuil d'un homme condamné à mort pour avoir conspiré contre la France, Sa Majesté ne s'en est pas plainte ; on a poussé l'inconvenance jusqu'à le faire porter aux légations russes en Espagne, à Vienne, même en Hollande. On l'eût fait porter par la légation russe à Paris, que Sa Majesté avait ordonné qu'on n'y fît aucune attention. Mais par là la Russie n'a fait tort qu'à elle-même. Si elle reconnaît le comte de Lille pour souverain de la France, pourquoi a-t-elle fait des traités et eu des communications immédiates avec le gouvernement français ? Cette observation n'a échappé à personne en Europe. La Russie est maîtresse de se conduire avec le raisonnement et la conséquence qu'elle veut. La déclaration brusque et inattendue faite à la diète de Ratisbonne n'a point excité les plaintes de la France ; elle a porté la modération jusqu'à vouloir l'ignorer. Cependant, quel paraît être le but de cette déclaration ? La cour de Saint-Pétersbourg voulait-elle effectivement avoir des informations ? Que ne les demandait-elle directement ? Voulait-elle faire voir quelle n'avait pour la France aucune considération ? L'Europe, depuis l'affaire d'Antraigues et la conduite de Markov à Paris, n'en doutait plus. Voulait-elle faire sentir qu'éloignée du théâtre de la guerre, elle pouvait rester tranquille au milieu de l'incendie de l'Europe et être maîtresse de s'en mêler ou non ? L'Europe en est persuadée et pensera que la Russie verrait avec plaisir la guerre se rallumer sur le continent, sûre qu'elle n'y prendra que la part, qu'elle se retirera ou avancera comme il lui plaira, et exercera sa prépondérance sur la ruine des autres États. Le Corps germanique n'est pas assez dépourvu de sens pour ne pas comprendre combien cette politique serait avantageuse à la Russie et défavorable et ruineuse pour lui.

La précédente note que M. d'Oubril a remise a été imprimée dans les gazettes. L'Empereur des Français pourrait en faire de même de sa réponse ; il n'a pas cru de son devoir ni de son intérêt d'exciter la guerre du continent, ni d'insulter à qui que ce soit.

Quant aux menaces contenues dans la dernière note de M. d’Oubril, Sa Majesté l'Empereur m'a ordonné de déclarer que l'histoire du passé n'a autorisé aucune puissance, et la Russie pas plus qu'une autre, à menacer la France; que si le général Suvorov obtint des succès en Italie, l'armée autrichienne en avait déjà obtenu avant qu'il arrivât ; et que si son armée, au lieu d'avoir été défaite en Suisse et en Hollande, avait continué à être victorieuse et eût dicté la paix au milieu des plaines de la Champagne et de la Lorraine, les menaces n'eussent pas plus réussi avec la France. Il faut que la Russie sache bien que l'Empereur des Français n'est ni l'empereur des Turcs ni l'empereur des Persans. Si donc la Russie peut faire la guerre à la France parce que telle est sa volonté, si son système est d'humilier la France et de l'obliger à reconnaître dans ses ambassadeurs russes le droit de protéger à Paris des sujets rebelles ou le nouveau droit public de naturaliser les Français qui lui conviennent, l'Empereur des Français n'y peut rien ; il gémira sur l'influence des intrigues de la puissance qui pourra seule gagner quelque chose à cette rupture. Quant aux propositions encadrées dans la note de M. d'Oubril, Sa Majesté ne peut les considérer, après les injures et les menaces qui les accompagnent, que comme un prétexte plutôt que comme des objets réels. Cependant Sa Majesté, ne voulant rien négliger pour maintenir la tranquillité et épargner le sang des hommes, m'a ordonné de déclarer que, toutes les fois que la Russie remplira fidèlement les articles du traité conclu avec la France, la France sera prête à les exécuter avec la même fidélité, nommément tel et tel article (ces articles sont : 1° celui qui dit que les deux puissances ne toléreront rien de ce qui peut troubler leur repos intérieur ; 2° celui qui dit que les deux puissances se réuniront pour mettre une limite au pouvoir des Anglais ; 3° celui qui dit que la République des Sept Îles sera indépendante sous la protection de toutes les puissances). Mais si Sa Majesté l'empereur de Russie, ne voulant tenir aucune stipulation, exigeait que la France les tînt, ce ne serait plus traiter avec l'égalité qu'elle déclare vouloir maintenir dans sa note ; ce serait vouloir conduire la France par la force, et, par l'aide de Dieu et de ses armées, la France n'a jamais subi la loi de qui que ce soit.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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