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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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TALLEYRAND :

L'ART D'AIMER LES LIVRES

PAR

JEAN ORIEUX




Talleyrand était trop civilisé, trop intelligent – et trop avisé – pour ne pas aimer les livres. Il les chérissait comme objets de luxe, comme œuvres d’art : il se caressait à leurs somptueuses reliures, il palpait les grands papiers, laissait glisser l’œil sur la typographie des incomparables elzévirs, enfin il se délectait en silence des textes des grands auteurs – ou des grands polissons du XVIIIè siècle. Enfin il voyait dans ses merveilleux et discrets amis les livres, de forts intéressants objets de spéculation ou de placement. Sa bibliothèque lui servit à plusieurs reprises de Caisse d’Epargne. Il faut convenir qu’il n’en ait pas de plus attrayante : pour lui elle fut souvent d’un assez beau profit. Plaisir et profit ! quels amis que les beaux livres.

Il constitua sa première bibliothèque en 1780 à l’âge de vingt-six ans alors qu’il était abbé de Périgord et touchait les premiers « bénéfices » de ses charges ecclésiastiques. Il habitait rue de Bellechasse et il réunit sur ses rayons tout ce qu’on trouvait de plus beau dans les livres d’histoire, de littérature ou de politique. Les œuvres impies ou même érotiques voisinaient avec quelques ouvrages pieux signés Fénelon. Quelque moral ou obscène que fût le texte, chaque livre était digne de son voisin par le papier, la typographie et la reliure. On pouvait voir, entre autres, l’Histoire de Dom B… portier des Chartreux. Edition très remarquable parue en 1745, ornée de gravures assorties à un texte d’une obscénité sans défaillance et qui voisinait innocemment avec les Riches heures de Madame la Dauphine.

Lors de son émigration à Londres en 1792, il avait pris la précaution d’y expédier sa bibliothèque avant de se sauver lui-même ; chose qui dénote à la fois un grand amour de ses livres et un esprit très avisé car à Londres ses amis lui furent la plus réconfortante compagnie. Ensuite, lorsque la disette vint, ils le tirèrent d’embarras : il les vendit aux enchères. La vente se fit en neuf vacations du 12 au 23 avril 1793. Elle fut hélas ! sabotée par les émigrés français qui empêchèrent les riches amateurs anglais d’acheter les livres d’un évêque renégat, d’un noble révolutionnaire, etc. Ses beaux livres ne lui rapportèrent que 750 livres : une misère (à peine un million d’anciens francs).

A son retour d’Amérique, en 1796, il débarqua à Hambourg avec un maigre bagage. Il rencontra une vieille amie, Mme de Genlis. Comme il allait regagner Paris, elle lui demanda de lui envoyer un petit livre auquel elle tenait : le Traité de la Sagesse de Pierre Charron. Or, elle le reçut quelques heures plus tard, elle n’en croyait pas ses yeux. C’était un exemplaire d’une édition Elzévir d’une rare élégance d’impression et de reliure que Talleyrand avait sauvé de la vente et qu’il avait gardé sur lui pendant toutes ses pérégrinations. Mme de Genlis le reçut comme un joyau inestimable.

En 1811, il vendit à Napoléon son hôtel Matignon sous prétexte qu’il était ruiné. L’Empereur lui en donna un bon prix croyant que Talleyrand, disgracié, était dans la gêne. C’était une comédie qu’il jouait et pour la faire prendre au sérieux il vendit, une fois de plus, sa bibliothèque. Il n’en retira que quelques milliers de livres. Il brada ainsi la belle édition de la Henriade de Voltaire et la grande Encyclopédie avec toutes ses planches au complet. Hélas ! en 1811 le XVIIIè siècle n’était pas à la mode.

Pour remeubler ses rayons, il acheta la très belle bibliothèque de Marie-Joseph Chénier, le frère du poète qui, disgracié et révoqué par Napoléon, se trouvait ruiné, et lui, c’était bien vrai. Talleyrand, peu après, en 1812, acheta l’hôtel de la rue Saint-Florentin (1million 280.000 livres) soit un milliard et demi d’anciens francs). Nul ne put croire qu’il s’était renfloué en vendant ses livres – même s’ils étaient très beaux.

S’il les aimait, les livres le lui rendaient bien. Argent, amitié, volupté, ses amis les livres lui donnèrent tout ce qu’ils dispensent à ceux qui savent les regarder, les caresser, les comprendre. Pour M. de Talleyrand, ils ont toujours fait partie du « plaisir de vivre ».

Pour quelle raison fit-il vendre une troisième fois sa bibliothèque à Londres en 1816 ? Ce n’était pas le besoin d’argent qui le poussait mais le dépit d’avoir été renvoyé du ministère par Louis XVIII. Ne pouvant se venger sur les « ultras » il se vengea sur ses livres. Cette vente, la dernière, fut de loin la plus profitable. Elle lui rapporta 210.000 francs (près de 180 millions d’A.F.) Et encore n’avait-il pas tout vendu. De nombreuses caisses furent dirigées sur Valençay où il constitua la très belle bibliothèque qu’il enrichit jusqu’à sa mort en 1838. L’attachement et le soin de Talleyrand pour ses livres se peint dans cette scène : Le préfet du département de l’Indre, où est situé Valençay, vint un jour à l’improviste pour surprendre Talleyrand et les comploteurs qu’on l’accusait de réunir autour de lui. Le préfet surprit en effet le prince juché sur un escabeau et classant amoureusement les beaux livres que sa nièce, Mme de Dino et sa mère, la duchesse de Courlande, sortaient des caisses et lui passaient. C’étaient les rescapés de la dernière vente. Le préfet rentra bredouille. Les livres avaient, cette fois, innocenté M. de Talleyrand.



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BULLETIN DE LA LIBRAIRIE MODERNE ET ANCIENNE N° 130 - 1970 - pp. 203 à 205







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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