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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DU

PRINCE DE TALLEYRAND

AU

PRINCE DE METTERNICH

SUR LES PRINCIPES A APPLIQUER LORS DU CONGRES DE VIENNE

DATEE DE VIENNE DU

19 DECEMBRE 1814



Je me suis empressé de remplir les vœux de Sa Majesté impériale et royale, exprimés dans la lettre de votre altesse, en transmettant à Sa Majesté très chrétienne la note confidentielle que vous avez adressée au prince de Hardenberg le 10 de ce mois, est que vous m'avez communiqué officiellement. Pour prouver la satisfaction que les résolutions annoncées dans la note donneront au roi, il suffit de les comparer avec les ordres que Sa Majesté a donnés à ses ambassadeurs au congrès.

La France n'apporte ici aucune vue d'ambition ni d'intérêt propre. Replacée dans ses anciennes frontières, elle ne pense plus à les étendre, semblable à la mer qui n'envahit ses rivages que lorsqu'elle est soulevée par les tempêtes. Ses armées, chargées de gloire, n'aspirent plus à de nouvelles conquêtes. Délivrée de cette oppression dont elle fut moins encore l'instrument que la victime, heureuse d'avoir recouvré ses princes légitimes et avec eux ce repos qu’elle devait craindre d'avoir perdu pour toujours, elle n'a point de réclamations à faire, point de prétention à former ; elle n'en a mis ni n’en mettra en avant aucune. Mais il lui restait à désirer que l'œuvre de la restauration fut effectuée pour le bien de l'Europe comme pour le sien ; que l'esprit de la révolution cessât d'exister dès à présent et à jamais ; que tous les droits légitimes fussent rendus sacrés, et que chaque espèce d'ambition ou d'entreprise trouve à la fois sa condamnation et un obstacle perpétuel dans une reconnaissance explicite et une garantie formelle de ces mêmes principes dont la révolution n'a été qu'un long et fatal oubli. Ce désir de la France doit être celui de tout état européen qui n'est pas frappé d'un aveuglement volontaire ; sans un semblable ordre de choses, personne ne peut, même pour un moment, se croire sûr de l'avenir. Jamais un plus noble objet ne fut présenté aux gouvernements de l'Europe ; jamais un semblable résultat ne fut plus nécessaire, et jamais l'espoir d'y atteindre ne pourrait être plus fort qu'à une époque où toute la chrétienté fut appelée à former un congrès.

Peut-être ce but eût déjà été complètement atteint si, comme le roi l'avait espéré, le congrès, dans ses premières séances, eût, en posant ces principes, tracé la seule route par laquelle on pouvait y arriver. Sans doute, dans ce cas, nous n'aurions pas vu quelques puissances employer, comme un prétexte pour la destruction, ce qui ne peut avoir que la conservation pour but et pour objet. Certes, si l'esprit et le sens du traité du 30 mai furent que le résultat définitif des opérations du congrès serait un équilibre réel et durable, il ne fut point entendu alors que des territoires et des nations devaient être jetés dans une seule masse, pour être ensuite partagés d'après certaines proportions. Le sens du traité était que chaque dynastie légitime serait conservée, et que les territoires en vacance, c'est-à-dire, sans souverain, seraient distribués conformément aux principes de l’équilibre politique, ou, ce qui est la même chose, conformément aux principes conservateurs des droits de chacun et du repos de tous.

Ce serait une erreur étrange que de considérer les quantités que l'arithmétique politique peut dénombrer, comme les seuls éléments de cet équilibre. Athènes, remarque Montesquieu, posséda la même force physique lorsqu'elle régna avec tant de gloire, et lorsqu'elle languit dans une basse servitude. La balance du pouvoir ne serait qu'une vaine parole, si elle était séparée, non pas de cette force éphémère et trompeuse que les passions produisent, mais de la véritable force morale qui consiste dans la vertu. Mais dans les relations mutuelles des états la première vertu c'est la justice.

Pénétré de ces principes, le roi a prescrit à ses ambassadeurs, comme une règle invariable, de poursuivre, de préférence à tout autre chose, ce qui est juste ; de ne jamais s'en éloigner dans aucun cas ni sous aucun rapport ; de ne jamais souscrire ni acquiescer à ce qui y est contraire ; et, dans l'ordre des combinaisons légitimes, d'adhérer à celles qui contribueraient le plus efficacement à établir et à maintenir un véritable équilibre.

De toutes les questions à discuter au congrès, le roi aurait considéré comme la première, la plus importante, la plus éminemment européenne, sans comparaison, celle de la Pologne, s'il lui eut été possible d'espérer aussi fortement qu'il le désirait, qu’une nation aussi digne de l’intérêt de toutes les autres par son antiquité, sa valeur, les services que jadis elle rendit à l'Europe, et par ses infortunes, eût pu être rétablie dans son ancienne et complète indépendance. Mais la question est devenue étrangère à la France par des traités antérieurs ; ce n'est plus autre chose qu'une simple affaire de partitions et de limites ; il ne reste à la France qu'à souhaiter que vous soyez satisfaits du résultat de vos discussions et de l’être elle-même si vous l’êtes.

La disposition à faire de la Saxe, en conformité des prétentions qu'on élève, pernicieuse comme un exemple, le sera particulièrement par son influence sur la balance générale de l'Europe, balance qui consiste dans la force réciproque d'agression et de résistance appartenant aux corps politiques.

La France, comme l'Autriche, peut dire, avec vérité, qu'elle ne nourrit aucun sentiment de jalousie ou d'animosité envers la Prusse ; c'est précisément parce qu'elle a pour la Prusse une sincère estime qu'elle ne saurait désirer de la voir obtenir des avantages apparents, qui, acquis par l’injustice et dangereux pour l'Europe, deviendraient tôt ou tard destructifs pour elle-même. Que la Prusse acquiert tout ce qu'elle peut légitimement obtenir ; la France non seulement ne s'y opposera pas, mais elle sera la première à y applaudir, et si des cessions de la part du roi de Saxe sont nécessaires pour rendre à la Prusse une existence égale à celle qu'elle avait en 1805, le roi de France sera le premier à engager ce prince à faire celles qui peuvent se concilier avec l'intérêt de l'Autriche et l’intérêt le l'Allemagne, qui, sur ce point, constituent l'intérêt de l'Europe.

Signé, le prince de TALLEYRAND.



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L'ORACLE DU 23 FEVRIER 1815 - BRUXELLES



















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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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