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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRES

DE

NAPOLEON BONAPARTE

A

TALLEYRAND

PENDANT L'ANNEE 1807





802 – Varsovie, 12 janvier 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, le moment me paraît favorable pour prendre un parti sur les postes d’Allemagne. Je ne puis souffrir que les postes des États confédérés soient livrées aux agents du prince de la Tour-et-Taxis. Ce qui est tout simple aujourd’hui sera très difficile dans un autre temps. Le mieux est de chasser ces bureaux des pays conquis.

Np.

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803 – Varsovie, 19 janvier 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je désire que vous fassiez une circulaire aux rois de Bavière, de Saxe, de Naples, de Hollande, de Wurtemberg, sur les circonstances actuelles ; il sera question dans cette communication de l’armistice, de sa ratification, des circonstances où se trouve la Turquie, et des pièces qui concernent Constantinople.

Napoléon.

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804 – Varsovie, 20 janvier 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, expédiez la lettre que j’écris à l’empereur d’Autriche. Mandez en même temps à M. Andréossy qu’il envoie à Widdin un secrétaire militaire de son ambassade, pour y former un centre de correspondance entre Constantinople, Varsovie et Zara.

Napol.

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805 – Varsovie, 29 janvier 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai donné ordre à mon ministre de la marine de préparer deux frégates pour envoyer dans le golfe Persique. Elles prendront à bord un agent qui sera porteur d'une lettre de moi pour l'empereur de Perse, et qui résidera près de lui. Deux ou trois mois après, ces frégates reviendront reprendre cet agent pour le ramener en France. Je désire que vous me rédigiez les instructions de cet agent et un projet de lettre pour l'empereur de Perse ; cela est pressant.

Napoléon.

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806 – Varsovie, 29 janvier 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Sebastiani que j'ai donné l'ordre au général Marmont d'aider les pachas qui l'entourent en munitions de guerre et en secours de toute espèce, mais que je ne désire point que mes troupes puissent s'éloigner de plus de deux lieues de la Dalmatie, sans m'en être entendu avec la Porte ; et que je ne suis pas éloigné d'envoyer aujourd'hui 25 000 hommes sur le Danube, si la Porte le demande.

Écrivez-lui qu'il y a un fort près de Raguse dont l'occupation par mes troupes serait fort utile pour la défense de Raguse. On pourrait s'arranger, et la garnison turque pourrait y rester mi-partie avec les troupes françaises. Ce fort est peu de chose, mais il est important par sa position.

Si la Porte veut, je lui enverrai 6 vaisseaux de ligne, qui navigueraient dans la mer Noire avec la flotte turque, et seraient ensemble les maîtres de cette mer. Mais je ne puis envoyer ces 6 vaisseaux qu'en les faisant échapper ; il faut donc que cela soit tenu très secret, et c'est une affaire à traiter avec le Sultan lui-même. L'habileté de mes marins m'assurerait la supériorité sur les Russes, ces vaisseaux étant soutenus par 12 ou 15 vaisseaux turcs. J'y embarquerais quelques compagnies d'artillerie pour aider à la défense du Bosphore, si cela convient et ne donne point d'alarmes.

Napol.

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807 – Willenberg, 31 janvier 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie des lettres que je viens de recevoir à l'heure même. La première fois que je vous verrai, vous me ferez un rapport sur leur contenu. Je suis en marche de tous côtés. Il est probable que sous peu de jours il y aura des événements d'une grande importance.

Napolé.

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808 – Willenberg, 1er février 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, n'oubliez pas les instructions à faire pour la mission de Perse et l'expédition de deux frégates pour le golfe Persique. Vous savez quelles instructions vous devez faire, et l'agent que vous devez employer. Il faut que vingt-quatre heures après l'arrivée de M. Jaubert à Varsovie, il se mette en route.

Napoléon.

Nous sommes aux prises ; quelques petites affaires ont eu lieu.

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809 – Passenheim, 3 février 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, s'il m'arrivait des dépêches très importantes, il faudrait les garder jusqu'à ce que ceci ait pris une assiette plus décidée. Jusqu'à cette heure l'ennemi est poussé. On s'aperçoit qu'il voit notre manœuvre avec peine et qu'il voudrait l'empêcher, ce qui me ferait penser qu'il se trouve enfourné. Le bruit du pays est qu'il est de tous côtés en retraite, pour tâcher d'éviter le coup qui le menace. Si vous pouvez tirer quelques nouvelles des Russes par la Galicie, faites-les-moi passer.

Il fait un beau froid d'un et deux degrés, et le temps est superbe.

Nap.

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810 – Arensdorf, 6 février 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, nos affaires vont ici au mieux. Un corps de 20,000 hommes a été coupé. L'armée russe fuit sans savoir où elle va, et dans le plus grand désordre : artillerie, bagages, magasins, tombent en notre pouvoir. Toute ma crainte est que le corps coupé ne soit un corps de Prussiens.

Np.

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811 – Preussich-Eylau, 9 février 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il est deux heures du matin ; je suis fatigué ; je ne puis vous écrire qu'un mot. Le maréchal Duroc vous fera part de la victoire remportée hier sur l'armée russe.

Quant à la communication qu'a faite le roi de Prusse, je pense qu'on pourrait lui répondre en ce sens : que j'accepte les ouvertures faites pour mettre un terme à la guerre ; que, loin d'élever aucune espèce de difficulté sur le lieu, le point le plus naturel me paraît être le point intermédiaire ; que je propose Memel même ; que j'y enverrai des plénipotentiaires aussitôt qu'on me fera connaître que la Prusse et la Russie en ont nommé.

Napoléon.

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812 – Preussich-Eylau, 9 février 1807, 5 heures du matin.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je crois que l'on n'a pas encore fait de bulletin ; mais voici la note que vous pourrez mettre dans les journaux de Varsovie et envoyer à Constantinople et à Vienne.

Dites à Le Marois que son frère a été tué, qu'il s'est conduit bravement. Corbineau a été enlevé d'un boulet. D'Hautpoul est blessé dangereusement. Ma Garde à cheval s'est couverte de gloire ; elle a eu 150 blessés et 40 tués ; le général Dalhmann, qui commande les chasseurs, a été blessé. L'affaire a été fort chaude, fort animée et assez chanceuse.

Je crois vous avoir écrit déjà dans la nuit ce que je désirais que vous répondissiez au roi de Prusse.

Napoléon.

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813 – Preussich-Eylau, 12 février 1807.

NOTE POUR LE PRINCE DE BÉNÉVENT.

Le ministre des relations extérieures enverra le bulletin, par un courrier extraordinaire, au général Andréossy, qu'il chargera de le faire passer à Constantinople. Il lui réitérera l'ordre d'envoyer un officier à Widdin, pour être centre de correspondance entre Constantinople, la Dalmatie et Varsovie. On donnera de l'argent à cet officier pour qu'il expédie fréquemment des courriers, afin de mettre une grande activité dans cette correspondance.

Monsieur le prince de Bénévent écrira aussi au général Sebastiani pour lui faire connaître la belle position de l'Empereur et l'intention où est Sa Majesté de rejeter les Russes bien loin.

Il écrira aussi à cet ambassadeur que Sa Majesté ne serait pas éloignée d'envoyer, de la Dalmatie à Widdin, 25 000 hommes, si elle était assurée des vivres et s'il y avait là une bonne armée turque. Mais cela ne peut se faire que sur la demande de la Porte et avec un traité bien libellé.

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814 – Preussich-Eylau, 12 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je n'ai pas de nouvelles de vous depuis plusieurs jours. J'ai reçu les lettres de Constantinople et de Vienne que vous m'avez envoyées.

La perte de l'ennemi a été énorme. La mienne n'a été que trop considérable ; telle qu'elle est évaluée dans le bulletin, elle est plutôt exagérée qu'atténuée.

Je pense que vous avez envoyé le bulletin à Vienne et à Constantinople.

Le temps se met au dégel. Je me porte on ne peut pas mieux.

Napoléon.

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815 – Liebstadt, 19 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 15. J'établis demain mon quartier général à Osterode. L'ennemi n'a pas quitté sa position derrière la Pregel. Du moment que j'aurai tout établi ici, j'irai probablement faire un tour à Varsovie. J'y donné audience à l'ambassadeur persan. Vous pouvez, en attendant, traiter les affaires avec lui. Après cela, il faudra qu'il aille à Paris pour prendre une véritable idée de la France. Je recevrai aussi l'ambassadeur ottoman.

Napol.

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816 – Liebstadt, 20 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 16 à dix heures du soir. Les ennemis n'ont pas perdu 14 000 hommes, mais plus de 30 000.

Vous aurez appris la nouvelle du combat d'Ostrolenka, qui a eu lieu le 16. Vous vous serez formé par le bulletin une idée exacte des événements qui ont eu lieu.

Je connais l'impatience que vous avez de vous rapprocher de moi ; je le désire aussi beaucoup. Je serai demain à Osterode. Mon armée prend ses quartiers d'hiver entre la Passarge et la Vistule. Je me déciderai là, selon les circonstances, à vous appeler à Thorn ou à me rendre moi-même pour un moment à Varsovie.

Nap.

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817 – Liebstadt, 21 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie une lettre M. de Ségur. Je vous prie de me faire connaître votre opinion.

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818– Osterode, 23 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai reçu votre lettre du 18 février ; je n’en perçois pas bien le contenu. Il me semble que cette demande de M. de Metternich ne peut être relative qu’à des affaires d’intrigues. Si vous croyez y voir quelque chose d’autre, communiquez-le-moi nettement.

Napoléon.

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819 – Osterode, 23 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'imagine que l'ambassade de Perse est fort peu de chose, et qu'il n'y a rien à faire de solennel. Peut-être serait-il convenable, après que vous aurez vu si l'on peut traiter d'affaires avec elle, de la renvoyer à Berlin. Même chose pour celle de la Porte.

Si je ne me résous pas, dans deux ou trois jours, à aller à Varsovie, j'aurai besoin de vous voir à Thorn, où naturellement je vais porter mon quartier général. Comme, dans ce cas, je ne désire pas que vous soyez suivi par cette foule d'étrangers qui vous entourent, il faudra les renvoyer tous à Berlin, en disant que je vais me rendre dans cette ville.

Il est nécessaire que vous ayez l'œil sur Glogau et que vous ayez soin que cette place soit toujours parfaitement approvisionnée en munitions de guerre et de bouche ; car il est telle hypothèse où il est possible que toute la Silésie vienne à être évacuée, hormis ce point. Je vous ai fait donner l'ordre d'envoyer la moitié des troupes bavaroises à Varsovie. J'imagine que ces troupes sont déjà en marche est très nécessaire qu'elles y arrivent bientôt. Je vous ai fait connaître aussi qu'il fallait diriger sur Thorn les convois de munitions et de vivres qui vous avaient été précédemment demandés pour Varsovie. Je vous le répète, ne perdez point de vue que c'est sur Glogau vous devez porter insensiblement vos arsenaux, vos magasins et votre artillerie. Démolissez les autres places le plus tôt possible.

Napoléon.

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820– Osterode, 25 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je voulais vous écrire de venir à Thorn et de là à Osterode, car j'ai besoin de vous parler ; mais je ne suis pas encore décidé : il est possible que, dans quelques jours j'aille faire un tour à Varsovie. Ce que je désire, c'est que vous commenciez à vous défaire du corps diplomatique, en le renvoyant à Berlin. Il est vrai que, lorsque vous viendrez me joindre, en disant que vous allez à Berlin, ce sera le moyen le plus simple d'y renvoyer tous ces messieurs.

Je désirerais bien avoir de la cavalerie polonaise pour m'en servir contre les Cosaques. J'avais 3 ou 4 000 hommes de levée polonaise que le prince Poniatowski m'a dissoute, et je ne sais trop sur quoi je puis compter actuellement. Ce bureau de la guerre de Varsovie ne fait rien, et laisse désorganiser l'armée polonaise. Il y a ici deux régiments bien montés et habillés ; on leur a ôté les colonels et les commandants, de manière qu'ils sont commandés par des capitaines. Tâchez de voir ce que cela veut dire.

Napoléon.

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821– Osterode, 26 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai reçu votre lettre du 20. J'imagine que M. Maret est parti de Varsovie sur l'ordre que je lui ai donné de Liebstadt le 21. Il n'y a ici rien de nouveau. Un aide camp du roi de Prusse m'a apporté une lettre de ce prince. Je vous mettrai au fait de ce qui se passe, à notre prochaine entrevue.

Nap.

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822– Osterode, 26 février 1807, 11 heures du soir.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 23. M. de Hohenzollern a eu tort de dire qu'il y a eu des courriers interceptés ; il n'y en a eu aucun. M. de Saint-Aignan est arrivé, et j'ai reçu toutes vos lettres. Si l'on m'a expédié des courriers par la rive droite de la Vistule, je pense qu'il est convenable de reprendre la direction de la rive gauche, par Thorn.

L'ennemi parait être en mouvement. Ce matin, à la pointe du jour, nous avons pris le général-major russe baron de Korff et trois bataillons russes au petit village de Peterswalde, à trois lieues en avant de Guttstadt. Par les renseignements que l'on a reçus, il paraîtrait que l'ennemi marche. Si tant est qu'il avance, peut-être lui livrerai-je bataille à Osterode. Publiez cet événement de Peterswalde. Voyez si l'on peut faire des efforts pour nous envoyer des voitures et des subsistances à Thorn.

J'ai lu la relation de M. de Bennigsen que vous m'avez envoyée; cela fait hausser les épaules.

Napol.

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823– Osterode, 27 février 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, une division de 10 000 Russes s'était portée à Braunsberg, sur l'extrémité de mes cantonnements qui sont à l'embouchure de la Passarge. J'ai donné ordre au prince de Ponte-Corvo de la faire attaquer ; il a envoyé le général Dupont avec sa division. Hier 26, à trois heures après midi, ce général est arrivé à Braunsberg ; il a attaqué l'ennemi, l'a culbuté, lui a pris ou blessé 2 000 hommes, en a tué 400, et a mis le reste en déroute. Deux drapeaux et seize pièces de canon ont été pris. Les ennemis étaient mi-partis prussiens et russes.

Le général russe Korff, qui a été pris hier à Peterswalde, vient d'arriver. J'ai longtemps causé avec lui. Il avait sous ses ordres dix bataillons d'infanterie légère qui n'avaient sous les armes que 1 500 hommes, c'est-à-dire 150 hommes par bataillon, tandis que leur complet est de 900 hommes. Cela donne une idée de la perte de l'armée russe. Il a confirmé qu'ils avaient perdu 20 généraux et 900 officiers, perte irréparable pour eux. Il a ajouté qu'on se garderait bien de faire venir les Gardes qui sont encore à Saint-Pétersbourg que toute l'armée était extrêmement fatiguée, et que les principaux généraux avaient, il y a huit jours, expédié Bagration pour représenter à la cour le mauvais état de l'armée et l'impossibilité de reprendre l'offensive, et appuyer sur la nécessité de s'arranger promptement avec la France et de profiter du moment actuel. Ce général nous a très bien expliqué comment il ne restait plus de troupes en Russie ; que le corps même d'Essen était composé de recrues qui ne tiennent pas, ce qui est vrai ; que le corps de Michelson était de même nature ; que les forces de cet empire colossal consistaient dans cette armée à demi détruite. Faites faire des articles pour les journaux de France et d'Allemagne; mais il faut en bien taire la source.

Ma position serait très belle si j'avais des subsistances ; le défaut de subsistances la rend médiocre. La ville d'Elbing nous fournit cependant d'assez notables ressources.

Faites mettre dans les journaux de Varsovie, et écrivez à Vienne et à Constantinople des nouvelles de la position actuelle.

Voyez un peu le prince Poniatowski pour qu'il nous envoie toute la cavalerie polonaise qui existe. On m'annonce qu'il y en a, dans plusieurs villes, de toute formée, qui coûte de l'argent et ne sert à rien. Qu'on dirige tout par ici. Cette cavalerie, si mal équipée qu'elle soit, est bonne contre les Cosaques et rendra des services, parce qu'elle soulagera ma cavalerie fatiguée, et éclairera mes communications.

J'imagine que Duroc et l'intendant général sont partis pour Thorn. Veillez à ce qu'on nous fasse passer du biscuit. Si la Vistule est navigable, pourquoi n'expédierait-on pas une vingtaine de milliers de quintaux de farine par cette rivière jusqu'à Thorn ? Lorsque j'aurai 20,000 quintaux de farine à Osterode, ma position sera améliorée cent pour cent.

Le maréchal Masséna doit être arrivé ; communiquez-lui ces nouvelles.

Le corps d'Essen n'est composé que des recrues ; ce sont de très mauvaises troupes.

Napoléon.

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824– Osterode, 2 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, indépendamment du corps du général Dombrowski, mon intention est de réunir à Neidenburg un corps polonais. Le maréchal Berthier écrit au prince Poniatowski pour cet objet. Veillez à ce que tous les bataillons polonais qui sont à Varsovie, à Nieporent et à Sierock et qui sont habillés et armés, partent sur-le-champ pour Niedenburg.

Np.

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825 – Osterode, 3 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 28 février à onze heures du soir. Je vous ai envoyé hier un courrier. Les affaires ici vont bien. Les subsistances commencent à arriver. Il parait que la force de l'armée ennemie n'a point bougé de Königsberg. L'ennemi s'est seulement étendu pour prendre des cantonnements. Du reste, je fais faire aujourd'hui une attaque pour repousser les postes qui se sont trop approchés de nos cantonnements. Je pense que je déciderai ce que vous devez faire de M. de Vincent lorsque je vous écrirai à partir de Varsovie, où il ne serait pas impossible, cependant, que je me rendisse moi-même pour recevoir les ambassadeurs persan et turc.

Quel traité faire avec la Perse ? Comment voulez-vous que je réponde à cette question quand vous ne m'avez pas encore fait remettre le mémoire de M. Jaubert, qui me fasse connaître ce que c'est que la Perse ? Ce traité, d'ailleurs, peut se faire à Paris, c'est le moins pressant. Cela est différent pour la Porte. Mais, tant que vous ne me ferez pas connaître ce qu'elle veut, quel est le but de la mission de son ambassadeur, je ne puis vous envoyer d'instructions.

J'ai lu et relu la dépêche de M. de Stadion ; je n'y comprends rien et ne sais quelle réponse vous faire. Si M. de Vincent vous a expliqué cette note pour la rendre intelligible, vous ne me l'avez pas dit. Que veut la Maison d'Autriche ? Je ne le sais pas. Veut-elle traiter pour garantir l'intégrité de la Turquie ? J'y consens. Veut-elle un traité par lequel la Russie venant à acquérir un accroissement de puissance ou de territoire en Turquie, les deux puissances feraient cause commune pour obtenir l'équivalent ? Cela peut encore se faire. Enfin la Maison d'Autriche veut-elle gagner quelque chose dans tout ceci ? se mettre du côté de celui qui lui donnera de l'avantage ? Que veut-elle ? Je ne sais rien de tout cela.

Il faut aller plus loin : après avoir dit à M. de Vincent tout ce que je vous dis là, ajoutez que, si les affaires avec la Prusse ne s'arrangent pas, et que la Maison d'Autriche veuille faire cause commune avec nous, on pourrait lui donner une partie de la Silésie. Par ce moyen, elle aurait repris à la monarchie prussienne ce que cette monarchie lui a pris en d'autres temps. Mais cette dernière ouverture me parait bien hasardée. La Maison d'Autriche ne sait elle-même que faire, et dès lors il est bien difficile de la pénétrer. Faites-moi connaître votre opinion sur ce que veut la Maison d'Autriche, et ce qu'il faut faire pour se l'assurer. Ce doit être là mon premier intérêt.

Du reste, pour rassurer M. de Vincent, vous pouvez lui dire qu'il viendra à Thorn ou à Osterode avec vous, si vous y venez ; qu'on est embarrassé de ce grand nombre de diplomates à l'armée, mais que lui, militaire, ne fera pas beaucoup d'embarras dans un quartier général. Dites-lui cela comme venant de vous et comme étant votre opinion.

Napoléon.

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826 – Osterode, 3 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, faites toutes les instances auprès du gouvernement et du gouverneur pour qu’on rétablisse le port de Praga ; il est ridicule que cela ne soit pas déjà fait. L’idée de prendre les bateaux de ce port pour transporter des vivres à Thorn est une idée folle, s’il en fut jamais. J’espère qu’elle n’aura eu aucune exécution.

Si Le Marois est encore à Varsovie, qu’il y reste pour faire marcher les dépôts.

Nap.

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827 – Osterode, 4 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint la relation du combat de Dirschau. Comme c'est un combat polonais, s'il n'a pas été mis dans le journal de Varsovie, faites-l'y mettre.

J'ai reçu vos lettres du 1er mars à dix heures du soir. Dites au prince Poniatowski qu'il donne l'ordre que tous les Polonais se rendent à Neidenburg ; il y aura là environ 3 000 chevaux. Le général Zayonchek va s'y rendre avec sa division et avec la partie de la 1re légion qui est disponible, comme je vous l'ai mandé. Je formerai par ce moyen un corps de 10 à 12 000 Polonais, qui protégeront les communications, donneront de l'inquiétude à l'ennemi, et pourront se former, étant seuls et entre eux dans ces cantons. Quand ce corps sera réuni, le prince Poniatowski pourra l'aller passer en revue. Il faut diriger là tous les Polonais volontaires qui veulent servir.

Le prince Sulkowski est venu me trouver au quartier général ; il dit avoir un régiment de 600 hommes du côté de la Silésie. Je lui ai dit qu'il pouvait l'amener et que je le solderais. Dites cela au prince Poniatowski pour qu'il le dirige sur Neidenburg.

J'avais proposé la levée d'un régiment de chevau-légers polonais qui me servirait pour la Garde ; faites-moi connaître où cela en est. Il faudrait que le gouvernement pût se procurer des chevaux dans le pays. Si l'on pouvait le former de jeunes gens comme les dix-huit qui composent ma garde d'honneur, cela serait bientôt fait. Arrangez cela. Envoyez au quartier général les hommes isolés ; il suffirait qu'ils soient armés, et on les organiserait.

Je vous ai fait connaître hier mes intentions sur la cour de Vienne. Je ne puis rien y ajouter. Je ne vois pas pourquoi renvoyer si vite l'ambassadeur persan à Paris. Il faut le laisser quelque temps à Varsovie. Mais l'important dans tout cela est l'ambassade de la Porte. J'attends de connaître ses instructions et les projets de la Porte. Je ne vois pas d'inconvénient que M. Reinhard s'en retourne à Paris, aussi bien que tout ce qui tient à la légation de Russie et qui ne saurait m'être utile. Peut-être pourriez-vous garder avec vous M. de Lesseps qui a séjourné longtemps en Russie et qui en arrive nouvellement.

Faites-moi connaître quelles sont les personnes qui ont écrit ces deux lettres.

Np.

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828 – Osterode, 6 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois votre lettre du 3 à quatre heures après midi. Vous renvoyez les ministres persan et ottoman un peu trop vite, surtout le ministre ottoman. Il faut que ce dernier reste, qu'il fasse connaître positivement ce que veut la Porte ; si la guerre est réellement déclarée, quel plan de campagne a été adopté ? si elle veut de mes troupes ou si elle n'en veut pas ; de quelle espèce de secours elle a besoin de moi ? etc.

Le prince Poniatowski m'envoie toute la cavalerie qui est en organisation, au quartier général ; mais il faut qu'elle soit équipée et armée, car que ferais-je d'hommes qui n'auraient ni selles, ni armes ? Il y a des sabres, des pistolets, des carabines à Posen et à Varsovie : quel est le nombre qu'on en a donné ?

Je vous ai déjà mandé que je désirais que les bataillons de la première légion qui sont armés et habillés se dirigeassent sur Neidenburg, où ils formeront un corps de Polonais sous les ordres du général Zayonchek avec d'autres troupes polonaises que j'y réunis. Ce corps défendra la communication de Wittenberg à Allenstein et maintiendra libre tout le bas de la Pologne.

Confiez au gouvernement et au directeur de la guerre que mon intention est d'envoyer, d'ici à trois semaines, le maréchal Masséna en Moldavie avec 30 000 hommes, pour s'y réunir au général Marin et à 40 000 hommes qui partent de Dalmatie. Mon intention serait de joindre aux 30 000 hommes du maréchal Masséna 15 000 Polonais, lesquels resteraient à Kaminiec, en faisant insurger cette province. Je ne serais point très fâché que ces nouvelles courent, surtout dans le camp russe. Voyez les membres du gouvernement pour savoir si vraiment on pourrait calculer la diversion de quelque insurrection du côté de Kaminiec, dans la Podolie.

Faites tenir mes appartements prêts, parce qu'il est effectivement possible que je me rendisse à Varsovie d'un moment à l'autre. Il ne faut que quinze heures pour faire le chemin. Annoncez ma présence de toutes les manières.

Je vous le répète, laissez l'ambassadeur ottoman à Varsovie encore quelque temps. Notifiez-lui, au reçu de cette lettre, qu'il m'attende à Varsovie. Vous ne me dites pas quels sont ses pouvoirs. Sa cour désire-t-elle que j'envoie 20 000 hommes pour couvrir Constantinople ? S'il dit non, veut-elle que je les envoie pour balayer le Danube ? Comment les traiterait-on ? Qui en aurait le commandement ? E voyez s'ils ont songé à quelque chose et s'ils désirent quelque chose. S'il y avait un congrès, l'ambassadeur a-t-il des pouvoirs pour ce congrès ? Que veut la Porte à la paix générale ? Voilà des choses sur lesquelles il faut que vous m'éclairiez.

Il ne doit pas être difficile de trouver quelques bateaux ou radeaux et de les charger de subsistances pour ici. Faites-moi connaître comment se porte le maréchal Lannes ; est-il guéri ?

Vous trouverez ci-joint une lettre que je reçois du prince de Saxe-Cobourg ; elle n'est que ridicule, lorsqu'il est public que ce prince est au service du roi de Prusse. Qu'il rentre chez lui plus tôt, s'il ne veut pas perdre sa souveraineté.

Il y a ici des marches et des contremarches, quelques coups de canon, mais rien d'important. J'ai fait chasser l'ennemi en avant de Guttstadt. Comme ses postes étaient venus se placer sur la Passarge, je les ai fait balayer à dix lieues.

Napoléon.

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829 – Osterode, 6 mars 1807 11 heures du soir.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 4, avec les dépêches de Constantinople, qui m'ont paru fort intéressantes. J'ai remis le manifeste de la Porte à Maret. Je ne pense pas qu'on ait de l'inconvénient à le mettre dans les gazettes de Varsovie et de Berlin.

Voyez l'ordonnateur qui est resté à Varsovie ; qu'il s'arrange pour qu'il y ait à Pultusk et à Przasnysz des farines pour nourrir le corps du maréchal Masséna pendant vingt jours. J'apprends que la farine se consomme et ne se renouvelle pas. Il y a beaucoup de blé. Il faut laisser la quantité de blé qu'on peut moudre dans une vingtaine de jours, et transporter le reste à Thorn.

Napolé.

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830 – Osterode, 6 mars 1807, minuit.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous ai écrit cette nuit. Le général Zayonchek se rend à Neidenburg aujourd'hui avec 4 000 hommes d'infanterie polonaise et 1 000 chevaux. Il commande un corps que j'ai nommé corps d'observation polonais. C'est à Neidenburg qu'il faut diriger tous les Polonais qui veulent se battre, infanterie et cavalerie. Le major général envoie des ordres à ce sujet au directeur de la guerre polonais : qu'il dirige sur Neidenburg leur artillerie, les corps de la 1re légion, et qu'il active la levée de Kalisz et le complément de ce corps d'observation.

Ayant fait un mouvement offensif sur l'ennemi, il s'est mis partout en retraite. Je l'ai fait poursuivre l'espace d'une douzaine de lieues et je suis rentré dans mes cantonnements.

Le but du corps d'observation polonais que je forme à Neidenburg est de défendre le district de Plock des incursions des Cosaques, et rendre ma communication avec Varsovie extrêmement sûre. Il est nécessaire que le général Zayonchek ait la haute main sur la police et que tous les moyens du district de Plock soient mis à sa disposition.

Dans des dépêches que m'écrit le gouverneur de Varsovie, il me paraît fort indisposé contre le gouvernement ; il a tort. Mon intention est qu'on ne loge personne chez les membres du gouvernement. Qu'on laisse au grand-duc de Berg son logement chez le comte Potocki ; aussi bien il est possible qu'il s'y rende d'un moment à l'autre. Tâchez de convaincre Gouvion qu'il prend trop de passion contre ces gens-là. Il me semble qu'ils rendent autant de services que les circonstances peuvent le permettre.

Napoléon.

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831 – Osterode, 6 mars 1807, minuit.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, un Polonais nommé André Statoriski m'a présenté un mémoire sur un plan d'insurrection dans la Volhynie et la Podolie. Voyez-le, je vous prie, et dites-moi si l'on peut compter sur quelque chose. Si l'on pouvait former là une confédération qui deviendrait maîtresse du pays et s'emparerait des magasins, etc., ce serait une diversion favorable, et je pourrais être à même de la soutenir. Mais il faudrait qu'il pût se réunir 7 à 8 000 hommes, afin d'être en état de résister aux détachements et aux dépôts que les Russes pourraient avoir laissés en arrière. Cette diversion obligerait Essen à faire un mouvement qui permettrait de retirer le corps français qui est devant lui ; mais il faudrait que cela se fît dans un mois.

Il demande, à ce qu'il me semble, qu'un corps français arrive avant. Il faudrait au contraire que le mouvement se fit d'avance, afin de favoriser la marche du corps français, et pour être certain que le corps qu'on enverrait là ne fût pas abandonné sans secours.

Napol.

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832 – Osterode, 9 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 6 mars. Voici ce que vous répondrez à M. de Vincent. Le plan de l'Empereur dans les affaires actuelles est celui-ci : restituer au roi de Prusse son trône et ses États, et maintenir l'intégrité de la Porte. Quant à la Pologne, cela se trouve contenu dans la première partie de la phrase. Si ces bases de paix conviennent à l'Autriche, nous pouvons nous entendre. La tranquillité de l'Europe ne sera stable que lorsque la France et l'Autriche, ou la France et la Russie marcheront ensemble. Je l'ai proposé plusieurs fois à l'Autriche ; je le lui propose encore. Quant à l'observation de M. de Vincent, que l'abattement de la Prusse est tel qu'elle ne peut pas se tirer d'affaire, elle est raisonnable. Vous pouvez dire à M. de Vincent que vous êtes autorisé à signer tout traité éventuel fondé sur ces bases.

Il faut également que vous écriviez dans ce sens à M. Andréossy, non pour qu'il provoque rien, mais pour qu'il s'en explique dans ces termes, lorsque M. de Stadion lui en parlera, mais avec lui seul. La fin de tout ceci sera un système entre la France et l'Autriche, ou entre la France et la Russie ; car il n'y aura de repos pour les peuples, qui en ont tous besoin, que par cette union.

Dites aussi à M. de Vincent qu'il faut que, de son côté, il nous dise ce qu'ils désirent. Qu'ils voient que nous sommes prêts à les rassurer sur toute espèce de craintes, et à nous expliquer franchement sur toutes les questions qu'ils nous posent.

Napoléon.

Une observation de fait, c'est que les fortifications de Breslau, de Schweidnitz et de Breslau ont sauté ; ce qui fait connaître qu'il n'y a aucune disposition de conserver la Prusse et de nuire à l'Autriche.

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833 – Osterode, 10 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint copie d'une lettre que j'écris au maréchal Masséna par Pultusk. Faites-la-lui passer de votre côté. On m'a dit qu'il était encore à Varsovie ; si cela était, ce que je ne puis concevoir, témoignez-lui, dans la conversation, qu'il est étonnant que, lorsque le corps du général Essen est en pleine activité, il soit à Varsovie et ne soit pas à son avant-garde.

Napol.

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834 – Osterode, 11 mars 1807, 2 heures du matin.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 8 mars à cinq heures après midi. Puisque la Porte ne veut pas de troupes à Constantinople, ni par la Bosnie, vous pouvez assurer l'ambassadeur qu'il n'en sera plus question.

Quant aux officiers qu'il demande, il faut qu'il spécifie leur nombre, leur grade, leur arme, et qu'il me fasse une demande positive et détaillée.

De même pour l'ambassadeur de Perse ; qu'il fasse connaître le nombre, le grade, l'arme et la manière dont ils seront traités.

Je vous ai envoyé hier une lettre pour le maréchal Masséna. J'imagine qu'il sera parti pour son corps d'armée, où sa présence est importante.

Napol.

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835 – Osterode, 11 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je ne vois pas d'inconvénient que le général Sebastiani reçoive l'ordre du Croissant, mais sans y mettre d'importance et comme une chose agréable à la Porte, de même que la maison de campagne que la Porte veut donner, mais cela éclat.

Nap.

Je vous envoie deux lettres qui me paraissent d'une date assez vieille. Faites-moi connaître ce qu'elles contiennent. Faites mettre dans le journal de Varsovie le succès des Turcs contre les Russes, ainsi que la prise qu'on dit qu'ils ont faite de deux bâtiments russes dans les Dardanelles.

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836 – Osterode, 11 mars 1807, 11 heures du soir.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, un millier d'hommes de cavalerie s'était porté à Willenberg. Des Cosaques s'étaient jetés sur différents points. Ils avaient fait accroire à tous les habitants qu'ils avaient 12 000 hommes d'infanterie. Les Russes ont un grand art pour vanter leurs forces. Le grand-duc de Berg s'y est porté. Le prince Borghèse à la tête de son régiment a culbuté six escadrons qui voulaient défendre Willenberg, leur a tué beaucoup d'hommes et leur a fait une centaine de prisonniers, parmi lesquels deux capitaines et d'autres officiers. Vous pouvez faire mettre ce petit événement dans les journaux de Varsovie, surtout à cause du prince Borghèse.

Il n'y a rien de nouveau. Faites continuer à nous envoyer des subsistances par la route directe de Varsovie, qui va être d'autant plus sûre que je viens de faire occuper Willenberg par la division Gazan, et Neidenburg par les régiments polonais. Voyez à nous procurer du riz ; il faudrait en faire acheter à quelque prix que ce soit.

Napoléon.

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837 - Osterode, 12 mars 1807, 6 heures du matin.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 9 à six heures du soir, dans laquelle vous me parlez de l'insurrection du côté de Kaminietz. Vous ne me faites pas assez connaître si, pour qu'ils s'insurgent, il faut qu'un corps de Français y aille, ou s'ils le peuvent avant qu'un corps de Français y arrive.

Napol.

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838 - Osterode, 12 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, voyez, je vous prie, le gouvernement. Faites-lui bien comprendre que la question aujourd'hui est moins une question militaire qu'une question de vivres, et qu'il faut qu'il use de tous ses moyens et qu'il excite le zèle et le patriotisme. J'écris à Le Marois ce dont j'ai besoin. Il faut s'occuper des transports et de me procurer ce que je demande. Je ne me refuse pas à payer. Le gouvernement doit envoyer un de ses membres à Plock, car ce district serait le plus malheureux, si j'étais obligé de repasser la Vistule. L'argent ne me manque pas, et je le compte pour rien, pourvu que les vivres m'arrivent et que mon armée soit nourrie.

Faites passer la lettre ci-jointe au prince Jérôme.

Quant aux moyens de transport, l'artillerie en prend beaucoup, et c'est à tort ; elle a ses moyens, et les vivres doivent passer avant tout. Je vous donne toute l'autorité nécessaire pour autoriser l'ordonnateur à faire les marchés sans aller chercher l'intendant, ce qui mettrait du retard. Vous me donnerez avis de ce qui sera fait, et je ferai mettre l'argent à sa disposition.

Nap.

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839 - Osterode, 12 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 10 mars à trois heures après midi. J'ai 300 000 rations de biscuit à Varsovie ; il faut huit jours pour venir de Varsovie à Osterode ; faites des miracles, mais qu'on m'expédie par jour 50 000 rations. Tâchez aussi de me faire expédier par jour 2 000 pintes d'eau-de-vie. Aujourd'hui le sort de l'Europe et les plus grands calculs dépendent des subsistances. Battre les Russes, si j'ai du pain, c'est un enfantillage. J'ai des millions ; je ne refuse pas d'en donner ; tout ce que vous ferez sera bien fait, mais il faut qu'au reçu de cette lettre on m'expédie par terre, par Zakroczym et Mlawa, 50 000 rations de biscuit et 2 000 pintes d'eau-de-vie ; c'est l'affaire de 80 voitures par jour, en les payant au poids de l'or. Si le patriotisme des Polonais ne peut pas faire cet effort, ils ne sont pas bons à grand-chose.

On m'expédie des farines par eau, c'est fort bien ; mais le biscuit et l'eau-de-vie, il faut me l’expédier par terre ; car, quand les transports par eau sont arrivés à Thorn, il leur faut presque autant pour venir de Thorn à Osterode que de Varsovie. L'importance de ce dont je vous charge est plus considérable que toutes les négociations du monde. Faites appeler l'ordonnateur, le gouverneur, le général Le Marois, les hommes les plus influents du gouvernement ; donnez de l'argent ; j'approuve tout ce que vous ferez. Du biscuit et de l'eau-de-vie, c'est tout ce qu'il nous faut : 300 000 rations de biscuit et 18 ou 20 000 pintes d'eau-de-vie qui nous arriveront dans quelques jours sont ce qui déjouera les combinaisons de toutes les puissances. Qu'on ne prenne point de voitures pour l'artillerie, que tout soit donné aux vivres.

J'écris au prince royal de Bavière. Faites-lui connaître que mon intention est de le faire venir près de moi ; parlez-lui-en. Mon intention est d’appeler également le prince Charles, s’il est tout à fait rétabli, sinon de le renvoyer à Karlsruhe pour se guérir. Quand vous lui en aurez parlé, je lui écrirai pour l'autoriser à faire ce qui lui conviendra.

Que Le Marois fasse partir tous les hommes des dépôts par convois de 500 hommes. S'il était malade, que le gouverneur le remplace dans cette besogne et passe des revues à sa place.

Expédiez un courrier à Constantinople pour faire connaître l'état de nos affaires : que l'armée russe a été chassée de la Vistule et acculée sur Königsberg.

Je verrai avec plaisir qu'on continue d'évacuer sur Kalisz, et de là sur Glogau les blessés, mais surtout ceux qui ne sont pas susceptibles de servir de garnison.

Envoyez-moi l'état de situation de la 1re légion polonaise, et quand le 1er régiment se sera mis en marche pour Neidenburg.

Faites appeler le général du génie Cazals pour lui demander quel jour la tête de pont de Praga sera susceptible de toute sa défense et sera à l'abri de toute attaque avec 12 ou 15 000 hommes et quel jour celle de Sierock sera dans la même situation.

L'aide de camp du maréchal Lannes a dû vous porter une lettre contenant mes intentions sur M. de Vincent. Il faut cependant parler avec une certaine fierté.

J'ai autorisé l'intendant à payer à Varsovie les 200 000 francs qui devaient l'être à Berlin, mais là-dessus, il faut qu’on paye le corps du général Zayonchek.

Napoléon.

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840 - Osterode, 13 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai reçu votre lettre du 10 mars à trois heures après midi. Faites sentir à M. Andréossy que je n'ai point approuvé qu'il n'ait pas invité M. de Stadion à la fête qu'il a donnée à l'ambassadeur de Perse. Cela est impolitique et dès lors mauvais. Il est à Vienne pour faire mes affaires et non pour avoir des piques et des discussions avec le ministre de l'Empereur. Écrivez-lui pour lui tracer le langage qu'il doit tenir sur les affaires du moment. Il doit bien observer les mouvements militaires de l'Autriche et en informer le prince Eugène et le général Marmont.

Napoléon.

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841 - Osterode, 13 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 11 mars. Les circonstances ont changé. Il faut désormais reprendre la rive droite de la Vistule, qui est la route la plus courte, tant pour les convois que pour les détachements.

J'ai fait la lettre au roi de Perse ; je vous l'enverrai demain. Vous la remettrez à l'ambassadeur, pour qu'il la fasse partir par un de ses gens. Remettez-lui en même temps un récit en français, qu'il traduira en persan, de ce qui s'est passé en Europe depuis six mois. Il faut également que l'ambassadeur turc envoie cette relation à sa cour pour la prémunir contre les mensonges des Russes.

Écrivez à Sebastiani qu'il envoie en Perse un officier porteur d'une lettre de lui au vizir pour l'instruire de ce qui se passe, et qu'il prenne des mesures pour que sa correspondance avec la Perse devienne facile et rapide. Sebastiani recommandera d'attaquer les Russes, afin de leur faire du mal dans une circonstance où ils se sont affaiblis en Perse. Il faut que Sebastiani organise des moyens de correspondance tels qu'il puisse leur envoyer tous les huit jours un courrier. Il s'entendra à cet effet avec la Porte et avec les agents du shah de Perse. J'attache beaucoup d'importance à ce qu'un envoyé des ambassadeurs persan et ottoman parte sans délai pour Ispahan et Constantinople.

Je n'ai pas reçu aujourd'hui de lettres de Le Marois ni du gouverneur, de sorte que je n'ai point de nouvelles des convois ni des dépôts. Ayez soin que j'aie toujours des renseignements là-dessus par tous les courriers.

Vous ne me faites pas connaître si les deux régiments polonais sont partis à Varsovie pour Neidenburg ; quelle est leur force ; qui les commande. Dites au directeur de la guerre qu'il fasse placer tous les hommes que j'ai fait venir de France ; qu'il les envoie au général Zayonchek, qui les placera. Il faut faire venir le régiment de Plock à Sierock, et avoir un corps tiré de ce qui reste à Varsovie des dépôts de la 1re légion, pour faire le service à Praga et à Varsovie.

J'ai fait envoyer par M. Maret un projet pour la levée d'un régiment polonais, pour servir avec ma Garde. Je désire que, dans un mois, il puisse se remplir, non de paysans, mais d'hommes d'éducation et d'honneur. Causez-en, article par article, avec les hommes les plus influents du gouvernement.

Je vous ai écrit une longue lettre pour vous demander du riz, du biscuit, de l'eau-de-vie. Voyez ce qu'on peut faire de biscuit à Varsovie; il faut qu'on en puisse faire 30 000 rations au moins par jour. Envoyez-moi l'état des magasins de vivres de Varsovie. Je vois avec plaisir que les transports par eau vont; mais il faudrait faire marcher de front ceux par terre.

Napol.

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842 - Osterode, 14 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 12 à huit heures du soir, dans laquelle vous me rendez compte de votre conférence avec M. de Vincent. Vous aurez sans doute demandé à Andréossy d'avoir un chiffre avec Marmont et le prince Eugène. J'ai en Italie 80 000 hommes bien exercés, bien armés et bien équipés. J'en aurai 90 000 d'ici au 1er mai. Ces forces ne laisseront pas que d'en imposer à l'Autriche. Il lui faut au moins une armée de 120 000 hommes pour s'opposer à celle-là, ce qui exige des préparatifs et des dépenses immenses. Outre cela, il est probable que, dans un mois, je serai défait des Russes. Mes subsistances s'organisent. Nous marchons sur le beau temps. Ainsi donc, tout en désirant fort la paix avec l'Autriche, je ne me trouve pas dans une situation telle qu'elle ait à regarder longtemps. Toutefois, je suis d'opinion qu'une alliance avec la Russie serait très avantageuse, si ce n'était pas une chose fantasque, et qu'il y eût quelque fond à faire sur cette cour. Une alliance avec l'Autriche, si elle est possible, donnerait du moins quelque temps de tranquillité. Je suis assez disposé à faire pour cela quelques sacrifices. L'évacuation de l'Allemagne est une chose toute simple et qui ne fera obstacle à rien, hormis, toutefois, des côtes qui sont relatives à ma guerre avec l'Angleterre. Toutefois vous avez fait ce qu'il fallait faire ; il faut s'en tenir là.

Les nouvelles intéressantes sont celles de Constantinople ; il parait qu'une partie de l'escadre anglaise qui était en Sicile s'y est portée. Si la Porte résiste, cela ne laissera pas d'être d'un grand poids, car Michelson demande à force des renforts, et on n'en a pas à lui envoyer. En réalité, l'infanterie russe est fort démoralisée et ne se sent point de force à lutter contre nous à l'ouverture de la campagne. Tout porte à penser qu'elle essuiera un grand échec si le cabinet ne fait pas la paix, et le contrecoup n'en sera pas indifférent en Russie.

Napolé.

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843 - Osterode, 15 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le prince de Bénévent, écrivez à M. Otto que la Gazette d’Erlangen et même celle de Munich ne me paraissent pas animés d’un bon esprit. La Gazette de Munich a dit que les Russes avaient gagné la bataille d’Eylau.

Np.

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844 - Osterode, 16 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai reçu les dépêches de Constantinople du 18 février, que vous m'avez envoyées. Il reste à voir actuellement comment tournera cette crise, et quelle contenance ou quelle espèce de transaction fera la Porte.

Je reçois aussi la dépêche de M. Andréossy du 7 mars ; j'y vois, de fait, l'armement de l'Autriche ; du reste, ce sont des projets que personne ne peut ici bien savoir. Il faut que cet ambassadeur ait soin de vous instruire promptement de tous les mouvements qui auront vraiment lieu.

Napoléon.

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845 - Osterode, 17 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 15 mars à huit heures du soir. Le temps s'est remis depuis quelques jours au froid. Le thermomètre a été cette nuit à dix degrés. La journée a cependant été superbe. Nous avons deux pieds de neige. Rien de nouveau dans nos quartiers. Les subsistances s'organisent, les dépôts rejoignent, et l'ennemi rétrograde. Tâchez donc de savoir ce que fait le général Essen.

Napol.

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846 - Osterode, 17 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, faites-moi savoir si, en allant à Varsovie, il reste assez de monde de ma Maison pour que je puisse y rester deux ou quatre jours sans mener personne. On répand à Varsovie un tas de faux bruits, démentez-les et laissez toujours entrevoir que j'y arriverai au moment où l'on s'y attendra le moins. Comme je veux faire la route à cheval, le temps a été trop rigoureux jusqu'à cette heure pour cela.

Napol.

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847 - Osterode, 18 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 16 mars. Il n'y a point d'inconvénient qu'on laisse le personnel de l'artillerie de la première légion polonaise à Praga pour la défense de la ville.

Mon intention est de ne décréter l'organisation des chevau-légers polonais de la Garde qu'autant que je serai sûr de réussir. M. Maret en a envoyé le programme au prince Poniatowski.

Faites mettre dans le Moniteur une note des événements qui ont eu lieu en Perse et en Turquie, ainsi que des nouvelles que donnent les courriers sur les mouvements des troupes turques.

Vous dites, dans une de vos lettres, que, le 18, trente pièces d'artillerie seront en batterie dans les ouvrages de Praga. Faites-moi remettre l'état des pièces, de leur approvisionnement, de l'endroit où elles sont placées, ainsi qu'un rapport du général du génie Cazals avec les plans et profils, qui me fassent connaître la situation des ouvrages au 30 mars.

Puisque le prince de Bade veut venir avec moi, qu'il vienne. Je suis cependant fâché qu'il n'aille pas faire un enfant à sa femme.

Faites-moi un rapport sur cette demande du prince de Schwarzburg.

Napoléon.

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848 - Osterode, 19 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Andréossy et répandez partout que, indépendamment de 140 000 hommes qui viennent d'arriver à mes dépôts en France, je viens de lever 80 000 hommes de la conscription de 1808 ; que je viens de créer en outre dix légions de réserve, composées chacune de cinq bataillons, qui sont destinées à la défense des frontières et des côtes ; ce qui me mettra à même de faire marcher sur-le-champ toute l'armée de Bretagne et de Normandie en Bavière.

Parlez de ces mesures à M. de Vincent. Dites-lui que cette nouvelle levée nous était inutile ; que les levées actuelles de l'Autriche m'y ont décidé ; que, si elle nous donne de l'inquiétude, elle va avoir 80 000 hommes en Bavière ; que j'attends sa réponse à mes ouvertures pour faire faire demi-tour à droite à mon armée de Bretagne et de Normandie, qui sera remplacée par les dix légions que je forme avec la conscription de 1808 et qui seront commandées par des généraux sénateurs, par Colaud, Sainte-Suzanne, Vaubois, Rampon, etc., que cela aura deux résultats, de faire dépenser beaucoup d'argent à l'Autriche et à moi, et de tendre à accroître mon état militaire ; tandis qu'il est bien plus simple que l'Autriche reste tranquille ; que je ne me refuse à aucune proposition raisonnable, qu'elle a vu que j'ai été au-devant pour la rassurer sur tout ce qui pouvait l'inquiéter, mais que là se borneront mes complaisances ; que, pour la rassurer, j'ai fait plus, j'ai fait démolir les places de Silésie ; que j'ai arrêté le siège de Neisse, et que, si je le reprends, je ferai aussi démolir cette place ; qu'après ces preuves de déférence l'Autriche serait bien folle d'attirer chez elle le théâtre de la guerre ; et que, si l'on pouvait croire en Autriche que je suis embarrassé, je ne demande pas mieux de faire passer la revue de mon armée de Bretagne et de Normandie par un officier autrichien, qui verra par ses yeux combien de troupes je puis envoyer en Bavière dans un mois ; et qu'avant un mois, temps auquel la saison permettra aux Anglais de faire quelque entreprise contre mes côtes, mes dix légions seront assez organisée pour pouvoir s'y opposer ; que, quant à mon armée d'Italie, elle est telle qu'elle n'a jamais été, et dans ce moment 20 000 hommes de la conscription, de 1807 passent les Alpes pour la renforcer. Entre cette armée et celle qui se concentrerait à Zara et qui agirait contre eux, j'ai plus de 100 000 hommes. Il faut aussi que M. Andréossy parle dans ce sens, mais recommandez-lui de le faire doucement et avec prudence.

Vous porterez plainte à M. de Vincent sur une patrouille autrichienne qui a violé le territoire polonais et est venue à Sierock, et vous lui direz que tous les officiers du cordon ne dissimulent pas les dispositions hostiles où ils sont ; que c'est une étrange et extraordinaire folie que de penser que, sans raison, lorsqu'elle est rassurée surtout, qu'elle peut jouer un beau rôle et consolider enfin le repos de l'Europe, l'Autriche veuille remettre tout en problème et se rengager dans une lutte où en réalité elle n'a ni l'argent ni les moyens de se maintenir ; qu'il est tout simple que, lorsque les Russes la verront engagée, ils en seront fort aises et la laisseront détruire comme ils ont laissé détruire la Prusse ; que des femmes et des enfants peuvent s'imaginer que l'Empereur ira s'enfourner dans les déserts de la Russie, et qu'il sera sans moyens pour parer à tous les événements; qu'en dernière analyse, tout cabinet qui voudra réfléchir sentira que le moment actuel est le moment de la paix, même pour l'Angleterre, qui n'a plus les moyens de suffire à ses énormes dépenses ; que l'Autriche peut concourir à cette paix selon les ouvertures que je lui ai faites ; qu'elle peut y avoir de l'avantage, mais qu'il faut qu'elle ne me donne point d'inquiétude et qu'elle ne me fasse aucune menace.

Napol.

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849 - Osterode, 19 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois vos lettres du 17. Je vois tout le mouvement que vous vous donnez pour nous procurer des subsistances ; c'est très bien fait. Envoyez-moi surtout du riz et de l'eau-de-vie.

Il n'y a rien de nouveau. Le temps continue à être très froid ; il gèle huit à dix degrés. Il paraît que de part et d'autre on veut rester tranquille. J'ai lu la proclamation de Bennigsen que je ne connaissais pas ; elle est si ridicule que j'ai peine à croire qu'elle soit de lui. Il est vrai que toutes ses relations montrent un homme de peu d'esprit, et il est possible qu'il ait signé cette rhapsodie.

Np.

P.S. Comment le gouvernement polonais n'a-t-il pas exactement et promptement des nouvelles d'Essen et de ce que font les ennemis à Bialystok ?

Envoyez la lettre ci-jointe au prince Jérôme.

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850 - Osterode, 20 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre dépêche du 18 mars à six heures du soir. Vous devez répondre à M. de Vincent que vous ne pouvez pas faire une réponse officielle à une chose qui ne lui a pas été officiellement déclarée ; que, dans la croyance où nous sommes que l'Autriche a intérêt à balancer le pouvoir de la Russie, il serait possible qu'on ne fût pas éloigné d'accepter la médiation de l'Autriche ; mais que le préalable dans cette circonstance, c’est que l'Autriche n'arme pas, et que, s'il est dans l'intention de la cour de Vienne de rétablir la paix entre la France et la Russie, elle doit se présenter un bâton blanc à la main, comme un juge de paix. Il résultera de cela, pour l'Autriche, un très beau rôle. Ainsi donc tout consiste pour l'Autriche à rester tranquille.

Ajoutez qu'il serait convenable que, lorsque la notification de tout cela sera faite, l'on sache que cela n'est soutenu par aucun préparatif extraordinaire de guerre. Du reste, comme je suis très soupçonneux de mon naturel, je ne puis voir dans tout ce que fait la Russie qu'une première amorce pour entraîner l'Autriche dans une coalition ; c'est pourquoi je tiens à ce que l'Autriche n'arme pas. Il faut trois mois pour réunir des troupes. Moi, pendant ce temps, je vais armer 80 000 hommes. Au mois de septembre, j'en armerai 80 000 autres. Ce n'est pas que je ne désire la paix avec la Russie, parce que je pense que celle-là entraînera la paix avec l'Angleterre ; mais je pense aussi que, lorsque deux puissances comme la France et la Russie veulent faire la paix, le meilleur moyen est de la faire directement. Au reste, je ne ferai une réponse officielle que lorsque j'aurai une notification officielle. Vous laisserez pressentir que cette réponse sera favorable, si je n'ai aucun sujet d'inquiétude du côté de l'Autriche.

Napol.

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851 - Osterode, 20 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint un message au Sénat et un rapport du ministre de la guerre. Ce message, partant demain 21, arrivera probablement le 1er avril, et sera publié à Paris vers le 4 ou le 5. Il y a donc peu d'inconvénients à l'envoyer à M. Andréossy, ou à le faire imprimer, mais en calculant de manière que les imprimés ne puissent arriver à Paris que le 10 avril, ou le communiquer seulement à des ministres alliés, de manière qu'il finisse par arriver à la connaissance du cabinet autrichien.

Il faudrait que tous fissiez un projet de circulaire aux princes de la Confédération pour leur exposer sur les mêmes principes l'état de la question et les engager à lever une armée de réserve pour, à tout événement, garantir le territoire de la Confédération. Aussi bien aucun membre de la Confédération n'a complété son contingent. Voyez ce qu'on peut faire là-dessus. Si l'on pouvait réunir à Augsbourg une douzaine de mille hommes, ce serait d'un bon résultat.

Envoyez, un peu par curiosité, la lettre ci-jointe à Alquier, à Rome, pour savoir quel est ce prêtre et ce qu'il fait.

Np.

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852 - Osterode, 20 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il faudrait voir les membres du gouvernement, pour qu'ils écrivissent aux différentes chambres et aux différents commissaires qu'instruits que beaucoup de militaires se trouvent disséminés dans les villages, ils leur envoient l'état des militaires qui se trouvent dans leurs villages et arrondissements. Ces états seront faits secrètement et seront envoyés au gouvernement qui vous les remettra au fur et à mesure, et vous me les ferez passer.

Nap.

Cette correspondance doit être secrète.

Envoyez cette lettre au prince Jérôme.

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853 - Osterode, 22 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai fait effacer M. de Thiard du tableau des officiers. Je l’ai renvoyé, après lui avoir témoigné tout mon mécontentement, et je lui ai ordonné de rester dans sa terre. C’est un homme sans honneur militaire et sans fidélité civile. Mon intention est qu’il soit également rayé du nombre de mes chambellans. J’ai été vivement affecté d’une si noire ingratitude, mais je m’estime heureux d’avoir connu à temps un si mauvais homme.

Napol.

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854 - Osterode, 22 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 20 mars à quatre heures après midi. Vous ne me parlez plus de l'Autriche.

Quels sont ses mouvements de troupes en Galicie ? Ayez l'œil sur les mouvements qu'elle fait ; vous en sentez toute l'importance. A-t-elle déjà fait des mouvements ?

Nap.

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855 - Osterode, 22 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai l'habitude de donner aux soldats blessés un napoléon et aux officiers cinq. Faites faire l'état des blessés du dernier combat d'Ostrolenka qui sont à Varsovie, et, lorsque vous aurez cet état, rendez-vous aux hôpitaux et faites vous-même celle distribution. Mais ayez soin de n'en pas donner aux blessés des combats de Golymin et de Pultusk, parce qu'ils ont déjà touché cette gratification.

Nap.

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856 - Osterode, 22 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai donné l’ordre à l’intendant général de verser deux cent mille francs dans la caisse de la division bavaroise du prince royal pour un mois de solde. Mais comme cet ordre n’arrivera que dans cinq à six jours, puisqu’il doit passer par Thorn, vous pouvez dire au payeur qui est à Varsovie de faire l’avance de cette somme, et qu’il recevra sous peu de jours de son supérieur l’ordre de la verser. J’ai accordé six mille paires de souliers à la même division, il va en arriver à Varsovie. Il est bien entendu que je ne veux pas qu’on touche aux trois ou quatre mille paires qui sont restées à Varsovie à la disposition du général Le Marois pour donner aux hommes sortant des hôpitaux.

Nap.

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857 - Osterode, 24 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 21 mars, six heures du soir. Vous ferez appeler le général Cazals et vous lui communiquerez les observations ci-jointes que j'ai faites sur le plan de la tête du pont de Praga. Je désire qu'il m'envoie une carte qui me présente non seulement la tête du pont, mais aussi le camp retranché. Vous me ferez connaître l'opinion du général Cazals sur ces observations. Je les ai envoyées au général Chasseloup, mais il est en ce moment devant Dantzig, et sa réponse éprouvera des délais.

Nap.

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858 - Osterode, 25 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, beaucoup d'officiers et de conseils d'administration des corps d'armée ont besoin de draps et de différents effets d'équipement. Je sais qu'il en existe chez les marchands de Varsovie. Engagez-les à en charger deux bateaux sur la Vistule, et à venir établir boutique à Marienwerder ou à Thorn. Ils y gagneront, et cela sera utile à l'armée.

Np.

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859 - Osterode, 25 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 22 mars. Vous savez sans doute que, lorsqu'on donne des instructions à Andréossy, il faut plutôt les adoucir que les rembrunir, car il est plutôt porté à la menace. Continuez à avoir des nouvelles d'Essen.

Envoyez un courrier en Espagne pour demander que 3 000 hommes de cavalerie partent sur-le-champ pour se rendre à Anvers, et pour que la division qui est à Livourne parte pour Augsbourg, d'où je la dirigerai sur Hambourg pour s'opposer aux débarquements des Anglais. Je payerai l'un et l'autre de ces corps. Il me semble que c'est déjà une chose convenue avec l'Espagne. Le blocus de Hambourg vaudra à l'Espagne la restitution de ses colonies à la paix. Il ne s'agit plus aujourd'hui de tergiverser. Si l'on veut le faire, il faut que, vingt-quatre heures après que cela aura été demandé, la division qui est en Toscane se mette en route, ainsi que les 3 000 hommes de cavalerie. Si à 3 000 hommes de cavalerie on veut joindre 6 000 hommes d'infanterie, il faut les accepter. Il sera facile à M. de Beauharnais de faire comprendre au cabinet que, outre l'avantage de contribuer à amener la paix et la restitution de ses positions, il aura celui d'aguerrir et de discipliner ses troupes. Du reste, il suffit seulement d'en avoir le cœur net. S'ils ne veulent pas, c'est fini. J'attache un double intérêt à faire sortir la division espagnole de Toscane.

Napol.

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860 - Osterode, 26 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 21 à quatre heures après midi. Je n'ai ajouté aucune importance au mot huit millions. Il est facile, au reste, d'arguer que la Prusse en a onze. IL me parait bien plus simple de prendre les devants, et de faire imprimer le message dans les journaux de Berlin et de Varsovie, et, au lieu de huit millions, mettre : les peuples de Prusse.

J'ai lu avec attention la dépêche de M. Otto du 10 mars. Il y est dit que, parmi les personnages influents de la cour de Vienne, l'archiduc Charles est le seul qui soit du parti de la paix. C'est dire une absurdité ; il n'y a certainement pas un seul général autrichien qui ne soit du parti de la paix, et pas un archiduc qui n'en soit également. Le duc de Teschen est certainement de l'opinion de la paix, le prince de Liechtenstein de même ; tous ceux qui ont quelque chose à perdre sont de l'opinion de la paix. Le rapport de M. Otto me parait pécher dans sa base : il est certain que ni l'archiduc palatin, ni le prince Ferdinand ne sont de l'opinion de la guerre. Quels sont les hommes influents ? Est-ce M. de Stadion ? Il ne peut pas être de l'opinion de la guerre, car il faudrait être bien aveugle pour penser qu'on peut tuer la France comme on tue une perdrix à l'affût, et qu'il ne faille pas faire plusieurs campagnes, qui usent l'argent et le moral. Qui ne sait pas cela en Autriche ? Je regarde mon dernier message et mes dernières mesures comme de très-grands stimulants de paix pour l'Autriche.

Il faut avoir bien soin que M. de Vincent n'alarme point dans ses rapports à Vienne et ne fasse croire que j'ai du ressentiment contre l'Autriche. Il faut continuer à parler de notre projet d'alliance avec elle ; qu'Andréossy parle dans ce sens. Il faut dire à M. de Vincent que, si l'Autriche nous fait une proposition claire et nette d'intervention dans les négociations, nous sommes prêts à l'accepter, la Turquie comprise, parce que nous croyons que l'Autriche a autant d'intérêt que nous à ne pas laisser entamer cette puissance. Servez-vous de ce cheval de bataille avec M. de Vincent, et sachez si l'Autriche fera une proposition définitive. Je ne serais pas éloigné d'adopter la disposition suivante : « Il y aura une suspension d'armes de trois ou de six mois, sur le statu quo actuel, entre les puissances belligérantes; des négociateurs russes, turcs, prussiens, anglais et français se réuniront à Vienne pour travailler à la paix, sous la médiation de l'Autriche. »

Causez de cela avec M. de Vincent. Ne parlez de l'armistice, comme cela est réellement, que d'une question subséquente, mais nécessaire ; car négocier en se battant, c'est changer tous les jours l'état de la question, et dès lors ce n'est pas négocier. Ce que je gagnerai, moi, à ceci, sera probablement le rétablissement de la paix ; et il est vrai de dire que j'armerais seul autant que toute l'Europe peut armer. Il n'est pas impossible que de cette manière la paix ne se fît. Ajoutez que j'ai proposé déjà d'envoyer des négociateurs à Memel ; que j'accepte aujourd'hui qu'on les réunisse à Vienne. Que puis-je faire davantage ? Cela d'ailleurs occupera l'Autriche, et lui montrera ma confiance, ce qui ne peut pas nuire.

Avant d'avancer ces propositions, il faut attendre le retour du courrier de M. de Vincent. Je ne vous écris d'avance que pour votre gouverne.

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861 - Osterode, 26 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint le rapport du commandant de Siérock. Vous lui donnerez l’ordre de se rendre à Varsovie où vous le ferez interroger en votre présence par le général Le Marois. Si cet homme m’a menti comme tout me porte à le penser, c’est un brouillon que je veux punir sévèrement. Vous instruirez de cela M. de Vincent. Vous avez très bien fait de donner de l’argent aux boulangers et ouvriers mais écrivez à M. Daru qu’il fournisse à tous ces besoins.

Nap.

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862 - Osterode, 26 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie le rapport de M. Daru sur vos propositions relatives aux approvisionnements que le gouvernement polonais peut fournir à l’armée par le moyen des achats. D’après cela, je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous autorisiez le commissaire ordonnateur Pradel à faire un marché.

Np.

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863 - Osterode, 28 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il y a beaucoup de difficultés avec le gouvernement polonais. Il faut s'entendre. Par un décret que j'ai pris à Posen, j'ai cédé toutes les contributions du pays à deux conditions : la première condition est que les contributions seraient payées en nature, soit en farine, blé, soit en fourrage et avoine, jusqu'à une certaine quantité ; faites-vous remettre ce décret sous les yeux pour être au fait de l'état de la question ; la seconde condition est qu'ils solderaient et équiperaient leur armée, et, pour cette dernière partie, je leur ai fait l'avance d'un million. Le rapport de M. Daru et les renseignements que vous prendrez de la chambre de Varsovie prouvent qu'ils n'ont fourni que la moitié de ce qu'ils doivent. Il est ridicule qu'ils ne veuillent pas faire les petites fournitures de fourrage, etc., nécessaires à la consommation journalière de Varsovie.

Étudiez cela, et ayez une explication avec le ministre de l'intérieur. Je ne peux pas avoir remis au gouvernement toutes les contributions, soit directes, soit indirectes, ce qui est assez considérable, sans qu'elles me fassent aucun service. Du reste, je vous ai envoyé hier le rapport de M. Daru sur la proposition de faire des marchés en Silésie. J'approuverai tout ce que vous aurez conclu. Je ne manque point d'argent, mais j'entends que le gouvernement polonais tienne ses engagements.

J'ai passé aujourd'hui la revue des fusiliers de la Garde qui viennent de Paris et de quelques régiments d'infanterie et de cavalerie, qui sont fort beaux.

J'ai remis à M. Maret la lettre aux princes confédérés, pour en faire faire le nombre de copies nécessaire. Elle sera accompagnée d'une lettre de vous à mes ministres pour les prévenir que l'objet de la lettre aux membres de la Confédération doit être tenu secret, vu qu'il ne faut donner d'alarmes à personne. Ce mouvement de recrutement doit être une suite nécessaire des pertes que leurs corps de troupes sont censés avoir faites dans la campagne.

Napol.

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864 - Osterode, 29 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 26 mars à huit heures du soir. Les nouvelles de Constantinople sont très intéressantes. Il reste à voir actuellement comment cette crise finira. Il est bien sûr que, si les Turcs ont du courage, les Anglais en seront dupes ; mais rien ne porte à penser qu'ils aient ce courage.

Je vous envoie un rapport de M. Daru.

Nap.

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865 - Osterode, 29 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, voilà trois mois que je n'ai reçu de nouvelles de Danemark. Dans les circonstances actuelles, cette légation doit envoyer un courrier toutes les semaines.

Il y a aussi trop longtemps que je n'ai reçu de nouvelles de Stuttgart. Donnez des ordres à mes ministres à Stuttgart, à Dresde, à Copenhague, de se rendre à leur poste, dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de votre courrier. Si M. Durand ne veut pas aller à Stuttgart, il faut qu'il le dise, et en nommer un autre. Dans le moment actuel, j'ai besoin que tous mes ministres d'Allemagne soient à leur poste.

Les nouvelles d'Angleterre, de la Baltique et de la Russie doivent m'arriver par Copenhague. Écrivez au général Clarke d'envoyer un courrier à cette légation pour les engager à lui écrire tous les jours et à adresser leurs dépêches à M. Bourrienne, qui les enverra par un courrier.

M. Bourrienne n'écrit pas assez souvent. Indépendamment de mon ministre, je dois avoir quelques agents ou consuls dans les ports du Holstein. Il faut que vous leur donniez l'ordre d'écrire tous les jours et d'envoyer le rapport de tout ce qui se passe.

Nap.

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866 - Osterode, 29 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, on désorganise les troupes polonaises. J'ai reçu une lettre du maréchal Lefebvre à ce sujet. Les généraux et officiers de la levée en masse des départements quittent partout leurs postes.

Je vous envoie une lettre du général Zayonchek. Voyez ce qu'on pourrait faire. Il est ridicule que les régiments ne soient pas déjà complétés. Tout ce qui est malade doit être hors du complet. Parlez aussi au gouvernement pour que tous les bataillons de guerre soient renforcés ; il y a beaucoup de monde à Kalisz et autres endroits. Certainement des troupes levées ainsi ne sont pas très bonnes, mais elles équivaudraient aux levées des Prussiens. J'ai des fusils à Glogau et à Posen. Si, dans le fait, on pouvait lever de nouveaux corps, ils y seraient utiles, ne serait-ce qu'à contenir les insurgés de Silésie, de Prusse ou de Poméranie. Si ces levées n'ont pas pour objet la formation de nouveaux corps, elles serviront au moins, 1° à renforcer les corps qui ne sont pas complets ; 2° à remplacer les hommes qui sont aux hôpitaux et qu'on doit porter en dehors du complet ; on en a 2 ou 3 000 qui sont aux hôpitaux, outre la grande quantité d'hommes qui manquent au complet.

Je vous envoie une lettre du général Sokolnicki et la proclamation qu'a dû faire le maréchal Lefebvre, qui se plaint amèrement. Faites-moi connaître pourquoi on décourage ainsi toutes les levées polonaises.

Vous verrez, par l'état ci-joint, à quoi se réduit la légion de Varsovie ; elle devait avoir 4 000 hommes sous les armes, et elle n'en a que 1 600. Cela est tout simple, puisqu'on l'a recrutée de mauvais prisonniers qui avaient déjà des germes de maladie. Aujourd'hui faut la compléter.

L'ennemi a fait, le 26, une sortie de Dantzig. Il a déployé toutes ses forces et a été complètement battu partout. On lui a tué beaucoup de monde, pris une pièce de canon, fait 300 prisonniers, parmi lesquels on a compté un certain Krokow, partisan qui, de sa main, avait tué plusieurs Polonais prisonniers.

Nap.

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867 - Osterode, 30 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie la copie d'une lettre que je reçois de M. Dejean. Est-ce une singerie du prince de la Paix pour que je ne me fâche pas de ce qu'il n'a pas voulu recevoir les Prussiens, ou bien le désir de m'être agréable ? C'est ce que l'avenir fera voir. En attendant, écrivez en Étrurie et à Madrid, à mes ministres, pour qu'on presse le départ de ces troupes et pour faire connaître que leur habillement, leur armement et leur nourriture sont à mes frais, qu'elles seront abondamment pourvues de tout, et que le Roi n'aura à payer que la solde. Faites connaître à M. de Beauharnais qu'il faut que ces troupes partent sans délai.

Napol.

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868 - Osterode, 30 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, la lettre de M. Dupont-Chaumont m’a jeté dans le dernier étonnement. J’ai peine à y croire. M. Dupont aurait dû envoyer l’acte, afin que je puisse me former une idée d’une pareille extravagance. Je dois m’attendre à tout d’une espèce de pouacre consciencieux ; mais je ne croyais pas devoir m’attendre à une mesure aussi ridicule et si contraire à ses intérêts et à ceux des Hollandais. Ecrivez au général Dupont dans ce sens, et envoyez-lui un courrier extraordinaire à La Haye ; qu’il voie le roi pour lui faire connaître tout mon mécontentement, et lui déclarer que si l’acte qu’il a pris n’est pas rapporté sur-le-champ, je ne le reconnaîtrais plus pour roi, pour citoyen français ni pour prince de mon sang. J’écris au roi de Hollande dans des termes très forts. Je suis fâché cependant de ne pas avoir l’acte entre les mains ; car, si cela se vérifie comme le dit la lettre de M. Dupont, il faut croire que cet homme est devenu fou.

Ecrivez à M. Dupont qu’il devrait envoyer tous les actes originaux de Hollande et écrire tous les jour pour faire connaître ce qu’il y a de bien et de mal. Demandez-lui aussi l’état de situation de l’armée, afin que je me fasse une idée de ce dont elle est capable. Vous ne me dites pas de quelle date est la dépêche de Danemark ; vous auriez bien fait de me l’envoyer en original.

Napol.

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869 - Osterode, 31 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 28 à huit heures du soir. Vous me dites bien ce qu’a écrit M. Essen, relativement au renfort qu’il devrait avoir reçu de l’armée de Bennigsen, mais vous ne me dites pas ce qu’on a vu véritablement.

Nap.

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870 - Osterode, 31 mars 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, le général Chasseloup étant retour du blocus de Dantzig, je lui ai communiqué mes observations sur les travaux de Praga. Je désire que vous parliez au gouvernement sur les travaux de Modlin. Il faut qu'il y ait là quinze cents terrassiers par jour. Cela est de la plus grande importance.

Nap.

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871 - Finkenstein, 2 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 30 à neuf heures du soir, où je vois que les affaires avec la cour de Vienne traînassent toujours.

J'ai porté mon quartier général ici ; c'est un pays où le fourrage est abondant et où ma cavalerie peut vivre. Je suis dans un très beau château, plus beau que celui de Grignon, qui a des cheminées dans toutes les chambres, ce qui est une chose fort agréable. Vous y aurez un fort bel appartement, si vous venez m'y joindre.

Voyez M. Aldini. S'il a un travail à me présenter, il peut venir ; sinon, il n'y a pas d'inconvénient qu'il reste à Varsovie, où il est mieux.

Napol.

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872 - Finkenstein, 2 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à Florence pour témoigner mon mécontentement du mauvais esprit que le ministre de la Police donne aux affaires. Écrivez à Paris dans le même sens à M. de Masserano. Demandez l'arrestation des nommés Decimi, Benino et Cavini, qui ont donné de grands repas pour célébrer les prétendus avantages des Russes ; ils sont de Sienne.

Nap.

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873 - Finkenstein, 3 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous me dites que vous avez besoin d'argent : il est parti hier 1 500 000 francs de Breslau pour Varsovie. Ainsi cet argent ne tardera pas à vous arriver.

En lisant avec attention les états que, l'intendant général m'a envoyés, je vois que Varsovie a fourni tout ce qu'elle devait fournir. Autorisez donc M. Pradel à passer des marchés pour l'approvisionnement en grains, foin, avoine et viande. On payera sur les 1 500 000 francs qui viennent de Breslau, et M. Pradel enverra un courrier à l'intendant général pour lui faire connaître tout ce qu'il a fait avec votre approbation.

Napol.

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874 - Finkenstein, 3 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il est très convenable que vous disiez à M. de Vincent, en forme de conversation, et que vous écriviez à M. Andréossy, que 30 000 Espagnols sont déjà entrés sur mon territoire et sont en marche pour se rendre en Hanovre. Il n'y aurait pas de mal même d'en faire mettre un article dans les journaux de Varsovie, sous la rubrique de Madrid, en disant, sans parler de la division d'Étrurie, que 6 000 hommes de cavalerie espagnole, et 24 000 hommes d'infanterie, sont déjà rendus sur les Pyrénées et arrivent le 1er du mois de mai sur l'Elbe.

Napoléon.

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875 - Finkenstein, 3 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous enverrai demain le récit de toute l'affaire de Constantinople, avec les pièces officielles. Vous pourrez les faire imprimer dans la Gazette de Varsovie.

Expédiez sur-le-champ un courrier à Constantinople. Dites à Sebastiani que j'ai donné des ordres pour que tout ce qu'il demandera en Dalmatie parte sur-le-champ ; que l'entretien, la solde de mes troupes à Constantinople sera à mes frais, et qu'il suffira que la Porte leur donne des vivres ; que j'ai donné ordre au vice-roi d'Italie de lui envoyer 200 000 francs pour subvenir aux premières dépenses de mes troupes à Constantinople ; que je suis très fâché que, par un motif d'économie, il ne m'ait pas expédié l'officier persan ; qu'il ait à me l'envoyer sur-le-champ. Ce n'est pas le moment de regarder à l'argent.

Écrivez à l'officier que j'ai à Widdin , M. Mériage, qu'il assure l'Aga de ma protection, et lui offre armes, poudre et tout ce dont je puis disposer ; que je ne lui demande que d'être fidèle à la Porte et de marcher franchement contre l'ennemi commun.

Témoignez à Sebastiani ma satisfaction de sa conduite. Il remettra la lettre ci-jointe au Grand Seigneur.

Dans la traduction de la lettre de l'empereur de Perse, on a oublié la date; il m'est très intéressant de la connaître. Je vous envoie ma réponse. Le général Sebastiani la fera porter en Perse par un de ses officiers ; et, comme il va lui arriver un grand nombre d'officiers d'artillerie et du génie, je désire qu'il en charge un officier qui puisse apprécier les forces de cet empire; ce que n'a pu faire M. Jaubert, qui n'est pas militaire.

Napoléon.

Vous ne recevrez que par le courrier de demain mes lettres au Grand Seigneur et à l'empereur de Perse.

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876 - Finkenstein, 3 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je ne sais pas si je vous ai déjà écrit de notifier la naissance de la princesse Joséphine, fille du vice-roi d’Italie. Si vous ne l’avez pas fait, écrivez à Paris pour qu’on expédie toutes les lettres de chancellerie.

Nap.

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877 - Finkenstein, 4 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, le général Sebastiani me parle dans sa lettre d’une lettre à écrire à un Turc. Comme j’ignore la qualité de ce Turc et qui il est, je vous prie de m’envoyer copie de la lettre qui en fait mention.

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878 - Finkenstein, 5 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 3 avril. Le gouverneur de Varsovie a eu la bêtise d'aller chez M. de Vincent demander des explications sur la neutralité du territoire autrichien. Il est difficile de faire quelque chose de plus bête.

J'ai lu avec plaisir la lettre du 21 mars sur la Suède. Écrivez à mon agent qu'il doit écrire tous les jours, passer les journées hors de chez lui, parcourir les ports, les endroits publics, et rendre compte de tout ce qu'il aura vu et appris.

Quant à la nouvelle qu'Essen passerait le Bug, c'est fort bête ; il pourrait le passer, mais ne le repasserait pas.

Np.

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879 - Finkenstein, 5 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il n'y a pas d'inconvénient à passer le marché avec le gouvernement polonais. Il faut qu'il fournisse, en grande quantité, blés, avoines, eau-de-vie, en fixant les prix et en suivant le principe que tout cela sera payé exactement, mais que le pays n'en doit pas moins achever le payement de sa contribution en nature, non seulement telle qu'elle a été réglée pour Varsovie, Kalisz, Bromberg, etc., mais encore pour Plock. Allez de l'avant, et qu'on ne manque de rien à Varsovie.

La légion polonaise du Nord devait être payée et habillée par le gouvernement polonais ; elle ne l'est pas, et tous les régiments sont incomplets. Je vous ai déjà écrit pour que vous vous fassiez faire par le gouvernement une levée qui remplace tous les malades de la légion Poniatowski. Ce prince a pris pour composer ses bataillons des prisonniers russes qui ont porté la peste dans les nouveaux corps, et, d'ailleurs, beaucoup ont été tués, faits prisonniers ou ont déserté. Je crois donc une levée nécessaire pour les compléter. Après cet objet important, je désire réunir à Breslau le régiment des lanciers polonais et la légion polonaise à pied, qui viennent d'Italie. Les lanciers n'ont que 400 hommes à cheval, et je désire les porter à 1 200 hommes. La légion polonaise n'a pas 2 000 hommes ; mon intention est d'en porter les compagnies à 150 hommes, d'en former 6 bataillons et de porter le complet du corps à plus de 7 000 hommes. Il faut réunir promptement tous les moyens pour arriver à ce résultat. Que le gouvernement polonais fournisse les hommes, moi je fournirai les fonds et tout ce qui pourra être nécessaire.

Vous trouverez ci-joint le décret que j'ai pris à ce sujet, et vous le communiquerez au gouvernement. Vous ne manquerez pas d'insinuer en petit comité qu'avant tout il faut lever des troupes, s'armer et battre l'ennemi ; qu'après, tout s'arrangera ; mais que toute déclaration qui démasquerait de trop bonne heure les projets ne saurait être d'aucun avantage.

Faites-moi répondre à ces questions : Depuis quand la légion du Nord est-elle à la solde du gouvernement polonais ? Jusqu'à quel jour est-elle soldée ? où sont les différents régiments polonais ? Depuis quel jour le 1er, le 2e, le 3e, sont-ils à la solde du gouvernement polonais, et jusqu'à quel jour chacun est-il payé ? Quels sont les régiments de cavalerie ? Où sont-ils ? Depuis quand sont-ils à la solde du gouvernement polonais, et jusqu'à quel jour sont-ils soldés ? Quel est le complet de ces différents régiments, quel en est l'effectif, quel en est le présent sous les armes, au 1er avril ou au 15 mars ? La réponse à ces questions et les états à l'appui me feront bien connaître où nous en sommes.

Np.

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880 - Finkenstein, 5 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il faut écrire à M. Sebastiani, en lui envoyant les derniers bulletins, que je ne puis m'empêcher de considérer comme un malheur que l'escadre turque se soit laissé engager après l'escadre anglaise et coure de grandes chances, quand elle pouvait n'en courir aucune. Mais une fois que 3 ou 400 pièces de canon seront dressées aux Dardanelles et qu'il n'y aura plus à craindre qu'une escadre anglaise rentre dans le canal, il sera nécessaire alors qu'une escadre turque rentre dans la mer Noire. Il faut encore l'augmenter de deux vaisseaux, de bricks et de chaloupes canonnières ; il faut qu'elle cherche à ravager les côtes de la mer Noire et à empêcher entièrement le commerce russe. Ce sera là un véritable bien pour la Porte, et cela ne l'exposera à aucun danger, car l'escadre russe dans la mer Noire n'est pas dangereuse. La sottise qu'ont faite les Russes de retirer leurs forces de la mer Noire, pour les porter dans la Méditerranée, sera mise alors dans toute son évidence. La flotte turque secondera d'ailleurs les opérations de Mustafa-Pacha. Dans la Méditerranée, la flotte turque n'a que des dangers à courir sans utilité.

Ensuite, il demandera que l'armée turque passe le Pruth ; il fera entendre que je pourrai me porter du côté de Kaminietz. L'armée de Michelson est très faible ; tous les efforts de l'ennemi sont de ce côté ; les Turcs doivent profiter de la circonstance.

Le général Sebastiani dira aussi qu'ils doivent envoyer à leur ministre près de moi des pleins pouvoirs pour assister à un congrès et des instructions, afin que, lorsqu'il s'agira de traiter de la paix, elle n'éprouve pas de délais. Il exprimera de nouveau à cette occasion l'intention où je suis de ne pas faire la paix sans y comprendre la Porte et sans y ménager tous ses intérêts.

Écrivez à mon consul à Rustchuk qu'il ait à prévenir Moustafa-Pacha que, selon son désir, je lui envoie un officier du génie et un colonel dont il pourra se servir ; que j'attends son arrivée à Jassy et au delà du Prut, pour me porter à sa rencontre.

Napoléon.

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881 - Finkenstein, 6 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai signé le décret pour la formation des chevau-légers polonais de ma Garde. J'ai fait les fonds nécessaires ; j'ai nommé les majors et adjudants-majors parmi les officiers français de ma Garde ; j'ai nommé les colonel et chefs d'escadron.

Le major part ce soir pour Varsovie ; il se présentera chez vous ; vous le présenterez au gouvernement polonais et au prince Poniatowski, et vous appuierez de tous vos moyens la formation de ce corps. Je désire avoir avant quinze jours un escadron. J'ai envoyé à Posen, avec de l'argent, un officier de ma Garde qui ramènera promptement à Varsovie des sabres, des carabines et des pistolets. Ainsi j'espère que ce régiment doit être promptement levé. En les payant comme ma Garde, vous sentez que mon intention a été de n'avoir que des hommes qui eussent de l'éducation, qui fussent habitués à l'exercice du cheval, et non des paysans à dégrossir, ce qui serait extrêmement long.

Voyez le major tous les jours, afin qu'il vous rende compte si cette formation avance.

Le 1er et le 3e régiment polonais, c'est-à-dire la 1e légion, sont réduits chacun à 800 hommes, et, si l'on n'envoie pas de recrues, ils seront bientôt réduits à rien.

Napolé.

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882 - Finkenstein, 6 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

M. le Prince de Bénévent, écrivez à mon ministre à Dresde, pour qu'il fasse connaître que le contingent de Saxe ayant éprouvé une grande diminution par les désertions, les pertes et les événements ordinaires de la guerre, je désire qu'il soit complété sans délai par des recrues tant d'infanterie que de cavalerie.

Le contingent de Saxe-Weimar a aussi éprouvé une diminution par la désertion. Saxe-Gotha n'a fourni que 400 hommes. Écrivez-en à mes différents ministres près de ces cours. Écrivez auprès du Grand-duc de Hesse-Darmstadt, du prince primat et du duc de Nassau, pour que des recrues soient envoyées pour compléter leurs corps.

Nap.

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883 - Finkenstein, 9 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 6 à neuf heures du soir. Cette correspondance d'Essen avec le commandant du cordon autrichien depuis longtemps me frappe. Vous qui avez lu la lettre, je ne sais si elle vous frappe également ; vous êtes plus à portée d'en juger. Je ne sais d'où vient cette intimité. On prétend qu'il y a un Russe au quartier général autrichien pour en rapporter plus promptement toutes les nouvelles.

J'ai écrit une nouvelle lettre au Grand Seigneur en réponse à la dernière que vous m'avez envoyée. Vous l'expédierez par un courrier extraordinaire. Je ne vois pas d'inconvénient à envoyer M. Rousseau en Perse; où est-il en ce moment ? S'il est à Constantinople, il serait convenable qu'il vînt faire un tour ici.

J'envoie à Varsovie Sapieha. Je le charge de tenir au gouvernement un langage convenable pour rassurer ceux qui en ont besoin. Ce langage est conforme à ce que je vous ai dit, c'est-à-dire que le sort de la Pologne dépend des événements, et que 80 000 hommes de plus que me donne mon message sont de nouvelles probabilités pour la Pologne et me donnent de nouveaux moyens.

Vous aurez vu le major des chevau-légers polonais que j'ai envoyé à Varsovie. M. Maret vous aura transmis le décret des nominations que j'ai faites dans ce corps. Le colonel, M. Krasinski, est dans ce moment à Varsovie.

Il se trouve à Varsovie un officier russe qui a été fait prisonnier à Willenberg. Il faut que le gouverneur ait perdu la tête de le laisser là. Parlez-lui-en pour qu'il le fasse partir sur-le-champ. Mon intention n'est pas qu'aucun officier russe reste à Varsovie.

Il serait très possible que j'envoyasse en Perse le général Gardane, mon aide de camp, dont les ancêtres y ont été employés.

Je vous envoie toutes les lettres de Constantinople et de Perse.

Napol.

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884 - Finkenstein, 11 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois les deux notes que vous m'avez envoyées. Je vous envoie la réponse que je compte y faire ; mais, comme je veux y réfléchir encore, je désire que vous me la renvoyiez avec vos observations, ou un autre projet, si vous croyez devoir le faire. Je vous ferai connaître mes dernières intentions par le retour du courrier.

Il est de mon intérêt de gagner quelque chose. Une négociation sans armistice est une chose ridicule, puisqu'on n'aurait pas de bases dans la négociation ; mais faire un armistice avant que j'aie pris Dantzig est une chose difficile ; or tout me porte à espérer que Dantzig sera pris dans quinze jours. L'artillerie de siège y arrive à force, et la tranchée est ouverte. Les Russes y ont déjà envoyé 4 ou 5 000 hommes de renfort, ce qui prouve qu'ils n'ont aucun moyen d'en faire lever le siège.

Je vous dis cela pour que vous soyez au fait; mais il faut bien vous garder de laisser entrevoir notre pensée. Vous aurez dû causer ces jours-ci avec M. de Vincent pour vous instruire de ce qu'il peut savoir sur la manière dont la négociation pourrait se faire et l'armistice avoir lieu.

Napolé.

En y pensant mieux, je désire que vous m'envoyiez vous-même un projet de réponse. Mon intention est d'accepter.

Je reçois votre lettre du [....] Il me tarde d'apprendre des nouvelles de Constantinople ; le bruit est que l'ennemi est chassé de Bucarest.

Envoyez cette lettre au maréchal Masséna.

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885 - Finkenstein, 11 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, on me dit que le génie manque d’argent pour les travaux de Sierock. S’il en est ainsi, faites en sorte d’y pourvoir afin qu’il n’y ait aucune interruption dans les travaux.

Nap.

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886 - Finkenstein, 12 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois du ministre de la police une lettre en date du 2 avril, qui dit en propres mots : « Tout se brouille en Angleterre ; le roi a l'air de vouloir finir comme Louis XVI. La cause en est la querelle des catholiques irlandais. Au reste, Votre Majesté sait, me dit-il, le changement du ministère. Lord Portland, qui est principal ministre, doit désirer la paix. » Je conclus de cette lettre que le ministère est changé en Angleterre. Faites-moi connaître ce que vous en savez, et quel est ce lord Portland. Je suis surpris que, par Hambourg, ces nouvelles ne vous soient pas parvenues. Quoi qu'il en soit, faites mettre l'article suivant dans les journaux de Varsovie : « Le ministère est changé en Angleterre. Lord Portland est premier ministre. Il y a beaucoup de trouble et de désunion. »

Napol.

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887 - Finkenstein, 12 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, le général Gardane, mon aide de camp, désire aller en Perse. Il est petit-fils de celui qui a fait le traité de 1715. Il considère cela comme une charge qui lui a été laissée par ses aïeux, et il est plein de zèle pour cette mission. Vous trouverez ci-joint le décret qui le nomme ministre plénipotentiaire.

Il se rendra dans deux jours à Varsovie, d'où mon intention est qu'il soit parti le 20 avril pour Constantinople. M. Rousseau pourra lui être donné comme secrétaire de légation. Son frère l'accompagnera comme adjoint extraordinaire, et comme devant le remplacer s'il venait à mourir. Il emmènera avec lui des officiers d'artillerie et du génie, qu'il prendra à Constantinople ou ici. Cela rendra sa mission assez brillante. Il prendra aussi à Constantinople deux des anciens drogmans attachés au service français, qui parlent persan. M. Rousseau, qui s'y rend de son coté, en emmènera aussi, de sorte que j'aurai là une mission à l'abri de tout événement. Maret va dresser ses lettres de créance et rédiger ses instructions. Elles roulent sur trois points :

1° Reconnaître les ressources de la Perse, tant sous le point de vue militaire que sous le point de vue du commerce, et nous transmettre des renseignements fréquents et nombreux ; bien étudier surtout la nature des obstacles qu'aurait à franchir une armée française de 40 000 hommes, qui se rendrait aux Grandes Indes et qui serait favorisée par la Perse et par la Porte.

2° Considérer la Perse comme alliée naturelle de la France, à cause de son inimitié avec la Russie ; entretenir cette inimitié, diriger les efforts des Persans, faire tout ce qui sera possible pour améliorer leurs troupes, leur artillerie, leurs fortifications, afin de les rendre plus redoutables aux ennemis communs.

3° Considérer la Perse sous le point de vue de l'Angleterre ; l'exciter à ne plus laisser passer les dépêches, les courriers anglais, et entraver par tous les moyens le commerce de la compagnie anglaise des Indes ; correspondre avec l'île de France, en favoriser le commerce autant que possible ; être en correspondance suivie avec notre ambassadeur à Constantinople, et resserrer les liens entre la Perse et la Porte.

Je désire que le général Gardane soit rendu en Perse avant le 1er juillet, ce que je crois très possible, vu les facilités que nous donnent nos relations actuelles avec la Porte. Il faudrait joindre à cette légation quelques jeunes gens dans le genre de Jaubert, qui désirassent s'instruire dans les langues orientales. Je crois que vous en avez aux relations extérieures. Faites-en partir quatre ; vous les dirigerez en droite ligne sur Constantinople. Quant aux présents, Gardane annoncera que, venant par terre, il n'a pas pu en apporter, mais que d'ici à six mois des frégates les apporteront, et des armes tant qu'on pourra en désirer. Il faut que cela reste secret encore un mois, après lequel, Gardane ayant passé Constantinople, il n'y aura pas d'inconvénient que la Russie le sache. Préparez tout pour qu'il reste peu de jours à Varsovie.

Vous verrez dans le décret les officiers que je commence à faire partir. Vous en donnerez la note à l'ambassadeur persan, et vous lui ferez connaître que, si l'on en veut davantage, j'en enverrai tant que l'on voudra.

Vous vous informerez auprès de l'ambassadeur si l'on a en Perse des fusils avec des baïonnettes. Je suppose qu'ils n'en ont pas. Vous lui diriez qu'il peut écrire à son souverain que je lui en enverrai 10 000, s'il le désire, et une compagnie de canonniers quand il m'aura fait connaître comment tout cela est pris en Perse. Dans les instructions du général Gardane vous mettrez que, si le schah de Perse est aussi bien disposé que je le crois, et s'il veut se former cinq ou six régiments de bonne infanterie, il lui fasse comprendre que le principal est d'avoir des fusils à baïonnettes ; que je ne fais aucune difficulté de lui en envoyer 10 000 ; que je lui enverrai une vingtaine de pièces de canon de campagne bien outillées, et une compagnie de canonniers ; que je ne puis lui envoyer tout cela que par mer, avec une escadre ou des frégates ; qu'il faut garder le secret là-dessus, et qu'en arrivant dans ses ports mes frégates trouvent de l'eau et des vivres. Il faudra que Gardane me fasse connaître la situation du port, le nombre et la force des vaisseaux qui y seraient à l'abri, et les facilités qu'il y aurait à les réapprovisionner.

Vous ordonnerez à M. Jaubert de partir pour se rendre près de moi, afin de causer avec lui sur cet empire. Vous recevrez cette lettre le 14 ; le 16 ou le 17 Jaubert sera ici ; le lendemain Gardane partira. Il faut qu'il ne séjourne que quarante-huit heures à Varsovie, et que l'ambassadeur soit seul dans le secret, en lui faisant comprendre qu'il faut qu'on n'en sache rien jusqu'à ce qu'il soit arrivé.

Vous comprenez de quel intérêt il est pour moi de m'allier avec la Perse. Si l'on est aussi raisonnable qu'on le paraît, il est impossible qu'en envoyant an mois d'octobre en Perse une escadre portant 1 500 hommes avec des officiers et sous-officiers, je ne parvienne pas à faire une diversion immense contre la Russie. Vous en parlerez dans ce sens à l'ambassadeur, en lui disant que j'enverrai le cadre d'un corps de 10 ou 12 000 hommes, en officiers, qu'on remplira en Perse avec des soldats. Ce corps sera en deux mois en état de battre les Russes. Gardane est bien capable, non seulement de diriger, mais même de commander ce corps. Je vous laisse à penser l'effroi qu'auraient l'Angleterre et la Russie trois mois après la présence de ce corps de troupes en Perse.

Napol.

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888 - Finkenstein, 13 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous aurez vu par la Gazette France l'importance des nouvelles de Londres.

Vous entendrez peut-être parler que les Suédois se sont portés au delà de la Peene : n'en ayez point d'inquiétude ; parlez-en dans ce sens. Ils sont au nombre de 12 000 hommes, que l'on essaye de couper. Ce serait déjà fait, si Mortier eût été plus habile. Mais j'espère qu'un échec, et la manière dont on en rendra compte, pourra faire effet en Suède et avoir de l'influence sur la décision de ce cabinet.

Napol.

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889 - Finkenstein, 14 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 11 avril à onze heures du soir. Je partage une partie de votre opinion sur la manière de voir de M. Andréossy. Il faudrait que la maison d'Autriche nous aimât, et non seulement vît sans peine, mais qu'elle se réjouit et prît une grande part à nos succès. Aimer, je ne sais trop ce que cela veut dire en politique. Et même comment exiger qu'on se réjouisse de l'accroissement d'une grande puissance qui, l'année passée, était maîtresse de Vienne ?

Cependant il résulte de ses lettres que l'Autriche ne nous fera point la guerre, qu'elle sent sa position délicate, et qu'elle louvoie entre nous et la Russie ; il ne nous en faut pas davantage. Quant à la réponse à faire à M. Andréossy, écrivez- lui dans ce sens : dites-lui que j'ai été satisfait de la note de l'Autriche, et que je me dispose à y répondre favorablement; qu'en général je désire beaucoup lier mon système avec celui de la maison d'Autriche.

Répondez à M. Dupont-Chaumont qu'il n'écrit pas assez souvent ; qu'il devrait nous écrire tous les jours sur ce qui se fait à La Haye, sur la situation de l'armée, enfin sur tout ce qui pourrait nous importer.

Témoignez mon mécontentement à M. Dumonstier de ce qu'il s'est mêlé de réquisitions sans un ordre de vous ; que le ministre de Saxe a raison ; que les réquisitions de blé qui ont été faites pour des fabrications de biscuit doivent être payées ; qu'il est ridicule que, sur une simple lettre du commissaire des guerres, sans attendre que l'ordonnateur ait écrit, il ait donné à cela une tournure diplomatique ; qu'il ait plus de circonspection à l'avenir. Faites-lui connaître aussi que je n'ai pu que le blâmer d'avoir voulu faire sortir la cour de Saxe de ses usages relativement aux chargés d'affaires.

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890 - Finkenstein, 14 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, je reçois votre lettre du 12 à quatre heures après midi. Je doute qu'il soit vrai que l'empereur de Russie soit à Bartenstein; il arrive journellement des déserteurs qui nous l'auraient appris. Je doute aussi qu'Essen écrivît qu'on est à la veille d'une bataille ; si cela était, il commettrait une imprudence telle, qu'il mériterait d'être aux arrêts pendant deux mois. Vous sentez qu'une lettre donnant des nouvelles des Russes à un Autrichien est comme si elle était écrite à vous. Il n'est personne qui ait plus ce genre de ruse que les Russes.

Il n'y a eu aucune canonnade sur la ligne le 10, ni le 11, je puis même dire le 12, parce qu'aujourd'hui, j'en serais instruit.

Napol.

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891 - Finkenstein, 15 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, répondez à M. Vial que, si cela convient en Suisse, je verrai avec plaisir que le 1er régiment suisse passe à la solde du roi de Naples.

Je reçois votre lettre du 19 avril au soir. J'attends votre projet de réponse à la notification de la cour de Vienne.

Je ne sais ce que veut dire ce bavardage des Bavarois. Berthier me dit que ce M. de Leyden, qui avait une très jolie femme, s'est tué par querelle de jalousie il y a un mois.

Dans votre lettre du 10 avril vous me dites que M. Essen a mis fin à sa ridicule comédie. Cela veut-il dire qu'il a cessé de rassembler du bois, des matériaux, etc., à Wyskow, pour la construction de son pont ? Répondez-moi là-dessus.

Np

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892 - Finkenstein, 16 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 13 avril à neuf heures du soir. Il est fâcheux que M. Beauharnais n'ait pas fait connaître le jour où les troupes espagnoles seraient rendues sur les Pyrénées.

Je vous ai envoyé hier la nouvelle du changement du ministère anglais. Est-ce l'affaire des catholiques irlandais qui est la cause de cet événement, ou l'affaire des Noirs ? Quel est, dans tous ces ministres, le dirigeant ? Il ne parait pas que ce puisse être celui qui en porte le nom, puisqu'il est de la Chambre des pairs et qu'il a quatre-vingts ans.

Le siège de Dantzig avance fort. Nous sommes à 80 toises de la place, et il y a tous les jours des événements de siège importants.

Les Suédois ont passé la Peene. Mortier n'a pas laissé que de faire de graves sottises, beaucoup de faux mouvements. Tout doit être réparé actuellement. Il n'y a pas eu de monde de perdu.

Vous ne me parlez plus de ce que dit M. de Vincent et des conférences que vous avez dû avoir avec lui. Je suppose qu'en m'envoyant le projet de réponse à la note de la cour de Vienne vous me direz quelque chose là-dessus.

Nap.

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893 - Finkenstein, 16 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le prince de Bénévent, je vous envoie la note telle que je désire qu'elle soit remise. Il me semble que je suis parvenu à lui donner un ton de naïveté. Elle est vraie, et dès lors bonne. Il restera actuellement à la cour de Vienne à nous faire connaître la réponse qu'ont faite les autres puissances. Dans quel lieu doit se réunir le congrès ? Cela est assez indifférent. Cependant il faut songer que Vienne serait un très mauvais endroit, à cause du grand nombre de petits princes. et de noblesse immédiate, peut-être Cracovie, Leopol seraient-ils préférables. Mais le moment n'est pas arrivé de s'expliquer sur cette question.

Vous verrez que j'ai évité de parler de la Porte, mettant l'empereur et ses alliés. Quand on demandera quels sont nos alliés, nous dirons : "L'Espagne, etc., la Porte et la Perse." Mais cette question est encore oisive [sic] dans ce moment. Si l'on veut véritablement la paix, on proposera probablement un armistice, et alors les choses prendront un caractère plus sincère ; car enfin la Russie et même l'Angleterre ne peuvent me voir avec plaisir jouir, pendant cinq ou six ans, des revenus de la Prusse ; ou l'on ne voudra point d'armistice, et dès lors on cherchera à profiter de cela pour entraîner l'Autriche, la note y répond. Remédiez autant que possible à cet inconvénient. Il faut donc laisser venir. A toutes les observations de M. de Vincent, il faut répondre : Nous sommes très faciles sur tous les accessoires. Retranchez-vous souvent, aussi, dans les conversations sur ce que, éloigné de moi, vous ne savez pas.

Napol.

NOTE

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi la note qui lui a été remise par M. le baron de Vincent.

L'Empereur accepte, pour lui et ses alliés, l'intervention amicale de l'Empereur François II pour le rétablissement de la paix, si nécessaire à tous les peuples. Il n'a qu'une crainte, c'est que la puissance qui, jusqu'ici, paraît s'être fait un système d'asseoir sa grandeur et sa puissance sur les divisions du continent, ne cherche à faire sortir de ce congrès de nouveaux sujets d'aigreur et de nouveaux prétextes de dissension. Cependant toute voie qui peut faire espérer la cessation de l'effusion du sang et porter enfin des consolations parmi tant de familles ne doit pas être négligée par la France, qui, au su de toute l'Europe, a été entraînée malgré elle dans la présente guerre.

L'Empereur Napoléon trouve d'ailleurs, dans cette circonstance, une occasion naturelle et éclatante de témoigner au souverain de l'Autriche la confiance qu'il lui inspire, et le désir qu'il a de voir se resserrer entre les deux peuples les liens qui ont fait, dans d'autres temps, leur prospérité commune, et qui peuvent aujourd'hui, plus que toute autre chose, consolider leur tranquillité et leur bien-être.

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894 - Finkenstein, 18 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 15 avril. Je ne vois pas d'inconvénient que l'ambassadeur persan se rende ici. Vous le ferez accompagner convenablement et suivre d'une ou deux voitures. Je ne vois pas non plus d'inconvénient qu'un de vos jeunes gens, qui était second secrétaire de légation en Prusse, soit employé dans la légation de Perse.

Recommandez à mon ministre à Copenhague d'instruire le général Clarke de ce qu'il y aurait d'important et de ce qui pourrait le concerner dans les mouvements de l'ennemi.

Je reçois votre lettre du 16 avril. J'ai des journaux d'Angleterre du 6 ; je vous les fais envoyer depuis le 27 mars jusqu'à cette époque. Je vous prie de me dire, quand vous les aurez lus, ce que vous pensez de ces gens-là.

Envoyez un courrier à Dresde avec une lettre de vous à M. de Bose pour lui demander si le roi ne pourrait pas me faire le plaisir de diriger 1 200 hommes sur Breslau. Je ne ferai point de difficulté de solder ce régiment tout le temps qu'il sera à mon service. En faisant part de cette demande à mon chargé d'affaires, vous lui ferez connaître que je désire cette augmentation de forces en Silésie parce que je sais qu'un agent y est venu avec beaucoup d'argent de l'Angleterre pour y recruter.

Vous répondrez à M. Otto que je ferai l'avance de la solde de la division bavaroise qui est en Pologne, et qu'il peut l'annoncer au roi ; que nous réglerons ensuite nos comptes en y faisant entrer l'argent qu'il a dépensé pour le passage de mes troupes dans ses état depuis le 1er janvier, ainsi que les fournitures de Braunau.

Napolé.

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895 - Finkenstein, 19 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez en Bavière qu'un corps de 20 000 Français sera rendu à Augsbourg dans les premiers jours de mai ; qu'il a peu de cavalerie ; que je désire que le roi de Bavière y joigne 600 hommes de cavalerie et 2 000 hommes d'infanterie; que ce corps est destiné à se porter partout où il sera nécessaire pour protéger le territoire de la Confédération ; mais que, pour ne pas fatiguer la Bavière, j'ai ordonné qu'il ne passerait pas sur son territoire, mais par Erfurt et autres endroits du pays conquis, aux dépens duquel il vivra. Il serait convenable que la cavalerie et l'infanterie que formera la Bavière fussent réunies à Nuremberg ou à Bamberg ou à Ulm, où elles se réuniront au corps français.

Vous donnerez le même avis à Stuttgart, et vous demanderez qu'on y joigne 400 hommes de cavalerie et un régiment d'infanterie, mais surtout de la cavalerie. Il serait nécessaire que ces troupes fussent rendues du côté d'Erfurt du 10 au 15 mai. Écrivez à Darmstadt qu'on prenne enfin des mesures pour compléter son corps et qu'on envoie des recrues.

Écrivez à mon ministre de Würzburg pour savoir si l'on pourra réunir au corps de ce contingent 200 chevaux. On ne dira pas à Würzburg d'où vient ce corps.

Il faut aussi que les princes de Nassau se pressent de compléter leur contingent. S'ils pouvaient fournir au corps d'Augsbourg un bataillon d'infanterie et un escadron de cavalerie, ce serait fort utile.

Vous pouvez faire connaître en même temps que 15 000 Espagnols sont en marche pour se joindre à ce corps.

Napol.

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896 - Finkenstein, 21 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 17 avril. La division d'Orenbourg est une de celles de Sibérie et fait partie des vingt bataillons de Sibérie que les Russes annonçaient avoir reçus.

Beaucoup de rapports s'accordent à dire que l'empereur de Russie est à la tête de son armée.

J'ai vu avec beaucoup de peine que vous ayez été incommodé. Le froid nous a repris ici comme au mois de janvier. Les bassins sont gelés et la terre est couverte d'un pied de neige. Je vous envoie votre dépêche de Vienne.

Le siège de Danzig va bien. C'est pour le moment la grande affaire. J'espère l'avoir avant le 10 mai.

Nap.

Faites venir le commissaire Pradel pour qu'on ne discontinue pas de faire du biscuit à Varsovie. Il faut en faire constamment 20 000 rations par jour. Il peut y avoir telle combinaison où je puisse avoir besoin de 2 à 300 000 rations de biscuit.

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897- Finkenstein, 21 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai adopté votre opinion sur M. Molinos et je l’ai nommé l’un de mes architectes consultants. Je vous envoie le roman du duc de Lauzun que vous n’avez peut-être pas lu.

Napoléon.

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898 - Finkenstein, 22 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai reçu votre lettre du19 avril, avec la copie de la note que vous avez remise à M. de Vincent. Il reste à présent à attendre en silence et avec la plus grande circonspection ce que tout cela doit devenir. Il ne faut jamais perdre de vue la lettre que je vous ai écrite là-dessus, où il était question de l’armistice.

Les Suédois ont été complètement battus par le maréchal Mortier dans la journée 16. Il les a jetés au-delà de la Peene, et, au départ du courrier, le quart de leur armée avait déjà été fait prisonnier.

Napol.

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899 - Finkenstein, 23 avril 1807, 8 heures du matin.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 20 avril. Il me semble que vous vous êtes trop avancé en disant que vous pensiez qu’un armistice sur la base du status praesens pourrait convenir. Je vous ai recommandé et je vous recommande encore la plus grande circonspection. Vous connaissez d’abord qu’il faut que j’aie Dantzig ; il est possible même qu’il faille que j’aie Graudenz. Vous avez donc commis une très grande faute. Il fallait vous en tenir à la première explication, que vous ne saviez rien là-dessus. Pourquoi donc s’amuser à s’expliquer sur des questions de cette nature, lorsqu’on ne nous a point fait connaître si les puissances ont accepté ou non la médiation ?

Vous devez donc ne pas du tout traiter cette question, et n’avoir aucune explication, en disant que, comme il y a là-dedans des combinaisons militaires, vous êtes tout à fait sans direction sur ce point ; que, dépositaire de ma volonté sur la question générale, vous savez que je veux la paix. Il faut bien partir d’un principe que, si les Russes croient que l’armistice leur est favorable, ils sauront bien le faire proposer et que, s’il leur est défavorable, ils n’en voudront pas. D’ailleurs, il n’est pas de circonstances où il faille marcher plus doucement que dans celle-ci ; moins vous en direz, mieux cela vaudra. Vous avez remis la note du 20 ; songez donc qu’elle sera le 24 à Vienne, qu’elle peut être le 29 à Bartenstein, et que, le 2 ou 3 mai, on peut avoir une réponse et une proposition d’armistice ; et dans cet intervalle je ne sais pas ce qu’il pourra me convenir de faire. D’un autre côté, il y aurait de l’inconvénient à faire des objections, parce que cela peut laisser pénétrer notre situation ; il n’y en a aucun à se taire.

Il faut que vous soyez parfaitement ignorant des opérations militaires ; qu’elles soient pour vous une mer inconnue ; que vous ignoriez même les positions qu’on occupe, leurs inconvénients et leurs avantages ; que ce ne soit point votre métier. Certainement vous devez voir les choses comme moi. Je regarde l’intervention de l’Autriche dans cette affaire comme un malheur ; j’y ai répondu parce que je n’ai voulu offrir aucun prétexte dans les moments actuels. Il faut donc être circonspect, marcher doucement et voir venir ; ne s’engager en rien, d’aucune manière, pas d’un iota plus qu’il n’y a décrit dans la note ; il faut que le lieu même où doit se tenir le congrès puisse, si cela convient, devenir un objet de longueurs et de discussions. Je cous recommande de bien vouloir vous pénétrer de tout cela, qui est de la plus grande importance. Il ne faut pas que M. de Vincent soit le moindrement autorisé à écrire chez lui des choses que je ne tiendrais pas, car il ne faut offrir de prétexte à personne.

Les Suédois ont été battus. D’Armfeldt a été blessé. Nous avons fait 1 200 prisonniers et pris six pièces de canon. Le général Essen a dit que le roi de Suède voulait faire la paix.

Napol.

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900 - Finkenstein, 24 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je viens de recevoir une lettre du roi de Prusse. Pour vous mettre au fait de cette lettre, je vous envoie la copie de celles qui ont passé entre nous depuis deux mois.

Copenhague est un lieu qui me convient fort. C’est celui que, dans ma pensée, j’avais choisi moi-même.

Deux articles de la lettre me déplaisent : le premier, qui est relatif à Constantinople ; mais il faut supposer que ce n’est pas là un ultimatum ; cela est tellement injuste qu’il faut penser qu’ils n’y tiendront pas ; le second est relatif à l’indemnisation ; mais je pense qu’elle regarde plutôt le roi de Naples que le roi de Sardaigne. Ce qui me paraît le plus clair, c’est qu’ils espèrent avoir la réponse dans quatre à cinq jours, et que sur-le-champ ils proposeraient un armistice ; tout cela pour sauver Dantzig. Le feu a commencé aujourd’hui, et il est probable que j’aurai cette place dans douze jours.

Faites-moi un projet de lettre comme vous pensez que je doive répondre à la lette du roi de Prusse.

Je pense qu’il ne faut rien dire à M. de Vincent. Puisque vous avez ignoré les autres lettres, il est, à la rigueur, possible que vous ignoriez celle-ci.

Envoyez-moi, je vous prie, ce traité de Sistova que je n’ai pas présent, et une note sur les différentes relations de la Porte avec la Russie et sur le rôle qu’y a joué la France.

Napole.

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901 - Finkenstein, 24 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, le prince Jérôme vient d’avoir de nouveaux succès en Silésie. Les 80 mille livres sterling votées par le Parlement anglais avaient donné le moyen à la garnison de Glatz de se recruter de beaucoup de monde ; ils se sont portés sur Frankenstein ; ils ont perdu dans la journée du 17 trois pièces de canon et 600 hommes et ils ont été poursuivis jusque sous les glacis de la place.

Napol.

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902 - Finkenstein, 25 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie une lettre de Vienne qui arrive par Breslau.

Np.

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903 - Finkenstein, 26 avril 1807, 10 heures du soir.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois vos lettres du 24. Je suis arrivé il y a deux heures de Marienburg. Je ne vous réponds pas sur les nouvelles de Constantinople. Je ne vous écris qu’un mot, car j’ai fait aujourd’hui plus de trente lieues à cheval, et je vais me coucher.

Ecrivez à Sebastiani. Donnez-lui des nouvelles de Dantzig ; dites-lui que la mauvaise saison me retient dans mes positions, qui protègent le siège de cette place ; que nous en sommes à 20 toises, et que nous y avons 60 bouches à feu en batterie. Ecrivez-lui également que la Russie m’a fait des propositions de paix ; que l’Autriche a offert sa médiation, et que j’ai déclaré que je ne traiterai point sans mes alliés, parmi lesquels la Porte tient le premier rang ; qu’il convient que la Porte envoie des instructions à son ministre à Varsovie pour assister au congrès, si toutefois il y en a ; que je ne séparerai jamais ma cause de celle de la Porte ; mais que le moment où l’on parle de paix est celui où il faut redoubler de préparatifs et multiplier les ressources ; que j’apprendrai avec plaisir que le vizir aura passé le Danube, et qu’alors, et quand j’aurai pris Dantzig, je me mettrai en mouvement pour chasser loin les Russes.

Vous me dites qu’on aperçoit des mouvements dans l’armée russe, mais vous ne me donnez pas de détails. Je suppose que si, vous en avez eu, vous me les aurez transmis promptement. Vous pouvez me parler sans mystère ; il n’y a plus de crainte que nos dépêches soient perdues.

L’ambassadeur persan est arrivé pendant mon absence et s’est couché.

Napoléon.

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904 - Finkenstein, 27 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai vu ce matin l’ambassadeur persan. J’ai coupé court à toutes ses phrases orientales, et je lui ai demandé net l’état de la question, en lui faisant comprendre que je connaissais bien la situation de son pays, et qu’il fallait traiter les affaires comme les affaires.

Envoyez-moi, je vous prie, les instructions du général Gardane, que vous avez oublié de m’envoyer. On souhaite beaucoup l’ambassadeur persan à Paris ; mais peut-être faudrait-il attendre que le second fût arrivé. Je me déciderai donc à renvoyer celui-ci chez lui ; son retour ne peut qu’y faire du bien. J’attends les instructions du général Gardane, que vous avez dû rédiger sur les bases que je vous ai indiquées dans ma dernière lettre sur ce sujet.

Napoléon.

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905 - Finkenstein, 29 avril 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, dans la situation actuelle des choses, je pense qu’il est convenable que vous veniez me rejoindre. Laissez votre maison à Varsovie. Emmenez seulement avec vous un secrétaire et deux valets de chambre ; vous trouverez ici tout le reste.

Vous préviendrez le gouvernement que je vous ai appelé près de moi pour quelques jours et que vous reviendrez après à Varsovie. Vous direz la même chose à M. de Vincent ; cela aura l’avantage de ne pas paraître dissimulé. Vous pourrez dire à M. de Vincent qu’il est possible qu’il m’ait été fait quelque ouverture ; que cet appel inattendu vous le ferait penser, mais que vous n’en savez rien.

Les Polonais ne veulent pas de Poniatowski. Si l’on pouvait mettre Dombrowski au ministère de la Guerre et appeler Poniatowski à l’armée, ce serait bien.

Napol.

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906 - Finkenstein, 26 mai 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Faites partir sur-le-champ M. Lescours, qui portera à Constantinople et à Vienne la nouvelle de la prise de Danzig, où l'on a trouvé des magasins immenses.

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907 - Dantzig, 2 juin 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'irai probablement coucher ce soir à Marienburg pour être demain à Finkenstein. Je pense que vous ferez bien d'écrire à Gardane de ne pas attendre autre chose pour partir pour la Perse. Chargez-le seulement de dépêches pour donner à Sebastiani des nouvelles de l'ambassadeur turc.

Napol.

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908 - Finkenstein, 5 juin 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, donnez ordre à mon ministre en Perse de partir sans délai et de s'y rendre le plus rapidement possible. Envoyez-lui vos dépêches pour Constantinople.

Faites connaître à M. Sebastiani que, pour mes intérêts, il est nécessaire qu'il reste encore à Constantinople.

Np.

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909 - Tilsitt, 20 juin 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, la bataille de Friedland a donné un dénouement à tout ceci. Les Russes s'avouent eux-mêmes vaincus ; ils tiennent le même langage qu'après Austerlitz et crient à tue-tête : la paix ! Ils m'ont envoyé ici un prince, et Bennigsen a dit hier au maréchal Duroc que l'empereur de Russie voulait faire la paix sous peu de jours.

Dans tous les cas, je désire que vous vous rendiez à Königsberg. Je suppose que la route est sûre. Si elle ne l'était pas, vous vous feriez donner une escorte.

Je suis maître de tout le Niemen. Je crois que je ferai ce soir un armistice qui aura pour limites le thalweg du Niemen et pour condition la reddition des places de Graudenz, Kolberg et Pillau. C'est cette dernière clause qui a empêché que l'armistice ne fût signé hier, parce qu'on attend l'autorisation du roi de Prusse.

Np.

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910 - Tilsitt, 21 juin 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 17. Je vous ai écrit hier de vous rendre à Königsberg, je suppose que vous êtes parti pour y aller.

Napol.

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911 - Tilsitt, 24 juin 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint copie de l'armistice qui a été conclu et dont les ratifications ont été échangées hier.

La première chose à faire est d'expédier un courrier à Constantinople, pour en faire part au général Sebastiani et le charger de faire connaître au Grand Seigneur que j'ai conclu cet armistice parce que les Russes disent qu'ils veulent traiter de la paix, que la Porte y sera comprise et ses intérêts ménagés. Il peut l'assurer que je ferai cause commune avec lui ; mais que, comme ce peut être un piège des Russes, c'est une nouvelle circonstance pour fortifier ses armées ; car si, d'ici à un mois, je m'aperçois qu'on ne veut pas négocier de bonne foi, je passerai le Niémen, et ma jonction sera bientôt faite avec le grand vizir.

Il faut aussi écrire en chiffre à l'ambassadeur Sebastiani, qu'il doit comprendre de quelle nécessité il est pour moi d'ouvrir le Corps législatif à Paris, et que cela seul me rend cette suspension d'armes avantageuse, dans l'espoir fondé que les Russes, après les grands échecs qu'ils ont reçus, deviendront raisonnables.

Je suppose que vous avez instruit M. Mériage de mes victoires et de mon arrivée sur le Niemen.

M. de Kalkreuth doit venir dans la journée, et je vais conclure un armistice avec les Prussiens.

L'empereur de Russie s'est approché d'une lieue d'ici, et on m'assure qu'il désire une entrevue. Je m'en soucie médiocrement ; cependant je ne m'y refuse pas. Le ton est très changé aujourd'hui. L'armée et le cabinet montrent une grande soif d'en finir. Leur horizon se peint en noir, et ils prévoient qu'un grand orage est prêt à fondre sur leur empire, si la paix ne le conjure.

J'ai reçu les lettres de la cour d'Autriche. L'ensemble de tout cela me démontre qu'on ne voulait pas négocier, et qu'on voulait tenter le sort de la guerre ; que mon grand empressement et mon désir de la paix les ont trompés, et qu'ils m'ont cru dans une situation différente de celle où j'ai été.

Napoléon.

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912 - Tilsitt, 25 juin 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je viens de voir l'empereur de Russie, au milieu du Niemen, sur un radeau où on avait élevé un beau pavillon. Demain, l'empereur me présente le roi de Prusse et vient loger en ville. J'ai, à cet effet, neutralisé la ville de Tilsit. Je désire fort que vous veniez promptement ici. Je me dispense de vous en dire davantage, pensant que vous ne tarderez pas à arriver ici.

Napol.

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913 - Tilsitt, 6 juillet 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous prie de me préparer des armes pour le roi de Westphalie.

Napoléon.

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914 - Tilsitt, 8 juillet 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, donnez l’ordre à M. de Lesseps de se rendre sans délai à Saint-Pétersbourg pour y reprendre les fonctions de consul général.

Np.

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915 - Tilsitt, 9 juillet 1807.

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, l'adjudant commandant Guilleminot doit se rendre au quartier général de Michelson. Il ira de là auprès du grand vizir, et il sera porteur d'une lettre dans laquelle vous notifierez au grand vizir la paix qui vient d'être conclue et les articles du traité qui concernent la Porte. Vous ferez connaître qu'il faut que le grand vizir suspende les hostilités et qu'il conclue un armistice avec le général Michelson, qui évacuera la Valachie et la Moldavie, mais que lui-même ne doit pas entrer dans ces provinces avant que le traité définitif soit réglé. Vous donnerez mes instructions à l'adjudant commandant Guilleminot, et vous lui communiquerez les articles qui concernent la Porte.

De là cet officier se rendra à Constantinople. Il sera porteur d'une lettre chiffrée de vous pour Sebastiani. Vous ferez connaître à mon ambassadeur par cette lettre que mon système sur la Porte chancelle et est au moment de changer ; que, cependant, je ne suis pas décidé ; que la meilleure amitié subsiste entre moi et la Russie ; que l'empereur Alexandre a passé vingt jours ici et que j'ai lieu d'espérer que notre union sera constante ; que, d'un autre côté, le sort du sultan Selim m'a été au cœur, et que le peu d'égards qu'on a eu pour mon ambassadeur et pour mes troupes m'a été sensible ; qu'il doit envoyer l'adjudant commandant avec des firmans de la Porte pour que le traité soit exécuté ; que les troupes ottomanes restent sur le Danube, tandis que les Russes resteront sur leurs frontières, sans que la Valachie et la Moldavie soient occupées par personne ; que les Sept-Îles me sont données en toute propriété ainsi que Cattaro, mais que cela doit rester secret ; qu'il faut qu'il obtienne, s'il est possible, le passage par le Bosphore des quatre vaisseaux russes qui appartiennent à la mer Noire ; que, s'il l'obtient, sans trop choquer cependant la populace de Constantinople, il en fasse part, par une lettre signée de sa main, au général Michelson, qui l'enverra à Corfou. Il dira dans cette lettre que le gouverneur peut faire partir tant de vaisseaux, et qu'il ne leur arrivera rien.

Il faut ménager la Porte, qu'elle envoie un ambassadeur à Paris, et qu'elle accepte clairement ma médiation. Vous ferez sentir que j'ai été choqué du renvoi de mes canonniers et de ce qu'on a assez peu ménagé mon ambassadeur pour ne pas lui faire de notification. Sebastiani témoignera, s'il est possible, l'intérêt que je prends à Selim ; mais il y mettra assez de ménagements pour ne pas accélérer sa mort. Il fera connaître qu'il est ridicule que l'empereur Moustafa ne m'ait pas écrit, à moi qui, seul, ai protégé son empire ; car, enfin, les Turcs n'auraient pas résisté à la Russie si je ne les avais pas protégés. Je reste encore ami de la Porte ; mais je suis redevenu ami de la Russie. Il faut donc toujours chercher des moyens de conciliation, en évitant désormais tous ceux d'irritation et d'exaspération.

Vous ferez aussi une note au ministre turc à Varsovie pour lui annoncer que la paix est faite et que la Porte y est comprise. Vous toucherez légèrement l'article de mon mécontentement sur le peu d'égards qu'on a eu pour mon ambassadeur depuis le nouveau règne, et sur le renvoi presque honteux de mes canonniers. Recommandez positivement à Sebastiani de renvoyer en Dalmatie tous les canonniers et tous les Français que j'ai à Constantinople.

Napol.

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916 – Königsberg, 13 juillet 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, envoyez par un courrier extraordinaire à M. l'archichancelier de l'Empire les traités de paix avec la Russie et la Prusse. J'ai donné ordre qu'il assemble le Sénat, publie les traités et les imprime. Je n'ai pas voulu tarder plus longtemps, parce que les relations commerciales en souffrent.

Envoyez également le traité de paix à Berlin, avec ordre au général Clarke de l'imprimer quarante-huit heures après le passage du courrier.

Envoyez-moi ce soir la copie des traités de paix, et demandez à Berthier la convention pour l'exécution du traité avec la Prusse.

Dans les copies des traités, il faut mettre roi de Naples au lieu de roi des Deux-Siciles, afin de ne pas faire sentir le contraste.

Mandez à M. Vincent, mon commissaire à Varsovie, qu'il ait à écrire, tous les jours, aux relations extérieures un bulletin de ce qui se passe, relatif aux subsistances, au gouvernement, à l'esprit public, etc. ; ces bulletins seront numérotés et commenceront le 20 juillet.

Napoléon.

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917 – Dresde, 19 juillet 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, il faut s'occuper sans retard de faire fermer tous les ports du Portugal à l'Angleterre.

Le lendemain de votre arrivée à Paris, vous ferez connaître au ministre de Portugal qu'il faut que le 1er septembre les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre ; à défaut de quoi, je déclare la guerre au Portugal, et les marchandises anglaises seront confisquées pour garantie de ce qu'elle doit au Portugal. Vous écrirez à mon consul à Lisbonne pour lui prescrire les mêmes déclarations.

Le même jour, avoir une conférence avec le ministre d'Espagne sur cet objet, et expédier un courrier à Madrid pour que mon ambassadeur voie le prince de la Paix, à l'effet de conclure une convention pour que les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre au 1er septembre. A défaut de quoi, les ministres d'Espagne et de France se retireront de Lisbonne, et les deux puissances déclareront la guerre au Portugal ; une armée de 20 000 Français se rendra à Bayonne le 1er septembre, pour se réunir à l'armée espagnole et conquérir le Portugal.

De mon côté je compte, à mon arrivée à Paris, écrire au roi d'Espagne et au prince de la Paix pour leur faire comprendre l'urgence de cette mesure.

Napoléon.

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918 – Dresde, 19 juillet 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, donnez ordre à M. Lachevardière, mon consul à Hambourg, de se rendre à Danzig où il remplira les fonctions de mon consul dans cette place. Il partira vingt-quatre heures après la réception de votre ordre.

Napoléon.

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919 – Dresde, 20 juillet 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, l'Ordre de Malte peut être considéré comme détruit. Il n'y a pas aujourd'hui de grand maître. Cet ordre ne possède plus de biens dans l'Empire, ni dans mon royaume d'Italie. Les Anglais ont l'île et ne veulent point s'en dessaisir. Le roi de Naples s'emparera incessamment de toutes les commanderies.

Dans cet état de choses, je désirerais que vous écrivissiez à M. Otto et au Primat. Du moment que je serai d'accord avec la Bavière, je déclarerai, par un acte authentique, l'ordre de Malte dissous, et je conférerai le droit de donner la décoration de l'Ordre au roi de Naples. Je motiverai cela sur ce que, par la possession de la Sicile et de la plus grande partie des côtes de l'Italie, le roi de Naples est le vrai défenseur de l'Italie contre toute espèce de pirateries. Mais il faudrait que, pour lever toute difficulté relativement à ceux qui portent aujourd'hui la décoration de l'ordre de Malte, on déclarât que ceux qui la portent auront le droit de continuer à la porter.

Il faudrait cependant que la Bavière, en réunissant le bien de l'ordre de Malte à quelques-uns de ses ordres, fit remplacer la croix de Malte par celle de cet ordre. Il faudrait aussi avoir l'agrément de l'Espagne qui ne demanderait pas mieux. Peut-être vaudrait-il mieux faire un traité avec l'Espagne et la Bavière, moi, comme représentant les Langues d'Auvergne, de Provence et d'Italie, l'Espagne celles d'Aragon et de l'Allemagne. Ainsi l'ordre se trouverait détruit, et la décoration ne pourrait se porter que par le don qu'en ferait le roi de Naples.

Napoléon.

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920 – Dresde, 22 juillet 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Alquier de présenter une note dans laquelle il demandera que le nombre des cardinaux français, dans les conseils où se traitent les affaires de l'Église, soit proportionné au nombre des cardinaux romains qui s'y trouvent, ainsi que le nombre des cardinaux allemands et espagnols, en raison de la population de chaque pays ; car il n'est pas convenable que l'Église de France, qu'un empire si grand et si puissant, soit sans organe dans le consistoire.

Il ajoutera qu'il est temps de finir toutes les petites querelles qu'on ne cesse de me susciter ; que je suis fort indigné et irrité des menaces qu'on me fait de m'excommunier, de me déclarer déchu du trône ; qu'il ne leur reste plus qu'à me mettre dans un monastère et à me faire fouetter comme Louis le Débonnaire ; que, si on veut arranger toutes les affaires et en finir, on ait à envoyer des pleins pouvoirs au cardinal-légat qui est à Paris ; que, si l'on ne veut pas, on reste tranquille, et que l'on se dispense de rien faire ; qu'on cesse toute correspondance, et des menaces que je méprise, mais qu'il n'est pas de la dignité de ma couronne d'entendre.

Vous donnerez un congé à M. Alquier pour revenir en France, et vous laisserez à Rome un chargé d'affaires pour les affaires courantes de la légation.

Np.

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921 – Saint-Cloud, 31 juillet 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, témoignez mon mécontentement à M. Bourrienne de ce que la factorerie anglaise est toujours à Hambourg, de ce que les marchandises anglaises n'ont pas été saisies et continuent à circuler dans les villes hanséatiques. Réitérez les ordres formels que les individus anglais soient arrêtés, la factorerie anglaise entièrement fermée et les marchandises, anglaises confisquées. La correspondance anglaise n'est point non plus arrêtée et les lettres passent toujours par la poste de Hambourg. Enjoignez-lui de faire les notes et les démarches nécessaires pour que ces abus cessent sans délai , et de vous faire connaître les intrigues et les moyens de corruption qui ont été employés pour amortir l'effet de mes ordres.

Le même courrier continuera sa route sur Copenhague et sera porteur d'une lettre à mon ministre, par laquelle vous lui ferez connaître mon mécontentement de ce que les promesses qu'a faites le Danemark n'ont point d'effets et que la correspondance continue avec l'Angleterre. Vous lui donnerez l'ordre de conférer avec le ministre danois sur la nécessité de faire cesser ces communications, et sur ce que veut faire le Danemark si l'Angleterre se refuse à faire la paix sur des bases raisonnables. Vous laisserez entrevoir que, ce cas arrivant, il est possible que tous les ports de l'Europe soient fermés à l'Angleterre et que les puissances du continent lui déclarent la guerre.

Dimanche, au plus tard, vous aurez une conférence sur ce sujet avec M. de Dreyer. Vous lui direz que, quel que soit mon désir de ménager le Danemark, je ne puis empêcher qu'il ne se ressente de la violation qu'il a laissé faire de la Baltique, et que, si l'Angleterre refuse la médiation de la Russie, il faut nécessairement qu'il choisisse, on de faire la guerre à l'Angleterre, ou de me la faire ; que l'amitié que m'a témoignée le prince royal et l'intérêt du Danemark me font espérer qu'il n'hésitera pas dans son choix.

Np.

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922 – Saint-Cloud, 9 août 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, faites connaître à l'envoyé du roi de Prusse, dans un entretien, que mon armée n'évacuera point jusqu'à ce que les contributions aient été payées ; que cela est stipulé dans le traité ; que les contributions ne m'appartiennent pas, mais à mon armée, et que, si elles n'étaient pas payées, je serais obligé d'en faire sortir la valeur de mon Trésor ; que je n'ai pas voulu la destruction de la monarchie prussienne, puisque j'ai rendu au roi les trois quarts de ses provinces ; que je suis fâché qu'après avoir rétabli la Prusse on dise que j'ai voulu l'anéantir ; que, si le roi de Prusse eût été à Paris, il ne se fût pas conduit de même ; que, relativement an payement de la contribution, j'ai donné tous mes pouvoirs à M. Daru pour s'entendre avec les agents du gouvernement prussien et leur donner les facilités qu'il sera possible d'accorder.

Je désire que vous ayez cet entretien demain, afin que cet envoyé fasse partir sur-le-champ un courrier pour donner connaissance de cela à sa cour et empêcher qu'on ne s'y flatte de fausses espérances.

Vous ferez connaître au ministre de Saxe l'état ci-joint des bouches à feu qui seront laissées dans le duché de Varsovie. Vous lui direz que le général Hanicque est chargé de faire l'évaluation de ces bouches à feu ; que cela doit être payé par le gouvernement polonais, et qu'on donnera tout le temps nécessaire pour faire ce paiement. Cela se joindra à deux ou trois millions que ce gouvernement me doit encore. Vous écrirez la même chose à M. Bourgoing.

Napol.

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923 – Saint-Cloud, 9 août 1807

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur le Prince de Bénévent, l'affaire de Munich mérite attention. Je pense qu'il faut faire arrêter le ministre de Würzburg qui a autorisé le recrutement dans les États de la Confédération, et écrire à Bade pour qu'on ne le reçoive pas comme ministre. Demander à M. de Metternich si l'Autriche veut me laisser tranquille ; lui dire que le caractère de cet individu n'empêchera pas qu'il soit arrêté à Munich ou dans tout autre endroit où il se trouverait ; que l'Autriche a travaillé tout l'été le Tyrol et le Vorarlberg ; que je parais fermer les yeux là-dessus et ne désire pas en être informé, mais qu'il serait temps enfin que M. de Stadion mît un terme à ses petites chicanes et à ses plates manœuvres.

Écrivez dans ce sens à M. Otto et parlez ici à M. de Cetto, pour que le roi prenne des mesures rigoureuses contre ces individus qui cherchent à mettre le trouble. Tout cela me paraît très important et à faire sans délai.

Np.

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924 – Fontainebleau, 25 octobre 1807

A Talleyrand, vice-grand électeur :

Mon cousin, nous vous avons chargé, par décret de ce jour, de remplir, par intérim et en l'absence du prince Eugène, vice-roi d'Italie, les fonctions attribuées à la dignité d'archichancelier d'État. Ces fonctions n'ayant point encore été exercées, notre intention est que vous vous occupiez de cet objet dans tous ses détails, et que vous nous présentiez un projet de règlement qui spécifie plus particulièrement les attributions de l'archichancelier d'État, qui détermine ses rapports avec le ministère des relations extérieures, et qui en règle l'usage de manière à ne point gêner la marche de ce département.

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925 – Venise, 30 novembre 1807

A Talleyrand, vice-grand électeur :

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai reçu votre lettre. Je suis à Venise depuis hier. Le temps y est extrêmement mauvais. L'entrée a cependant été belle. Ce pays est un phénomène du pouvoir du commerce.

Nap.

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926 – Milan, 16 décembre 1807

A Talleyrand, vice-grand électeur :

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai reçu votre lettre du 8 décembre. J’ai fait connaître à Champagny mes intentions sur les objets qui y étaient contenus.

Nap.

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927 – Milan, 19 décembre 1807

A Talleyrand, vice-grand électeur :

Monsieur le Prince de Bénévent, qu’est ce que c’est qu’un chef d’escadron Chipault que le Journal de l’Empire du 14 dit avoir été présenté à l’Impératrice comme ayant reçu cinquante-deux blessures à une seule bataille ? Faites sentir, je vous prie, que cela n’a pas de sens, et qu’on ne devrait rien faire de cela sans conseil.

Nap.

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Lettres en provenance des Archives du MAE sauf :

803 / 874 /880 / 889 / 897 / 899 / 906 / 924 – Archives Nationales.

909 - Vente Drouot – Etude Briest – 19 novembre 1997

911 - Correspondance publiée par ordre de Napoléon III





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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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