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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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DISCOURS

PRONONCE PAR LES COMMISSAIRES

DU DEPARTEMENT DE PARIS

POUR LES MONUMENTS PUBLICS,

A L'ASSEMBLEE NATIONALE,

LE 12 FEVRIER 1792




MESSIEURS,

Lorsque la voix du peuple, puissante comme la nécessité, appela l’assemblée constituante et le roi dans cette capitale, le pressant besoin du moment, l’ascendant des circonstances se firent seuls entendre dans le choix d’un lieu propre à les recevoir. Le caractère auguste dont l’amour et la confiance de la nation, fondant sa liberté, environnaient ses premiers représentants, changeait en un temple tous les lieux qu’ils avaient habités ; ainsi ce gymnase obscur, ce jeu de paume où l’assemblée nationale prononça le premier serment de vivre libre ou mourir, et s’agrandit encore à nos yeux de toute la force d’opinion qui accompagne le courage et la vertu, fut à l’instant et sera pour jamais un lieu sacré.

Mais les scènes révolutionnaires de ce grand drame ont eu leur dénouement, la constitution. C’est à cette constitution, dont les bases sont immuables, à ce nouveau contrat social, qui doit embrasser les siècles dans sa durée, que nous venons vous demander de bâtir un temple.

Le département de Paris, considérant les monuments publics sous leurs rapports moraux et politiques, a pensé que ce serait vous offrir un moyen d’accélérer la confiance et d’affermir les espérances de tous dans les lois nouvelles, que de vous proposer d’élever un palais à la représentation nationale. Il a pensé que tout ce qui tient à cette institution protectrice et conservatrice de nos droits devait porter l’empreinte de la dignité et de la souveraineté de la nation, et peut-être encore de cette volonté ferme qui, dans ce grand intérêt, ne saurait changer.

Et vous en conviendrez, Messieurs, ces différents caractères ne dépendent pas seulement de la régularité et de la permanence de vos décisions et de votre dévouement aux principes de la constitution, mais aussi de la nature et de la stabilité des établissements publics qui seront fondés pour le nouvel ordre des choses. Cependant en est-il aucun qui soit en un plus grand contraste avec ces idées que l’état précaire de votre propre établissement dans cette salle, où semblent se presser à l’envi tous les genres d’inconvénients et toutes les natures d’obstacles à l’activité et à la tranquillité des délibérations ?

La valeur des plus superbes monuments approche à peine du prix de ce local, où l’on ne trouve de grandeur que dans l’état de dépense de son entretien.

Voici, Messieurs, la notice abrégé de ce que coûte à la nation l’établissement actuel du corps législatif et de ses accessoires :

Terrain en superficie, environ 14 060 toises.

Evaluées, en y comprenant les bâtiments et d’après la valeur des terrains environnants : 1 500 livres.

Ce qui donne au total : 21 090 000 livres.

Intérêt annuel à la charge de la nation : 1 054 500 livres.

Si l’on ajoute à cette somme les dépenses indispensables et renaissantes qui résultent de l’étendue des bâtiments qu’occupent les comités et les bureaux de l’assemblée, et les droits, les contributions que la nation percevrait sur cet immense terrain s’il était mis en vente, on peut, sans exagération, affirmer que l’établissement actuel de l’assemblée nationale coûte chaque année près de 2 000 000 au trésor public. La commission s’engage à fournir la preuve de ces assertions à vos comités.

Le conseil du département de Paris, dans sa dernière session, frappé de l’énormité de cette dépense et des inconvénients multipliés de votre position, nous a spécialement chargés de lui présenter les moyens d’y remédier. Nous n’en avons trouvé d’autre que dans la construction d’un monument national particulier, digne de la majesté du peuple dont vous êtes les représentants, et dans lequel l’assemblée trouverait réuni tout ce qui lui est nécessaire lorsque le corps législatif tient ses séances à Paris.

Plusieurs plans ont été soumis à notre examen par des artistes également distingués ; mais il n’en est aucun qui nous ait paru réunir plus d’avantages que celui que nous avons l’honneur de remettre sous vos yeux. Il faisait partie d’un rapport sur les monuments publics, lu au conseil du département, et que, par son arrêté du 15 décembre dernier, il a jugé digne d’être rendu public et présenté à l’assemblée nationale et au roi.

Par ce projet vous occuperez un terrain que sa situation actuelle rend, pour ainsi dire, de nulle valeur ; car que pourrait-on faire d’une église à moitié construite ?

Vous porterez la vie dans un des plus beaux quartiers de Paris, que l’abandon des travaux de cet édifice et l’émigration attaquent doublement ; vous contribuerez à l’achèvement d’un des plus beaux morceaux d’architecture qu’il y ait en Europe. Les représentants d’une nation dont le despotisme même n’a pas pu éteindre le génie et le goût ne se refuseront point à donner cette nouvelle preuve de leur protection et de leur amour éclairé pour les arts ; et les ruines, neuves encore, du temple qu’on élevait à cette femme célèbre par sa beauté, ses fautes et ses regrets, sainte Madeleine, se convertiront, à votre voix, en un temple à la patrie ; temple divin, sans doute, puisqu’on s’y occupera du bonheur des hommes.

Vous venez de voir ce que coûte votre établissement.

Pour vous placer dans le nouveau local que nous vous proposons, de manière à ce que le corps législatif puisse à tout moment passer de son travail général aux travaux partiels des comités sans perte de temps, que rien de tout ce qui peut lui être nécessaire et même agréable ne lui manque, une somme de trois à quatre millions, appliquée à ce que nous trouvons déjà fait à la Madeleine, pourra suffire. Nous devons vous observer qu’une somme à peu près égale serait nécessaire pour achever cet édifice comme église.

Chargé de cette exécution, le département de Paris compterait, à cet égard, de clerc à maître avec la nation. Il a cru devoir vous proposer le moyen de faire rentrer le plus tôt possible au domaine national le riche immeuble qu’occupe à ce moment l’assemblée. Il a cru aussi qu’il était de son devoir de chercher à réunir les moyens d’économies aux convenances que lui commandait la dignité des représentants de la nation. Il a cru rencontrer ces divers avantages dans le projet contenu dans le rapport sur les monuments publics, dont il a ordonné l’impression, et dont nous avons détaché cette partie, afin d’accélérer votre détermination sur une chose qui se lie par plusieurs points aux plus grands intérêts publics.

Si vous prenez ce projet en considération, nous serons aux ordres du comité auquel vous en renverrez l’examen. Nous vous prierons d’observer que ce projet intéresse essentiellement les arts, et s’unit, par cette partie, aux progrès de l’instruction publique. C’est dans le rapport que cet examen mettra vos comités à portée de vous faire, que vous achèverez de reconnaître la nécessité de votre translation dans une salle particulière.

Peut-être trouverez-vous quelque grandeur à poser les fondements d’un édifice national et constitutionnel dans l’instant même où vous déclarerez la guerre aux ennemis de la constitution : et cette preuve de sécurité, dans l’avenir, ne sera point indifférente au succès de nos armes ; car la confiance et le courage sont les garants naturels de la victoire.

Le département de Paris espère que vous n’apercevrez, dans la démarche qu’il s’est permise aujourd’hui, que le désir de faire à la fois une chose convenable aux intérêts de la nation et à la dignité de ses représentants, qu’une preuve de son zèle à remplir ses devoirs, et de son respect pour vous.

A Paris, ce 12 février 1792.



BROUSSE, DUMONT, TALLEYRAND, KERSAINT, membres du département et commissaires pour les monuments publics.





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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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