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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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MEMOIRE

A LA CONVENTION

SUR

LES RAPPORTS ACTUELS DE LA FRANCE

AVEC LES AUTRES ETATS DE L'EUROPE

DU 25 NOVEMBRE 1792




Les principes d’après lesquels la France va former sa constitution républicaine et organiser son régime intérieur ne peuvent plus s’allier sous aucun rapport aux maximes et au système de conduite dont se composait l’ancienne doctrine politique des nations. Il est aussi impossible à un peuple libre de porter dans ses transactions avec un autre peuple les idées et les sentiments d’un gouvernement arbitraire qu’il l’est à ceux-ci de déterminer leur action politique d’après les principes de la raison, de la justice et de l’utilité générale. L’effet nécessaire d’une constitution libre est de tendre sans cesse à tout ordonner en elle et hors d’elle pour l’intérêt de l’espèce humaine. L’effet nécessaire d’un gouvernement arbitraire est de tendre sans cesse à tout ordonner en lui et hors lui pour l’intérêt particulier de ceux qui gouvernent. D’après ces tendances opposées, il est incontestable que rien de commun ne peut exister pour les moyens, puisque rien de commun n’existe pour l’objet.

Il ne s’agit plus aujourd’hui, comme nous le conseillaient il y a quelques années des hommes célèbres dans la carrière politique, il ne s’agit plus d’adopter un système qui puisse rendre à la France le rang que son énorme consistance lui assigne dans l’ordre politique et la primatie qui lui est due sous tous les rapports, parmi les puissances du continent, etc.

On sait bien maintenant à quoi se réduisent toutes les grandes idées de rang, de primatie, de prépondérance. On sait ce qu’il faut penser de tout cet échafaudage politique sous lequel la turbulence et la nullité des cabinets de l’Europe se sont débattues si longtemps, et avec tant d’appareil, aux dépens des intérêts des peuples. On a appris enfin que la véritable primatie, la seule utile et raisonnable, la seule qui convienne à des hommes libres et éclairés, est d’être maître chez soi, et de n’avoir jamais la ridicule prétention de l’être chez les autres. On a appris, et un peu tard sans doute, que pour les Etats comme pour les individus, la richesse réelle consiste non à acquérir ou à envahir les domaines d’autrui, mais à bien faire valoir les siens ; on a appris que tous les agrandissements de territoire, toutes ces usurpations de la force et de l’adresse auxquelles de longs et illustres préjugés avaient attaché l’idée de rang, de primatie, de consistance politique, de supériorité dans l’ordre des puissances, ne sont que des jeux cruels de la déraison politique, que des faux calculs de pouvoir, dont l’effet réel est d’augmenter les frais et l’embarras de l’administration, et de diminuer le bonheur et la sécurité des gouvernés pour l’intérêt passager ou la vanité de ceux qui gouvernent.

Le règne de l’illusion est donc fini pour la France. On ne séduira plus son âge mûr par toutes ces grandes considérations politiques qui avaient, pendant si longtemps et d’une manière si déplorable, égaré et prolongé son enfance. Des circonstances, que nulle sagacité humaine ne pouvait prévoir, ont amené pour elle un ordre de choses sans exemple dans l’histoire des peuples. Par son courage, sa persévérance et ses lumières, elle s’est ouvert une carrière nouvelle, et après avoir vu le but où elle doit tendre, elle saura s’y placer.

Tous les leviers de l’ancienne politique sont rompus ou près de l’être, et ceux qui existent encore ne sont plus à l’usage de la France. Le nouveau système de ses rapports extérieurs est entièrement analogue aux idées et aux intérêts qui sont le résultat de sa situation nouvelle.

De toutes les parties de l’ancien système, celle qui est le plus en contradiction avec nos lois, nos opinions et nos mœurs nouvelles, celles par conséquent dont les traces doivent s’effacer chaque jour davantage, c’est la matière des alliances.

Un traité d’alliance est la promesse d’un secours mutuel dans le cas où l’une des puissances contractantes éprouverait une agression ou voudrait en faire éprouver une.

De cette définition il résulte qu’il ne doit y avoir rien de commun entre des alliances formées par des gouvernements arbitraires et des alliances contractées par des Etats libres.

Dans les gouvernements arbitraires, et par les principes mêmes d’action qui en maintiennent l’existence, une alliance a presque toujours pour objet l’attaque et non la défense, l’envahissement des domaines d’autrui et non la conservation de sa propriété. Tantôt c’est une convention faite entre des rois ou des pouvoirs aristocratiques pour assujettir ou dépouiller des peuples ; tantôt c’est un traité par lequel, sous prétexte de maintenir la paix de l’Europe, mais dans le dessein réel d’obtenir la prépondérance politique de l’une des parties, c’est-à-dire, en termes plus simples, d’assouvir son ambition et sa cupidité, on verse à flots le sang et l’or des peuples ; tantôt c’est un pacte où des rois unis par le sang, croyant que leurs nations sont des familles dont ils sont les pères communs, traitent entre eux des propriétés nationales comme des biens de patrimoine, cèdent, échangent les personnes et les biens de ces enfants dociles, et négocient des successions au trône comme on transige sur un héritage privé ; en un mot, un traité d’alliance entre des rois ou des Etats aristocratiques n’est presque jamais qu’un arrangement domestique entre des maîtres et une véritable conjuration contre les peuples. Tel est le résultat général de toutes les transactions de ce genre, depuis le premier traité conclu entre deux tyrans imbéciles jusqu’au traité d’alliance formé entre 1788 entre l’Angleterre et les Provinces-Unies, traité par lequel un peuple libre s’est laissé imposer, et pour des intérêts de famille royale, autant que par de fausses vues mercantiles, la honteuse et criminelle obligation de maintenir les usurpations du stathouder et de l’aristocratie batave, et de verser son sang, d’épuiser ses trésors, d’aggraver ses impôts et de se précipiter vers la banqueroute, uniquement pour empêcher un autre peuple d’être libre à sa manière. Heureusement, l’opinion publique qui, en Angleterre, tend constamment à se former sur les principes de la raison et de la justice, l’opinion publique relâche chaque jour ces liens d’une injustice garantie ; et le moment n’est pas loin, peut-être, où le peuple anglais verra avec plaisir ses voisins les bataves briser le joug du stathoudérat et de l’aristocratie, parce qu’il saura que la chute du stathouder, quelque pénible qu’elle puisse être pour la maison de Brunswick, ne nuira point aux vrais intérêts du commerce d’Angleterre.

Exposer ce qu’ont été jusqu’ici les traités d’alliance entre les puissances de l’Europe, c’est indiquer ce qu’ils doivent être à l’avenir relativement à la France.

D’abord, la France doit-elle contracter des alliances ?

En principe, une alliance n’est un acte raisonnable et juste que lorsqu’elle se réduit à un traité de défense réciproque. C’est donc de la probabilité de l’attaque, et ensuite du calcul des chances qui, en tel ou tel temps, peuvent en amener le succès, que dépend pour une nation la nécessité d’un traité de ce genre. Ainsi, un petit Etat, dont la situation à côté de grands empires rend l’existence précaire et dépendante, a besoin, pour l’intérêt de sa propre conservation, de se tenir constamment allié à quelqu’une de ces grandes masses politiques, auprès desquelles il puisse trouver, à chaque instant, l’appui et la force qui lui manquent.

Rien de pareil ne peut exister pour la France, et il est évident, soit pour les faits dont nous sommes témoins, soit par les événements qu’il est aisé de pressentir, qu’elle ne doit pas chercher dans une alliance quelconque un moyen d’indépendance, de force et de sûreté personnelle plus prompt et plus puissant que celui qui doit résulter de l’exercice libre et unanime de ses propres forces.

Si la France contracte des alliances, ce sera donc moins pour son propre intérêt que pour celui des Etats qu’elle aura rendus ou qu’elle voudra rendre libres ; ce sera pour hâter le développement complet du grand système de l’émancipation des peuples. C’est là que doit se trouver le seul objet de sa politique actuelle, parce que c’est là que se trouve le vrai principe des intérêts généraux et immuables de l’espèce humaine.

Ainsi, après avoir reconnu que le territoire de la République française suffit à sa population et aux immenses combinaisons d’industrie que doit faire éclore le génie de la liberté, après s’être bien persuadé que le territoire ne pourrait être étendu sans danger pour le bonheur des anciens comme pour celui des nouveaux citoyens de la France, on doit rejeter sans détour tous ces projets de réunion, d’incorporation étrangère qui pourraient être proposés par un zèle de reconnaissance ou d’attachement plus ardent qu’éclairé ; on doit être convaincu que toute acceptation ou même tout désir public de ce genre de la part de la France contrarierait d’abord sans honneur et sans profit, ensuite avec péril pour elle, ces renonciations faites si solennellement et avec tant de gloire, et dont l’Europe est loin d’attendre l’inexécution au moment où elle s’unit, par ses vœux, aux succès d’une cause qu’elle croit ne pouvoir être souillée ni par l’ambition ni par l’avidité. La France doit rester circonscrite dans ses propres limites : elle le doit à sa gloire, à sa justice, à sa raison, à son intérêt et à celui des peuples qui seront libres par elle.

Il faut donc qu’après avoir concouru à établir leur liberté, elle la consacre et l’éternise en s’alliant à eux, non par les secours qu’elle peut en tirer pour elle-même, mais pour ceux qu’elle peut leur offrir.

Des alliances de cette nature ne ressemblent guère à celles qui ont existé jusqu’à présent entre les grandes puissances et les petits Etats. Nous avons vu constamment le fort vendre sa protection au faible, et celui-ci s’épuiser en détail et périr lentement de ses sacrifices pour obtenir la faveur de n’être pas écrasé d’un seul coup. Ici, le fort donnera librement et avec générosité son appui au faible, sans autre retour que d’avoir près de lui des amis et des hommes libres. Comme l’objet n’est plus le même, il est naturel que les moyens soient différents. Ainsi, après avoir rendu la liberté aux Savoisiens, aux Belges, aux Liégeois, etc. ; après avoir élevé les signes de la liberté sur les bords de l’Océan et sur ceux de la Méditerranée, la France formera entre elle et tous ces peuples des traités solennels de fraternité où les intérêts de la défense commune soient établis et déterminés d’une manière immuable, et où de nouvelles sources de commerce et d’industrie soient ouvertes avec libéralité aux besoins et à l’activité de l’espèce humaine.

Tel est le seul plan de conduite que la France puisse adopter, parce qu’il est le seul conforme à ses vrais intérêts, aux principes qu’elle a proclamés et à ceux qu’elle a pris et que l’Europe a déjà reconnus pour base de sa nouvelle existence politique.

Quant aux autres Etats qui, soit par leur situation géographique, soit par l’opposition de leurs principes de gouvernement, ne peuvent offrir à la France ni le même intérêt ni les mêmes moyens d’une défense commune, il est évident que ses rapports avec eux ne doivent pas être de la même nature ; elle doit se lier à eux, non par des traités permanents d’alliance et de fraternité, mais par des conventions passagères sur les intérêts politiques et commerciaux qui naîtront des circonstances.

Ainsi, par exemple, une négociation particulière va sans doute s’ouvrir avec la Prusse, et elle aura très vraisemblablement pour résultat, non ce traité d’alliance dont on avait conçu le plan et pressé l’exécution dans d’autres conjonctures, mais un traité particulier où seront fixés d’abord les termes de la pacification, et où l’on déterminera ensuite les rapports particuliers qui doivent exister entre les deux Etats, rapports dont l’examen est sans doute depuis quelque temps l’objet de l’attention du Conseil exécutif.

Une autre convention doit être aussi incessamment formée entre la France et la Porte Ottomane pour obtenir de celle-ci la libre navigation de la mer Noire, objet sollicité depuis si longtemps avec tant d’ardeur par tous les hommes instruits des vrais intérêts commerciaux de la France, et rejeté avec tant de dédain par les ministres de l’ancien régime. Cette navigation ouvrira aux productions de notre sol et aux produits de notre industrie d’immenses débouchés dans les provinces ottomanes qui bordent la mer Noire, en Russie, en Pologne et en Perse, et transportera facilement, promptement et à moins de frais, dans la Méditerranée, les avantages de ce commerce du Nord qui, malgré toutes les primes et autres prétendus encouragements, n’existera jamais pour nous d’une manière certaine tant qu’on persistera à le continuer exclusivement par les glaces et les écueils de la Baltique.

Quant à l’Angleterre, la situation de la France ayant changé pour elle comme pour tous les autres Etats de l’Europe, il est évident qu’on ne doit plus rechercher la même espèce de rapports avec elle qu’on avait désiré d’établir dans ces derniers temps.

Au milieu de toutes les tyrannies de l’Europe coalisée contre la France, l’alliance de l’Angleterre lui était nécessaire, soit pour le maintien de sa liberté, soit pour l’entière conservation de son territoire, dont le démembrement devait être le prix de cette conjuration royale, comme vient de le prouver la récente publication du traité de Pavie. Dans un temps où les vœux et les démarches secrètes du gouvernement ne tendaient qu’à resserrer les liens de la France avec les Maisons d’Autriche et de Bourbon, l’intérêt public prescrivait impérieusement de détruire une alliance de famille, dont l’objet réel était de miner sourdement et ensuite de renverser la liberté, par une alliance nationale destinée à la maintenir et à la défendre.

Si quelque chose, en effet, peut prouver combien cette alliance était alors nécessaire, combien la France devait y trouver un appui suffisant pour sa sûreté et sa liberté, c’est l’acharnement avec lequel cette mesure était traversée, tantôt ouvertement, tantôt en secret, par les ministres et conseillers d’alors, connus par leur attachement aux intérêts de la Maison d’Autriche et de la Maison de Bourbon, autant que par leur haine et leur éloignement pour la cause de la liberté. On n’a point oublié avec quelle obéissance docile, et plus souvent avec quelle ardeur de zèle, les écrivains de pamphlets, de gazettes et des suppléments de journaux payés par ces ministres, s’étaient attachés à décrier tout ce qui pouvait tendre à faire paraître l’Angleterre d’une manière imposante et décidée en faveur de la France. On n’a point oublié le ton d’assurance avec lequel ils nous répétaient cet adage de l’ancienne ineptie diplomatique, « qu’il ne doit point y avoir d’alliance entre des ennemis naturels », concluant de là à leur manière que nous devions regarder et traiter comme nos ennemis naturels la nation anglaise qui aimait et pouvait défendre notre liberté naissante, et que nous devions chérir comme nos amis naturels les princes des Maisons d’Autriche et de Bourbon qui s’armaient pour la détruire.

On n’a point oublié toutes les plates et folles calomnies répandues alors sur ce sujet et dans le public, et jusque dans la tribune de l’Assemblée législative, calomnies auxquelles le gouvernement attachait un si haut degré d’utilité personnelle que la liste civile les faisait imprimer et distribuer par milliers dans tout le royaume. On se rappelle le désespoir qu’inspira la déclaration de neutralité du Gouvernement anglais à ces comités directeurs et à leurs agents, qui voyaient dans cette neutralité une chance de moins en faveur des projets d’arbitrage suprême de la Maison d’Autriche.

On se rappelle enfin que si quelque chose a contribué à éloigner alors l’Angleterre de tout projet d’union avec la France, c’est l’espèce de démenti que donnaient chaque jour aux propositions des négociateurs français à Londres les articles de gazette française qu’on savait être aux ordres des ministres français et où les Anglais cherchaient la vraie opinion du Gouvernement français dont les négociateurs n’avaient l’air de leur offrir que l’opinion apparente et forcée.

Les événements ont tout changé. La royauté est détruite en France, et avec elle se sont évanouis tous les intérêts de familles royales opposés à l’intérêt public. L’alliance de l’Angleterre, si nécessaire à la France sous le dernier régime, comme un contrepoids nécessaire aux influences domestiques et étrangères de son gouvernement, cette alliance serait, dans les circonstances actuelles, sans une grande utilité et ne vaudrait peut-être ni les frais ni les embarras d’une négociation chargée de lutter contre les obstacles que, par des motifs faciles à saisir, le Gouvernement anglais ne cessera d’opposer à tout projet d’alliance de la République française avec les royaumes de la Grande-Bretagne et d’Irlande, quelque populaire que cette alliance pût être aux yeux de la nation anglaise.

Les seuls rapports que la France puisse donc chercher en ce moment à entretenir et à étendre avec l’Angleterre, sont des rapports d’industrie et de commerce.

Parmi les conventions de ce genre qui doivent avoir lieu entre les deux empires, il en est une que le sentiment de la liberté, l’esprit public et les lumières actuelles de la France sur les vrais principes de la richesse publique, ou peut-être le bonheur qu’elle a d’être exempte en ce moment de tous les anciens préjugés de commerce et de trafic, peuvent lui offrir l’honneur de proposer la première : cette convention entre la France et l’Angleterre doit avoir pour objet l’indépendance de leurs colonies respectives. C’est de la France, où l’opinion est moins égaré qu’en Angleterre par l’appareil d’un grand mouvement de commerce et d’industrie, par la crainte chimérique d’un déplacement subit d’hommes et de travaux, et par beaucoup d’autres petites vues de la routine mercantile, c’est de la France que doit partir le premier appel à la nation anglaise sur cette grande mesure politique que réclament les vrais intérêts du commerce, et qu’il faut se hâter d’opérer pour l’utilité commune avant d’être obligé, par les circonstances, de s’y soumettre avec honte et péril. Une négociation sur cet objet entre les deux Etats, ouverte sous les yeux de l’Europe entière, d’une manière franche et libérale, suivie avec zèle et lumières, doit nécessairement avoir un résultat favorable pour l’intérêt des deux mondes. Les préjugés commerciaux de l’Angleterre opposeront d’abord, sans doute, des obstacles assez grands au succès de cette mesure ; mais il est impossible que ces préjugés puissent résister à l’action continue d’une discussion libre et générale, et surtout à une forme de raisonnement aussi puissante pour le vulgaire, que l’exemple du commerce de l’Angleterre avec les Etats-Unis d’Amérique, commerce qui, depuis leur indépendance, n’a fait qu’acquérir plus de force et d’étendue.

En même temps que cette négociation sera suivie entre les deux empires, un autre objet de la plus grande importance, non seulement pour la France et l’Angleterre, mais pour l’intérêt des deux mondes, doit fixer leur attention et réunir leurs efforts communs. Cet objet est l’indépendance des colonies espagnoles dans le Pérou, le Mexique, etc., indépendance qui, étant pour ces parties du monde la revendication de leurs propres droits et le retour aux principes de justice et de liberté naturelle, ne peut pas être regardée comme une violation du droit ou plutôt de l’usurpation du Gouvernement espagnol dans le cas où sa conduite hostile à l’égard de la France (particulièrement lors des troubles de Saint-Domingue) n’autoriserait pas celle-ci à l’en punir. Les vaisseaux de la France et de l’Angleterre réunis iront ouvrir dans la mer Pacifique, dans la mer du Sud et dans l’Océan méridional le commerce libre de cette immense partie des Indes occidentales. Les moyens d’opérer cette grande révolution commerciale, qui doit avoir une si puissante influence sur le sort de l’Europe et de l’Amérique, et sur celui de la France en particulier, ces moyens sont beaucoup plus faciles et moins dispendieux qu’on ne pourrait le croire, si l’on ne voulait les juger que par l’étendue de l’objet. Cette expédition avait été conçue par le Gouvernement anglais, il y a quelques années, et les dépenses en hommes et en argent qui devaient en assurer le résultat étonnent par leur extrême modicité, lorsqu’on le compare à la grandeur de l’entreprise. Cette expédition fut arrêtée, quelque temps après avoir été conçue et préparée, par l’effet d’une négociation particulière entre le ministère anglais et l’ambassadeur d’Espagne. Mais le plan existe, et avec lui tout l’ensemble des moyens nécessaires pour le mettre en exécution et le suivre avec succès. L’exposé de ce plan et le développement des moyens de toute espèce qui doivent servir à commencer, continuer et achever cette expédition, seront l’objet d’un mémoire particulier dont j’ai réuni tous les matériaux et que je rédigerai si le Conseil croit devoir donner de la suite à l’idée que je viens de présenter. Après une révolution, il faut ouvrir de nouvelles routes à l’industrie, il faut donner des débouchés à toutes les passions. Cette entreprise réunit tous les avantages. Son importance politique et commerciale exige que toutes les questions qui y sont liées soient traitées d’une manière détaillée et avec une étendue et une exactitude qui ne laissent aucun doute.



Signé : Ch. M. TALLEYRAND.



Londres, 25 novembre 1792, l’an 1er de la République.



P. S. – Les patriotes entre les mains de qui cet écrit peut tomber, jugeront sans doute qu’une partie des vues qu’il renferme est de nature à rester secrète.



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GEORGES PALLAIN - LE MINISTERE DE TALLEYRAND SOUS LE DIRECTOIRE pp. XLII à LVI










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Remerciements à Hélène NUE




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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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