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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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DIALOGUE

ENTRE

M. L'EVEQUE D'AUTUN

ET

M. L'ABBE MAURY







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Eh quoi ! Mathan, d'un prêtre est-ce là le langage ?

Racine, Ath. acte II scène V.

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L'Abbé Maury.




Comment donc, Monseigneur, votre conduite me paraît étrange ; auriez-vous juré de renoncer au monde ? Quelle mouche vous pique ? Vous n'êtes pas encore mûr. Moi, qui vous surpasse en âge et en expérience, Dieu sait si j'eus jamais la pensée de me convertir, j'en ai cependant, je crois, autant besoin que vous.





L'Evêque d'Autun.




Je ne vous entends pas, l'Abbé, parlez plus clairement ; ma conduite a toujours été assez uniforme, & n'a pas pu, je crois, me faire soupçonner de vouloir me convertir : vous riez, sans doute.





L'Abbé Maury.




Mais, point du tout. Quoi ! cet entier dévouement, ce généreux sacrifice de vos revenus & de ceux des autres, ce que je ne vous pardonne pas, tout cela, ce me semble, annonce chez vous un désir prochain de conversion, ou bien un excès de patriotisme, c'est l'un ou l'autre.





L'Evêque d'Autun.




Mon pauvre Abbé, que vous ne l'entendez guère. Comment, parce que je renonce à des biens qui nous échappent, venir tout à coup me soupçonner de renoncement aux plaisirs d`ici-bas, de conversion, de zèle pour la patrie ! Ah ! l'Abbé, vous êtes bien injuste, ou vous me connaissez bien peu.





L'Abbé Maury.




C'est à regret, il est vrai, que je vous prêtais ces sentiments, & j'en avais quelques remords. Depuis longtemps, je connais vos goûts ; je sais fort bien que vous ne fûtes jamais ennemi des richesses ; je sais qu'avant que l'église vous eût décoré du titre d'évêque d'Autun, & gratifié de ses revenus, qui ne sont pas à négliger, vous aviez de la peine à vivre ; que vous vous fîtes ami de M. de Choiseul, qui jouissait de cent mille écus de rente ; que vous entrâtes en communauté de biens avec lui, quoique vous n'eussiez pas le tiers de son revenu, que vous le forçâtes à faire des dettes que vous ne partagiez pas ; je savais fort bien toutes ces choses, & votre conduite devenait pour moi une énigme, & je croyais que vous aviez fait quelque retour sur vous-même, & que vous vouliez rendre à la patrie ce que vous aviez pris à M. de Choiseul : mais puisque vous m'assurez le contraire, je vous crois aisément. Vous avez donc quelques projets en tête ?





L'Evêque d'Autun.




Sans doute. Malgré le danger extrême que nous courions de perdre nos bénéfices, ne vous imaginez pas que j'eusse aidé nos ennemis à nous dépouiller, si je n'eusse eu quelque moyen de me dédommager ailleurs : je donnais beaucoup pour recevoir encore plus, ou plutôt je sacrifiais mes revenus à mon ambition. Puisque vous êtes tellement au fait de ma conduite, vous devriez savoir que je n'eus jamais de goût très décidé pour l'épiscopat ; une place au ministère m'eût été beaucoup plus agréable qu'un siège : mais mon nom, ma naissance me destinait sans doute à devenir un des successeurs des apôtres. Je fus mis en possession de l'évêché d'Autun ; je vois que les revenus qui me plaisaient le plus sont en danger ; j'en fais à la nation un sacrifice qui, sans être méritoire, pourra le paraître, & me valoir une place au ministère. Voilà mon but ; en vain l'on voudrait m'en imputer un autre.





L'Abbé Maury.




Je commence à revenir de ma surprise. Votre conduite est raisonnée, Monseigneur ; mais elle tient un peu de l'égoïsme.





L'Evêque d'Autun.




Je ne m'en défends pas ; n'avons-nous pas su en faire une vertu, une divinité ? Vous-même, l'Abbé, n'est-ce pas une de celles que vous encensez le plus ?





L'Abbé Maury.




J'avoue qu'il est bien naturel de s'aimer un peu, de se vouloir un peu de bien sur cette terre d'où l'on exile le véritable bonheur ; & lorsque j'étais l'économe de la parole divine, les suffrages de mes auditeurs me flattaient, je n'ose dire plus, mais autant que leur conversion. Pardonnez, la crainte de perdre cinquante mille livres de rentes m'avait fait oublier pour un instant que je pense absolument comme vous. Cette considération ne peut donc vous arrêter. Mais il en est d'autres, d'autant plus fortes qu'elles tirent leurs origines précisément de cet amour de nous-mêmes ; (je pourrais dire de l'égoïsme, car nous savons à quoi nous en tenir sur ce mot). Je ne parle point des talents requis pour s'acquitter des fonctions ministérielles, la nature vous en a pourvu ; ni vous ni moi ne pouvons nous plaindre d'elles ; elle nous a fort bien partagés, & si l'on nous fait quelques reproches, ce n'est pas de manquer de talents. Mais les dangers dont le ministère est maintenant entouré, mais la retraite supprimée, mais les yeux de toute la nation ouverts sur la conduite des ministres, mais l'exemple encore récent de M. de Brienne, votre confrère, qui avait bien conscience de son incapacité, & qui n'écoutait que son ambition & la soif des richesses, auxquelles il eût volontiers sacrifié la France entière ; toutes ces considérations ne sont-elles pas capables de vous faire hésiter ?





L'Evêque d'Autun.




J'ai tout prévu, & aux trois premières je réponds en deux mots : L'Assemblée nationale n'existera pas toujours, les députés rendus dans leurs provinces, plus de surveillants, par conséquents plus de dangers ; nous recouvrerons insensiblement l'autorité anéantie, & l'autorité une fois recouvrée caetera adjicientur nobis. Il suffit de bien se montrer dans les commencements ; n'ai-je pas déjà fait la moitié de la besogne, en ayant l'air de sacrifier généreusement mes revenus. Quant à la disgrâce de M. de Brienne, il semble qu'il ne soit entré au ministère que pour découvrir la plaie horrible de l'état ; peut-être a-t-il contribué lui-même à ouvrir cette plaie, tous les torts lui ont été imputés, la chose ne pouvait être autrement, tout concourait à sa perte : mais, dans l'état actuel de la France, que risque un ministre ?Quand le mal est à son comble, on ne peut plus l'augmenter.





L'Abbé Maury.




Vous êtes ingénieux à éluder toutes les difficultés ; l'ambition n'est pas plus éloquente. Mais si l'Assemblée Nationale, par une suite toute naturelle de ses opérations, vient à vous interdire Paris & la cour, & à vous reléguer dans vos évêchés, adieu tous les projets, & vous n'aurez pas moins prêté les mains à votre expoliation.





L'Evêque d'Autun.




Voilà tout ce que je crains.





L'Abbé Maury.




C'est bien assez : que ferez-vous alors ?





L'Evêque d'Autun.




Je rendrai au roi l'évêché d'Autun, & j'irai rejoindre mon ami Choiseul. S'il a payé ses dettes, nous irons sur de nouveaux frais.





L'Abbé Maury.




Voilà qui le mieux du monde pour vous ; mais moi, qui n'ai point de Choiseul, & qui perdrais cinquante mille livres de rente, que deviendrai-je ?





L'Evêque d'Autun.




Vous prêcherez.





FIN









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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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