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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze

Un opportuniste indépendant sous la révolution, le consulat et l’empire

Martial BORIE-DESRENAUDES

(1751-1825)







« Hommes de savoir et de goût, grand ami des lettres… » (A.-F. VILLEMAIN).

Martial BORIE-DESRENAUDES, qui fut au cours de la Révolution un des amis les plus efficaces de Talleyrand et dont on retrouve le nom pendant le Consulat et l’Empire, pourvu de charges diverses sous ces régimes successifs, est un intéressant personnage injustement négligé : quelques lignes, généralement élogieuses dans les dictionnaires de biographie, parfois entachées d’erreurs et d’omissions, une mention çà et là dans les ouvrages relatifs à ces époques, et c’est tout. Il mérite mieux, l’examen de sa carrière éclairant certains aspects de celles-ci et montrant qu’avec de l’adresse, un esprit comme le sien pouvait, même au sein de fonctions délicates, conserver alors quelque liberté d’opinion.

Né à Tulle, faubourg de la Barrière (1), le 7 janvier 1751, « d’Auguste Borie-Desrenaudes, Avocat, et de dame Jeanne Dumyrat » – leurs familles étaient de bonne souche corrézienne – il fut baptisé le 8 (2) en l’église St-Julien, le parrain étant Martial du Myrat (sic), Officier au Régiment d’Artois, représenté par Gabriel Dumyrat, seigneur de Mons. Destiné à l’Eglise, nous voyons son père, le 29 février 1772 constituer pour lui « une pension cléricale de 100 livres » (3) payable jusqu’au jour où il jouira d’un bénéfice. Dans cet acte, où Auguste Borie-Desrenaudes est qualifié de Conseiller du roi au Présidial, sont intervenus comme témoins l’ecclésiastique Pierre-Dominique Dumyrat, François Dumyrat, écuyer, Conseiller honoraire en la Cour des Monnaies, Gabriel Dumyrat, seigneur de Mons, et Gabriel Duclaux, Conseiller au Présidial de Tulle, tous témoins qui révèlent le rang honorable de cette famille.

En 1774, jeune clerc de 23 ans, il prononça, en la cathédrale de Tulle, l’oraison funèbre de Louis XV (4), œuvre dans laquelle il osa ne point taire les côtés regrettables de la vie de ce roi et manifester, en outre, ses sympathies pour les idées réformatrices qui agitaient les esprits. Retenons ce trait de caractère et cette mentalité ; ils annoncent son attitude ultérieure.

Nous le retrouvons ensuite à Paris, étudiant en théologie, peut-être à Saint-Sulpice, en tout cas en Sorbonne, condisciple de l’abbé de Talleyrand-Périgord auquel sa vie sera partiellement associée. Au cours de 1778, Périgord est reçu licencié en théologie, le sixième de la liste, mais comme il est « nobilissimus », on le classe premier… tandis que l’abbé Borie-Desrenaudes figurera le sixième (5). Un peu plus tard, les deux abbés vont se retrouver. L’abbé de Périgord est nommé en 1780, et le restera jusqu’en 1785, Agent général du clergé. Dans cette charge lourde et difficile, Desrenaudes devient un de ses collaborateurs directs (6), avec trois autres ecclésiastiques appelés sous l’Empire à une notoire destinée, Mannay, Bourlier, Duvoisin, futurs évêques de Trêves, Evreux et Nantes, ce qui indique, en passant, combien dès sa jeunesse Talleyrand savait choisir son entourage.

Mais voici qu’après bien des hésitations, dues, hélas ! aux scandales que donne la vie de Talleyrand, Louis XVI lui confère, en novembre 1788, l’évêché d’Autun « à la charge d’une pension annuelle et viagère de 3.000 livres au sieur Borie-Desrenaudes, ancien vicaire général de Tulle » (6). Il en est extrêmement douteux que ces fonctions de vicaire général aient été remplies par l’abbé, les archives de l’évêché n’en gardent aucune trace (7) et il est très probable que ce fut là attribution fictive de complaisance. Le 24 février 1789, Desrenaudes est pourvu par devant notaires royaux et apostoliques de Tulle, de la chapellerie du Chandon (ou plutôt du Chambon) relevant de l’église St-Pierre (8), bénéfice dont son oncle Pierre Dumyrat, chanoine de la cathédrale, se démet. Or, dans cet acte, il est donné non comme ancien Vicaire général mais comme bachelier (sic) et pensionnaire du roi (9). Si ce titre fictif ne tirait pas à conséquence pour les bureaux de M. de Villedeuil, Ministre de la Maison du Roi (qui authentifia le brevet de nomination de Talleyrand à l’épiscopat), il n’en allait pas de même en Limousin, où était connue la position de l’abbé et l’on conçoit qu’on ne lui ait pas donné une qualité à laquelle il n’avait pas droit.

Quoi qu’il en soit, Martial Desrenaudes, Comme Grand Vicaire, en réalité secrétaire intime et confident (10), accompagne Talleyrand à Autun, qui y arrive le 12 mars 1789. L’évêque a, d’ailleurs, adressé auparavant à ses diocésains un mandement édifiant, plein d’onction ; il y commente cette parole de St Paul aux Romains : « Desidero vos videre », et peut-être le fidèle Tullois y a-t-il mis la main car, au début de ses Mémoires, Talleyrand parle de lui comme « d’un homme assez habile à mettre en œuvre les idées des autres » (11).

Le chapitre d’Autun offre à celui-ci une stalle de chanoine, vacante par le décès de M. Philippe de la Grange (12), et l’un des rares actes signés de l’évêque sera pour spécifier que le nouveau chanoine pourra percevoir sa prébende sans être astreint à résidence (13), ce qui en dit long sur les intentions de tous deux. De fait, le matin de Pâques, Talleyrand quitte Autun. On ne l’y verra plus, mais comme il est apparu sympathique, sans morgue, il est bientôt élu député aux Etats-Généraux (pour le baillage d’Autun) : son inséparable « aide de camp » lui sera utile dans le rôle qu’il va maintenant assumer, et d’après Saint-Aulaire, Desrenaudes aurait été, au cours de sa campagne électorale, son actif agent de liaison à Paris (14).

Des difficultés (15) surgissent-elle – à distance – entre le Chapitre et l’évêque, à la suite de l’attitude de ce dernier, député à la constituante, les protestations des chanoines et les réponses du prélat s’échangent sans bien entendu que dans les premières l’on distingue la signature de Desrenaudes… Dans ses lettres du 29 mai et surtout du 29 décembre 1790, Talleyrand laisse présager sa rupture prochaine et c’est sans doute en y pensant qu’il a été écrit « que Desrenaudes fut peut-être le mauvais génie de Talleyrand » (16). Affirmation trop hâtive ! L’évêque sans vocation n’ayant nul besoin de « mauvais génie » pour avoir été ce que nous savons. Je crois, au contraire, que ce fut l’abbé qui subit jusqu’à lui être longtemps passionnément fidèle la dangereuse séduction qui émanait de l’évêque, de son intelligence supérieure et de ses dons prestigieux (17).

Adepte des théories nouvelles, d’esprit gallican, espérant sans doute que la Révolution permettrait à l’Eglise de France le retour à ses anciennes traditions, Desrenaudes adhèrera comme son chef à la Constitution civile du Clergé, mais auparavant, le 14 juillet 1790, au son du tambour et de la musique militaire, il l’aura assisté comme second diacre à la Messe de la Fédération (18), le premier diacre étant l’abbé Louis qui, sous le nom de baron Louis, affirmera en 1814 sa maîtrise financière.

Mais voici l’année 1791… Talleyrand démissionne en janvier de son évêché. L’abbé J.-L. Gouttes, député de Béziers, lui a succédé, élu évêque constitutionnel. On s’est demandé le motif d’une telle élection, Gouttes n’ayant nulle attache en Saône-et-Loire, y étant même totalement inconnu (19) ; c’est qu’alors on oublie qu’il était de Tulle, et il est très plausible que, par le canal de Talleyrand dont le crédit était immense et surtout par l’entregent de Desrenaudes, son compatriote, cette élection ait été favorisée en ce département.

Avant qu’en septembre ne se sépare la Constituante, le député Talleyrand a déposé son très remarquable Rapport sur l’Instruction publique. On a dit que ce Mémoire où les préoccupations religieuses ne sont pas absentes, attribué parfois à Chamfort, était l’œuvre de Desrenaudes. Talleyrand a déclaré qu’il lui avait été inspiré par Laplace, Monge, Lagrange, Condorcet, Vicq d’Azir, La Harpe (20), et nous pouvons l’en croire, ce qui n’interdit pas de penser que la mise en œuvre en ait quelque peu été confiée à un collaborateur plus modeste, soit notre abbé comme l’on écrit J.-B. Fabry (21), puis le duc de Broglie (22), soit Chamfort selon d’autres, Talleyrand y mettant, après révision rigoureuse, son tour personnel. De cette controverse, un point est à retenir : qu’il soit ou non l’auteur de ce travail, Borie-Desrenaudes était jugé par son esprit et ses talents, capable de l’être. Cela surtout importe.

Du fait qu’il ne pouvait plus être en communion, d’idées avec Mgr Rafelis de Saint-Sauveur, évêque de Tulle, très digne prélat non jureur, en raison aussi de l’ambiance générale, de la crainte, ce me semble, d’éprouver des difficultés avec le Pouvoir, ce à quoi il sera toujours sensible, de l’exemple surtout à lui donné par Talleyrand, il se déprêtrise en 1792 sans que ses mœurs cessent jamais d’être correctes, et il va rendre à l’ex-évêque des services qu’on n’oublie pas. Celui-ci accomplit cette même année trois voyages en Angleterre, investit les deux premières fois d’une véritable mission rendant à maintenir ce pays dans la neutralité. Or, il chargea son collaborateur d’organiser à Calais un bureau secret de correspondance (23) et nous lisons dans une lettre de Chauvelin, Ambassadeur au Gouvernement français, en date du 28 mai 1792, ces mots significatifs, au sujet d’une note remise au Ministère anglais : « M. Desrenaudes doit vous en avoir remis une copie avec notre dépêche n° 15 du 27 mai » (24). Rejoignit-il un moment son chef à Londres ? Ce n’est pas impossible, puisque nous voyons dans une dépêche (du 23 septembre) de Talleyrand à Lebrun-Tondu, Ministre des Affaires étrangères, que Desrenaudes allait se rendre à Paris (25) et que peut-être le Ministre voudrait-il causer avec lui, ce qui, au demeurant, peut aussi bien supposer que l’ex-abbé comptait se déplacer seulement de Calais à Paris.

Il vint, en effet, à Paris. C’était indispensable. On découvrait, en effet, dans « l’armoire de fer », une lettre de Laporte, Intendant de la liste civile, à Louis XVI, où il était question d’une communication de Talleyrand au roi et de son zèle à le servir. Talleyrand, pour ce motif, fut décrété d’accusation le 2 décembre 1792. Sans tarder, un mémoire où il est fait justice des propos – mal interprétés – de Talleyrand est remis à la Convention et Desrenaudes y a joint une note de sa plume (15 décembre), par laquelle il en appelle au témoignage de Lebrun pour certifier que la correspondance du diplomate avec de Lessart, ancien Ministre des Affaires étrangères, est « la plus franchement, la plus vigoureusement patriotique qui existe dans ses bureaux, sans exception » (26). Plaidoyer énergique, conjugué avec des démarches réitérées de l’abbé auprès des membres du Comité compétent de la Convention (le fameux Comité des rapports), mais qui n’aboutirent pas au retrait du décret d’accusation.

Cependant, Desrenaudes avait bien des amis au Gouvernement. Le 19 mai 1793, J. Garat, Ministre de l’Intérieur, le nomme Commissaire-observateur pour la Corrèze, la Dordogne et la Gironde, en clair pour enquêter sur la situation économique et sociale, rendre compte de l’esprit public et empêcher qu’il ne soit perverti.

Il sera accompagné de son neveu Auguste Duclaux (27), fils de sa sœur mariée à Gabriel Duclaux, jadis Seigneur du Claux et de Chavaille, mais auparavant le commissaire est envoyé à Etampes, puis dans la Brie (accompagné ici du citoyen Coutelle) afin d’apaiser les populations surexcitées (28). Il le fait avec succès.

Dans ses rapports de mission (29), il sacrifie certes à la phraséologie en vogue. Il parle avec complaisance de la fête de la Raison que l’on prépare à Bordeaux, mais s’il se montre violent c’est seulement en paroles de caractère général, et on ne le voit point dénoncer qui que ce soit ; il n’avait, du reste, pas à le faire. Il n’hésite pas, au contraire, à défendre Brune, son compatriote, trop légèrement attaqué, « patriote de vieille roche, fortement organisé, taillé en vrai révolutionnaire, franc, loyal, ennemi de toute forfanterie, énergique et simple à la fois, juste et humain. Le reproche qui lui a été fait à Paris d’étaler un luxe insolent est vraiment risible, note-t-il, et je ne crois pas qu’il y ait manière d’être plus simple, plus populaire et plus sans-culotte ». Déjà, le 21 novembre 1793, n’a-t-il pas proclamé « le très bon esprit de ce général » en même temps que l’activité des deux députés, Tallien et Ysabeau ? Il fait vif éloge des qualités de calme, de présence d’esprit du premier, révélées dans des circonstances critiques.

Mais où il montre réelle modération, c’est lorsqu’il plaide la cause de ceux qui ont été entraînés dans le mouvement contre-révolutionnaire de Bordeaux en juillet 1793 et, distinguant chefs et adhérents, il demande « s’il n’est pas sage et même prudent que la Convention se relâche de la rigueur du décret du 6 août 1793 », mettant hors-la-loi les uns et les autres, et il s’alarme en pensant « que le décret exécuté à la lettre inonderait de sang la cité ». La Terreur, dit-il encore ailleurs, ne doit pas trop longtemps peser sur une ville car elle est plus propre à faire du mal que du bien ». Paroles assez courageuses, si l’on se reporte à l’époque (décembre 1793) où elles étaient écrites.

Dans ses rapports, notre agent en mission manifeste des dons d’observation aiguë, abordant avec aisance les questions les plus variées, économiques surtout, et du Consul des Etats-Unis à Bordeaux il recueille des informations sur le commerce, ce qui ne l’empêche pas, d’autre part, d’indiquer sans flagornerie l’état des esprits.

***

Survient le 9 Termidor, Robespierre disparu, la Révolution prend un autre aspect et, dès septembre 1794, Desrenaudes « littérateur et philosophe » obtient un emploi dans les bureaux de la Commission exécutive du Comité de l’Instruction publique (section Musées et Ecoles) (30), et le conventionnel J. Garat, son ami, le considère « homme excellent de cœur et d’esprit ». Il se trouve dans ces Services parmi des hommes de valeur : l’archéologue et numismate Millin, les géomètres Lacroix et Legendre, l’écrivain Joachim Lebreton et ce d’Eymar, ancien Constituant, qui fit voter l’érection d’une statue à la gloire de J.-J. Rousseau. Puis en Germinal An III (avril 1795), un jury qualifié le désigne pour devenir Professeur de logique aux Ecoles centrales de Paris, nouvellement créées (30). Au vrai, il n’exerce pas ces fonctions : il n’y eut d’enseignement de la philosophie que sur le papier et nous ne voyons pas son nom dans les Almanachs nationaux (1795 et suivants) sous une rubrique correspondante, inexistante, mais il ne se fit pas faute d’en porter le titre.

Si, à cette époque, il se livre à des travaux de librairie, revoyant l’œuvre intitulée « Campagne du Duc de Brunwick contre la France » (31), traduite par un officier allemand, il demeure toujours l’homme de confiance de Talleyrand passé d’Angleterre en Amérique à la suite de son expulsion par le gouvernement anglais au titre de l’alien bill (bill des étrangers).

Le diplomate entreprend en septembre 1795 de rentrer en France et, le 8, il en écrit à Mme de Staël, déclarant : « Faites démener l’abbé Desrenaudes, il doit connaître le pays supérieurement, puisqu’il n’a jamais été arrêté » (32). Dès le 3 et même plus tôt, celui-ci s’était « démené ». Devant la Convention, comme fondé de pouvoir du citoyen Talleyrand, il le défendit avec une adresse consommée : il déposa la pétition de l’accusé, sorti pourtant de France avec un passeport très régulier et rédigea une note insérée au « Moniteur » du 18 fructidor An V, à laquelle j’ai fait allusion, ainsi conçue :

« J’ai entre les mains le passeport original signé le 7 septembre 1792 par les six membres du Gouvernement (Servan, Roland, Clavière, Danton, Monge, Lebrun). Je le remettrais à l’instant où il sera demandé.

« Ce passeport que Talleyrand m’adressa à l’époque où je fus chargé par lui de poursuivre le rapport de son décret d’accusation au sujet duquel décret j’affirme ici que les divers membres du Comité des rapports me déclarèrent à plusieurs reprises qu’il leur était impossible de trouver une base quelconque sur laquelle ils puissent trouver l’acte d’accusation ; ce passeport prouve à la fois et que Talleyrand, même au mois de septembre, ne cherchait point à se soustraire au danger par le fuite et qu’une mission particulière nécessita son départ pour l’Angleterre, car il y est dit littéralement : Laissez passer… Talleyrand allant à Londres par nos ordres. » Cette note est signée « Desrenaudes, Professeur aux Ecoles centrales de Paris, fondé de pouvoirs de Talleyrand ci-devant évêque d’Autun » (33).

Dans une seconde note, plus juridique encore, l’ex-abbé démontre que la Convention vient, dans le cas du citoyen Dietrich, de distinguer le contumace de l’émigré et de le rayer de la liste des émigrés ; dès lors, il n’y a pas lieu de faire autrement pour Talleyrand. Au surplus, précise-t-il, celui qui a reçu une mission pour les pays étrangers n’est tenu de rentrer qu’après son rappel. Or, aucun rappel n’a eu lieu à son égard. Enfin, annotant la pétition même du diplomate qui signalait son expulsion en raison de l’Alien bill, il déclare que M. Talleyrand est le seul Français marquant parmi ceux qui étaient en Angleterre à l’égard duquel M. Pitt a cru devoir mettre à exécution le bill des étrangers » (34).

Desrenaudes enserrait la Convention dans un réseau d’arguments irréfutables.

Un rapport de M. J. Chénier, favorable à Talleyrand, mit fin à l’affaire discutée le 18 fructidor (4 septembre), et nous voyons Brival, député de la Corrèze, un Tullois, exactement du même âge que Desrenaudes, l’appuyer avec chaleur. Sans commentaires…

Talleyrand fut radié et le 11 brumaire An II (2 novembre) ses papiers séquestrés étaient remis à son infatigable ami (35). Il pouvait désormais revenir. Au reste, son fondé de pouvoirs s’occupait de ses intérêts matériels, car dans une lettre du 20 décembre 1795, le diplomate conseillait à Mme de Staël pour des mouvements de fonds « l’emploi de la maison Seton, Maillard et Cie dans la forme indiquée à l’abbé Desrenaudes » (36).

Rentré en 1796, Talleyrand intrigue bientôt… et la Police dénonce certain mystérieux dîner (octobre 1796) réunissant autour de lui Brune, Maret, Sémonville, Desrenaudes et d’autres. Les premiers tonnent contre les émigrés, ce qi était mal vu en ces mois de réaction. Dans ce colloque, l’abbé s’est tenu en retrait car si sa présence est relevée, on ne signale pas ses propos (37). Il en sera autrement plus tard…

En juillet 1797, Talleyrand est nommé Ministre des Relations extérieures. Dans les bureaux et le logeant au Ministère, rue du Bac, afin de l’avoir toujours sous la main, le rétribuant sur les fonds secrets (38), il emploie Desrenaudes qui cette année publie sa traduction de « la Vie d’Agricola », de Tacite (39), en une langue exacte et élégante. Le Ministre qui, toute sa vie, sera partisan de l’entente avec l’Angleterre, veut la paix et Londres de même. Des pourparlers s’ébauchent appelés conférences de Lille, ville où des officieux français et anglais se rencontrent. Parmi ceux-là, nous trouvons, selon Malmesbury, « le grand vicaire de l’évêque d’Autun », qui ne peut être que Desrenaudes venu offrir la restitution de Ceylan contre versement de 200.000 livres (40).

A l’institut où il est élu, Talleyrand lit, le 3 juillet 1797, une communication : « Essai sur les avantages à tirer des colonies nouvelles », étude où l’homme d’Etat se double d’un écrivain. Le « Républicain » du 22 floréal An VI (11 mai 1798) ne manque pas d’en attribuer la rédaction au fidèle secrétaire. La vérité ? Elle est difficile à déceler. D’Amérique, Talleyrand avait rapporté une foule d’observations. Ce que l’on peut supposer, c’est qu’il les avait rassemblées, que son diligent « teinturier » en avait tiré un travail que son chef, suivant la méthode des hommes arrivés qui, débordés d’obligations, ne peuvent tout faire eux-mêmes, avait revu, modifié et adopté.

En cette époque, l’ancien abbé de Périgord avait repris la vie de délices qu’il avait vécue avant 1789. Il recevait fort et envoyait à ses amis et amies d’exquis billets du matin, pleins de grâce et d’esprit : le Ministre de Prusse à Paris écrira en 1801 que c’était Desrenaudes qui les lui préparait et que le diplomate les recopiait (41).

Les journées de Brumaire An VIII apparaissent bientôt. Talleyrand est favorable au Coup d’Etat. Il est à St-Cloud, attendant les évènements : autour de lui, les deux Roederer, Montrond, Moreau de Saint-Méry, Desrenaudes, Duquesnoy, et « plus d’un avocat et d’un abbé ». Tous font des vœux pour le succès de Bonaparte. Dans ce concert, une voix un peu discordante : celle de Desrenaudes, homme de 1789 mal assagi, qui affiche des principes et s’alarme de la perte prochaine de la liberté. On l’en plaisante ; comme il insiste et que ses plaintes agacent, on le fait taire (42).

C’est sur ce souvenir assez piquant du 18 brumaire que nous terminerons l’histoire de l’existence révolutionnaire de ce Tullois oublié. Une carrière nouvelle va s’ouvrir maintenant pour lui : chargé de responsabilités fort honorables, à tout le moins attestant la confiance de l’Etat à son endroit, il les assumera avec une modération, une conscience n’excluant pas l’indépendance, pour tout dire avec une sagesse qui lui fera le plus grand honneur.

Les évènements de 18 Brumaire approuvés par l’opinion, le régime du Consulat s’empressa, nul ne l’ignore, de doter sans délai le pays d’institutions nouvelles.

Martial Borie-Desrenaudes, ex-vicaire général, collaborateur et ami de Talleyrand, déprêtrisé comme lui, mais non apostat, chargé de missions par la Convention, puis employé sous le Directoire, écrivain à ses heures, fort enfin de l’appui de l’ancien évêque d’Autun et à la faveur de la réorganisation générale de l’Etat, y trouve rapidement sa place.

Est-ce vers cette époque qu’il a l’occasion d’être personnellement utile au Premier Consul ou fut-ce après ? Quoi qu’il en soit de cette question de date, bien secondaire, voici les faits tels qu’ils nous sont rapportés : Bonaparte se désolait d’avoir égaré – à Lyon, croyait-il – ses écrits de jeunesse, surtout ses dissertations philosophiques, rêveries quelque peu chimériques dans le goût du temps. Il en parla à Talleyrand. Celui-ci mit en chasse Desrenaudes pour qu’on les retrouve. Quinze jours plus tard, le diplomate remit à l’auteur ces documents récupérés grâce à l’entregent de l’abbé dont les relations avec érudits et archivistes étaient considérables (43).

Dès le 24 Brumaire, assisté de Garat-Mailha, neveu du conventionnel Joseph Garat et personnage taré qu’on regrette de voir auprès de l’homme probe qu’est Desrenaudes, il fonde le « Citoyen français », journal de faible tirage mais qui échappe, pour un temps, aux rigueurs de la censure et qui, suivant les bulletins de police, « se distingue par son esprit de sagesse et d’humanité » (44), feuille reflétant ce qui subsistait de la pensée de 1793 réclamant le maintien du calendrier révolutionnaire et de l’appellation de « citoyen », ironisant sur le fait qu’on désigne sous le nom de M. de Chevreuse, le fils de M. Deluynes (sic) (45) et se complaisant à énumérer les loges qui ont envoyé des adresses de félicitations au Gouvernement.

La Constitution de l’An VIII entre bientôt en vigueur. Elle comporte un Tribunat chargé de discuter les projets de loi. Composé de rhéteurs de mentalité opposante, le Tribunat allait, de ce fait même, se révéler organe souvent indépendant. Dans son sein, des hommes obscurs certes, mais aussi bien des célébrités : Benjamin Constant, Boissy d’Anglas, Daunou, M-J. Chénier, Laromiguière, J.-B. Say en attendant Lazare Carnot, Daru et Lucien Bonaparte. Y figure Desrenaudes, nommé Tribun le 4 nivôse An VIII, l’un des 24 n’ayant pas auparavant été députés. Beaucoup de ces hommes étaient plus ou moins des idéologues, y compris Desrenaudes, secte que Bonaparte détestera et qui comprenait notamment des amis du premier, savoir : Cabanis son compatriote, Daunou, J. Garat, Ginguené, Laromiguière et Joachim Lebreton, celui-ci Secrétaire perpétuel de la Section des Beaux-Arts de l’Institut et dont l’épouse recevait en son salon les survivants de l’entourage de Mmes Helvétius et de Condorcet (46).

Au Tribunat, « dont l’activité dut une activité de critique » (47), ses interventions ne sont pas très fréquentes : mais elles sont pertinentes et si elles témoignent d’un esprit d’indépendance, elles sont dépourvues d’aigreur ; elles n’en sont, au reste, que plus dangereuses. On l’entend s’élever contre le projet de loi relatif à la dette viagère dans un discours très technique, extrêmement remarquable et qui prouve sa faculté d’assimilation, contre divers articles du Code Civil, surtout en matière de succession. Il dénonce enfin les périls que font courir aux libertés humaines les tribunaux d’exception créés pour juger les bandits sans nombre qui répandaient alors la terreur sur les routes : Desrenaudes dit leur préférer les Conseils de Guerre, mieux propres à exercer la justice dans le cas où l’ordre et la sécurité sont troublés. En revanche, désigné pour rapporter le projet de loi consacrant le rattachement à la République des territoires de la Roër, de la Sarre, de Rhin et Moselle et du Mont Tonnerre, il y donne son approbation dans un langage tout de patriotisme et de raison(48). Il n’en fut pas moins épuré en 1802.

St de Girardin a conté, en l’occurrence, avec trop d’esprit le « cas » de notre Limousin et… ses conséquences pour que je ne le cite pas : « Talleyrand le fit nommer Membre du Tribunat. Alors une légère ivresse tribunicienne vint se placer dans sa tête ; elle donna à un homme jusqu’alors dépendant le véhicule de l’indépendance. Lorsqu’il fut question de présenter un candidat au Sénat, il proposa le médecin Portal avec chaleur. M. de Talleyrand lui ayant fait quelques observations : Comme tribun, répondit-il, je n’obéis qu’à ma conscience. – Il s’agit bien de votre conscience, reprit le premier, ce n’est pas pour elle qu’on vous a placé au Tribunat, mais pour votre voix. Desrenaudes quitta la chambre et la maison et se mit dans l’opposition, mais ses opinions furent toujours doucereuses ; celle contre la loi du 30 vendémiaire est remarquable… On l’envoya devant le Corps législatif pour y défendre le traité avec la Bavière. Il y fit quelques phrases et un peu d’esprit de parti lui fit mettre dans son cadre l’éloge de Moreau. On l’épura. » (49)

A l’incroyable cynisme de Talleyrand, beaucoup préfèreront la noble déclaration de Desrenaudes.

Les bulletins de police, au surplus, nous renseignent sur son comportement général. Dès le 20 juillet 1800, on note : « Le tribun Desrenaudes disait dernièrement que la main qui a dirigé les différents mouvements de la Révolution peut seule la finir » (50). Cette main, c’est celle de Sieyès. D’autre part, son neveu Duclaux se répand en propos sinon subversifs, du moins trop favorables à Sieyès. Les Services de police le rapportent et déclarent aussi que l’ex-grand Vicaire se fait l’écho d’un bruit lancé par ce même Sieyès, « à savoir que la dissolution de la République n’est pas éloignée et que l’on mettra à la place un prince qui, à son avènement, fera la paix » (52), prince qui, selon ces augures, était le duc d’Orléans (53).

Il est bien vrai que l’ex-abbé s’est lancé à corps perdu dans l’opposition et s’est même brouillé avec des hommes puissants : lisons-là Talleyrand !

Ecarté du Tribunat, il le quittait avec de brillantes personnalités : le philosophe Laromiguière, ancien doctrinaire déprêtrisé, Daunou, Andrieux, Benjamin Constant, Chénier, etc…

Un rapport de police du 21 janvier 1803 souligne qu’il y a de temps en temps de petites réunions chez l’ex-tribun (il habitait rue de Miromesnil), que Ginguené et quelques autres s’y rendent. Mais Desrenaudes, qui ne veut pas s’engager trop loin, craint bientôt qu’on l’apprenne et « qu’on le persécute ». Il ferme donc sa porte ; on se verra désormais chez Bailleul, autre épuré, et l’on s’y prodigue en propos contre le Gouvernement (54).

Au cours de ce péripéties, notre homme n’abandonne pas son activité d’intellectuel. Il collabore à la Décade, organe des idéologues, et y publie une analyse commentée de la traduction de l’œuvre d’Ad. Smith (55) par Germain Garnier, économiste de valeur qui traversa, non sans distinction, tous les régimes et qui sous l’Empire présidera le Sénat.

Après deux années d’isolement, Desrenaudes reparaît en 1804 dans une charge officielle : la garde des archives historiques de la Secrétairerie d’Etat et non du Conseil d’Etat (56) (comme la plupart de ses biographes l’écrivent), sous les ordres de Maret, Ministre-Secrétaire d’Etat. C’est à ce dernier, un de ses meilleurs amis, et qui organisait remarquablement ses Services, qu’il dut cette désignation.

Talleyrand qui détestait Maret, futur duc de Bassano, et ne s’en cachait pas, en conçut paraît-il bien quelque dépit. Il écrit, en effet : « M. Desrenaudes m’a quitté pour entrer chez le Secrétaire d’Etat Maret (57) et en raison de cette défection, Talleyrand taira entièrement le dévouement pourtant si méritoire de son collaborateur devant la Convention. C’est assez mesquin.

Les registres de police sont désormais muets à son égard. Duclaux entre, de son côté, au Corps législatif comme député de Maine-et-Loire ; il passera ensuite dans l’Administration préfectorale à laquelle il avait déjà appartenu (58). La reconstitution matérielle et morale du pays, l’éclat de nos victoires, l’audience entourant la France, peut-être aussi le fait que le régime napoléonien « conciliait le besoin d’autorité et l’idéal démocratique » (59), tout cela impose, me semble-t-il, à l’ancien tribun, homme assagi, sans passions violentes ni préjugés. De 1805 à 1814, sa mentalité d’opposant cesse ; encore qu’on ne l’ait jamais vu célébrer avec enthousiasme l’Empire, il accepte de le servir loyalement.

Il pensa pourtant se porter candidat aux élections législatives de la Corrèze en 1806. Dans la correspondance de M. d’Aubusson de la Feuillade, Chambellan, nous lisons le 10 juillet : « Je ferai de mon mieux en faveur de M. Desrenaudes, étant sûr qu’en cela je serai agréable à la Cour et que celui-ci ayant des amis chauds dans le Gouvernement pourra plus que personne rendre service au département et aux amis qui auront besoin d’aide à Paris. » (60)

Desrenaudes faisait intervenir aussi Joachim Lebreton, qui avait jadis reçu les ordres mineurs et professé à Tulle. Lebreton écrit à Mme de S. : « Après vous, Madame, car en fait de persuasion, je dois vous mettre en première ligne, après vous donc, M. de la Feuillade qui va présider (le collège électoral), agira pour M. Desrenaudes : le Ministre-Secrétaire d’Etat qui affectionne beaucoup votre compatriote a demandé ce bon office comme une chose personnelle et qu’il désire vivement » (61). « D’autres personnes influentes » joignaient leurs efforts – sans doute Daunou, Fontanes, peut-être Treilhard, un Corrézien – à ceux de La Feuillade et Lebreton.

Ces sollicitations furent vaines. Desrenaudes, au fond peu ambitieux, ajourna ses velléités d’élection. Il le reprit néanmoins en 1812. Tandis que son ami le comte de Narbonne préside le Collège électoral de la Corrèze, Desrenaudes, « riche de 1.000 francs de revenus », est élu au deuxième tour de scrutin, le 19 février, mais Bedoch, ex-maire de Tulle et haut magistrat impérial, l’emportera de trois voix au scrutin définitif (62).

***

Entre temps, de nouvelles fonctions lui avaient été confiées : après la création de l’Université (63) (en 1808), grâce à Fontanes son Grand-Maître, il fut nommé Conseiller titulaire de l’Université aux appointements de 10.000 francs, avec Jussieu, Cuvier, le géomètre Legendre, de Bonald, Bausset, le sulpicien Emery, si prisé de Napoléon, noms fameux ou très connus, ce qui indique combien l’Empire savait employer les valeurs où qu’on les trouvât. Dans cette haute charge, il n’était pas indigne d’un tel voisinage. A son égard, l’histoire de la pensée a contracté une dette. Sait-on bien que c’est à son influence, conjuguée avec d’autres, que la philosophie est entrée dans l’enseignement des lycées ? (64) De ce problème, il avait parlé avec son ami Laromiguière qui lui avait exposé les raisons en faveur d’une telle introduction. Frappé de cette argumentation, il demanda au philosophe de la lui consigner par écrit, ce qui fut fait. Notre Conseiller qui voyait souvent Fontanes – lequel bien entendu connaissait Laromiguière – lui remit le document, en discuta et le convainquit de cette réforme (65).

Une tierce charge cumulée avec les autres lui échut en 1810 : on le nomma Censeur impérial (66). Pour cela, il percevait 1.200 francs par an, plus des indemnités proportionnelles au travail fourni. Fonction souvent ingrate où il était aisé de se faire des ennemis. Or, par son impartialité et son indépendance, Desrenaudes s’y fit estimer et l’on a pu même assurer qu’il l’honora « en se considérant comme l’avocat des écrivains et des journalistes » (67).

Les autres censeurs, singulièrement Esmenard qui mourut en 1811, à la satisfaction des gens de lettres, Pellenc qui censura les œuvres de Mme de Staël, Lemontey, historien de la Régence, Venderberg, l’imprudent éditeur des prétendues poésies de Clotilde de Surville, étaient peu aimés.

J’ai feuilleté les procès-verbaux des séances de la Commission de censure qui se tenaient chaque semaine. A les lire, il en ressort que le travail y était fait sinon avec bienveillance, du moins avec une conscience exemplaire et, d’après ces procès-verbaux, nous avons une idée de la manière de Desrenaudes.

Voici certain « Traité de l’existence de Dieu » écrit en latin dû à Louis Legrand, jadis « oracle de la Faculté de Théologie de Paris ». Desrenaudes qui l’a lu en fait « l’éloge le plus pompeux », note avec un peu d’ironie le Directeur général de l’Imprimerie. Certes, le censeur ne peut en justifier la méthode ni le style, mais « il ne peut rien lui comparer pour la force, l’abondance et l’enchaînement des preuves », ce qui ne le surprend pas car, selon lui, « la vaste théologie de M. Legrand était mêlée d’une étonnante philosophie et qu’il s’en servait toujours pour prouver que les conséquences les plus modérées, les plus raisonnables, les plus rassurantes étaient en même temps les plus rigoureusement théologiques… » (68) Après ces lignes, il n’y avait plus qu’à permettre la publication !

A-t-il à lire « La Révolution divine démontrée » de J. Artaud ? Le censeur M. Desrenaudes, note le procès-verbal, ne conçoit pas comment l’évêque de Nice a pu approuver cet ouvrage » mal ordonné et qui ne peut que nuire à la cause qu’il défend. Mais il conclut « qu’il n’y a aucun autre reproche à lui faire, que dans aucune de ses parties, il ne porte atteinte aux droits des souverains et aux devoirs des sujets, ce pourquoi il a cru pouvoir le parapher en entier et sans restriction. » (69)

Ne nous attardons pas sur un opuscule orgueilleusement intitulé « Traité de la chasse et de la pêche », qui a surtout pour objet la défense d’intérêts particuliers, ce dont le bon Desrenaudes n’a cure ; il conclut à sa parution, sauf à supprimer la dédicace au roi de Rome, l’autorisation n’ayant pas été sollicitée (70), et regardons notre censeur examiner un indigeste ouvrage « L’infaillibilité de l’Eglise dans ses décisions sur la doctrine des Livres » (en italien). Ici, sa mansuétude est à bout : « 3.640 pages de théologie ont lassé la patience de M. Desrenaudes » est-il dit et, sur son avis, on conclut à la non-publication. Sous une apparente sévérité, c’était là rendre service à l’auteur, Belgoni, car « on ne lirait pas ce fatras en France » (71), souligne le procès-verbal.

Un enseignement est peut-être à tirer de ces lignes. Desrenaudes était plus ou moins spécialisé dans l’examen des livres de religion, de même que Tabaraud, un Limousin, ex-oratorien, déprêtrisé de fait, par surcroît controversiste passionné et écrivain peu orthodoxe. Nous avons là un témoignage direct du gallicanisme de l’époque puisque l’on ne s’inquiétait pas de l’obédience romaine du censeur. On cherchait une compétence et du moment qu’on l’avait, rien d’autre ne comptait.

Cette remarque d’histoire générale faite, disons que par son libéralisme où se retrouver une certaine onction ecclésiastique, ce censeur servit mieux le régime que la plupart de ses collègues qui, par leur rigorisme, le discréditaient. D’ailleurs, on eut mal vu Desrenaudes qui aimait La Fontaine et ses fables (il consacrera une notice au fabuliste, publiée en 1832 (72) traducteur de Tacite, besogne bien pacifique, resté chrétien non de pratique mais d’esprit, aux mœurs graves, vêtu d’un singulier costume rappelant son ancien état, « discret comme un confesseur », éprouver de la haine. Sa conversation était attrayante, sa bonté agissante et nombreux furent les jeunes gens qu’il aida. Un exemple viendra illustrer ce propos. Nous sommes au zénith impérial. Un jeune homme de 20 ans, sorti de l’Ecole Normale, y est déjà chargé de conférences et y montre une précoce maîtrise. Plus tard académicien à 31 ans, professeur, historien, critique et ministre éminents, c’est Villemain. Desrenaudes, lié avec sa famille, l’a présenté à son ami Narbonne-Lara, jadis familier de Talleyrand, mais qui, lui aussi, s’est rapproché de Maret (73). Entre le protégé de l’ex-abbé et Narbonne, la conversation fut, nous dit-on, « un feu d’artifice d’esprit, de bons mots, de réparties qui auraient ébloui Mme de Staël elle-même » (74). Le geste de Desrenaudes eut une suite : Narbonne prit en amitié Villemain et en fit le mémorialiste de ses entretiens avec Napoléon. De Desrenaudes, A.F. Villemain écrira : « Homme de savoir et de goût, grand ami des lettres et d’une bonté toute partiale pour ceux qui semblaient offrir quelque espérance de talents » (75).

L’Empire qui l’avait décoré en 1810 s’était montré, avouons-le, sans rancune envers l’opposant de jadis et lui-même s’était voué à ses tâches avec totale correction. Aussi la Restauration lui ôta-t-elle la plupart de ses fonctions. Du moins, vu les sympathies dont il jouissait, y mit-on des formes ; en compensation, la rosette de la Légion d’Honneur et une pension de 6.000 francs (76). La censure des livres de religion lui resta ainsi que celle du « Journal des Arts » où sa plume donna des articles pleins de finesse et de charme. Aux Cent-Jours, les fonctions de Conseiller de l’Université lui furent rendues pour lui être retirées derechef après Waterloo (77).

Desrenaudes s’éteignit le 8 juin 1825, en paix avec l’Eglise. Son souvenir resta vivace parmi les disciples de Laromiguière, ce philosophe dans l’œuvre duquel passe comme un écho de Pascal et de Malebranche, si admirée de Desrenaudes. Je lis, en effet, dans une correspondance de deux Universitaires anciens élèves de Laromiguière qui envisageaient, après sa mort, de créer une Société rassemblant les amis du disparu : « Je pense, écrit Monteil à Saphary, qu’il faudrait dans votre projet de fédération discipulaire rappeler ceux qui ne sont plus. Moi qui ai vécu dans des temps antérieurs à celui-ci, je dirai que l’illustre Desrenaudes était son disciple le plus âgé et l’un des plus affectueux » (78). Opinion exacte, car il portait à ce philosophe « un enthousiasme qu’on eut accusé d’exagération si l’accent eut été moins sincère et la fidélité moins constante » (79).

***

Nous voici à la fin de ces pages, Borie-Desrenaudes, on l’a vu, avait, après 1789, connu deux époques bien différentes : la Révolution et l’empire, Encore que par certains côtés, le second ait organisé les conquêtes de la première. Quelle était son opinion à leur égard ?

Avait-il regretté la Révolution ? Je ne le crois pas. On lui a attribué avec quasi-certitude l’article sur les Girondins dans les Mémoires de l’abbé Georgel (80). C’est une critique sévère de ces orateurs éloquents, stériles pour ne pas dire néfastes, et son ralliement de 1804 prouve qu’il considérait bien cette ère troublée comme close. Mais il ne regretta pas davantage l’Empire. Au soir de sa vie, le vieillard consacrait au comte de Narbonne déjà cité une notice qui est un magnifique éloge de l’homme et de son caractère. Pas un mot favorable à cette époque, rien non plus de malveillant : une neutralité entière et en un seul point le souvenir de Napoléon objectivement rappelé (81).

Il est probable que s’il eut vécu un peu plus, le régime de 1830 eut comblé ses vœux. Desrenaudes, au fond, était un libéral comme l’avait été Narbonne (82) et tous deux, disons-le à leur louange, ne cessèrent jamais de l’être même au service de l’Empire.

Tel est, semble-t-il, le jugement qu’au terme de cette étude l’on peut porter sur cet éminent fils du terroir limousin : philologue, penseur, écrivain, haut fonctionnaire impérial, homme d’esprit enfin qui prolongeait au XIXe siècle les grâces du XVIIIe siècle, méritant, malgré quelques ombres sur sa vie, de prendre sa place aux côtés de Treilhard, de Brune, de Cabanis, de Souham, ses compatriotes et ses contemporains.

Serait-ce trop demande à la ville de Tulle, gardienne de la mémoire de ses fils, célèbres ou notoires, que d’examiner la possibilité de rappeler le souvenir de Desrenaudes, authentique Limousin, lequel au cours de son existence et en dépit des faiblesses que je n’ai point cachées, sut dans des circonstances parfois difficiles et sans abdiquer sa dignité d’homme, toujours associer le culte de l’amitié à la liberté de l’esprit ?

André LORION.


Notes :

(1) Renseignement aimablement fourni par M. Marthon, de Tulle.

(2) Arch. département. de la Corrèze, G.G. 46.

(3) Id., E. 655. Je remercie vivement M. Debant, Directeur des Archives départementales, de très précieuses indications qu’il m’a données.

(4) Imprimée à Tulle par Chirac, 11 octobre 1774 (Biog. Michaud, T. 10, p. 550).

(5) G. Lacour-Gayet : Talleyrand. I. Paris, p. 368.

(6) Talleyrand : Mémoires, I. p. 51, et G. Lacour-Gayet, op. cit. I., p. 62.

(7) A. Marcade : Talleyrand, évêque et prêtre. Paris, 1883, in-12, p. 76.

(8) Les recherches faites par M. le Chanoine A. Pélissier dans les archives de l’évêché, et que je remercie cordialement, ne laissent nul doute à ce sujet.

(9) Arch. départ. de la Corrèze. E. 733 (renseignements de M. le Directeur Debant et de M. le chanoine Pélissier).

(10) D’après G. Vautier, dans son étude sur Villemain (Paris, 1913, in-16, p. 12), il paraîtrait que Desrenaudes aurait été Aumônier « par quartier » de Monsieur, futur Louis XVIII, ce qui expliquerait l’état de « pensionnaire » du roi. Mais l’Almanach royal (1780-90) ne le mentionne pas parmi ces ecclésiastiques. Assertion douteuse, sauf preuve précise.

(11) Bernard de Lacombe : Talleyrand, évêque d’Autun. Paris, 1903, in-16, p. 82.

(12) Mémoires. I. Paris, 1891, in-8, p. 51.

(13)Bernard de Lacombe, op. cit., p. 81.

(14) G. Lacour-Gayet, op. cit., p. 98.

(15) Talleyrand, Paris, 1936, in-8, p. 67.

(16) Sur ces difficultés, qu’a bien connues Desrenaudes, voir p. Montarlot : L’épiscopat de Talleyrand, dans Mém. de la Société éduenne, t. XXII, Autun, année 1894, p. 83-155.

(17) B. de Lacombes : op. cit., p. 88.

(18) « C’est incroyable la convertie qu’a faite de moi M. de Talleyrand, a écrit une Anglaise. Je le considère à présent comme le premier et le plus délicieux des membres de cette compagnie… Ses propos sont merveilleux autant par les idées qu’il remue que par l’esprit » (Miss Burney à Mrs Locke – février 1793). Mme d’Arblay : Diary and letters, T.V. London, in-8, p. 402). Napoléon lui-même échappera difficilement à cette séduction.

(19) Ce fait historique est relaté partout, notamment par G. Lacour-Gayet, op. cit., I, p. 109.

(20) A. de Charmasse : J.-L. Gouttes, évêque constitutionnel de Saône-et-Loire. Autun, 1898, in-8, p. 69.

(21) Mémoires, I., Paris, 1891, p. 134-136.

(22) Le Génie de la Révolution considéré dans l’éducation, I., Paris, 1817, in-8, p. 10-11.

(23) Le Duc de Broglie, annotateur des Mémoires de Talleyrand, qui écrit, I. p. 51 : « Le rapport de l’Instruction publique est entièrement son œuvre (de Desrenaudes). » En sens contraire, E. P. Dreyfus-Brisac : Petits problèmes de bibliographie pédagogique. Paris, 1892, in-8, p. 274. (Tirage à part de la Revue internationale de l’Enseignement).

(24) M. Missoffe : Le cœur secret de Talleyrand. Paris, 1956, in-8, p. 109.

(25) G. Pallain : La mission de Talleyrand à Londres en 1792. Paris, 1889, in-8, p. 385.

(26) Aff. étrang. Talleyrand à Lebrun. Angleterre, 582 pièce 108 (datée de Londres) ; Henri Malo dans le Beau Montrond, Paris, 1926, in-16, p. 12, écrit parlant de Talleyrand « son ex-grand vicaire le rejoignait » sans fournir la source de cette information.

(27) Le Dr Robinet, dans Danton émigre, Paris, 1889, in-8, p. 14-15, attribue sans preuve complète à Danton cette note signée « D. » B. de Lacombe (Vie privée de Talleyrand, Paris, 1910, in-8, p. 42), est de l’avis de la majorité des historiens et l’attribue à Desrenaudes. Il est sûr que Danton avait, avec d’autres, signé un passeport pour Londres délivré à Talleyrand le 3 septembre et à ceux qui se demandent pourquoi il aurait pris la défense du diplomate avec tant de chaleur, alors que Desrenaudes, agent de celui-ci, était tout désigné pour le faire, on peut répondre que Danton ayant signé cette pièce voulait, en justifiant Talleyrand, se justifier lui-même de toute compromission avec un mauvais Français. Même en admettant la thèse de Robinet, il est indiscutable que Desrenaudes inspira cette note, l’obtint, comme le prouve une autre note du 18 fructidor An V, que je reproduirai, celle-là sans équivoque signée de lui. La note du 15 décembre 1793 figure à l’Ancien Moniteur XIV, p. 734.

(28) Né à Tulle, le 18 mars 1764. Ses parents s’étaient mariés le 2 juin 1759 (Arch. départ. de la Corrèze, G.C. 46).

(29) Actes du Comité du salut public, Ed. Aulard, T. IV, Paris, 1891, in-4°, p. 573.

(30) Rapports des agents du Ministère de l’Intérieur. Ed. P. Caron, T. I, Paris 1913-1917, in-4°, p. 241 à 251, T. II, p. 577. Dans l’introduction rédigée par l’éditeur de ces Rapports (T.I., p. 24), il est dit : « On trouve parmi eux (les agents) des hommes qui ne sont pas les premiers venus : Volney est déjà célèbre, Cailhava est l’auteur favori du public, Desrenaudes occupera sous l’Empire de hautes fonctions, etc… »

(31) Procès-verbaux du Comité de l’Instruction publique de la Convention, Ed. J. Guillaume, T.V, 1889-1907, in-4°, p. 13 et 115, 116, 117.

(32) Procès-verbaux susvisés, t. VI, p. 115.

(33) Paris, An III, in-8.

(34) M. Missoffe : Op. cit., p. 109.

(35) Ancien Moniteur, T. XXV, p. 663.

(36) Ancien Moniteur, T. XX, V, p. 663 à 665. Dans ses Mémoires, Talleyrand, T. I., p. 247, taira complètement le rôle de Desrenaudes et prétend avoir été autorisé à rentrer sans aucune sollicitation de sa part ! Heureusement, les documents officiels sont là pour rétablir les faits. Je dirai plus tard les raisons de cette ingrate carence à l’égard de notre Tullois. Au surplus, les Mémoires de Talleyrand ne sont pas d’une totale authenticité.

(37)M. Missoffe, op. cit., p. 91, indique les démarches faites par Desrenaudes auprès de Daunou, alors Conventionnel influent.

(38) Revue d’histoire diplomatique, 1890, p. 217.

(39) G. Lacour-Gayet, op. cit., T. I, p. 220.

(40) A.N. AF III 625 (dépenses secrètes des Relations extérieures).

(41) Paris An V (1797), in-12.

(42) Malmesbury-Diaries, III, London, 1844, in-8, p. 536. Sur ces points, R. Guyot : Le Directoire et la paix de l’Europe, Paris, in-8, p. 550. Malmesbury semble le confondre avec un nommé O’Dunnes qu’il cite et qui était diplomate d’Ancien Régime. Peut-être les deux personnages ont-ils participé ensemble à cette affaire ?

(43) G. Lacour-Gayet, T. I., p. 55. Bien plus tard, à Ste-Hélène, Napoléon dira à Montholon (Mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon, T. I, p. 84) que Desrenaudes et Roux-Laborie, autre curieux personnage, étaient les « faiseurs » de Talleyrand, tellement était ancrée dans les esprits l’idée fausse que celui-ci n’écrivait jamais rien seul.

(44) A.-V. Arnault : Souvenirs d’un sexagénaire T. IV, Paris, 1833, in-8, p. 391, et Albert Vandal : Le 18 Brumaire et l’Avènement de Bonaparte. T. I, ch. IX. Paris, 1902, in-8, page 352.

(45) Stenger : La Société Française pendant le Consulat. Paris, 1903-1908, 2e série, in-8, p. 267.

(46) A. Aulard : Paris sous le Consulat. Paris, 1903, in-8, I, p. 22.

(47) A. Aulard, op. cit. T. II, p. 72.

(48) Parlant des idéologues, on a écrit : « La simplicité de ces hommes éminents, leur puissance de travail, l’indépendance de leur caractère, la tempérance de leur vie, leur bonté pour les jeunes gens les rendaient l’objet d’un culte universel. » (P. Janet, Laromiguière dans La Liberté de penser. Paris, T. I, 1848, in-8, p. 256-259). Plusieurs de ces traits peuvent s’appliquer à notre Corrézien.

(49) M. Dunan : Histoire intérieure du Consulat. Paris, 1951, in-4, p. 64.

(50) Les interventions de Desrenaudes sont cataloguées à la B.N. – 8° Le 51, 152, 275, 334, 381.

(51) St de Girardin : Souvenirs. T. I. Paris, 1834, in-8, p. 259-260.

(52) A. Aulard, op. cit., T. I, p. 528.

(53) A. Aulard, ibid, p. 558 et 564.

(54) A. Aulard, op. cit., T. II, p. 188.

(55) A. Aulard, op. cit., T. III, p. 590.

(56) Ad. Robert, Bourloton et Cougny : Dictionnaire des Parlementaires. T. II. Paris, 1891, in 8, p. 367.

(57) Almanach Impérial (années 1805-1813). Le Dictionnaire des Parlementaires (II, p. 367) écrit à tort que Desrenaudes eut la garde des archives historiques du Conseil d’Etat et qu’il dut ce poste à Talleyrand.

(58) Mémoires, T. I, p. 51.

(59) A. Robert, Bourloton et Cougny : Dictionnaire des Parlementaires. T. II, p. 444.

(60) P. Gaxotte : La Révolution française. Paris, 1957, in-16, p. 501.

(61) V. de Seilhac : Histoire politique de la Corrèze. Tulle, 1888, in-8, p. 110.

(62) V. de Seilhac, ibid.

(63) V. de Seilhac, op. cit., p. 133 à 136.

(64) Almanach impérial (années 1809-1813).

(65) F. Picavet : Les idéologues. Paris, 1891, in-8, p. 536.

(66) Desrenaudes fréquentait beaucoup les membres de l’enseignement, notamment Joseph Planche, Conservateur de la bibliothèque de la Sorbonne, helléniste de valeur malgré le jugement de Sainte-Beuve, qui le présente comme le type du « cuistre ».

(67) Almanach impérial (année 1811).

(68)Boisjolin et Rabbe : Biographie universelle des Contemporains. T. II, Paris, 1830, in-8, p. 1351.

(69) A.N.F. 18, I * 149 1 (3e sem., oct. 1810).

(70) A.N.F. 18, I * 149 1 (2e sem., mai 1811).

(71) A.N.F. 18, I * 149 1 (3e sem., avril 1811).

(72) A.N.F. 18, I * 149 1 (3e sem., septembre 1811).

(73) 1832, Paris, in-9 (chez Treuttel et Wurtz).

(74) EM. Dard : Un confident de l’Empereur : le Comte de Narbonne. Paris, 1943, in-8, p. 160.

(75) De Broglie : Souvenirs. T. I, Paris, 1866, in-16, p. 55-56.

(76) Souvenirs contemporains d’histoire et de littérature. Paris, in-8, p. 116.

(77) G. Vauthier dans sa biographie de Villemain citée (p. 12) écrit : « La liaison de Desrenaudes avec les parents de Villemain remontait au temps où l’abbé était chez Monsieur, aumônier par quartier ». Si Desrenaudes fut ainsi aumônier de Monsieur, l’on conçoit aisément la bienveillance de Louis XVIII à son égard. Mais, comme je l’ai dit (supra, p. 87), ce renseignement paraît suspect. Les archives de la Maison de Monsieur (B.N.N.A. 22.408 et 22.409 – ANZ la 520, R5 41* et suite) que j’ai explorées ne font pas état de Borie-Desrenaudes, mais d’un abbé de Reynaud (Antoine-Joseph), en effet aumônier par quartier (1788-1791). N’y aurait-il pas eu confusion dans l’esprit du biographe ?

(78) Almanach royal (année 1815).

(79) P. Alfaric : Laromiguière et son école, Strasbourg, 1929, in-8, p. 178. Sur Saphary, voir P. Alfaric, op. cit., p. 117 et sur Monteil, voir M. Constans. Documents sur A.-A. Monteil, Rodez, 1905, in-16.

(80) Villemain, op. cit., p. 116.

(81) Mémoires… depuis 1760 jusqu’en 1810, T. I, 1820, 2e éd., in-8, p. 310.

(82) Biographie Michaud. T. 30, p. 207-210.

(83) E. Dard, op. cit., p. 285.

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REVUE DE LA SOCIETE DES LETTRES SCIENCES ET ARTS DE CORREZE - JUILLET 1962










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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