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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DE TALLEYRAND

SUR LE MARIAGE

DE L'EMPEREUR

EN 1809





L’ancienne diplomatie s’appliquait à bâtir des plans séculaires ; elle imaginait des systèmes qu’elle croyait d’une durée presqu’éternelle, mais parmi les ouvrages, fruits de cette imagination, on ne peut citer que le fameux traité de Westphalie, dont le travail a duré sept années et dont les bases et les principes subsistent encore en partie, ou du moins, seront longtemps invoqués.

On peut dire que les évènements qui, depuis vingt ans, ont agité l’Europe, ont substitué à ces vieilles maximes, des vues plus analogues, qu’il est beaucoup plus naturel de calculer par générations.

Les circonstances présentes ont vu s’élever un grand empire, le plus fort sans doute parce qu’il est le plus civilisé, et qu’on peut dire se composer aujourd’hui de tout le midi et le centre de l’Europe ; tandis que vers le Nord et le Levant, on voit d’un côté un empire plus vaste que tout le reste, mais à peine sorti de l’état de barbarie, et de l’autre deux puissances qui semblent ne plus se débattre que dans leurs ruines.

Il s’agit actuellement d’examiner quelles liaisons sont devenues, dans l’état présent des choses, les plus naturelles à former entre ces puissances pour le bonheur des peuples et des gouvernements par lesquels ceux-ci sont régis.

Une connexion intime entre les deux plus grands empires qui pressent l’Europe par les deux extrémités, semble au premier coup d’œil, présenter plus de puissance et d’éclat ; mais est-il permis de penser que leurs intérêts puissent longtemps s’accorder, depuis qu’on est convenu en politique que le mot « conquête » est remplacé par celui de « commerce », et que ce n’est plus par conséquent, que le commerce qui peut assurer la véritable prospérité et le vrai bonheur des hommes ? Tôt ou tard ces deux grands corps se heurteront par une divergence d’intérêts, et l’empire hyperboréen, jaloux des avantages que représentent des climats plus doux, s’efforcera de se répandre sur de plus heureuses contrées, ainsi qu’il est arrivé à l’empire romain.

Tout le siècle dernier a donc été employé par la Russie à s’approcher du centre de l’Europe en s’immisçant peu à peu par des alliances et des liaisons qui puissent lui donner des influences.

Pendant le règne de Louis XIV, il fut une seule fois question des liaisons avec le Tzar, et dans le Conseil, cette opinion fut rejetée à l’unanimité ! On proposa le mariage de la princesse (devenue depuis l’impératrice Elisabeth) avec Louis XV, et les mêmes motifs firent préférer l’alliance modeste de la fille de Stanislas, qui, par le revirement de la politique, a produit à la France l’avantageuse incorporation de la Lorraine.

Le projet de mariage de Marie-Antoinette avec Louis XVI a déterminé le traité de Versailles de 1756, traité tant attaqué par les écrivains politiques de ce temps-là ; et qui n’en avait pas moins une vue très sage, et qui consistait à s’assurer de n’avoir point de guerre continentale, lorsqu’il viendrait à nous convenir d’avoir avec l’Angleterre une guerre de puissance à puissance, sans qu’aucun allié continental puisse y intervenir. C’est ainsi ce qu’on a vu se réaliser dans la guerre d’indépendance d’Amérique. La cour de Vienne fut fidèle à ses engagements, sourde à toutes les insinuations du cabinet de Saint-James, elle conserva la plus stricte neutralité, et l’Amérique septentrionale (le Canada excepté) fut enlevée à la domination anglaise.

Il n’y a nul doute que tôt ou tard la multiplicité des rapports commerciaux ne parvienne à réconcilier la Russie avec cette nation, purement marchande, puisque la réciprocité de leurs besoins existe dans l’opinion des peuples et appelle toutes les vues de leur commun intérêt.

C’est conséquemment cette liaison qu’il faut prévoir aujourd’hui et se bien persuader qu’une alliance de mariage n’y présentera qu’un très faible obstacle ; tandis qu’au contraire une alliance de ce même genre avec la Maison d’Autriche, offre une garantie déjà éprouvée, et le moyen de parvenir au but politique le plus large, dont on a à peine osé concevoir la possibilité : je veux dire la dissolution de l’alliance prétendue naturelle qui a toujours existé entre la cour de Vienne et celle de Saint-Pétersbourg.

Cette alliance prétendue naturelle était fondée sur la communauté d’intérêts qu’on croyait apercevoir entre l’Autriche et la Russie pour le partage de l’Empire ottoman, mais si la France croit, avec raison, voir des motifs politiques à l’existence de l’Empire ottoman, son union bien cimentée avec la maison d’Autriche, lui facilitera bien plus la conservation de cet empire que l’alliance avec la Russie, ennemie naturelle des Turcs, et nécessairement la plus avide et la plus désireuse de s’emparer de toutes les rives de la mer Noire.

De ce raisonnement bien simple il résulte qu’une alliance conjugale avec la maison d’Autriche, vu l’état où elle est aujourd’hui, présente plus de flexibilité dans les vues politiques auxquelles l’influence de la France parviendra à la résoudre, et que s’il arrive que l’Angleterre réussisse de nouveau par ses intrigues à ramener la Russie dans ses intérêts qui, au fond, lui sont plus analogues, l’Autriche, au lieu de se prêter à de nouvelles coalitions capables de rallumer la guerre dans le centre de l’Europe (qu’on peut bien désormais appeler l’Empire français) lui servira au contraire de barrière contre cette puissance, qu’il importe de renvoyer et de maintenir dans son état de barbarie, et pourra en être dédommagé par des possessions littorales, auxquelles le Turc n’attache qu’une faible importance, tandis qu’elles serviront d’ouvertures et de débouchés aux Autrichiens, et les rendront plus indifférents sur le rétablissement de la Pologne en corps de nation ; si la France croit de son intérêt de rajouter cet obstacle à l’ambition toujours croissante de la Russie

On ne terminera point cette note sans ajouter que le gouvernement français semble déjà avoir adopté quelques éléments du nouveau système, en rapprochant de lui, comme il vient de le faire, la nation suédoise, son ancienne alliée, laquelle peut devenir de la plus grande utilité dans une guerre contre la Russie, en l’aidant à reprendre la Finlande et en la mettant à portée de pousser ses succès jusqu’à Saint-Pétersbourg, et de replacer, par ce moyen, le centre de la Russie à Moscou, d’où elle n’aurait jamais dû sortir, si la politique du commencement du dernier siècle eut été plus éclairée.





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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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