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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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MANDEMENT

DE MGR L'EVEQUE D'AUTUN

QUI ORDONNE LES PRIERES DE QUAQRANTE HEURES

DANS TOUTES LES EGLISES DE SON DIOCESE

POUR OBTENIR LA CESSATION

DES TROUBLES DU ROYAUME

12 OCTOBRE 1789




Charles-Maurice DE TALLEYRAND-PERIGORD, par la miséricorde divine et par la grâce du Saint-Siège apostolique, Evêque d’Autun, premier suffragant de l’Archevêché de Lyon, Administrateur du Spirituel et Temporel du même Archevêché, le Siège vacant, Comte de Saulieu, Président-né et perpétuel des Etats de Bourgogne : au clergé Séculier et Régulier de notre Diocèse, SALUT ET BENEDICTION.

La Religion, N. T. C. F., est le plus ferme appui des Trônes, le fondement le plus solide de la prospérité des Etats. En vain l’orgueil humain se livrerait à des spéculations brillantes sur la force prétendue de la raison et de la nature dans des systèmes de gouvernement indépendants de la Religion ; édifices de sable : toute sanction qui ne portera pas sur la conscience des peuples, se détruira d’elle-même.

Et dans quel temps le secours de cette Religion sainte nous fut-il jamais plus nécessaire que dans ces circonstances critiques et douloureuses, où les ennemis du bien public ont cherché à porter partout le trouble, la désolation et l’horreur, au moment même où les Représentants de la Nation, généreusement occupés à chercher des remèdes aux maux qui nous accablent, se montrent inébranlables au milieu des plus violentes agitations et se dévouent sans réserve au salut de la Patrie et au bonheur de tous ?

Lors de la régénération d’un vaste Empire, le moment où l’ancien régime se dissout à l’approche d’une nouvelle constitution, excite en politique une espèce de tremblement de terre. Dans cette crise universelle, ce ne sont de toutes parts qu’agitations, que secousses, que convulsions, que bouleversements. Plus d’autorité, plus de frein, plus de sûreté : la nature a donné à l’homme contre les animaux, une force et un instinct supérieurs ; mais parmi ses semblables, que peut-il faire contre la surprise, contre la ruse ou la violence, si la loi protectrice de tous, et à son tour protégée par tous, ne garantit sa personne et ses biens ? Qui peut suppléer au défaut de la loi, si ce n’est l’accord, la soumission à l’ordre commun ; si ce n’est l’esprit public pénétré du besoin mutuel de se protéger les uns les autres contre l’injustice et la violence de ceux qui réclament l’égalité pour autoriser l’usurpation, et la liberté pour exercer la licence ? Quels moyens plus sûrs et plus efficaces pour arrêter les progrès du mal : quelles dispositions plus favorables que les sentiments de paix et de charité, de justice et de bonne foi que suggère la Religion ? Qui peut mieux diriger le pouvoir des consciences, la seule voix qui se fasse entendre quand les lois se taisent, la seule qui subsiste au sein du désordre ? La Religion seule peut alors protéger les lois, elle qui les présente comme l’expression de la volonté divine, et leur souverain pontife, le Roi, comme la Providence divine.

Le désir de la gloire, l’amour de la justice, le besoin d’assister, de défendre son semblable ; ces passions déjà sublimes, la Religion les purifie encore, les sanctifie, les élève jusqu’à l’auteur de tout bien. Qui mieux qu’elle persuade et nourrit l’amour de la Patrie ? Loin d’exclure le courage qui affronte la mort, et la fermeté plus généreuse qui supporte les revers, elle seule les excite dans toute leur pureté, sans l’aiguillon de l’orgueil, sans l’appât de la gloire et de la célébrité. Tutrice des peuples et des rois, elle dit à ceux-ci que le seul moyen de maintenir les lois établies, est d’être les premiers à les observer, qu’ils doivent se dévouer au bonheur de leurs Sujets, et qu’ils rendront compte de la manière dont ils les auront gouverné. Elle dit à ceux-là que c’est une témérité de juger la conduite de ceux qui nous gouvernent, que c’est aux Membres à suivre leur Chef, et que murmurer contre l’autorité légitime, c’est s’attaquer à Dieu même ; que leur premier devoir est d’obéir aux lois, et de consacrer leurs biens, leurs travaux, leur vie, au bien de leurs frères qu’ils doivent aimer selon Dieu et autant qu’eux-mêmes.

A qui, dans le malheur, doit recourir un peuple, si ce n’est à l’ami éternel de tous les peuples, à celui qui appelle tous ceux qui souffrent et qui gémissent sous le poids de leurs maux, et qui peut seul les soulager ? Alors que toute digue est renversée, quelle autre voix que celle de Dieu peut marquer au torrent le point de l’espace où l’orgueil de ses flots doit venir se briser ? Ecoutez-la cette voix, écoutez celle de votre Religion sainte, elle ne vous commande que d’être heureux, même pour le temps, elle ne vous défend que de vous rendre misérables. Dans toutes ses lois, dans tous ses établissements, dans toutes ses démarches ; c’est toujours nous, c’est toujours notre bien, c’est le véritable intérêt de l’homme qu’elle se propose et qu’elle désire. Que fait-elle autre chose que d’assurer votre liberté et avec elle votre bonheur, quand elle vous recommande de rendre aux mœurs leur influence, à la Justice son activité, à la Loi son empire, au moment où la Loi n’a, pour ainsi dire, ni organe, ni force, ni protection ? Que fait-elle que vous ordonner votre bonheur, quand pour n’être pas les victimes de l’impuissance de la Loi, elle vous prescrit d’y suppléer par l’exercice juste et sage de chaque volonté individuelle dont la Loi n’est que la réunion ? Quand elle vous commande de payer le tribut, elle vous ordonne de détacher une partie de votre propriété pour en assurer la totalité, pour donner au Père de la Patrie les moyens de procurer et de maintenir la sûreté générale, de protéger vos biens, vos héritages et le fruit de vos travaux, et d’écarter de vos foyers le trouble et l’inquiétude.

Donnez-vous donc à l’envi l’exemple de l’obéissance aux Lois et de la modération ; rentrez dans vos paisibles demeures ; retournez à vos travaux accoutumés : vous n’avez plus de sujets d’alarmes. La prudence et la valeur patriotique protègent votre repos ; vos concitoyens forment autour de vous une armée invincible, un rempart impénétrable : le fantôme des erreurs a fui devant la justice ; le colosse des abus est renversé ; les deux plus formidables appuis du despotisme, la misère et la corruption disparaissent avec lui, du milieu de nous ; le prestige est dissipé : le patriotisme a démasqué l’imposture et enchaîné la perfidie. Une confiance sans réserve envers le Père de la Patrie et ses Représentants présage et dispose le bonheur qu’elle espère de leurs efforts réunis : les dépositaires de l’autorité n’ont plus de pouvoir que pour faire le bien. Plaignez-le, ce bon Roi : ce sont vos propres malheurs qui, comme il vous le témoigne lui-même, ont changé pour lui en amertumes la pompe et les plaisirs du trône. Combien son âme a été déchirée des ravages d’une licence effrénée qui a poussé son audace impie jusqu’à prétendre autoriser le brigandage et le mettre, du nom auguste d’un Prince pénétré d’amour pour son peuple, et qui ne respire que la justice. Périsse à jamais la mémoire de ces proscriptions arbitraires, de ces exécutions précipitées, de ces incursions tumultueuses si peu dignes du nom Français, d’un Peuple renommé entre tous les Peuples par la douceur, la franchise et la loyauté de son caractère : forfaits contre toute raison et toute justice humaine, qu’on ne peut expliquer que par la frénésie et l’effervescence momentanée de quelques esprits jaloux et féroces, ou par la fureur avide de quelques brigands révoltés ! Périsse la mémoire de ces forfaits inouïs dans les annales des Nations, de ces scènes d’horreur où on se fait un jeu barbare d’une exécution bizarre dans son atrocité ; où dans un moment, par un seul homme, est imprimé à tout un empire une tache éternelle. Bénissez le Seigneur d’avoir dérobé à vos regards des spectacles aussi déchirants.

Loin de vous, N. T. C. F., la pensée infâme de saisir un moment de trouble et d’anarchie pour vous soustraire à l’obligation la plus sacrée, celle de contribuer aux charges publiques dans un temps d’épuisement et de la plus cruelle détresse, lorsque votre Roi donne l’exemple des plus grands sacrifices qu’ait jamais fait un souverain, lorsqu’à l’envi les Grands et les Riches renoncent à leurs avantages les plus précieux ; lorsque des Citoyens de tout rang, de tout état signalent leur zèle, leur désintéressement, et se dépouillent pour soulager le peuple ; lorsqu’on ne peut plus douter que les fonds de l’Etat, administrés par la Nation elle-même, sous les yeux d’un Roi-Citoyen, ne pourront plus désormais être en proie à de honteuses dissipations, à la déprédation, à la prodigalité, mais seront invariablement appliqués à leur véritable et unique destination, je veux dire au service légitime et réel de la chose publique. Ne point payer le tribut, c’est usurper la liberté : c’est commettre une impiété envers la Patrie par le violement des conventions sociales. C’est attaquer les propriétés qui reposent, et l’Etat avec elles, sur la foi des traités : c’est manquer à Dieu qui nous commande le respect et la soumission envers les Lois et les Puissances, et spécialement l’exactitude à subvenir aux besoins publiques. C’est manquer à l’Etat qui ne subsiste que par la fidélité de chaque citoyen à contribuer à ses charges, et remplir ses obligations : c’est manquer au Chef qui, s’il ne reçoit de chacun, ne peut rendre à tous dans la mesure et la proportion qui procurent l’ordre et le bien général, ne peut pourvoir aux besoins de la société dont lui est confié le gouvernement, parce qu’il ne peut pourvoir, ni à ses propres besoins, ni à ceux des membres dévoués aux fonctions publiques. Il est de toute justice et de toute nécessité, que ceux qui jouissent du repos, nourrissent ceux qui combattent et qui veillent pour procurer et maintenir la tranquillité de l’Empire.

Connaissant l’esprit de son Peuple attaché depuis tant de siècles au Dieu que nous adorons, et à sa Religion sainte, c’est surtout le tribut de vos prières que réclame notre bon Roi également attaché au culte de ses pères et à leur croyance. C’est pour seconder un vœu aussi touchant et aussi religieux, que nous vous faisons les plus vives instances, les plus pressantes exhortations de recourir, dans les troubles qui agitent le Royaume, à celui qui tient dans sa main les peuples, les royaumes et les rois. Heureux, dans la commune adversité, d’être appelé à l’administration spirituelle d’un pays accoutumé à fournir à l’Etat des grands hommes dans tous les genres. Heureux, dans des circonstances douloureuses et délicates pour notre ministère de nous adresser à des Citoyens recommandables par une subordination religieuse et éclairée ! Heureux de distribuer le pain du Seigneur à un troupeau fidèle et soumis, que des pasteurs, du petit nombre de ceux que distingue saint Chrisostome (multi sunt sacerdotes, et pauci sunt sacerdotes : multi in nomine et pauci in opere), des Pasteurs solidement et sagement instruits, éclairent constamment de leurs lumières, en même temps qu’ils l’édifient par la pratique habituelle de toutes les vertus morales et chrétiennes, et par l’exemple d’une parfaite union, fondée et soutenue par la charité et sur l’humilité vraiment évangéliques. Quoi de plus capable d’apporter quelque adoucissement à nos regrets, quelque consolation à nos peines ! Quoi de plus propre à nous faire espérer que nos vœux réunis toucheront un Dieu de bonté et attireront sur la France les bénédictions dont elle a tant besoin !

Prosternons-nous avec confiance au pied de ses autels : oui, N. T. C. F., vos larmes fléchiront le Dieu des miséricordes, parce que vous viendrez devant lui avec un cœur contrit et humilié, avec un repentir sincère, avec un vrai désir de changement et de réforme ; vous ne perdrez pas le fruit de ses bienfaits, de ses merveilles, par la présomption et le dérèglement : votre ferveur et votre humilité désarmeront le Seigneur, parce que vous le craignez et que vous espérez en lui, il sera votre protecteur et vous bénira ; il ne nous jugera pas selon nos iniquités passées, mais selon son amour : resserrés par le malheur dans les liens de la charité chrétienne, que notre encens s’élève jusqu’au Ciel ; que nos accents réunis retentissent jusqu’au trône de l’Eternel, et fassent descendre sur nous ses miséricordes !

Votre fureur, ô mon Dieu, s’est enflammée contre les brebis de votre troupeau ; votre main nous repoussera-t-elle toujours ? Ah Seigneur ! souvenez-vous d’une Nation qui s’est donné à vous dès son origine, ne perdez pas de vue l’alliance que vous avez faite avec elle, levez-vous pour défendre sa cause, c’est la vôtre que vous défendrez ; il est temps que vous preniez en pitié l’infortunée Sion, parce que sa misère est à son comble ; en vain le Chef que vous lui avez donné ne voudrait régner que sur un peuple libre, auquel il a rendu tous ses droits ; si vous ne daignez pas rétablir dans son sein le règne des mœurs et des lois et, par elles, celui de votre paix et de la véritable liberté.

Père universel de tous les êtres, daignez conserver au Monarque qui nous gouverne, l’esprit de justice qui lui fait repousser l’imposture et confondre la calomnie, pour juger votre Peuple suivant votre loi, pour rendre justice aux pauvres d’entre le Peuple, et aux enfants des pauvres ; daignez, dans ces temps d’orage, soutenir son courage et sa fermeté ; daignez maintenir son esprit et cœur, dans ses généreux desseins et ses résolutions patriotiques ; la justice, la paix et l’abondance signaleront son règne ; il sera plus puissant que jamais, parce qu’il a délivré le pauvre qui n’avait plus aucun appui, il épargnera les pauvres et sera le salut de leurs âmes ; il les rachètera de l’usure et les protègera contre la fraude et l’oppression ; il vivra, il sera adoré de son peuple, il en sera loué sans cesse, et le nom de Sa Majesté sera béni à jamais.

A ces Causes, après en avoir conféré avec nos Vénérables Frères les Doyen, Chanoines et Chapitre de notre église Cathédrale, nous ordonnons que Dimanche prochain 25 du courant, on fera l’ouverture des Quarante-Heures dans notre dite église Cathédrale, etc., etc.

Donné à Paris en notre hôtel, rue Saint-Dominique, le 12 octobre 1789.



Signé : CH-MAU., Evêque d’Autun



Par Monseigneur : AUMONT, Secrétaire.



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IMPRIMERIE PIERRE-PHILIPPE DEJUSSIEU

AUTUN









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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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