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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE PASTORALE

DE MGR L'EVEQUE D'AUTUN

AU CLERGE SECULIER ET REGULIER

ET AUX FIDELES DE SON DIOCESE

26 JANVIER 1789




Charles-Maurice DE TALLEYRAND-PERIGORD, par la miséricorde divine et par la grâce du Saint-Siège apostolique, Evêque d’Autun, premier suffragant de l’Archevêché de Lyon, Administrateur du Spirituel et Temporel du même Archevêché, le Siège vacant, Comte de Saulieu, Président-né et perpétuel des Etats de Bourgogne, au clergé Séculier et Régulier et à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction en N. S. J.-C.

Depuis le jour, NOS TRES CHERS FRERES, où le choix de Sa Majesté nous a appelé à vivre au milieu de vous, à chaque instant nous avons pu vous dire ce que Saint Paul écrivait aux Romains : Testis est mihi Deus quod sine intermissione memoriam vestri facio. Oui, souffrez cette expression, N.T.C.F. Vous êtes devenus notre douce et unique occupation. Tous les événements, tous les objets ont pris pour nous un intérêt nouveau, un intérêt sensible, dès que nous avons pu les rapporter à ce diocèse distingué par les qualités heureuses de ces habitants, et si précieux à la religion, dont il est une des plus anciennes conquêtes.

Lorsqu’un froid rigoureux, dont à peine on cite un autre exemple dans les annales des calamités, est venu tout à coup désoler les peuples de nos contrées, c’est au milieu de vous que nous avons particulièrement souffert ; ce sont vos peines que nous avons surtout ressenties. Mais, à la vue des prodiges de charité qui ont honoré la capitale du royaume, à la vue des efforts de ces dignes pasteurs dont la bienfaisance infatigable et industrieuse a su créer pour tant de mille malheureux des ressources inespérées, nous avons pensé, avec un charme consolant, qu’une aussi vertueuse émulation animait parmi vous tous les ordres de citoyens ; que les ministres de la religion, ceux qui composent différents corps justement révérés, les respectables curés des villes et des campagnes, leurs jeunes et estimables coopérateurs, tout ce nombreux clergé de tout temps recommandable par son zèle et sa régularité, avaient mérité dans un jour de détresse et de douleur les saintes et reconnaissantes bénédictions du pauvre.

Lorsqu’avant de recevoir l’onction des mains du Pontife, nous avons pu nous recueillir quelques moments dans une solitude où viennent s’inscrire en silence les membres de la pieuse société de Saint-Sulpice, qui offrit tant de modèles à notre jeunesse, nous nous sommes dit que nous serions secondés par ces mêmes instituteurs qui se dévouent avec un zèle si pur aux soins difficiles de former les élèves du sacerdoce, et dont, pour tout dire, l’éloge le plus touchant sorti de la bouche expirante de Fénelon ; et réunissant alors dans notre esprit tout ce qui intéresse tout le grand bienfait de l’instruction publique, nous n’avons pas éprouvé une moins vive satisfaction à penser que l’honorable fonction d’élever la jeunesse des diverses classes de la société, venait d’être confiée à la célèbre congrégation de l’Oratoire, qui, par la haute sagesse de son régime, a mérité que le génie de Bossuet lui rendit un immortel hommage.

Ainsi, N. T. C. F., toutes nos pensées, tous nos vœux, tous nos sentiments se portaient vers vous ; et même, lorsqu’au moment où nous vous fûmes destinés que je me voyais à la veille de perdre un père, jeune encore, chéri de tous les siens et si tendrement estimé de ceux qui le connurent, lui qui avait tant désiré de me voir dans ce diocèse où son épouse avait reçu le jour, et pour qui, même au bord du tombeau, cette nouvelle fut un instant de bonheur ; lorsque de mes mains je pressais ses mains mourantes et que j’étais contraint de dévorer mes larmes toujours prêtes à couler sur lui ; enfin, après le moment fatal…. C’était au milieu de vous, c’était dans la patrie de ma mère que ma douleur aimait à se réfugier et qu’elle semblait se promettre quelques consolations.

Eh ! comment mon cœur n’aurait-il pas senti le bonheur d’être avec vous, quand je vous voyais m’adresser tant de témoignages d’intérêt ; lorsque les plus douces espérances, vous sembliez les réserver pour moi ; que par des vœux si bien exprimés, que par d’encourageantes préventions, vous m’aidiez à me soutenir contre mes propres craintes ? Ah ! pour tant de bienveillantes dispositions, recevez le dévouement de toutes mes volontés, de toutes mes affections. Qu’il doit vous être aisé de croire que mille fois en secret nous avons dit avec l’Apôtre : Je suis pressé du désir de vous voir ; que nous nous sommes attristé avec lui de tout ce qui a retardé cette époque intéressante de notre vie ; que ce sentiment s’accroît à l’approche du jour de notre réunion et dans un moment où nous vous appartenons plus particulièrement par l’alliance solennelle que nous venons de contracter avec vous.

Mais ce n’est pas à cette seule pensée qu’il doit nous être permis de nous arrêter un moment. Sur le point d’exercer les augustes fonctions de l’épiscopat et de remplacer auprès de vous un prélat dont l’administration éclairée et bienfaisante vivra toujours dans votre mémoire, nous devons sentir avec effroi tout ce qui nous manque pour répondre à une telle destinée. Malheur, sans doute, à qui ne cherche dans les places que les misérables jouissances de la vanité, qui voit autre chose en elles que ce qu’elle sont en effet, des chaînes toujours redoutables ; qui ne se dit pas sans cesse que, devenu homme publique, il est comptable de toutes ses actions, de tous ses instants ; qui ne peut plus être à lui ; puisqu’il se doit à tous ; que chacun des nouveaux droits qu’il acquiert n’est réellement qu’un nouveau devoir ; qu’enfin les droits sont réciproques, et que lorsqu’on a reçu celui d’exercer une portion quelconque de l’autorité, on ne doit cesser un instant de voir dans ceux qui s’y sont soumis le droit non moins réel d’exiger qu’elle soit exercée toujours avec justice et modération.

C’est à vous, N. T. C. F., qu’il importe particulièrement que ces principes soient à jamais gravés dans notre cœur, et surtout que nos actions vous les expriment dans tous les temps. C’est à vous aussi que nous recourrons aujourd’hui. La religion nous a appris que tout don parfait vient d’en haut, que ce n’est qu’à l’aide des grâces que sa bonté divine nous dispense qu’on peut remplir dignement sa vocation. Unissez donc en ce moment vos prières, vous tous qui formez des vœux pour le bonheur de ce diocèse, vous surtout, âmes pures et innocentes, qui, à l’abri du monde et de ses tristes erreurs, coulez vos jours heureux dans l’habitude d’une sainte communication avec Dieu. Demandez-lui, et demandez-lui avec instance, qu’il nous accorde et qu’il nous conserve cette pureté d’intention qui ne veut que le bien, la piété qui est utile à tous, l’esprit de discernement qui choisit les temps et les moyens, et la douceur qui prépare les esprits, et la force qui résiste aux obstacles, et la bonté qui le plus souvent les prévient, et particulièrement cette inaltérable justice qui peut-être comprend tout, qui est la grande dette de tout dépositaire du pouvoir, et qui est l’éternel ami de la paix.

Pourront MM. Les curés faire lecture au prône de la présente lettre pastorale.

Donné à Paris, le 26 janvier 1789.



Signé : CH-MAU., Evêque d’Autun



Par Monseigneur : VALLETAT, Secrétaire.



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IMPRIMERIE PIERRE-PHILIPPE DEJUSSIEU

AUTUN









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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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