Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRES

DE

TALLEYRAND

A

METTERNICH





Talleyrand à la comtesse de Metternich.

Je suis tout fier, Madame la comtesse, d’être consulté par vous, car depuis longtemps les femmes ne me demandent guère mon avis.

Je crois du reste que les circonstances particulières dans lesquelles vous vous trouvez tracent la marche que vous avez à suivre.

Vous avez voulu partir : on vous a officiellement écrit de rester. Cela coupe court à tous les projets que vous auriez pu former, et je crois que cela n’est pas un mal.

Qu’auriez-vous été faire en Suisse où vous ne connaissez personne ? Si vous aviez été ailleurs, vous vous auriez trouvé dans un pays où l’on fait la guerre ; et on est fort mal là. A Paris, vous êtes personnellement aimée et considérée, vous pouvez y vivre loin du monde uniquement avec votre famille, ce qui convient à vos goûts et à votre position. Voilà, Madame, ce que ma vieille raison vous conseille : recevez avec bonté l’hommage de mon respect.

10 juillet [1809]

Charles Maurice pe de Td

Talleyrand à Metternich.

? (6 mars 1811)

J’aurais bien voulu répondre plutôt, mon cher comte, mais j’ai passé près de trois semaines dans ma chambre assez malade. J’avais commencé par l’être un peu trop, les accès terribles de fièvre pernicieuse étaient (1 mot illisible) autour de moi : mais tout cela s’est civilisé.

Quand on vient d’être malade gravement, on rentre dans la vie dans un état de pureté qui laisse fort ignorant sur les affaires de ce monde : aussi ne sais-je guère, ce qui s’y passe. Mon bon sens me dit que sont heureux les souverains qui vous ont dans leurs conseils. Mais vous pouvez être partout : pas même à Paris où vous auriez cherché sûrement à consoler M. le duc de Bassano du rapport du ministre des affaires étrangères de Suède que je viens de lire, et Madame (1 mot illisible) du départ de son mari, chacun a ses peines ; et vous avez des remèdes pour toutes.

Lorsque vous portez vos regards sur la France et que vous pensez à ceux qui aiment et vous et votre gloire, j’ai le droit de croire que vous vous rappelez l’ami de ma vie. Il sera toujours tel que vous l’avez connu et un peu aimé ; il voudrait bien voir se renouveler souvent les occasions de vous dire et de vous prouver combien il a d’amitié, d’estime et de considération pour vous. Adieu.

Une croix.

P. mars (Sans doute 6 mars 1811)

(Paris) 2 avril

Les courriers expédiés le 20 étaient partis quand je suis rentré chez moi ; ce qui m’a empêché, mon cher comte, de vous écrire un mot, tout s’est passé comme vous avez pu le désirer : voilà votre grand ouvrage consommé, je vous en fais mon compliment de tout mon cœur, vous avez plus fait pour la monarchie autrichienne qu’aucun des hommes d’état qui vous ait précédé. Dans ma qualité de vieux serviteur de l’empereur et de sa dynastie, cet évènement m’a fait le plus grand plaisir. C’est là le premier acte qui ait le caractère de l’établissement, ce qui le rend inappréciable.

Vous aurez appris avec quelque intérêt que Ma dame de Périgord était accouchée d’un garçon : sa mère et moi aimons à vous compter parmi les personnes à qui cela fait plaisir [.] je ne sais pas encore ce que je ferai pendant la belle saison, on prépare ici des fêtes pour le mois de mai, et ensuite on parle d’absences, si les absences sont de simples voyages, tout est bien comme cela, mais uniquement comme cela, je les aime beaucoup je crois que vous pensez de même [.] Soyez assez bon pour présenter tous mes hommages à Madame de Metternich et à votre céleste Marie [.] Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles ; vous m’en avez promis, j’en avais espéré, et depuis le mois de décembre je n’ai pas reçu un mot de vous : c’est un peu long. Adieu, je fais des vœux bien sincères pour votre bonheur et pour votre gloire ; votre intérieur et la supériorité de votre esprit les réaliseront.

Agréez, mon cher comte, l’assurance de l’amitié la plus constante et la plus (1 mot illisible).

2 avril

Le prince de Bénévent

P.S. : Le Gal Lauriston part à ce qu’il vient de me dire samedi pour Petersbourg : il vient de me faire ses adieux.

Le prince de Schwarzenberg après s’être fait aimer à Compiègne et y avoir tué nos perdreaux va passer quelques semaines avec vous, mon cher comte ; je ne veux pas le laisser partir sans le charger de quelques mots d’amitié pour vous, car il faut que vous sachiez par ceux qui prennent le plus d’intérêt à votre gloire et à votre bonheur, combien vous êtes aimé et considéré ici de toutes les personnes qui vous ont connu dans votre vie privée et qui suivent vos destinées ministérielles.

Vous prenez la bonne méthode de revoir vos ambassadeurs tous les deux ans ; c’est le seul moyen de mettre bien de l’ensemble dans la marche du cabinet, cet usage anciennement établi chez nous, perdu comme tant d’autres choses pendant la révolution, reviendra sûrement quand nous serons en posés, le serons-nous bientôt ? C’est vous qui le savez, aux [les] nouvellistes de la terrasse de St Germain qui sont les seuls que je fréquente, commencent à croire que l’année 1812 sera, comme vous me le disiez il y a deux ans, probablement fort orageuse. En attendant, nous passerons notre automne à Fontainebleau ; et l’hiver sera à peu près ce qu’a été celui de l’année passée. La reine de Naples, qui arrive seule dans peu de jours, l’animera peut-être un peu. Tous ces temps-ci, Paris a été désert et fort languissant ; et sans la fête de Mde Junot donnée le 24 septembre à son mari pour la St Andoche, nom que les Junots portent depuis des siècles, nous n’aurions pas entendu parler de grandes et de belles réunions depuis deux mois. Je n’ai pas pu me trouver à cette grande solennité parce que j’habite toujours St Germain où la duchesse de Courlande a pris une petite maison située près de la terrasse et où elle réunit cinq ou six personnes qui ne savent de Paris et du monde entier que ce que les journaux veulent bien leur apprendre.

J’ai appris avec un grand plaisir le rétablissement de la santé de Madame de Metternich, soyez assez bon pour lui présenter l’hommage de mon respect et pour me rappeler au souvenir de Marie.

Je retournerai à Paris vers le milieu d’octobre ; et je m’y occuperai d’une chose triste et difficile ; c’est de vendre ma maison.

J’espère que le prince de Schwarzenberg me rapportera de vos nouvelles : et je voudrais bien que vous n’oubliassiez pas ce dont vous m’aviez promis de vous occuper l’année dernière : le mois de novembre est le moment où l’on a le plus de temps à soi.

Adieu, mon cher comte, personne ne fait plus que moi des vœux pour votre bonheur [.] Je pense avec plaisir que les destinées d’un grand empire sont dans les mains d’un homme qui aime la gloire et qui a tout le talent que [ce] culte exige, adieu. Croyez pour la vie à ma tendre amitié.

26 septembre

Le pc de Bénévent

Paris 9 août 1814

De la main de Metternich : « Reçu 12 18 août »

Lors de votre dernière apparition à Paris, mon cher prince, vous dites au roi que vous n’approuviez pas le voyage de Madame l’archiduchesse Marie Louise aux eaux d’air, du moment que l’usage de ces eaux pouvait lui être salutaire le roi aurait fermé les yeux sur les inconvénients de ce voyage, s’il en eut un. Mais vous, mon cher prince, vous aviez cru qu’il pouvait donner lieu non pas à quelques intrigues mais à beaucoup de bavardages. Vous connaissez les cailletages des eaux, vous savez quel désœuvrement on porte et tout ce que le désœuvrement peut faire. Quelques étourdis vont même jusqu’à se compromettre et c’est ce qu’il faudrait éviter. Joseph Bonaparte qui n’est pas loin de là a commis des étourderies auxquelles il n’aurait pas songé sans ce voisinage, tout cela a bien peu d’importance, et le roi n’y en veut mettre aucune. Mais le bruit en arrive jusqu’à Paris. On en parle à tort et à travers ; le corps diplomatique comme les autres. On s’efforce de trouver des motifs bien secrets et bien graves à des choses qui sont toutes simples et toutes naturelles.

Je m’imagine, mon cher prince, que vous pensons (sic) qu’il conviendrait pour vous et pour nous (la saison des eaux ayant été pour Madame l’archiduchesse bien complète) que son séjour à Aix ne se prolonge pas, du reste vous ne vous (1 mot illisible) peu sur les motifs qui me portent à vous parler ainsi.

M. le duc de Berry est parti pour Londres où il doit se trouver pour la fête du prince régent, il a saisi avec empressement cette occasion pour remercier le prince de tous les égards qu’il a eus pour lui et pour toute la famille pendant les séjours en Angleterre, et aussi revoir ses amis et amies. Il sera de retour vers le 20 de ce mois. M. le duc et Mme la duchesse d’Angoulême reviennent aussi sous peu de jours. La santé de monsieur se rétablit. Nous nous essayons ici dans l’exercice de nouvelles institutions.

Avez-vous des nouvelles de Pétersbourg ? Nous n’en avons point depuis l’arrivée de l’empereur. Le roi y envoie M. de Noailles (celui qui a épousé Mélanie). Y a-t-il quelque nouvelle assurance de l’arrivée à Vienne de l’empereur Alexandre ? Combien amène-t-il de plénipotentiaires, combien les autres puissances en envoient-elles (2 mots illisibles) ? Vous me direz quels sont les vôtres, combien en aurez-vous ? A-t-il quelque chose de dit sur le nombre des personnes qui assisteront aux conférences et qui signeront le traité définitif [.] Il paraît que lord Castlereagh doit se rendre du 20 au 25 à Gand. Quand vous envoyez-nous M. de Vincent ?

Adieu mon cher prince, conservez-moi un peu d’amitié et croyez à mon attachement bien sincère pour vous.

Le Pr. De Bénévent

Mes hommages à Marie et à Madame sa mère.

Vos ordres sont exécutés, mon cher prince. Deshayes restera. Et comme vous dites très bien qu’un congrès est un composé de mille choses différentes, vous ne serez pas étonné que dans ce même billet je vous fasse mon compliment de la 1ère note que vous venez de donner et dont on m’a parlé hier matin. Mon ancienne amitié jouit de voir votre nom à la tête de la ligne honorable sur laquelle les grandes monarchies de l’Europe doivent se placer.

Mille hommage.

Talleyrand

12 déc. 1814

Dites-moi je vous prie, mon cher prince, comment se porte la toison d’or dans vos cérémonies ? Le collier se met-il par-dessus l’habit ?

Excuses et hommages

Talleyrand

21 janvier (1815)

Le cas prévu par la première déclaration, savoir que les secours nécessaires pour rétablir la tranquillité seraient requis pour le roi ne se trouve-t-il pas assez exprimé dans les lettres, je veux changer quelque chose à la déclaration nouvelle, cela mérite, mon cher prince, toute votre attention.

Mille hommages

Pr. Talleyrand

12 avril (1815)

Votre nuit vous a-t-elle rapporté plus que la mienne, mon cher prince. J’ai perdu quatre robres et je n’ai point de courrier. Savez-vous quelque chose par voie de commerce.

Mille hommages.

Talleyrand

Sans date

Avez-vous, mon cher prince, quelque occasion pour la Suisse : je voudrais envoyer une lettre à (M. et Mme ?) de Talleyrand et qu’elle ne fut pas trop longtemps en chemin.

Votre courrier pour Londres est-il parti ? Je crois cela bien important pour éviter toutes les briganderies. Ce matin avons-nous des nouvelles.

Mille hommages.

Talleyrand

17 avril (1815)

J’espère que Marie se charge un peu des officiers de Charlotte. Je les lui confie [.] La surveillance me paraît bien établie [.] Je ne doute pas que les décrets du huit ne fassent un grand effet à Paris. Il compromet plusieurs milliers de personnes [.] Nous vous espérons dans vos œuvres du matin. Mille hommages.

Tall.

19 avril (1815)

Il n’y a pas eu moyen de vous voir hier mon cher prince. Aujourd’hui quel moment aurez-vous de libre. On dit dans la ville que msr le duc de Bery a capitulé quand on a ce (1 mot illisible) le pays qui est (1 mot illisible). Savez-vous quelque chose sur cette nouvelle ? [.] Victor de Rohan dit toujours que Wellington est prêt.

Mille hommages.

Tall.

Dinez-vous chez Razumowski

Sans date

M. Dugat (Dagat ou Dagut ?) n’a jamais été mon agent. Je le connais pour un galant homme, fort attaché aux princes et faisant souvent des voyages en Angleterre. Il aura dit ou écrit ce qui lui passait par la tête. Car sûrement, je n’ai jamais parlé de la haute piété de M. de Périgord ni de donner un aide de camp (1 mot illisible) à notre roi aussi goûteux que le nôtre.

Je crois qu’il serait bon de dire que dans les secrétaireries d’état il y avait depuis quinze ans un bureau des lettres interceptées et fabriquées, qu’à la tête de ce bureau était autrefois M. Raymond, neveu de M. Lacuée, fait comme à Brunn [Brünn ?] et à Stuttgart, que ce M. Raymond est mort, qu’on ne sait pas encore qui est ce qui l’a remplacé, mais que le bureau a été rétabli et qu’on doit s’attendre à voir paraître chaque jour quelqu’une de ses productions.

Un avis général à peu près dans cette forme aurait de l’intérêt pour les personnes crédules de tous les pays. Il est clair que M. de Valasole a un rapport quelconque avec Lavalette.

Mille hommages.

Talleyrand

23 avril (1815)

On m’effraye sur un projet que l’on me dit être devenu un peu le vôtre, mon cher prince. Il se repend que l’on ne signe rien [.] avant de prendre votre décision définitive, laissez-moi vous dire qu’il est de la plus grande importance. Je mène les affaires du roi, jamais l’opinion que l’on aura en France de sa propre position avec les alliés, pour l’opinion que l’on (1 mot illisible) en France de l’accord qui existe entre eux (4 mots illisibles) du congrès qu’il soit signé quelque chose. Quand des articles sont arrêtés et paraphés, on peut laisser la rédaction à des plénipotentiaires de toutes les cours. Mais les points (1 mot illisible) n’étant pas signés, on croira à des arrières pensées et la force de la coalition diminuera beaucoup (1 mot illisible) [.] Adieu à ce soir.

b a v

Tall.

23 évidemment : avril 1815)

9 mai (1815)

St Léon est arrivé le soir à Vienne, mon cher prince, c’est un envoyé bénévole dans les intérêts de M. Mollien et un peu de nos affaires. Il arrive avec l’instruction de m’aguicher sur un grand procès de haute cour nationale que l’on va me faire. Montrond avait échoué avec les menaces de séquestre. Il avait fallu quelque chose de plus. La voilà !

Du reste St Léon est un fort bon et galant homme, mais qui entend les affaires politiques à peu près comme Dupont de Nemours que l’on accuserait sûrement aussi s’il n’était pas parti pour l’Amérique.

t. a. v.

Talleyrand

Cambrai 28 onze heures du soir (juin 1815)

Je vous envoie, mon cher prince, une proclamation que j’ai calculée et pour le dehors et pour le dedans. J’espère qu’elle vous conviendra.

M. de Blacas va à Naples complimenter le vieux ou nouveau roi (comme vous voudrez) qui est ici ne signe point la proclamation nouvelle parce que son ne convient pas a (1 mot illisible). Le roi est excellent ; il se prête à tout. Monsieur gêne quelque fois. Jusqu’à ce que vous ayez quelqu’un ici, je vous enverrai ou communiquerai tout ce que nous ferons [.] C’est pour M. de (1 mot illisible) que je vous écris. Je vais accréditer Dalberg à votre quartier général ; je lui écrirai par le courrier de demain. Aujourd’hui je n’ai pas le temps [.] Nous avons toutes les heures des communications avec Paris ; elles sont toutes insignifiantes quoiqu’elles soient faites pour les menacer : mais les menaces ne font rien, ils ont peur [.] J’ai appris tout le danger qu’avaient couru Marie et vos enfants : je vous fais mon compliment de ce que les dieux ont veillé sur eux. Adieu mille amitiés.

Talleyrand.

Mon cher prince, le roi est à Senlis : il n’y restera que peu de moments [.] Je voudrais le faire aller à Arronville [?] chez Mes de Machault. C’est près de Gonesse et à dix minutes de la maison qu’occupe le duc de Wellington de chez qui je vous écris [.] Nous avons bien besoin que vous arriviez, que l’empereur Alexandre vienne immédiatement. L’irritation dans laquelle est Blücher et dont tous les environs de Paris se sentent déjà, me le fait vivement désirer.

Vous avez eu pour Pozzo une copie de la convention militaire d’hier, ainsi je ne vous l’envoie pas.

Ce matin un aide de camp de Murat dont le nom est français (Macirone) est arrivé chez le duc [Wellington] envoyé par Fouché [.] Il voulait connaître l’opinion du duc sur ce qu’ils auraient à attendre du roi à son arrivée [.] Il a dit que Fouché, Caulaincourt et Davoust désiraient proclamer le roi, mais demandaient quelque sécurité.

Le duc n’a rien répondu sur les personnes, mais il a donné [un] écrit de sa main.

« Il me promit que les puissances étaient convenues que Bonaparte et tout ce qui lui tenait étaient une usurpation avec laquelle elles ne pouvaient traiter nullement. Il conviendrait qu’aussitôt possible, c'est-à-dire immédiatement après le départ de l’armée, les deux chambres et le gouvernement se déclarent dissous de fait et qu’ils fassent une adresse au roi dans laquelle serait cette déclaration et dans laquelle elles diraient qu’elles ont agi en tout pour le bien de la France, et tout ce qu’elles voudraient faire à sa majesté.

J’envoie une copie de la proclamation du 28 et je sais que le roi est disposé à faire tout ce qu’on peut désirer pour garantir la liberté constitutionnelle.

Voilà tout ce qui est écrit de la main du duc. »

Ce M. Macirone a demandé d’écrire lui-même pour s’en souvenir les points principaux de la conversation que nous avions devant lui.

Ces points étaient :

un renouvellement de la charte y compris l’abolition des confiscations

un renouvellement de la loi sur la liberté de la presse

l’appel immédiat des collèges électoraux pour former une nouvelle chambre

l’unité du ministère

l’initiative réciproque par message du côté du roi et par proposition du côté des chambres

l’hérédité de la chambre des pairs

Jérôme et Joseph sont toujours à Paris, Murat est auprès de Lyon.

C’est un grand malheur que l’opiniâtreté de Blucher pour entrer dans Paris.

Adieu, j’espère vous voir dans quarante huit heures.

Mille amitiés.

Talleyrand

Gonesse 4 juillet (1815)

Mon cher prince, vous avez des affaires d’intérêt à Naples, et moi aussi. [.] Vous avez probablement des biens à recevoir et à régir dans le pays ; je suis dans le même cas [.] Vous avez besoin pour les recevoir et pour les régir d’un homme à qui vous accordiez de la confiance [.] Voulez-vous que notre confiance soit donnée à la même personne, et que nous ayons un homme d’affaire commun à Naples, si cela vous convient, je vous propose de charger M. Domurez de nos intérêts en Italie. C’est un français consul à Ancone et parfaitement intelligent [.] Il désire quitter Ancone. [.] Si à nous deux nous lui donnions huit mille francs, il serait parfaitement content [.] Vous voudriez bien le mettre sous la protection de votre ministre, et moi je le ferai mettre sous celle du ministre de France [.] Mon opinion est que vos affaires et les miennes ne pourraient pas être dans de meilleures mains, répondez-moi sur cet article. Je suis charmé d’avoir des intérêts communs avec vous, mon cher prince, que j’aime bien sincèrement et à qui il m’est doux d’en renouveler l’assurance.

Valençay, 19 octobre

Talleyrand

Paris 17 janvier 1816

Il faut, mon cher prince, malgré tout ce qui nous occupe, que vous me laissiez encore une fois vous parler des affaires de Dorothée. Je serai le plus court possible.

Je vois que l’on va prendre ici, sans aucune humeur, une marche sérieuse et terrible pour elle. Tous les arrangements projetés entre elle et son mari sont suspendus : rien n’était terminé, et probablement rien ne le sera.

Dorothée parlera de paroles données par son mari relativement au choix qu’elle peut faire de son domicile ; son mari déclare que, par amour de la paix intérieure, il s’est engagé à ne point exiger qu’elle logent (sic) avec lui, quelque désir qu’il en eut : mais que jamais il n’a été entre eux question de domicile en dehors de France. Il ajoute même que Dorothée lui a donné sa parole d’honneur qu’elle serait ici au mois de mars, et que l’Allemagne ne serait pour elle qu’un pays où elle ferait des voyages quand il lui plairait.

Tenez pour certain que, d’après les dispositions que je vois, elle sera réclamée chez vous, et qu’elle sera réclamée en Prusse. La refuser est bien difficile parcequ’il (sic) y a un désordre patent, et qu’elle s’est plu à rendre patent. Les conseils de son mari le feront peu paraître ; les enfants seraient toujours mis en avant.

Elle dira qu’elle a été mariée malgré elle [.] Les preuves du contraire se réunissent. Une foule de lettres d’elle prouvent que cette assertion est fausse. Une lettre de l’empereur Alexandre à moi en 1808 serait bien décisive sur cette question : mais quoique cette lettre soit à loebihau [recte : Löbichau] avec beaucoup d’autres papiers, elle se sera plutôt brûlée que produite, malheureuse enfant ! Quel avenir elle se prépare !

Dira-t-elle que son mari a des dettes. Ses affaires sont arrangées par des moyens et des échanges faits avec son beau-frère qui a retardé pour cela son voyage.

Le divorce est une folie. Les enfants et leur père iront à Berlin, s’y opposer er plaider [.] Les enfants de Dorothée allaient réclamer leur mère ! Quel spectacle ! Et de plus elle perdrait son procès. Ainsi tout est contre elle quand elle reste dans la situation où elle a un peu voulu, et où ses sœurs ont beaucoup voulu la mettre. Au lieu que tout est facile si elle vient immédiatement ici. Est-elle grosse ? Elle sera malade en arrivant, ne recevra que qui elle voudra, et sous les prétexte d’eaux, elle partira au bout de peu de temps. Sa liberté sera entière : la situation dans laquelle elle peut être ne sera jamais découverte : aucun reproche, aucune gêne ne pourront l’atteindre. Ses arrangements de séparation de biens se feront, tandis que, s’il y a des retards, ils seront impossible à faire par ses parents [.] Elle sera ici le temps et seulement le temps qu’elle voudra, et elle n’aura point le tort public d’abandonner ses enfants pour un homme dont elle m’a parlé cent fois comme d’un personnage inférieur et qui n’a même pas conquis beaucoup d’estime parmi les honnêtes gens en faisant un enfant à une malheureuse jeune personne (3 mots illisibles) et qu’il va perdre à la face de la terre, sa présence ici fera taire tout le monde et ici et en Allemagne, car en Allemagne on a plus parlé qu’ici et surtout beaucoup écrit. Tettenborn est arrivé à Paris et disait que Mme de (?) était grosse de Clamm (sic). Les correspondants de Pozzo le lui mandent [.] un voyage imposé en Silésie [.] J’ai pu entraver les démarches de sa famille, j’ai pu adoucir, mais mon pouvoir expire. Si elle vient, je réponds et je me charge de tout.

L’idée qu’une demande juridique et une demande diplomatique peuvent se faire, me fait frémir ; et cela en mettant toujours les enfants en avant…

[Tal.]





******************************************


in REVUE DE L'INSTITUT NAPOLEON N° 95 - AVRIL 1965










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement