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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

A M. L'EVEQUE D'A..... & COMPAGNIE,

AUTEURS DE L'ADRESSE AUX PROVINCES



FEVRIER 1790




Permettez, monseigneur, qu’un de vos plus zélés partisans vous offre le tribut d’admiration que vous méritez ; il suffira de rappeler à la nation française les services que vous nous avez rendus, pour lui faire sentir combien elle vous doit de reconnaissance.

C’est vous qui avez délié les députés du serment qu’ils avaient prêté à leurs commettants, et qui retardait la marche de l’auguste assemblée, qui nous régénère comme Médée régénérait Aeson. En vain des hommes légers ont osé dire que vous aviez pris cette promesse solennelle pour le vœu de chasteté ; les sages, les vrais patriotes ont senti qu’il n’y avait que la voie d’un ministre des autels, d’un prélat tel que vous qui pût rassurer les consciences timides, et leur apprendre à mépriser la religion du serment ; qu’il ne fallait rien moins qu’un apôtre infidèle à son maître pour lever les scrupules des faibles Israélites.

Ce coup d’essai annonçait un grand homme, et vous avez soutenu cette réputation naissante, en proposant de vendre les biens ecclésiastiques : vous avez préféré, avec raison, les intérêts des créanciers de l’État aux intérêts de l’église même. En trahissant ainsi la cause que vous aviez promis de défendre, vous avez donné aux Français l’exemple d’abjurer cet esprit de corps, dont nos imbéciles ancêtres avaient fait une vertu.

On vous vit bientôt après reparaître à la tribune avec de nouvelles maximes, ne regardant plus les capitalistes que comme de méprisables agioteurs ; vous proposâtes ce sublime projet qui nous conduisait directement à la banqueroute ; vous essuyâtes, il est vrai, les huées si communes dans l’assemblée nationale ; mais vous écoutâtes avec mépris ces vaines clameurs ; fidèle au traité que vous aviez fait avec votre associé, les applaudissements devaient être pour lui ; vous les lui ménageâtes on vous dévouant aux sifflets ; mais le profit devait être partagé en commun, et votre modestie n’en exigeait pas davantage.

Combien de fois ne vous a-t-on pas vu applaudissant des idées philosophiques que les autres évêques avaient la petitesse de regarder comme des blasphèmes !

Enfin, vous vous êtes montrés le patron du peuple d’Israël ; vous avez embrassé sa cause, et réclamé pour lui le droit de cité dont il était privé depuis si longtemps ; et pourquoi auriez-vous refusé de lui servir d’organe ? N’était-il pas en état de payer les bons offices que vous lui rendiez ? Ne saviez-vous pas d’ailleurs que ces hommes désintéressés, qui ne placent leur argent qu’à 20 pour 100, s’empresseraient d’acheter les biens de l’église, pourvu qu’on les leur donnât au denier 5 ?

Tels étaient les services que vous aviez déjà rendus à la nation, quand vous y avez mis le comble par cette fameuse adresse qui vient de paraître : ceux qui feront attention aux idées philanthropiques et populaires qu’elle renferme, vous accorderont la couronne civique : ceux qui sauront apprécier ce style éloquent, ces tirades heureuses que vous employez si adroitement pour déguiser des faits ou des vérités fâcheuses, ne pourront-vous refuser la couronne académique.

Je vous les décerne toutes les deux ; et si l’église quelque jour vou rejette de son sein, le front couronné de lauriers et de branches de chênes, vous vous présenterez à la synagogue où la place de premier rabbin vous est réservée. Je suis persuadé que ce peuple reconnaissant, convaincu que vous avez l’âme d’un véritable descendant de Melchisédec, vous dispensera de l’opération préalable qu’il exigerait de tout autre, avant de l’adopter pour frère ; vous en serez quitte pour troquer votre croix d’or avec le bouquet de barbe qui décore le menton des enfants de Jacob.

L’assemblée nationale, en vous plaçant dans le fauteuil, n’a fait que rendre justice à vos talents ; avec quel art ne posez-vous pas les questions dans la fameuse adresse dont je parlais tout à l’heure ! comme vous savez bien affaiblir les objections que vous supposez qu’on vous fait !

Il fallait tout le talent que vous avez pour s’en tirer aussi bien ; car il y avait des sujets bien embarrassant à traiter.

Des esprits mal faits vous ont reproché d’avoir fait faire cette adresse par un des 40, est d’avoir reçu beaucoup d’argent des Juifs ; mais si vous êtes obligés de payer des coopérateurs pour écrire vos motions, n’est-il pas juste que vous en revendiez quelques-unes ? et d’ailleurs l’argent de la synagogue n’est-il pas de bonne prise pour un évêque ? n’est-ce pas autant de gagner sur l’ennemi ?

Je m’aperçois que, jusqu’à présent, je ne vous ai parlé que de vous-même, et je crains que les éloges que je vous ai donnés ne vous fassent rougir : je veux ménager votre modestie, et je ne vous parlerai désormais que de votre ouvrage.

Je la regarde, en vérité, comme un chef-d’œuvre ; mais malheureusement tout le monde n’en juge pas aussi favorablement.

On dit qu’une assemblée nationale qui fait imprimer une justification de sa conduite, ressemble à un paladin qui jette le gant ; tout chevalier a droit de le relever. On ajoute qu’il est procès et de vous combattre ; pour que vingt athlètes ne s’élancent pas dans la carrière. Toute votre finesse consiste, dit-on, à passer sous silence les principales accusations qu’on porte contre l’assemblée que vous défendez.

Et réellement la liste des reproches qu’on ose lui faire est effrayante.

Des hommes mal intentionnés, sans doute, assurent qu’il est odieux que les représentants de la nation française souffrent, avec indifférence, que le meilleur des rois, qu’un prince adoré de ses sujets, soient prisonniers sous leurs yeux. Je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas répondu à cette imputation ; il était si aisé de vous en justifier. Comment peut-on dire que Louis XVI est en prison, quand on le voit tous les jours se promener dans son jardin ? n’est-il pas certain que M. Bailly a été lui dire, avec son éloquence ordinaire, qu’il y avait beaucoup de choses curieuses dans Paris, et qu’il devrait s’amuser à les aller voir ?

Il est vrai qu’on pourrait répliquer qu’un roi est en captivité quand il est gardé par des troupes, dont il n’a pas nommé les officiers ; par des soldats qui ont été l’enlever de son château, quand ses gardes ne sont pas à ses ordres, mais à ceux de ses geôliers. On vous dirait encore que toute l’Europe est convaincu que le roi n’est pas libre, que c’est ainsi qu’on en a parlé au parlement d’Angleterre ; mais quelques fortes que fussent ces objections, vous ou votre faiseur d’adresse avez trop d’esprit pour n’y pas répondre sans peine : ne suffit-il pas que le roi aitch dit qu’il était libre, pour qu’on doive l’en croire sur sa parole ?

On vous reproche, comme un crime odieux, le refus que vous avez fait de vous rendre auprès du roi le 5 octobre, dans l’instant où sa personne était en danger. On dit que la crainte de compromettre votre dignité serait le comble du ridicule, si elle était le véritable motif, et déguiserait mal un forfait exécrable si elle n’était qu’un prétexte.

On vous dénonce à la nation comme coupable d’avoir usurpé son autorité, pour établir en votre faveur une aristocratie despotique ; on prétend qu’en vain vous proscrivez le nom, quand vous établissez l’abus ; qu’une assemblée de représentants, qui soutiennent qu’ils ne sont pas liés par les serments prêtés à leurs commettants, qui se permettent de mépriser les ordres qu’ils ont reçus de la nation elle-même ; on prétend, dis-je, qu’une assemblée qui s’attribue de pareils droits, et qui les réalisent, est un corps aristocratique, s’il en fut jamais.

On dit que c’est en vain que vous appelez le peuple souverain, quand vous méprisez ses ordres, quand vous placez vos volontés particulières à la place de la volonté générale, consignée dans vos cahiers, qu’un peuple n’est pas souverain, qu’il n’est même pas libre quand il est réduit à la triste prérogative d’élire ses maîtres.

On ajoute que le despotisme ne consistant que dans la réunion des pouvoirs, l’aristocratie que vous avez établi est despotique.

Pour prouver cette assertion, on dit que vous avez envahi l’intégrité du pouvoir législatif, quand vous avez dépouillé le roi du droit de concourir à la formation des lois, en vous attribuant l’autorité de décider quels sont les décrets qu’il doit sanctionner, et quels sont ceux qu’il ne peut accepter.

Que vous exercez le pouvoir exécutif, en organisant l’armée ; que vous seul même pouvez faire exécuter les lois, puisque vous avez mis le roi hors d’état de se faire obéir ; que vous vous êtes également emparé du pouvoir judiciaire ; que vous l’avez exercé plusieurs fois, et enfin vous vous préparez à l’exercer dans toute sa plénitude, par la création des tribunaux, qui ne peuvent tenir ce pouvoir de vous qu’autant que vous l’avez vous-même, puisqu’il serait absurde de prétendre donner ce que vous n’auriez pas ; on ajoute que vous continuerez à exercer le pouvoir de juger par ces mêmes tribunaux, qui, vous devant leur existence, ne seront qu’une émanation de votre assemblée, et lui resteront à jamais asservis : on rappelle encore que plusieurs d’entre vous ont soutenu, en point de droit, que vous aviez le pouvoir judiciaire.

On prétend enfin qu’une pareille aristocratie est la forme de gouvernement la plus funeste ; qu’il existe point pour les peuples de situation plus affreuse que celle d’être soumis à une foule de despotes qui se sacrifieront mutuellement leurs ennemis, comme leurs triumvirs dans leurs prescriptions se sacrifiaient réciproquement des victimes.

On soutient que votre assemblée ne pouvait décider que les biens du clergé appartenaient à la nation, c’est-à-dire, à elle-même ; qu’elle ne pouvait décréter l’abolition de tels ou tels droits féodaux que par un jugement qui devait être nécessairement précédé d’une instruction, d’un examen de la possession et des titres, seules bases de la propriété ; que cette instruction n’a pas eu lieu ; que ce n’est donc pas en vertu de pouvoir judiciaire que vous avez donné ces décrets ; qu’on ne doit, par conséquent, les regarder que comme un attentat formel à la propriété, dernier excès de la puissance arbitraire ; que vous avez donc porté le despotisme à son comble aussitôt après l’avoir usurpé.

On vous accuse d’avoir excité les troubles du royaume, en faisant répandre, parmi le peuple, les faux bruits de ces prétendus complots, qui n’ont jamais existé que dans l’imagination de votre comité des recherches, et on donne la plus grande force à cette accusation, en disant que, malgré les inquisitions des comités de l’assemblée nationale et de l’hôtel de ville, malgré les récompenses promises aux délateurs, toutes les informations faites dans les différentes procédures, n’ont servi qu’à prouver qu’il n’a jamais existé de complots ; que l’innocence du baron de Bezenval et des autres accusés compliqués dans la même procédure, est aujourd’hui reconnue ; qu’il est également prouvé que le nommé Favras n’avait point de complices ; qu’il ne s’est même trouvé contre lui d’autres témoins que ses dénonciateurs.

On s’appuie encore de l’aveu de 150 membres de votre assemblée, qui, sous le nom d’impartiaux, ont dit formellement, ont même fait imprimer qu’il regardait les complots imaginés, poursuivis, ou découverts par le comité des recherches, comme d’absurdes et iniques moyens de régénération. Et vous savez que le témoignage de ces messieurs ne peut être récusé par la majorité de l’assemblée, puisque malgré l’impartialité dont ils se vantent, ils ont adopté et soutenu constamment les avis de cette majorité, dont les honorables membres sont vulgairement appelés les enragés.

On dit qu’il a existé, à la vérité, un complot exécrable, une horrible conspiration pour massacrer la reine, et par une suite nécessaire le reste de la famille royale ; que cet abominable projet est prouvé par le meurtre des gardes du corps égorgés à la porte de sa majesté.

On demande pourquoi les inquisiteurs, les dénonciateurs de la ville ont été un mois entier avant de faire la moindre perquisition contre les auteurs de cet horrible forfait ; pourquoi les informations paraissent aujourd’hui abandonnées ; on demande comment les représentants de la nation française peuvent souffrir qu’on ne s’occupe que de complots imaginaires, de prétendus crimes de lèse-nation qui n’ont aucune réalité, tandis qu’il existe des coupables de lèse-majesté, qu’ils ne sont ni recherchés, ni punis ; et c’est avec horreur qu’on entend répondre que les monstres qui ont entrepris d’assassiner le roi avaient des complices parmi vous, et que c’est là le motif qui empêche qu’on ne les poursuive.

Toutes ces accusations sont fausses, sans doute, mais elles sont imprimées dans une foule de brochures, mais on les entend répéter dans les cafés, dans les lieux publics, et je m’étonne que vous n’ayez pas essayé de les repousser ; peut-être était-il plus utile de vous en justifier que de prouver que vous ne marchez ni trop vite ni trop lentement.

On va jusqu’à vous reprocher d’avoir fait brûler les châteaux, on rappelle à l’appui de cette inculpation, les lettres écrites en Alsace, les phrases incendiaires prononcées dans votre tribune, et copiées dans les libelles qu’on distribue aux habitants des campagnes ; on invoque encore contre vous le témoignage de vos frères les impartiaux, qui, pour se distinguer de vous autres, et voulant se justifier particulièrement de ce crime ont cru devoir imprimer qu’ils n’écrivaient pas dans les provinces de brûler les châteaux.

On publie que dans plusieurs cantons, les municipalités ont empêché les troupes de marcher contre les bandits ; qu’en Bretagne elles ont commencé par refuser les secours qu’on leur demandait ; qu’après avoir envoyé quelques détachements, elles les ont rappelés au bout de huit jours, et ont refusé positivement d’en envoyer d’autres ; on s’appuie de ces faits pour soutenir que les pillages et les incendies n’auraient pas eu lieu sans le ridicule décret, par lequel vous soumettez les troupes réglées aux municipalités.

On dit que les émeutes et les insurrections ont déjà coûté la vie à plusieurs milliers de Français, dont le sang retombera sur ceux qui ont excité le peuple en lui annonçant des prétendus complots qui n’existaient pas, et ont ôté au roi les moyens de prévenir ou d’arrêter le cours de ces horreurs, en le dépouillant du droit de faire agir les troupes.

On assure que vous vous jouez de la crédulité du peuple en lui annonçant une justice gratuite, tandis que le nouvel ordre judiciaire coûtera à la nation trente millions de plus que les anciens tribunaux. On dit que les magistrats que vous supprimez devaient être regardés à la fois comme créanciers de l’État pour les finances payées originairement à sa majesté, et comme officiers publics qu’à titre de créanciers ; tout ce qu’ils recevaient pour épices et pour gages, ne formant que l’intérêt de leur argent au denier deux ou trois pour cent, la nation n’avait pas de dettes moins onéreuses ; qu’à titre d’officiers publics, ils exerçaient gratuitement, au lieu que les nouveaux juges seront payés fort cher.

On ajoute que le changement que vous avez résolu d’exécuter, occasionnant au trésor public une augmentation considérable de dépense, les députés du tiers, qui forment la majorité, n’ont pu adopter un projet aussi ridicule, que pour s’assurer ou pour distribuer à leurs parents des charges de magistrature qui ne leur coûteront rien, et qui leur apporteront des traitements avantageux.

On prétend qu’en ajoutant les dépenses du nouvel ordre judiciaire aux sommes énormes que coûteront les frais des départements, des districts et des municipalités, vous augmenterez le déficit de plus de 70 millions.

Que la suppression de la gabelle, la cessation du paiement des aides, et la contrebande du tabac, qui se fait publiquement, diminue le revenu public de cent millions ; et qu’enfin le déficit réel qui, à votre arrivée, n’était que de 160 millions est aujourd’hui de plus de 300.

On vous attribue cet accroissement du désordre des finances ; et pour vous prouver qu’il doit vous être imputé, on soutient qu’il eût été absurde d’annoncer l’abolition de la gabelle, et la conversion des aides, avant de calculer les besoins, avant de calculer surtout les moyens de remplacer ces impôts ; il y aurait eu de la folie à prononcer de pareils décrets, si on n’avait pas eu le dessein caché de rendre la banqueroute indispensable, en engageant le peuple à cesser de payer les impôts.

On appuie ce raisonnement par les propos qu’ont tenus plusieurs de vos chefs, et qui ne permettent pas de douter que, résolus à ne jamais annoncer la banqueroute, ils sont décidés en même temps à laisser arriver l’instant où elle se réalisera d’elle-même par l’impossibilité de payer.

On dit qu’après avoir annoncé publiquement au peuple des provinces une grande diminution d’impôts, et ne pouvant y retourner si vous leur manquez de parole, il ne vous reste que la ressource de faire banqueroute, et par conséquent de ruiner la capitale, qui sera réduite à la plus affreuse misère aussitôt qu’on cessera de payer les intérêts de la dette publique.

On dit encore, qu’après avoir sacrifié la capitale aux provinces, vous sacrifiez les provinces à vos ridicules principes en ruinant entièrement le commerce. Que vos idées sur la liberté civile, follement appliquées à des nègres qui ne sont pas citoyens, ont exposé les colonies à la révolte des esclaves, et par conséquent à un massacre général des Français qui habitent nos îles.

Que vos systèmes sur la liberté du commerce, étendus aux colonies, ruineront nécessairement et nos manufactures et nos négociants, qui, ne pouvant soutenir la concurrence de l’étranger, pour la plupart des denrées qu’ils envoient en Amérique, seront forcés de renoncer à toute expédition dans les îles, aussitôt qu’ils ne jouiront plus des avantages attachés à l’exclusif (1).

On dit que le commerce des colonies pouvait seul nous procurer une balance avantageuse, que cette vérité, connue de tous les hommes instruits, est démontrée dans les ouvrages de M. Necker ; que ce même commerce, qui employait la plus grande partie de nos navires, formait presque seul cette multitude de matelots qui fait la force de la marine militaire ; la cessation de la navigation colonies, nous mettra bientôt dans l’impossibilité d’armer les flottes nécessaires pour protéger les autres branches de notre commerce ; et que, réduits par votre faute à nos ressources territoriales, dans un siècle où les plus précieuses richesses sont celles que le commerce procure, nous aurons perdu les avantages que nous partagions avec les puissances maritimes et que le reste de l’Europe leur envie.

Que votre assemblée qui devait opérer le salut de la France, qui, pour réussir, n’avait besoin que de raison et de sagesse, n’aura servi, au contraire, qu’à ruiner tour à tour la capitale par la banqueroute, les villes maritimes et le royaume entier par l’anéantissement du commerce ; tels sont les reproches qu’on vous fait publiquement, et dont vous n’avez seulement pas essayé de vous justifier.

Pourquoi cette négligence, mon seigneur ? Ou ces reproches sont bien fondés, il alors votre assemblée ne mériterait que la haine et l’exécration de la France entière, ou ce sont de pures calomnies dont il vous était aisé de prouver la fausseté. Pourquoi du moins ne pas opposer à ces reproches l’énumération des véritables services que vous avez rendus ? Ne vous êtes-vous pas acquitté de tout ce que vous deviez au roi, en le nommant restaurateur ? Les habitants de Paris ne sont-ils pas assez dédommagés des pertes qu’ils essuieront par le plaisir de porter des cocardes, par l’instruction et l’amusement que vous procurez aux galeries ? Vos assidus spectateurs, formés à la plus savante école de l’univers, seront tous capables d’être administrateur. Paris n’envoyait autrefois chez l’étranger que des cuisiniers et des coiffeurs ; nous exporterons désormais des ministres d’État, et qui plus est, des régénérateurs ; nous en fournirons, grâce à vous, l’univers entier (2).

Si vous avez ruiné les provinces maritimes, quel service ne leur avez-vous pas rendu en détruisant cette vieille rouille des préjugés dont elles étaient encroûtées, en déclarant enfin, qu’un Montmorency, un comédien, un juif, un bourreau, sont tous citoyens actifs, et par conséquent et égaux en droits ?

Et d’ailleurs si notre commerce est anéanti, celui de nos voisins s’accroîtra d’autant, et dans le système de la philosophie moderne, dans les principes philanthropiques, tout cela se compense ; il n’y a point de bonheur perdu pour l’humanité, il n’y a que du bonheur déplacé.

Tâchez donc, monseigneur, de nous donner un supplément à votre adresse, et commandez-le au même faiseur, afin de soutenir le style académique qui fait infiniment d’honneur à votre assemblée.

(1). Les possesseurs d’habitation, après avoir appris de l’assemblée nationale que le commerce doit être libre, que tout monopole est une injustice, souffriront-ils d’être condamnés à ne pouvoir commercer qu’avec nous ? et si on veut les y contraindre, comment s’y prendra-t-on, quand les troupes que le gouvernement enverra, seront aux ordres de leurs municipalités ?

(2). MM. de Semonville, de Fitzgerald, Cagliostro, et le fameux capucin, peuvent être regardés comme des échantillons de régénérateurs.




FIN










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Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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