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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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A VALENCAY

UNE TENTATIVE D'ENLEVEMENT

D'UN FUTUR ROI D'ESPAGNE

PAR UN AVENTURIER

EN 1810

PAR STEFANE POL





C’était au temps de l’apogée de l’Empire, à l’époque où Napoléon répudiait Joséphine, confisquait le pape, forgeait des trônes pour les membres de sa famille.

Tandis que Joseph Bonaparte régnait en Espagne, le futur Ferdinand VII, prince des Asturies, était relégué à Valençay, et le gouvernement anglais s’employait à l’en faire sortir.

Déjà plusieurs tentatives avaient échoué ; des inconnus à la mine suspecte avaient longtemps rôdé non loin du château ; la police s’inquiétait. Les gens qui éveillaient ainsi l’attention du gouvernement français ne semblaient être, d’ailleurs, que des comparses, des hommes grossiers à la poigne solide, susceptibles de s’associer à un coup de force, mais tout à fait incapables d’en prendre l’initiative.

Un jour, en mars 1810, on s’aperçut qu’ils recevaient un mot d’ordre d’un gentleman pommadé et correct, arrivé d’Angleterre quelques semaines auparavant avec un secrétaire. Le baron de Kolly – c’est ainsi qu’il se nommait – était irlandais ; on ne tarda pas à apprendre que le gouvernement anglais l’avait envoyé, flanqué d’un acolyte « son secrétaire », Albert de Saint-Bonel, avec mission de pénétrer auprès du prince des Asturies, de l’enlever, et de le conduire à la flotte anglaise, stationnée près de Quiberon.

Convaincus d’être des émissaires de l’étranger, ils furent arrêtés, mais, aussi, comblés d’attentions : on les traita en prisonniers de choix, et ils prenaient gaîment leur parti de se trouver sur la terre hospitalière de France, lorsqu’une note confidentielle, reçue par la Police générale, vint faire cesser leur quiétude.

Cette note laissait entendre que le baron de Kolly « pourrait bien n’être qu’un aventurier du nom de Collignon, qui avait dû résider autrefois à Bar-sur-Ornain, puis à Versailles, et qui se trouvait sous le coup d’une condamnation infamante ».

La Police générale fit prendre des renseignements auprès des préfets de la Meuse et de Seine-et-Oise, et voici le résultat des informations transmises sur le comte du faux Kolly :

Son véritable nom est Collignon (Louis) ; son père, ancien gendarme, est originaire de Lahécourt (Meuse). Lui-même a été demeurer à Bar-sur-Ornain en 1801 : il portait alors l’uniforme, et s’annonça comme chef de bataillon-adjoint aux états-majors de l’armée. Comme il avait l’extérieur agréable, qu’il montrait quelque talent en musique, et qu’il affectait beaucoup d’honnêteté, il fut admis dans plusieurs sociétés – notamment chez M. Buffaut, receveur général du département, auquel il inspira confiance et qui lui prêta même plusieurs fois de l’argent.

Il avait, en apparence, vécu assez paisiblement, lorsque, le 17 mai 1802, il prit la fuite, à la suite d’un vol commis dans les circonstances suivantes : après avoir fait de la musique chez M. Buffaut, il disparut au moment du souper ; on le chercha vainement ; il avait eu la précaution de se cacher dans la chambre à coucher du receveur, avec le dessein de s’emparer de la clef de sa caisse, d’en tirer ce qu’il pourrait, et de jeter son butin à une personne, qu’il disait être sa femme, et qui attendait dans la rue, sous la fenêtre ; mais la tentative échoua, un domestique étant survenu tout à coup ; Collignon, surpris en flagrant délit, sortit précipitamment de la chambre, en y enfermant le domestique, mais en y laissant son chapeau… Il n’avait pu emporter que cinq à six louis, qu’il avait trouvés dans le secrétaire de M. Buffaut.

Le magistrat de sûreté, instruit de cet événement, se transporta au domicile de Collignon, qui avait déjà pris la fuite, et trouva dans la paillasse de son lit des papiers démontrant jusqu’à l’évidence qu’on avait affaire à un escroc.

Lorsqu’il vient s’établir à Bar-sur-Ornain, Collignon avait déserté du cinquième régiment de cavalerie, où il servait comme simple soldat. Le conseil de guerre, siégeant à Mézières, se fit représenter les papiers dont nous venons de parler, et le condamna, le 03 ventôse an IX (12 février 1803), à cinq ans de fers par contumace, comme coupable de désertion à l’intérieur, de faux et de vol.

Cet individu quitta alors la France et voyagea en Italie. Il vint s’établir, en 1806, à Florence, sous le nom de Baron de Kolli-Tourneau, s’annonça comme appartenant à une famille distinguée de la Suisse, s’introduisit dans les meilleures sociétés, et parvint à capter la confiance d’une jeune veuve, nommée Sala, née Trénet, originaire de Paris. Le mari de cette dame, ancien banquier à Gênes, avait été directeur général du Timbre à Florence, et lui avait laissé des enfants et une honnête fortune.

Il revint en France et vint s’installer à Versailles, vers la fin de 1806, avec cette personne ; il la présenta partout comme étant sa femme légitime, ce qui ne l’empêcha point de lier des intrigues avec une dame de Bonneval, espèce de dévote galante, d’un caractère très exalté, et avec beaucoup d’autres femmes moins recommandables encore.

Après de nouvelles intrigues masquées sous une affectation de dévotion, il quitta brusquement Versailles, abandonna Mme Sala après lui avoir volé 28.000 francs, et se retira aux Camaldules, dans la forêt de Sénart. Il en sortit en novembre 1809, sous le motif supposé de gagner la chartreuse de Westmal, près Anvers, mais avec l’intention secrète de passer en Angleterre.

Ce fut la dame de Bonneval qui lui procura les fonds et un passeport au nom de son domestique François Coché, lorsqu’il se dirigea vers la Belgique, et c’est à son arrivée à Anvers qu’il rencontra le sieur Bonel, alors employé dans les vivres de l’armée. Il détermina ce dernier à le suivre à Londres, en lui faisant luire l’espoir d’y être chargé d’une mission importante, et, dans tous les cas, de se procurer facilement des ressources en donnant des concerts.

Pendant son séjour à Anvers, il correspondit avec la dame de Bonneval ; pour lui faciliter les moyens de réussir à Londres, cette dernière lui fit parvenir une lettre de recommandation de M. Desjardins, curé des Missions étrangères à Paris (et son confesseur), pour une altesse royale, le duc de Kent.

Le 15 décembre 1809, Collignon et Bonel s’embarquèrent, par Rotterdam, pour Londres, avec l’expédition de lord Chatam ; ils n’y restèrent que quelques semaines et retournèrent en France, où ils furent arrêtés, comme nous l’avons vu, en mars 1810.

Telle fut l’odyssée de Collignon, dit Kolly.

Stéfane POL.



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REVUE DU BERRY ET DU CENTRE - OCTOBRE 1905







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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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