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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

REMISE A

LORD GRENVILLE,

SECRETAIRE D'ETAT

DE S. M. BRITANNIQUE

PAR LA MISSION FRANCAISE (1)

A LONDRES,

EN EXECUTION DE

LA CIRCULAIRE

DU 19 JUIN 1792




(1). Cette mission se composait de MM. de Chauvelin, de Talleyrand et de Roveray.


25 juillet 1792.

Conformément aux ordres exprès de sa Cour, le soussigné, Ministre plénipotentiaire du Roi des français, a l’honneur de transmettre à lord Grenville une copie de la dépêche ministérielle du 19 juin, relative aux moyens à prendre pour l’abolition de la course en mer dont il a déjà eu l’honneur de lui parler dans une de leurs conférences.

Faire constamment jouir la navigation, le commerce maritime et les marchandises des particuliers de la même protection, de la même liberté que le droit des gens et l’accord universel des Puissances européennes assurent sur terre aux communications et aux propriétés des individus ; supprimer, en un mot, cette funeste coutume qui, à l’occasion des querelles des Etats et des Princes, interrompt sur toutes les mers les communications les plus nécessaires et fait avorter des spéculations d’où dépend souvent l’existence des peuples étrangers à ces mêmes querelles, qui suspend le cours des découvertes humaines, qui arme les individus les uns contre les autres, livre les biens du paisible négociant au pillage et dévoue à la mort le navigateur qui vient les défendre : tel est l’honorable objet de la proposition que le Roi fait à S. M. Britannique.

Le Roi ne la considère point dans son rapport avec l’intérêt particulier de la nation française ; Sa Majesté sait que les avantages qu’elle présente doivent être plus grands pour un peuple essentiellement maritime et dont les relations de commerce et les possessions colonistes s’étendent pour ainsi dire d’un pôle à l’autre que pour une nation principalement agricole comme la France : ce n’est donc point ici une combinaison dictée par cette rivalité de pouvoir, ni par cette cupidité mercantile qui ont si longtemps ensanglanté l’Europe ; c’est une grande mesure de bienfaisance, de justice et d’humanité que le bien général des peuples, la morale et une politique bien entendue ont préparée. Ce vœu, digne de Sa Majesté et de la nation libre qui l’a formùé, n’est pas moins digne du Prince auquel il s’adresse, et qui, autant par son caractère personnel que par sa position et son influence politique, semble appelé à le réaliser.

Déjà, dans le traité de navigation et de commerce du 26 septembre 1786, la France et la Grande-Bretagne ont respectivement renoncé à ce trafic odieux pour toute querelle qui leur serait étrangère ; aujourd’hui dans la guerre que la France se voit forcée de soutenir contre l’Autriche pour le maintien de son indépendance et de sa liberté, les deux Puissances belligérantes ont spontanément résolu de laisser un libre cours au commerce maritime. Que cette résolution, adoptée par toutes les puissances qu’elle intéresse, devienne la base d’un nouveau droit entre les nations qui resserre les nœuds qui les unissent et diminue entre elles les motifs de division et de rupture, et que, du sein d’une guerre entreprise contre la liberté, on voie sortir les premiers fils de ces liens de concorde et de paix qui doivent embrasser le genre humain et assurer sa félicité.

Le Roi des Français communique avec une juste confiance à S. M. Britannique des réflexions qui lui paraissent répondre également aux sentiments de justice et d’humanité dont elle est animée, à ses dispositions pacifiques et à l’intérêt bien entendu du commerce et de la navigation. Sa Majesté ne se dissimule pas que l’état présent de l’Europe peut apporter quelques obstacles au prompt accomplissement de cette mesure salutaire ; mais elle sait aussi tout ce que le concours de la Grande-Bretagne doit ajouter de poids à ses représentations, et combien il peut en accélérer l’effet. En conséquence, elle invite S. M. Britannique à lui faire part de ses vues sur les moyens les plus propres à assurer promptement à l’Europe un si grand bienfait.

NOTA. — Cette communication faite à l’Angleterre est restée sans réponse. M. de Chauvelin exposait ainsi les motifs de ce silence dans une dépêche du 3 juillet 1792 au Ministère des affaires étrangères.

Indépendamment de la lenteur méthodique du cabinet anglais, qui ne saurait lui permettre d’adopter une conception philosophique aussi grande et aussi générale sans l’avoir envisagée sous le point de vue de l’avantage national, vous avez observé vous-même, Monsieur, que les profits de la course sont l’un des plus puissants intérêts qui engagent la nation anglaise dans des guerres maritimes, et vous ne devez par conséquent pas vous attendre que le ministère qui gouverne cette nation se porte légèrement à y renoncer.

Nous ajoutons, Monsieur que, jusqu’à ce que le système de l’Europe soit changé, et que la France y ait pris la place que sa population, ses ressources et l’affermissement de sa liberté lui promettent, jusqu’à ce qu’enfin le projet si désiré d’une alliance entre elle et l’Angleterre soit réalisé, le peuple anglais verra toujours notre commerce maritime et celui de l’Espagne avec plus ou moins de jalousie, et que cette jalousie le portant naturellement à ne pas scruter avec trop de sévérité les motifs qui, dans les combinaisons de la politique tant intérieure qu’extérieure, peuvent déterminer son gouvernement à des guerres maritimes, il en résulte que celui-ci ne doit guère désirer le changement d’un état de choses qui lui laisse toujours une latitude favorable à l’autorité.

Il ne serait donc point étonnant qu’on renvoyât à s’en occuper jusqu’à l’époque où la paix générale et les communications étant rétablies, les puissances européennes pourront concerter les moyens d’abolir non seulement entre elles, mais dans les Etats des puissances barbaresques, une pratique aussi odieuse.

Si dans ce moment, et pour ainsi dire sur la motion de l’Assemblée nationale, l’Angleterre entrait de plein gré et sérieusement dans cette négociation avec nous, elle montrerait assurément par là des dispositions bien plus favorables pour nous qu’une simple neutralité. Nous pensons même que, de sa part, la renonciation à une pratique qu’elle regarde comme un droit, et comme un droit souvent très lucratif, devrait être plutôt la conséquence que le préliminaire d’une alliance entre les deux nations. Or, Monsieur, cette alliance n’existe pas, et vous conviendrez qu’avant de l’effectuer la situation actuelle de la France nous présente, dans la catégorie des services qu’un Etat peut demander à un autre, bien des degrés à parcourir.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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