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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DU MINISTRE FRANCAIS

DES AFFAIRES ETRANGERES,

EN REPONSE

A LA NOTE OFFICIELLE DU 14 NIVOSE AN 8

DU ROI D'ANGLETERRE

SUR L'OFFRE DE PAIX

DU PREMIER CONSUL

JANVIER 1800




La note officielle, en date du 14 nivôse an 8, adressée par le ministre de sa majesté britannique, ayant été mise sous les yeux du premier consul de la république française, il a remarqué avec surprise qu’elle reposait sur une opinion qui n’est point exacte, relativement à l’origine et aux conséquences de la guerre actuelle. Bien loin que ce soit la France qui l’ait provoquée, on se rappelle que, dès le principe de sa révolution, elle avait solennellement proclamée son amour pour la paix, son éloignement pour les conquêtes, son respect pour l’indépendance de tous les gouvernements ; et il n’est pas douteux qu’occupé alors et sans partage de ses affaires intérieures, elle eût évité de prendre part à celles de l’Europe, et fût demeurée fidèle à ses déclarations.

Mais, par une disposition opposée, aussitôt que la révolution française eût éclatée, l’Europe presque entière se ligua pour la détruire. L’agression fut réelle longtemps avant d’être publique. On excita les résistances intérieures, on accueillit les opposants, on toléra leurs réunions armées, on favorisa leurs complots secrets, on appuya leurs déclarations extravagantes, on outragea la nation française dans la personne de ses agents, et l’Angleterre donna particulièrement cet exemple, par le renvoi du ministre accrédité près d’elle ; enfin, la France fut attaquée de fait dans son indépendance, dans son honneur et dans sa sûreté longtemps avant que la guerre fût déclarée.

Ainsi, c’est aux projets d’asservissement, de dissolution et de démembrement qui ont été préparés contre elle, et dont l’exécution a été plusieurs fois tentée et poursuivie, que la France est en droit d’imputer les maux dont elle a souffert, et ceux qui ont affligé l’Europe. De tels projets, depuis longtemps sans exemple à l’égard d’une aussi puissante nation, ne pouvaient manquer d’amener les plus fatales conséquences.

Assaillie de toutes parts la république a dû porter partout les efforts de sa défensive, et ce n’est que pour le maintien de sa propre indépendance, qu’elle a fait usage des moyens qui étaient en sa puissance et dans le courage de ses concitoyens. Tant qu’elle a vu que ses ennemis s’obstinaient à méconnaître ses droits, elle n’a compté que sur l’énergie de sa résistance ; mais aussitôt qu’ils ont dû renoncer à l’espoir de l’envahir, elle a cherché des moyens de rapprochement ; elle a manifesté des intentions de paix ; et si elles n’ont point toujours été efficaces, si au milieu des crises intérieures que la révolution et la guerre ont successivement amenées, les précédents dépositaires de l’autorité exécutive en France, n’ont pas toujours montré autant de modération que la nation elle-même a déployé de courage, il faut en accuser surtout l’acharnement funeste avec lequel les ressources de l’Angleterre ont été prodiguées, pour consommer la ruine de la France.

Mais si les vœux de sa majesté britannique, comme elle en donne l’assurance, d’accord avec ceux de la république française, sont pour le rétablissement de la paix, pourquoi, au lieu d’essayer l’apologie de la guerre, ne pas mettre son soin à la terminer ; et quel obstacle peut empêcher un rapprochement, dont l’utilité est commune et sentie, surtout quand le premier consul de la république française a personnellement donné tant de preuves de son empressement à mettre un terme aux calamités de la guerre, et de sa disposition à maintenir l’observation rigide des traités conclus ?

Le premier consul de la république française ne pouvait pas douter que sa majesté britannique ne reconnût le droit des nations à choisir la forme de son gouvernement, puisque c’est de l’exercice de ce droit qu’elle tient sa couronne ; mais il n’a pu comprendre comment, à côté de ce principe fondamental, et sur lequel repose l’existence des sociétés politiques, le ministre de sa majesté a pu placer des insinuations, par lesquelles il tend à s’immiscer aux affaires intérieures de la république, et qui ne sont pas moins injurieuses pour la nation française et son gouvernement, que ne le seraient pour l’Angleterre et sa majesté, une sorte de provocation vers le régime républicain, dont l’Angleterre adopta les formes, au milieu du siècle dernier, ou une exhortation à rappeler au trône cette famille que la naissance y avait placée et qu’une révolution en a fait descendre.

Si, à des époques peu éloignées, et quand le système constitutif de la république ne présentait ni la force ni la solidité qu’il renferme aujourd’hui, sa majesté britannique a cru pouvoir provoquer elle-même un rapprochement et des conférences de paix, comment ne serait-elle pas empressée de renouer des négociations auxquelles l’état présent et réciproque des affaires promet une démarche prompte ? De toute part la voix des peuples et de l’humanité implore la fin d’une guerre marquée déjà par de si grands désastres, et dont la prolongation menace l’Europe d’un ébranlement universel, et de maux sans remèdes. C’est donc pour arrêter le cours de ces calamités, ou afin que leurs terribles conséquences ne soient reprochées qu’à ceux qui les auraient provoquées, que le premier consul de la république française propose de mettre sur le champ un terme aux hostilités, en convenant d’une suspension d’armes, et en nommant immédiatement de part et d’autre des plénipotentiaires, qui se rendraient à Dunkerque ou dans toute autre ville non moins avantageusement située pour la rapidité des communications respectives, et qui travailleraient sans aucun retard, au rétablissement de la paix et de la bonne amitié, entre la république française et l’Angleterre.

Le premier consul offre à cet égard de donner les passeports qui seraient nécessaires.



Ch.-Mau. De TALLEYRAND-PERIGORD.



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MONITEUR UNIVERSEL
DUODI 12 PLUVIOSE AN 8 DE LA REPUBLIQUE – 1er FEVRIER 1800 - P. 523











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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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