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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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RAPPORT FAIT AU PREMIER CONSUL,

EN SENAT,

LE 20 FRUCTIDOR AN X

PAR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES

SUR LA SITUATION

VIS-A-VIS DE LA SUBLIME PORTE

[7 SEPTEMBRE 1802]




Le caractère distinctif de l’époque à laquelle la paix générale a mis fin, a été une contradiction saillante et générale entre les sentiments, les intérêts et la conduite des peuples. Les Etats ont été entraînés comme par une sorte de fatalité, dans leurs guerres, dans leurs alliances. Les uns ont fait cause commune, sans cesser de se haïr ; les autres sans cesser de s’aimer, ont vécu dans un état de discorde et d’hostilité.

C’est que dans la dissolution dès longtemps préparée des rapports généraux de l’Europe, l’édifice du droit public s’écroulant, la politique a partout méconnu sa tradition, ses maximes, ses règles locales, et que plus d’un gouvernement pris au dépourvu, à l’approche du bouleversement, a perdu le discernement de ses plus chers intérêts, a vu du danger jusque dans ses plus salutaires habitudes, et s’est livré sans réserve aux plus vaines frayeurs et aux plus dangereuses suggestions.

Telle a été particulièrement la position de la sublime Porte, à cette période de la guerre où l’Europe l’a vue avec étonnement, se ranger au nombre des ennemis de la France. Ce gouvernement n’a pas tardé lui-même à partager cet étonnement ; et en effet, tout ce qu’il a vu au-dedans et au dehors, était bien propre à lui inspirer des regrets sur la détermination à laquelle il s’était laissé engager.

Il a vu le vainqueur fidèle à la déclaration qu’il avait faite, en occupant une province ottomane, pourvoir aux soins de sa conservation, la gouverner avec sagesse, préparer sa prospérité future, et lors même qu’une déclaration de guerre non provoquée, en avait fait une légitime conquête, annoncer par son respect pour les propriétés, les mœurs et la religion des vaincus, que son intention n’était pas changée. La France, en effet, loin de vouloir attenter à la prospérité, et diminuer la force de la Turquie, n’eut en vue, à cette époque, que de la rendre plus puissante et plus heureuse, en introduisant dans son sein de nouveaux éléments de civilisation, et ouvrant au milieu de ses provinces, la grande route du commerce du Monde.

Mais le gouvernement ottoman s’était lié au-delà de sa prévoyance ; et engagé le dernier dans une guerre qui ne pouvait avoir pour lui que des chances fâcheuses, il était dans la nature de sa position de ne pouvoir s’y soustraire que le dernier.

Ce n’a été qu’après la pacification des puissances de l’Europe, que la sublime Porte a pu négocier sans contrainte. Mais du moment où elle a pu traiter seule avec la France, les deux Empires ont été à l’instant pacifiés. Le traité du 6 messidor a été conclu, et le grand ouvrage de la pacification générale a été consommé.

Ce traité rétablit dans leur intégrité les anciens rapports qui unissaient les deux états, et en cela il pourvoit pleinement à tout ce que demandent les intérêts, les besoins de l’Empire ottoman, les intérêts et la gloire de la France.

La joie éclatante qui, à Constantinople, a signalé la publication de cette nouvelle, a prouvé quel prix le gouvernement et le peuple mettent au retour de l’amitié du Peuple français. Son interruption a été marquée par de graves erreurs et de plus graves dangers. Désormais ce gouvernement se repose sur l’espoir de trouver au sein des difficultés inhérentes à sa politique et à sa position, les conseils d’une puissance toujours amie, et véritablement intéressée à sa prospérité.

Les intérêts du commerce de la France sont assurés par le traité. Les citoyens français commerçant en Turquie, y retrouveront bientôt les propriétés qui leur avaient été séquestrées, et dès ce moment, leurs droits, leurs anciennes prérogatives et leur prépondérance commerciale. Un article spécial stipule pour les compensations qui leur sont dues.

L’honneur de la France et la dignité de son gouvernement exigeaient que des exceptions trop longtemps tolérées par l’ancien gouvernement français, à l’exercice des privilèges de notre navigation, fussent enfin levées. Ces exceptions n’existent plus. L’accès à la Mer Noire nous ouvre désormais une route nouvelle, et la sphère du commerce s’agrandit des communications directes de la France, avec les provinces méridionales de la Russie. Le souverain de cet Empire, s’élevant par ses lumières au dessus des préjugés d’une jalousie vulgaire, sent justement que tout ce qui tend à multiplier les rapports de l’industrie d’une nation à celle d’une autre, est avantageux à l’industrie de toutes.

La sublime Porte n’avait qu’à désirer que l’amitié de la France. La paix qui vient d’être conclue lui en assure tous les bienfaits. Elle ouvre devant elle une nouvelle carrière de repos et de sécurité. Ce gouvernement, revenu à ses anciennes maximes, trouvera dans les fécondes communications de notre commerce avec ses Etats d’Europe, d’Afrique et d’Asie, et dans le retour de ses sentiments de confiance, les moyens dont il a besoin, pour se conserver dans la position honorable et sûre dans laquelle il vient d’être replacé.



Ch. Maur. TALLEYRAND





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GAZETTE NATIONALE OU LE MONITEUR UNIVERSEL


N° 351 mardi 21 fructidor an 10 de la République française, une et indivisible - P. 1363










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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