Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE-CIRCULAIRE

DU MINISTRE

DES RELATIONS EXTERIEURES,

AUX AGENTS DIPLOMATIQUES

DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE A L'ETRANGER

EN DATE DU 27 FRUCTIDOR AN V [13 SEPTEMBRE 1797]




1 ère division POLITIQUE.

Paris, le 27 fructidor, an V [13 septembre 1797]



Le ministre des relations extérieures au Citoyen ….



Un grand événement vient de se passer, citoyen, le 18 fructidor. Il doit nécessairement avoir la plus énergique influence sur les destinées de la République, et tout ce qui, en France, a le sentiment de la liberté, pense qu’il en affermira la durée. Mais comme la perfidie pourrait chercher à le dénaturer par des récits infidèles, je dois fixer dès ce moment vos idées en vous transmettant les principaux détails ainsi que les proclamations du Directoire. Je me réserve de vous faire parvenir successivement les pièces, actes et décrets subséquents.

Vous lirez dans les proclamations qu’une conspiration véritable et tout au profit de la royauté se tramait depuis longtemps contre la constitution de l’an III. Déjà même elle ne se déguisait plus ; elle était visible aux yeux les plus indifférents ; le mot patriote était devenu une injure. Toutes les institutions républicaines étaient avilies ; les ennemis les plus irréconciliables de la France, accourus en foule dans son sein, y étaient accueillis, honorés. Un fanatisme hypocrite nous avait transporté tout à coup au XVIè siècle. Les héros de nos armées n’étaient que des brigands ; les vaincus se demandaient entre eux quels étaient ceux des vainqueurs à qui ils pouvaient faire grâce. Enfin la République française couverte de gloire au dehors, et commandant le respect aux puissances de l’Europe, commençait à devenir un problème en France.

Tout cela eût pu n’être qu’un égarement passager de l’esprit public ; ou plutôt tout cela n’eût pas existé un seul jour, si les deux premières autorités constituées s’étaient montrées unanimes dans la résolution de maintenir la République. Mais la division était au Directoire ; - mais dans le corps législatif figuraient des hommes visiblement élus d’après les instructions du Prétendant, et dont toutes les motions respiraient le royalisme ; - mais déjà, sous prétexte de police intérieure, s’était élevé dans ce corps un monstrueux pouvoir exécutif qui menaçait le gouvernement, et autour duquel se rangeaient les royalistes les moins déguisés qu’on enrôlait en foule. Enfin tout était prêt pour dissoudre la Constitution, lorsque le Directoire, par une de ces mesures vigoureuses que commandait le salut de la patrie, se rappelant que le dépôt de la Constitution avait été spécialement commis à sa fidélité par l’article 377, que c’est à lui, par l’article 144, à pourvoir à la sûreté intérieure ou extérieure de la République ; que, suivant l’article 112, les membres du Corps législatif eux-mêmes peuvent être saisis en flagrant délit ; - considérant aussi qu’au moment où une conspiration armée allait éclater, et où les points de rassemblement étaient dans les salles mêmes du Corps législatif, les moyens ordinaires n’étaient plus en son pouvoir ; - soutenu par un grand nombre de députés fidèles qui bientôt ont formé la majorité de la législature, et munis de pièces authentiques qui montraient jusqu’au plan de la conspiration ; - lorsque le Directoire, fort de toutes ces circonstances, a fait saisir dans un lieu étranger à celui où s’étaient réunis les représentants du peuple en majorité, des individus qui osaient se dire députés, en distribuant des cartes de ralliement aux conspirateurs à qui ils faisaient distribuer aussi des armes.

Cette conduite ferme a reçu l’assentiment général : aucune résistance ne l’a laissé un instant douteuse ; aucun désordre ne l’a souillée. Les gardes du Corps législatif ont obéi à la voix d’Augereau, et gardent maintenant les deux Conseils avec un zèle qui n’est plus inquiet. Les patriotes n’ont pas laissé égarer leur enthousiasme ; aucun cri de vengeance ne s’est fait entendre ; enfin, la confiance dans le gouvernement est unanime, et le peuple est satisfait et tranquille. Les députés ont délibéré avec le plus grand calme ; ils ont secondé puissamment les mesures du Directoire, et lui ont prêté l’appui de la loi. Eclairés par lui sur l’existence de la conspiration, ils ont remonté rapidement à sa source, et ont rendu plusieurs décrets fermes et rassurants que vous connaîtrez. Mais, ennemis de tout ce qui pouvait rappeler le règne affreux de la Terreur, ils ont voulu que le sang même le plus coupable ne fût pas répandu ; que toute la punition pour ceux qui avaient voulu déchirer la République fût de ne pas vivre dans son sein ; et c’est ce qui distinguera dans l’histoire cette époque mémorable de la Révolution.

Les opérations de 42 assemblées électorales ont été annulées ; 2 directeurs, 54 députés et 10 individus ont été déportés, non par un jugement qui était devenu impossible, mais par une mesure extraordinaire du Corps législatif que les circonstances ont nécessitée.

On voudra dire que la Constitution a été violée, et ce reproche vous sera fait surtout par ceux qui regrettent le plus qu’elle n’ait pas été entièrement détruite. A ce reproche, voici la réponse. La Constitution était presque renversée, et par des moyens qu’elle n’avait pu prévoir. Dès lors il a fallu de toute nécessité se saisir des seuls moyens de la relever, de la raffermir, pour s’y renfermer ensuite et pour toujours. Aussi, l’instant d’après, a-t-elle été plus que jamais religieusement respectée. Tous les actes du Directoire ont été sur-le- champ adressés au Corps législatif ; tout ce qu’a résolu le Congrès des Cinq-Cents, il l’a soumis à celui des Anciens. Toutes les délibérations ont été parfaitement libres, et aucun murmure des tribunes ne les a même interrompus. On va procéder au choix de deux nouveaux directeurs. Enfin, pour confondre à la fois et les espérances et les calomnies de tous ceux qui auraient tant désiré ou qui méditeraient encore la ruine de cette Constitution, une mort prompte a été prononcée dès le premier jour contre quiconque la royauté, la constitution de 1793 ou d’Orléans. Et c’est ainsi que la Constitution de l’an III s’est refortifiée par cette secousse même, et dégagée maintenant de ses ennemis, se trouve entourée de plus de moyens de défenses qu’elle n’en n’eut jamais.

Voilà ce que vous direz. Vous ajouterez que le Directoire par son courage, l’étendue de ses vues et le secret impénétrable qui en a préparé le succès, a montré au plus haut degré qu’il possédait l’art de gouverner dans les moments les plus difficiles ; que la République française pourra déployer désormais et au dehors et au-dedans les plus fécondes et énergiques ressources ; qu’elle aura pour elle, et cet esprit public qui s’est ranimé tout à coup et avec lequel chez les Français rien n’est impossible, et cet accord parfait entre les autorités constituées qu’on était parvenu criminellement à désunir, et enfin cette belle expérience de vigueur qui l’a fait triompher dans une heure, et sans combat, du plus terrible danger qu’elle ait couru depuis qu’elle existe.

Salut et fraternité,



Ch.-Mau. De TALLEYRAND-PERIGORD.



******************************************


BULLETIN DU BIBLIOPHILE ET DU BIBLIOTHECAIRE - 1888 - pp. 21-25







RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement