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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE SUR

LE TRAITE DE COMMERCE FRANCO-ANGLAIS

ET SUR LES PLACEMENTS D'ARGENT

DES EFFETS PUBLICS

EN FRANCE

30 OCTOBRE 1786





Mirabeau à l’abbé de Périgord


J’ai remis à Struensée, sur sa demande, les notes suivantes ; l’une sur la possibilité d’un placement dans les effets publics de France ; l’autre sur le traité de commerce, sur les placements d’argent dans les effets publics de France.

Il y a deux sortes d’effets publics en France, ceux dont le revenu ou le rapport est fixe et certain, et qui n’ont rien d’éventuel, et ceux qui produisent des dividendes ou partage des bénéfices, sujets à des vicissitudes et à des variations en hausse ou en baisse.

Dans cette dernière classe sont principalement les actions des Compagnies publiques ou favorisées ; telles que la Caisse d’escompte, les Eaux de Paris, la Compagnie des Indes ; tous ces effets ont été successivement ou en même temps livrés à tous les excès de l’agiotage. On a perdu, pour ainsi dire, toute idée de leur valeur réelle, de leur rapport effectif, pour se livrer à toutes les exagérations des joueurs sur des objets que l’on ne peut pas soumettre à des calculs exacts. On a même été moins occupé de rapprocher les prix de ces actions de leur véritable valeur que de les balloter d’après les prétendues notions sur l’impossibilité de livrer les quantités vendues. On a fait accaparement sur accaparement, association pour la hausse, association pour la baisse. Tout ce que le mensonge, l’intrigue et l’astuce ont pu imaginer, a été mis en œuvre pour faire hausser ou baisser les prix ; et quoique la violence de ce jeu ne dure que depuis deux ans, beaucoup de gens s’y sont déjà ruinés, et beaucoup d’autres s’y sont déshonorés, en se mettant à couvert de la loi pour éluder leurs engagements.

L’autre genre de placement, le seul peut-être qui mérite ce nom, sont les contrats et les effets royaux proprement dits ; les contrats rapportent 5 ½ à 6 % au plus. Un seul effet au porteur en rapporte davantage, c’est l’emprunt de 125 millions, qui ne se vend sur la place qu’à 2 % de bénéfice, quoiqu’il y ait neuf mois d’intérêts échus et qu’il offre réellement un intérêt de bien près de 7 % par an. Il n’est pas possible qu’il reste longtemps à ce taux. Soit que l’on veuille y placer d’une manière permanente, ou pour une spéculation de quelque mois seulement, cet emprunt mérite une préférence décidée sur tous les autres. Chaque année le bonifie réellement, puisqu’avec un intérêt de 5 % l’an on marche toujours vers un remboursement plus avantageux. En janvier 1787 ou 1788, ces remboursements se feront sur le pied de 15 % de bénéfice sur le capital ; ensuite ce bénéfice monte à 20 %, et de trois ans en trois ans 25, 30, 35, 40, 45, 50 ; et enfin pour la dernière année, à 100 %, le tout indépendamment de l’intérêt à 5 %, jusques y compris l’année du remboursement, la dernière année à 100 % de bénéfice seulement exceptée. On peut conserver ce placement sous la forme originaire d’effets au porteur, ou, si l’on veut, on peut le faire constituer en contrat, sans rien changer pour cela à l’ordre du remboursement.

Ceux qui achètent dans le projet de garder devraient préférer de le faire constituer en contrat, parce que, sous cette forme, il ne peut être volé, brûlé ni détruit ; ceux qui achètent par spéculation pour revendre font mieux de garder les effets au porteur, parce qu’alors la vente n’en éprouve ni retards ni formalités.

Les emprunts publics en France doivent être regardés comme finis, toutes les dettes de la guerre étant payées ; de sorte que, si l’on emprunte désormais, ce ne sera probablement (1) que de petites sommes, pour parer aux remboursements annuels dont les finances sont chargées pendant 5 ou 6 ans encore. Mais ces emprunts ne présenteront aux prêteurs que de médiocres avantages. Le taux de l’intérêt a une tendance naturelle à baisser, d’après la prospérité générale du royaume, et par conséquent l’emprunt de 125 millions présente une probabilité de hausse, qui chaque jour peut se réaliser et dont on ne peut s’assurer qu’en y plaçant promptement. Cette probabilité peut même s’appeler certitude, quand on considère d’un côté la nature de l’emprunt, qui est le plus sage, le plus solide, le plus avantageux aux prêteurs, et le mieux combinés à tous égards que l’on n’ait jamais fait ; d’un autre côté, le concours des circonstances, qui toutes se réunissent à faire présumer que le crédit de la France et la confiance dans ses effets royaux ne pourra que s’accroître et s’affermir de plus en plus.


Sur le traité de Commerce.


Il parait que le traité de commerce plait beaucoup aux deux parties : les anglais y voient un grand débouché pour leur lainage, leur coton façonné et leur quincaillerie. Nous comptons sur une très grande exportation de nos vins, nos toiles, batistes, etc. ; et probablement tous ont raison, mais avec des modifications que le temps seul peut faire apprécier.

En général, le traité parait avoir consacré un principe trop souvent méconnu, que les droits modiques sont les seuls moyens de préserver le revenu et de prévenir la contrebande ; ainsi 10 à 12 % sont les droits que les marchandises anglaises vont payer. Si dans les premières années l’avantage pourrait sembler être du côté des anglais, il est clair que chaque année le commerce français gagnera du terrain par là, d’autant que rien ne s’oppose à ce que nos manufactures imitent peu à peu les produits de l’industrie anglaise, tandis que la nature, ayant refusé à l’Angleterre le sol et le climat, qui seuls peuvent produire nos vins, ils seront toujours dans notre dépendance à cet égard.

Il est certain que les vins de Portugal continueront à être consommés en Angleterre en assez grande quantité, la génération qui s’élève préférera les vins de France ; cela est prouvé par l’exemple de l’Irlande, où il se boit dix fois plus de vin de France que celui de Portugal. Les vins de France ne devant désormais payer en Angleterre que les mêmes droits que ceux de Portugal y paient aujourd’hui, c’est-à-dire 40 £ par tonne, ou environ 24 sols de France la bouteille, nos vins de Médoc pourront s’y vendre à bon marché et seront préférés aux vins de Portugal. Les anglais pourraient, à la vérité, baisser les droits actuels sur les vins de Portugal ; mais ils craindraient de les diminuer sensiblement, pour ne pas compromettre le produit de leurs brasseries, qui forment la branche la plus importante de leurs droits d’accise, et rapportant annuellement plus de 1.800.000 £.

En tout, le traité sera incontestablement avantageux aux deux pays ; il procurera une augmentation de jouissance à leurs habitants et de revenus à leurs souverains respectifs. Il tend à rapprocher les anglais des français ; en général il porte sur ces principes libéraux qui conviennent aux grandes nations, et dont la France devait d’autant plus donner l’exemple que c’est le pays de l’univers, qui, par ses avantages naturels, gagnerait le plus à ce que de tels principes fussent universellement établis dans le monde commerçant.


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Cette lettre du 30 octobre 1786 ne figure point dans le manuscrit original des Archives du Ministère des Affaires Etrangères. Elle est composée de deux notes fort intéressantes envoyées de Paris par l’abbé de Périgord à

Mirabeau. Celui-ci les intercale dans sa lettre comme étant siennes, alors qu’elles sont réellement de Talleyrand. Ce procédé a dû augmenter encore l’irritation qu’avait causée à Talleyrand la publication de la Correspondance secrète.

La première note commence à ces mots : « Il y a deux sortes d’effets publics en France », et la seconde à ceux-ci : « Comme il va être question dans tous les pays de notre traité de commerce avec l’Angleterre, je vous envoie, mon cher comte, une note qui renferme le sens dans lequel on désire ici que l’on en parle. » Ces mots sont suivis de la note proprement dite : « Il parait que le traité de commerce plait beaucoup aux deux parties…. » Cette note a été légèrement modifiée par Mirabeau dans sa publication de l’Histoire secrète.

(1) On ignorait, ou l’on ne devinait pas la sublime invention des emprunts gradués et successifs.





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in WELSCHINGER : LA MISSION SECRETE DE MIRABEAU A BERLIN. PP. 322-325








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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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