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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE BENEVENT

A

CHARLES JAMES FOX

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

DE GRANDE BRETAGNE

EN DATE DU

2 JUIN 1806







Paris, le 2 juin 1806

Monsieur,

J’ai mis sous les yeux de l’EMPEREUR la dernière lettre que V. Exc. m’a fait l’honneur de m’écrire. Je ne puis que vous répéter, d’après ses ordres, qu’exiger de la France qu’elle traite avec vous sur le principe de votre alliance avec la Russie, c’est vouloir nous réduire à une forme de discussion forcée, et nous supposer dans un état d’abaissement où nous ne nous sommes jamais trouvés. On ne doit jamais se flatter d’imposer à la France ni des conditions de paix, ni un mode de négociations contraire aux usages. L’exigence sur l’un ou l’autre de ces points affecte également le caractère français, et je ne crains pas de dire que pour triompher à cet égard de toutes nos répugnances, ce ne serait pas trop qu’ »une armée anglaise eût envahi la Belgique et fût à la veille de pénétrer en Picardie par les débouchés de la Somme.

Je dois encore vous répéter, Monsieur, que dans la vérité S. M. désire la paix, et pourquoi n’ajouterais-je pas ce que nous avons pu dire, ce que nous avons réellement dit à toutes les époques où les négociations ont été rompues ? que la prolongation de la guerre n’a jamais été préjudiciable à la grandeur française, et qu’en temps de paix un grand Etat ne peut faire usage de ses forces que pour se maintenir et pour conserver telles qu’elles sont ses relations avec ses voisins.

La France ne vous conteste pas le droit de choisir et de conserver vos amis ; dans la guerre, elle n’a pas le choix de ses ennemis, et il faut bien qu’elle les combatte unis ou séparés, selon qu’il leur convient de se concerter pour accomplir leurs vues d’agression et de résistance, et de former des alliances si peu conformes à la véritable politique de leur pays, que la première clause de ces alliances a toujours été de les tenir secrètes.

Parce que nous voulons suivre dans cette circonstances la forme de négociation qui a été en usage dans tous les temps et dans tous les pays, vous en concluez que nous ne voulons pas que vous ayez des liaisons sur le Continent. Je ne pense pas que nous ayons jamais donné lieu à une telle induction. Il ne dépend de nous d’empêcher aucun gouvernement de se lier avec vous, et nous ne pouvons vouloir ni ce qui est injuste, ni ce qui est absurde ; mais autre chose est que vous formiez des liaisons à votre choix, et autre chose que nous y concourrions et que nous vous aidions à les contracter. Or consentir à traiter sur le principe de vos alliances et les admettre dans la discussion des intérêts directs et immédiats qui nous divisent, c’est plus que les souffrir et les reconnaître, c’est en quelque sorte les consacrer, les cimenter et les garantir. Je vous l’ai déjà observé, Monsieur, nous ne pouvons céder sur ce point, parce que le principe est pour nous.

Toutefois pour ne laisser lieu désormais à aucun malentendu, je crois de mon devoir de vous proposer 1° de négocier dans les mêmes formes préliminaires qui furent adoptées sous le ministère de M. le marquis de Buckingham en 1782, formes qui ne furent pas heureusement renouvelées pour les négociations de Lille mais qui eurent un plein succès dans la négociation qui précéda le traité d’Amiens ; 2° d’établir pour bases deux principes fondamentaux ; le premier que je tire de votre lettre du 26 mars savoir « que les deux états auront pour objet que la paix soit honorable pour eux et pour leurs alliés respectifs, en même temps que cette paix sera de nature à assurer, autant qu’ils le pourront, le repos futur de l’Europe » Le second principe sera une reconnaissance en faveur de l’une et l’autre puissance de tout droit d’intervention et de garantie pour les affaires continentales et pour les affaires maritimes. Non seulement S. M. ne répugne pas à faire un tel aveu, elle aime à l’ériger en principe, et en vous exposant ainsi ses véritables intentions, je crois vous avoir donné une preuve décisive de ses dispositions pacifiques. S. M. se persuade en même temps qu’en prévenant pour toujours à cet égard tout sujet de plaintes, d’inquiétudes et de déclamations, elle a fait sur un point qui intéresse essentiellement le bien de l’humanité, son devoir d’homme et de souverain.

Ce serait, Monsieur, avec regret que je verrais finir une discussion qui a commencé sous de si bons présages. J’aurais toutefois, en perdant une espérance qui m’est bien chère, la consolation de penser que le tort de l’avoir fait s’évanouir ne saurait être imputé à la France puisqu’elle ne demande et ne veut que ce qui est raisonnable et juste.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma plus haute considération.

Signé, Ch. Mau. TALLEYRAND, prince de Bénévent.

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in MONITEUR N° 330 - 1806










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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