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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE BENEVENT

A

CHARLES JAMES FOX

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

DE GRANDE BRETAGNE

EN DATE DU

1ER AVRIL 1806







Paris, le 1er avril 1806

Monsieur, A l’heure même où j’ai reçu votre lettre du 26 mars, je me suis rendu auprès de S. M., et je me trouve heureux de vous informer qu’elle m’a autorisé à vous faire sans délai la réponse suivante : L’EMPEREUR n’a rien à désirer de ce que possède l’Angleterre. La paix avec la France est possible et peut être perpétuelle, quand on ne s’immiscera pas dans ses affaires intérieures, et qu’on ne voudra ni la contraindre dans la législation de ses douanes, et dans les droits de son commerce, ni faire supporter aucune insulte à son pavillon.

Ce n’est pas vous, Monsieur, qui avez montré dans un grand nombre de discussions publiques une connaissance exacte des affaires générales de l’Europe et de celles de la France, qu’il faut convaincre que la France n’a rien à désirer que du repos, et une situation qui lui permette de se livrer sans aucun obstacle aux travaux de son industrie.

L’EMPEREUR ne pense pas que tel ou tel article du traité d’Amiens ait été la cause de la guerre. Il est convaincu que la véritable cause a été le refus de faire un traité de commerce nécessairement nuisible aux manufactures et à l’industrie de ses sujets.

Vos prédécesseurs nous accusaient de vouloir tout envahir. En France, on accuse aussi l’Angleterre. Eh bien ! nous ne demandons que l’égalité. Nous ne vous demanderons jamais compte de ce que vous ferez chez vous, pourvu qu’à votre tour vous ne nous demandiez jamais compte de ce que nous ferons chez nous. Ce principe est d’une réciprocité juste, raisonnable, et respectivement avantageuse.

Vous exprimez le désir que la négociation n’aboutisse pas à une paix sans durée. La France est plus intéressée qu’aucune autre puissance à ce que la paix soit stable. Ce n’est point une trêve qu’elle a intérêt à faire, car une trêve ne ferait que lui préparer de nouvelles pertes. Vous savez très bien que les nations , semblables en ce point à chaque homme considéré individuellement, s’accoutument à une situation de guerre, comme à une situation de paix. Toutes les pertes que la France pouvait faire, elle les a faites, elle les fera toujours dans les six premiers mois de la guerre. Aujourd’hui notre commerce et notre industrie se sont repliés sur eux-mêmes, et se sont adaptés à notre situation de guerre. Dès lors une trêve de deux ou trois ans serait en même temps tout ce qu’il y aurait de plus contraire à nos intérêts commerciaux et à la politique de l’EMPEREUR.

Quant à l’intervention d’une puissance étrangère, l’EMPEREUR pourrait accepter la médiation d’une puissance qui aurait de grandes forces maritimes, car alors sa participation à la paix serait réglée par les mêmes intérêts que nous avons à discuter avec vous ; mais la médiation dont vous parlez n’est pas de cette nature. Vous ne voulez pas nous tromper, et vous sentez bien qu’il n’y a pas d’égalité entre vous et nous dans la garantie d’une puissance qui a trois cents mille hommes sur pied, et qui n’a pas d’armée de mer.

Du reste, Monsieur, votre communication a un caractère de franchise et de précision que nous n’avons pas encore vu dans les rapports de votre cour avec nous. Je me ferai un devoir de mettre la même franchise et la même clarté dans mes réponses. Nous sommes prêts à faire la paix avec tout le monde. Nous ne voulons en imposer à personne ; mais nous ne voulons pas qu’on nous en impose, et personne n’a ni la puissance, ni les moyens de le faire. Il n’est au pouvoir de personne de nous faire revenir sur des traités qui sont exécutés. L’intégrité, l’indépendance entière, absolue, de l’Empire ottoman, sont non seulement le désir le plus vrai de l’EMPEREUR, mais le point le plus constant de sa politique.

Deux nations éclairées et voisines l’une de l’autre manqueraient à l’opinion qu’elles doivent avoir de leur puissance et de leur sagesse, si elles appelaient dans la discussion des grands intérêts qui les divisent, des interventions étrangères et éloignées. Ainsi, Monsieur, la paix peut être traitée et conclue immédiatement, si votre cour a véritablement le désir d’y arriver.

Nos intérêts sont conciliables par cela même qu’ils sont distincts. Vous êtes les souverains des mers ; vos forces maritimes égalent celles de tous les souverains du monde réunies. Nous sommes une grande puissance continentale ; mais il en est plusieurs qui ont autant de forces que nous sur terre, et votre prépondérance sur les mers mettra toujours notre commerce à la disposition de vos escadres dès la première déclaration de guerre que vous voudrez faire. Pensez-vous qu’il soit raisonnable d’attendre que l’EMPEREUR consente jamais à se mettre aussi pour les affaires du Continent à votre discrétion ? Si maîtres de la mer par votre puissance propre, vous voulez l’être aussi de la terre par une puissance combinée, la paix n’est pas possible ; car alors vous ne voulez pas arriver à des résultats que vous ne pourrez jamais atteindre.

L’EMPEREUR, tout accoutumé qu’il est à courir toutes les chances qui présentent des perspectives de grandeur et de gloire, désire la paix avec l’Angleterre. Il est homme. Après tant de fatigue, il voudrait aussi du repos. Père de ses sujets, il souhaite, autant que cela peut être compatible avec leur honneur et avec les garanties de l’avenir, leur procurer les douceurs de la paix, et les avantages d’un commerce heureux et tranquille.

Si donc, Monsieur, S. M. le roi d’Angleterre veut réellement la paix avec la France, elle nommera un plénipotentiaire pour se rendre à Lille. J’ai l’honneur de vous adresser des passeports pour cet objet. Aussitôt que S. M. l’EMPEREUR aura appris l’arrivée du ministre de votre cour, elle en nommera et en enverra un sans délai. L’EMPEREUR est prêt à faire toutes les concessions que par l’étendue de vos forces navales et votre prépondérance, vous pouvez désirer obtenir. Je ne crois pas que vous puissiez refuser d’adopter aussi le principe de lui faire des propositions conformes à l’honneur de sa couronne et aux droits du commerce de ses Etats. Si vous êtes justes, si vous ne voulez que ce qu’il vous est possible de faire, la paix sera bientôt conclue.

Je termine en vous déclarant que S. M. adopte entièrement le principe exposé dans votre dépêche et présenté comme base de la négociation, que la paix proposée doit être honorable pour les deux cours et pour leurs alliés respectifs.

J’ai l’honneur d’être avec la plus haute considération, Monsieur, de votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.

Signé, Ch. Mau. TALLEYRAND, prince de Bénévent.

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in MONITEUR N° 330 - 1806










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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