Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LE SACRE EPISCOPAL

DE ROBERTO UBALDINI

ET DE

CHARLES-MAURICE DE TALLEYRAND-PERIGORD




Le nonce Ubaldini




Lors de sa nonciature en France, Ubaldini fut amené à sacrer à Paris, deux évêques :

--a) dès 1608, en l’église Sainte-Geneviève, Benjamin de Brichanteau, évêque titulaire de Philadelphie, coadjuteur de l’évêque de Laon ; il lui succède le 8 mars 1612 et meurt à Paris le 13 juillet 1619.

--b) le 25 octobre 1609, au carmel, Prieuré de Notre-Dame-des-Champs, Claude de Gelas, évêque d’Agen, mort le 26 décembre 1630.

Rentré à Rome, le cardinal Ubaldini eut l’occasion de procéder à plusieurs sacres. On lui en connaît au moins onze, en utilisant les donnés d’un manuscrit de l’Archivo segreto Vaticano (armarium XIII, 33).

De ce manuscrit, bien connu et souvent utilisé, la revue Sacris erudiri va donner une analyse intégrale : « 750 sacres romains de 1562 à 1665 ». Ce recueil est notoirement incomplet : des années ne sont pas représentées, et des sacres, de par ailleurs connus et attestés, n’y sont pas relevés. Suivant une estimation, dans cette tranche chronologique, on devrait en trouver bien près d’un millier.

Quoi qu’il en soit, sans rapporter ici nombre de détails renfermés dans la susdite analyse, on peut signaler brièvement que Ubaldini, rentré à Rome, sacre à Saint-Louis-des-Français, le 17 septembre 1617, Augustin Potier, évêque de Beauvais. Par après ce sont, le 18 février 1618, Alexandre Scappi, évêque de Campagna ; le 5 avril 1620, Alphonse Pozzi, évêque de Borgo San Donnino ; le 21 juin 1620, Julien de Médicis, évêque de Pise ; le 14 mars 1621, le cardinal Aloysius Caponi, archevêque de Ravenne ; le 28 mars 1621, Honorius Griffagni, évêque de Montepeloso ; le 12 avril 1621, à Saint-Louis-des-Français, le nivernais Guillaume du Nozet, archevêque titulaire de Séleucie, nommé vice-légat en Avignon, où il meurt le 20 novembre 1626 ; le 21 septembre 1621, Octavius Orsini, évêque de Venafro ; le 16 janvier 1622, Fabritius Antinori, archevêque d’Acerenza ; le 26 décembre 1622, Cosmas Minerbetti, évêque de Cortone, et enfin le 22 octobre 1623, Alexandre Della Stufa qui devient évêque de Montepulciano et succède, sur ce siège, au cardinal Roberto Ubaldini…

En effet comme l’indiquent les divers répertoires, tel Henry Biaudet : Les Nonciatures Apostoliques permanentes jusqu’en 1648 (Helsinki, 1910), et comme on le trouve aussi chez Battandier (Annuaire pontifical catholique 1928, p. 856-871), dans son Essai de liste générale des Nonces apostoliques en France, Roberto Ubaldini prend rang parmi les nonces en France.

Ce florentin était le petit-neveu du cardinal Alexandre de Médicis qui fut légat a letere en France, de 1596 à 1598. Alexandre devenu au 1er avril 1605, le pape Léon XI, n’eut qu’un pontificat de 26 jours. Son successeur, le cardinal Camille Borghèse, devenu lui, Paul V, conserva la faveur apostolique à l’endroit de Roberto. Il en fit son Maître de chambre, et après l’avoir nommé nonce en France, le 20 septembre 1607, lui attribua, dès le 1er octobre suivant, l’évêché et dès lors la mense de Montepulciano. Jadis, c’est bien connu, les nonces étaient presque toujours évêques résidentiels d’Italie. Les revenus de leur évêché les aidaient à soutenir leur train de maison et à faire face aux inévitables frais de représentation.

Sans retard ayant rejoint Paris, vers la fin de 1607, Ubaldini y trouve les problèmes religieux du règne d’Henri IV.

Ubaldini, à son arrivée, rencontre aussi une température spécialement rude. C’est ce que note, de son côté, le Journal de l’Estoile pour le règne d’Henri IV (édition annotée d’André Martin, Gallimard, 1958, 678 p.). La Seine est gelée du 23 décembre 1607 au 25 janvier suivant : on circule sur la glace ; puis après un début de dégel, le froid reprend de plus belle (op. cit. p. 305-307). Ces froids surprennent et incommodent le nonce, comme tous les parisiens. Tout cela contrarie ses projets de sacre. Enfin, pour la Srptuagésime, le dimanche 3 février 1608, il adresse au secrétaire d’Etat, le cardinal-neveu, Scipione Caffarelli-Borghese : « Il sig. Card. Di Perona mi consacro domenica mattina con l’assistenza de’vescovi di Parigi et di Bisiers, una havendo prima potuto rispetto a freddi veramente eccessivi ».


Le sacre du 3 février 1608 à Paris.



Ainsi donc dans une quiète intimité (le lieu n’est pas précisé ; chapelle du nonce, à l’hôtel de Cluny, ou à l’évêché ?) et malgré le froid du dehors, le cardinal Dasy du Perron archevêque de Sens, assisté de Henri de Gondi, évêque de Paris, et de Jean de Bonsi, évêque de Béziers, sacre Roberto Ubaldini, évêque de Montepulciano.

Sur les bords de la Seine, trois « italianisants » confèrent donc l’épiscopat au nonce apostolique en France. On sait que Jacques Dasy du Perron, après un long séjour à Rome, reçut l’onction épiscopale à Saint-Louis-des-Français, le 27 décembre 1595, et devint cardinal, le 9 juin 1604. De son côté, le florentin Jean de Bonsi évêque de Béziers, fut sacré lui-même à Rome, en 1598, le 30 septembre peut-être. Quant à Henri de Gondi, il avait été sacré à Paris le 1er mars 1598, par son oncle le cardinal Pierre de Gondi. Dès lors dans ce froid dimanche et dans la joie de ce jour (3 février 1608), l’italien fut normalement de mise entre ces quatre évêques qui de plus, tous quatre, furent cardinaux : Jean de Bonsi le 24 mai 1611, Henri de Gondi, le 26 mars 1618, et Roberto Ubaldini le 2 décembre 1615. Ce dernier demeure pourtant nonce en France, 9 ans durant jusqu’au 8 septembre 1616. Rentré en Italie, il y fut chargé de nombreuses missions diplomatiques, et vint mourir à Rome, le 22 avril 1635.


***


Le Sacre de Talleyrand.



Pour certains familiers des biographies épiscopales ce sacre d’Ubaldini, dans la froidure du 3 février b1608, évoque un autre sacre, conféré 180 ans plus tard, le 4 janvier 1789, également par une température exceptionnellement basse de quelque – 14°, dans la chapelle Saint-Sauveur, à Issy, aux portes de Paris. Il s’agissait alors de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun, dont, en 1965, une Exposition à la Bibliothèque nationale de Paris, a évoqué « la longue vie, et tout ensemble la personnalité complexe et mystérieuse ».

Né à Paris, 4, rue Garancière, le 2 février 1754, Charles-Maurice entre à 16 ans au Grand Séminaire de Saint-Sulpice qui occupait alors, en notable partie, l’actuelle place Saint-Sulpice, et qui fut démoli de 1802 à 1808. Le Prince Talleyrand, dans ses Mémoires (4 volumes, publiés en 1891 par le duc de Broglie) dit qu’il resta au séminaire trois ans, « à peu près sans parler », tout en lisant beaucoup. Le 28 mai 1774, en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, des mains de l’évêque de Quimper, Mgr Toussaint Conen de Saint-Luc, il recevait les quatre Ordres mineurs. Le jeune abbé fut alors renvoyé du séminaire, ainsi que l’observe Pierre Boisard, supérieur général de Saint-Sulpice, dans son ouvrage posthume : La Compagnie de Saint-Sulpice. Trois siècles d’histoire, (T. 1, p. 157).

Malgré cet incident, Charles-Maurice n’en poursuit pas moins sa carrière ecclésiastique.

Ordonné prêtre le 18 décembre 1779, dans la chapelle de l’archevêché de Reims par Mgr Louis-André de Grimaldi, évêque de Noyon, il était, le lendemain, proclamé Vicaire général de son oncle, l’archevêque de Reims.

Devenu, par après, Agent général du Clergé, Charles-Maurice est, le 2 novembre 1788, nommé évêque d’Autun, et préconisé le 15 décembre. Vingt jours plus tard, dans l’intimité d’une chapelle minuscule et par un froid glacial (-14°), il était sacré.


Le Sacre du 4 janvier 1789.



Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord reçoit la consécration épiscopale des mains de Louis-André de Grimaldi, évêque de Noyon (celui qui l’avait ordonné prêtre), assisté d’Aymon-Claude de Nicolaï, évêque de Béziers (encore un évêque de Béziers, comme pour Ubaldini, le 3 février 1608) et de Barthélemy Chaumont de la Galaizière, évêque de Saint-Dié.

Le sacre a lieu à Issy, dans la chapelle du Saint-Sauveur, aujourd’hui détruite : elle se trouvait proche de l’emplacement de la salle des conférences, dans le bâtiment de théologie. A son sujet les anciens cérémoniaires soulignent qu’elle était plus étroite et plus gênante encore que la chapelle de Lorette.

Il faut savoir que ladite chapelle de Lorette, à Issy, existe toujours, religieusement conservée. Depuis plusieurs années, elle est même littéralement encastrée dans le bâtiment du récent séminaire de philosophie. Ses dimensions sont modestes, à peu près 5 m. de large sur 10 m. de long. Cette chapelle vit pourtant plusieurs sacres, à cause de la dévotion de ce sanctuaire marial « reproduisant les dimensions de la maison de Lorette ». Du 6 octobre 1748 jusqu’au 7 juillet 1833, on en compte au moins 29. Comme signe de cet engouement, le 6 juillet 1823, il y eut là jusqu’à trois évêques sacrés ensemble !

On demeure stupéfait de voir de telles cérémonies dans un tel endroit : trois consécrateurs, trois sacrés et quelques ministres… Quel prodige pour le déroulement de la liturgie d’un sacre !... La remarque a été faite maintes fois : elle s’impose.

Pour Talleyrand, il fut donc sacré à Saint-Sauveur. Une erreur de Lacour-Gayet (t. I, p. 81) met le sacre au 1- janvier 1789. La table chronologique du livret pour l’exposition Talleyrand a heureusement rectifié et inséré la date du 4 janvier 1789. Voici à ce sujet, (manuscrit non coté, conservé aux Archives de Saint-Sulpice, p. 71) :

« En 1789, le 4 janvier, le sacre de Mgr l’évêque d’Autun dans la chapelle du Saint-Sauveur, à Issy. Cette chapelle est étroite et plus gênante qu’à Laurette [sic], même pour un sacre à deux évêques. Le froid était au 14è degré du thermaumettre [sic]. On ôta de la chapelle les prie-Dieu, les coffres, chaises et fauteuils. Les deux crédences furent placées dans les coins du mur, le petit autel dans le coin à main gauche : il tenait une partie de la fenêtre. On ne put enlever les portes, ce qui est un inconvénient considérable. Elles ne tenaient qu’avec des clous et il était à craindre qu’on ne cassa le bois. Le poêle avait été allumé la veille. On y avait mis du bois pour l’entretenir pendant la nuit. On mit encore du bois le matin. On avait laissé les portes de la chapelle ouvertes afin que la chaleur se communique partout. On mit une tapisserie dans le corridor sur la porte qui donne dans la chapelle.

Le maître des cérémonies fit de son mieux pour éviter la confusion : en quoi il ne réussit pas toujours. A la fin de la cérémonie, il engagea toutes les personnes qui étaient dans la chapelle et à la porte de se ranger tout autour de la salle pour la procession, afin que le prélat eut quelqu’un à qui il put donner la bénédiction. Messieurs lesq solitaires – (la « Solitude » est le noviciat de Saint-Sulpice) – firent seuls les cérémonies et furent régalés ».

Ainsi donc deux sacres (3 février 1608 et 4 janvier 1789) qui furent tous deux marqués par des froids vraiment excessifs : pour Roberto Ubaldini, évêque de Montepulciano, et pour Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun…


F. Combaluzier.



******************************************


L'AMI DU CLERGE DU 12 OCTOBRE 1967 - pp. 589 à 590







RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement