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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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EXPOSE

DE LA CONDUITE RECIPROQUE

DE LA FRANCE ET DE L'AUTRICHE

DEPUIS LA PAIX DE LUNEVILLE

LU PAR LE

MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES

SENAT CONSERVATEUR

SEANCE DU 1 ER VENDEMIAIRE AN XIV

[23 SEPTEMBRE 1805]


EXTRAIT DU N° III DU MONITEUR



Toute l’Europe sait que, dans la guerre, au milieu même des succès les plus signalés et les plus décisifs, l’EMPEREUR DES FRANÇAIS n’a cessé de désirer la paix ; qu’il l’a souvent offerte à ses ennemis ; qu’après les avoir réduits à la recevoir comme un bienfait, il la leur a donné à des conditions qu’ils n’auraient pas osé se promettre, et qui ont rendu sa modération non moins éclatante que ses victoires. Il sent tout le prix de la gloire acquise par les armes dans une guerre juste et nécessaire ; mais il est une gloire plus douce et plus chère à son cœur : son premier vœu, le but constant de ses efforts, ont toujours été la tranquillité de l’Europe, le repos et la félicité des peuples. Ce but était atteint. Ce vœu se trouvait rempli par la paix d’Amiens. L’EMPEREUR fit tout pour la rendre durable. Elle subsisterait encore si la prospérité croissante de la France n’en eût pas fixé le terme . D’abord, elle fut altérée par les démarches artificieuses, et bientôt rompue par la perfidie ouverte du cabinet de Saint-James. Mais du moins la paix régnait sur le Continent : à travers les prétextes mensongers et vains dont l’Angleterre cherchait à se couvrir, l’Europe démêlait aisément ses véritables motifs.

L’Angleterre craignait de voir se relever de leurs ruines et comme renaître de leurs cendres les colonies françaises qui avaient été et qui pouvaient redevenir si florissantes : la jalousie voulait étouffer ou du moins arrêter, dans son essor, l’industrie française ranimée par la paix ; elle nourrissait le désir insensé d’éloigner le pavillon français des mers où il parut jadis avec tant d’éclat, ou du moins de le réduire à ne plus s’y montrer que dans un état d’abaissement indigne du rang que la France tient entre les nations. Mais ce n’étaient pas là les seuls motifs de l’Angleterre : elle était encore poussée par cette insatiable avidité qui lui fait convoiter le monopole de tous les commerces et de toutes les industries, par cet orgueil démesuré qui lui persuade qu’elle est la souveraine des mer, et qui est l’unique fondement du despotisme monstrueux qu’elle y exerce.

La cause que la France avait à défendre était donc la cause de l’Europe, et il était naturel de penser que, ni les intrigues de l’Angleterre, ni l’or qu’elle annonçait à tous ceux qui voudraient servir son ambition, ni ses promesses fallacieuses, ne pourraient engager dans son parti aucune des puissances continentales. Aucune, en effet, ne parut vouloir accueillir ses propositions et ses instances.

Tranquille sur les dispositions du Continent, l’EMPEREUR tourna toutes ses pensées vers la guerre maritime, pour laquelle il lui fallait tout créer. Des flottes furent construites ; des ports furent creusés ; des camps s’élevèrent sur les bords de l’Océan : l’EMPEREUR y réunit toutes les forces de son Empire, et ses troupes, se formant, sous ses yeux, à des opérations toutes nouvelles, se préparèrent à de nouveaux triomphes.

L’Angleterre vit quels dangers la menaçaient. Elle crut les détourner par des crimes. Des assassins furent jetés sur les côtes de France. Les ministres anglais près les puissances neutres devinrent les agents d’une guerre infâme autant qu’atroce, d’une guerre de conspirations et d’assassinats.

L’EMPEREUR vit ces misérables complots. Il les méprisa, et n’en offrit pas moins la paix aux mêmes conditions auxquelles elle avait été précédemment faite.

Tant de générosité ne put calmer, et sembla plutôt accroître les fureurs du cabinet de Saint-James. Sa réponse fit voir clairement qu’il ne penserait à la paix qu’après avoir perdu l’espoir de couvrir le Continent de carnage et de sang. Mais il sentait que, pour venir à bout d’un tel dessein, il ne lui suffisait pas d’associer à ses vues une puissance, étrangère presqu’autant que l’Angleterre, par sa position, au système continental ; que, n’ayant rien à attendre de la Prusse, dont les sentiments étaient trop connus, son espérance serait vaine tant que l’Autriche resterait fidèle à sa neutralité.

L’Autriche, après avoir éprouvé deux fois, à l’issue de deux guerres malheureuses, aux époques des traités de Campo-Formio et de Lunéville, jusqu’à quel point la France aimait à se montrer généreuse envers un ennemi vaincu, n’avait pas, comme la France, religieusement observé ses traités. Nonobstant leurs stipulations formelles, la dette de Venise n’était point acquittée ; elle était même déclarée anéantie. L’EMPEREUR savait que ses sujets de Milan et de Mantoue éprouvaient un déni de justice, et que la cour de Vienne n’en payait aucun, au mépris des engagements solennels qu’elle avait contractés.

Il savait que les relations de commerce de son royaume d’Italie avec les Etats héréditaires étaient entravées, et que ses sujets, français et italiens, ne trouvaient en Autriche qu’un accueil bien différent de celui auquel l’état de paix leur donnait le droit de s’attendre.

Dans le partage des indemnités en Allemagne, l’Autriche avait été traité avec une faveur qui devait combler ses désirs, et passer même ses espérances. Cependant ses démarches annonçaient que son ambition n’était pas satisfaite. Elle employait tour à tour la séduction et les menaces pour se faire céder, par de petits princes, des possessions à sa convenance. C’est ainsi qu’elle avait acquis, sur le lac de Constance, Lindau, et, dans le lac même, l’île de Menau ; ce qui mettait entre ses mains l’une des clefs de la Suisse. Elle s’était fait céder, par l’Ordre Teutonique, Altkousen ; ce qui la rendait maîtresse d’un poste important, le poste de la Rhinau. Elle avait agrandi son territoire par une foule d’autres acquisitions ; elle en méditait de nouvelles.

Comme moyen d’agrandissement, elle ne craignait pas d’employer des usurpations évidentes, qu’elle cherchait à voiler par des formes légales.

C’est ainsi que, sous le prétexte d’un droit d’épave ( droit auquel elle avait expressément renoncé par un traité, et dont l’exercice était incompatible avec l’exécution du recès de l’Empire germanique ), elle s’appropriait des possessions qu’elle feignait de croire en déshérence et sans propriétaires légitimes, quoique le recès en eût formellement disposé pour la répartition des indemnités. Elle frustrait par là plusieurs princes de celles qu’il avait été trouvé juste de leur assigner. Sous prétexte de ce même droit d’épave que, relativement aux Suisses, elle appelait doit d’incamération, elle enlevait à l’Helvétie des capitaux considérables. Elle séquestrait en Bohême les fiefs appartenant à un prince voisin, sous le prétexte de compensations dues à l’électeur de Salzbourg, et dont elle prétendait, contre tout droit, se constituer seul l’arbitre. Elle insistait avec menaces, pour conserver des recruteurs dans les provinces bavaroises en Franconie et en Souabe, et elle y entravait de tout son pouvoir, la conscription pour l’armée électorale. Abusant de prérogatives autrefois données au chef de l’Empire Germanique, pour l’utilité commune des Etats qui le composent, et tombées en désuétude, elle les faisait revivre pour troubler l’exercice de la souveraineté des princes voisins sur les possessions qui leur étaient échues en partage, et pour les priver, dans les diètes, de l’accroissement d’influence qui devait résulter de ces possessions.

Le recès de l’Empire, conséquence et complément du traité de Lunéville, avait pour objet, indépendamment de la répartition des indemnités, d’établir par cette répartition même, dans le midi de l’Allemagne, un équilibre qui en assurât l’indépendance, et de prévenir les causes éventuelle de mésintelligence et de guerre qu’un contact immédiat de la France et de l’Autriche aurait pu fréquemment faire naître. Tel était le vœu des médiateurs et de l’Empire germanique : c’était le vœu de la justice, de la raison d’une politique humaine et conforme aux vrais intérêts de l’Autriche elle-même.

L’Autriche renversait donc ce que le recès avait établi si sagement, lorsque, par ses acquisitions en Souabe, elle affaiblissait la barrière qui devait la séparer de la France, lorsqu’elle tendait à s’interposer entre la France et les principaux Etats du midi de l’Allemagne, et lorsque, par un système combiné de séquestres, de prétentions, de caresses et de menaces, elle tendait sans relâche à s’assurer une influence exclusive, universelle et arbitraire sur cette partie de l’Empire germanique ; elle violait donc évidemment les traités, et chacun de ses actes devait être considéré comme une infraction de la paix .

Depuis la rupture du traité d’Amiens, l’Autriche s’était plus d’une fois montrée partiale en faveur de l’Angleterre ; elle avait reconnu par le fait, ce prétendu droit de blocus que le cabinet de Saint-James a osé s’arroger, et suivant lequel une simple déclaration suffit pour mettre en interdit toutes les côtes d’un vaste Empire ; elle avait souffert, sans réclamer et sans se plaindre, que la neutralité de son pavillon fût continuellement violé au détriment de la France, contre laquelle toutes les violences faites aux pavillons neutres étaient évidemment dirigées.

Tous ces faits étaient connus de l’EMPEREUR : plusieurs excitèrent sa sollicitude. C’étaient de véritables griefs ; ils auraient été de justes motifs de guerre ; mais par amour de la paix, l’EMPEREUR même s’abstint de toute plainte, et la cour de Vienne ne reçut de lui que de nouveaux témoignages de déférence.

Il s’était fait une loi d’éviter tout ce qui aurait pu causer à l’Autriche le plus léger ombrage.

Lorsqu’appelé par les vœux de ses peuples d’Italie, il se rendit à Milan, des troupes furent rassemblées, des camps furent formés, dans l’unique vue de mêler les pompes militaires aux solennités religieuses et politiques, et de présenter la majesté souveraine au milieu de cet appareil qui plait aux yeux des peuples. L’EMPEREUR conviendra qu’il avait aussi quelque plaisir à voir réunis ses compagnons d’armes dans des lieux et sur les terrains mêmes consacrés par la victoire ; mais voulant prévenir les inquiétudes de la cour de Vienne, s’il était possible qu’elle en conçût aucune, il la fit assurer de ses intentions pacifiques, en déclarant que les camps qui avaient été formés seraient levés au bout de quelques jours, et cette promesse fut exactement remplie.

L’Autriche répondit par des protestations également amicales et pacifiques, et l’EMPEREUR quitta l’Italie avec la douce persuasion que la paix du Continent serait maintenue.

Quel fut son étonnement lorsqu’à peine de retour en France, étant à Boulogne, hâtant les préparatifs d’une expédition qu’il était enfin au moment d’effectuer, il reçut de touts parts la nouvelle qu’un mouvement général était imprimé à toutes les forces de la monarchie autrichienne ; qu’elles se portaient, à marches forcées, sur l’Adige, dans le Tyrol, et sur les rives de l’Inn ; qu’on rappelait les semestriers, qu’on formait des magasins, qu’on fabriquait des armes, qu’on faisait des levées de chevaux, qu’on fortifiait les gorges du Tyrol, qu’on fortifiait Venise, qu’on faisait enfin tout ce qui annonce et caractérise une guerre imminente ?

L’EMPEREUR ne put d’abord croire que l’Autriche voulût sérieusement la guerre, quelle voulût se commettre à de nouveaux hasards, et condamner à de nouvelles calamités ses peuples fatigués par tant de revers, épuisés par tant de sacrifices.

Maître par deux fois de priver pour toujours la Maison d’Autriche de la moitié de ses Etats héréditaires, loin de diminuer sa puissance, il l’avait accrue. S’il ne pouvait pas compter sur sa reconnaissance, il croyait pouvoir compter sur sa loyauté. IL lui avait été donné la plus haute marque de confiance qu’il fût possible de donner, en laissant dégarnies et désarmées ses frontières continentales. Il la croyait incapable d’en abuser, parce qu’il l’aurait été lui-même. Il est des soupçons qui ne peuvent entrer dans les cœurs généreux, ni trouver place dans un esprit réfléchi.

L’EMPEREUR se plaisait à s’affermir dans ces favorables présomptions, et il ne craignait pas de manifester à quel point il désirait les voir fondées. La cour de Vienne ne négligea rien pour en prolonger l’illusion. Elle multiplia les déclarations pacifiques ; elle protesta de son religieux attachement aux traités ; elle autorisa son ambassadeur à faire les déclarations les plus rassurantes ; elle chercha enfin, soit par des explications plausibles, soit par des dénégations formelles, à dissiper ses soupçons que les mesures pouvaient faire naître.

Cependant les préparatifs hostiles redoublant tous les jours d’activité et d’étendue, devenaient plus difficiles à justifier. L’EMPEREUR ordonna que M. le comte de Cobentzl, ambassadeur de la cour de Vienne, fût invité à de nouvelles conférences, et que la correspondance des agents diplomatiques et commerciaux de Sa Majesté lui fût communiquée. Quatre jours consécutifs, M. de Cobentzl se rendit chez le ministre des relations extérieures, qui mit sous ses yeux les dépêches précédemment reçues, et celles qui arrivaient successivement de tous les points de l’Allemagne et de l’Italie. Les cabinets de l’Europe trouveront dans leurs archives peu d’exemples de communications semblables, faites dans des circonstances où le soupçon était si naturel. L’EMPEREUR ne pouvait donner une preuve plus convaincante de sa bonne foi. Il ne pouvait porter plus loin la loyauté la délicatesse. L’ambassadeur de Vienne prenait connaissance des renseignements les plus positifs, les plus incontestables qui, de toutes parts, annonçaient l’éclat d’une guerre toujours préparée et si soigneusement dissimulée.

Que pouvait-il répondre ? Jusqu’à ce moment la paix avait été hautement professée par sa cour à Paris et à Vienne ; mais sur toutes ses frontières, la guerre était enfin ouvertement organisée.

Toutefois l’EMPEREUR ne voulut pas rejeter tout espoir de rapprochement : il se persuada que l’Autriche pouvait être entraîné par des suggestions étrangères ; il résolut de tout faire pour la ramener au sentiment de ses véritables intérêts ; il lui représenta que, si elle ne voulait pas la guerre, tous ses préparatifs étaient sans objet, puisque tous ses voisins étaient en paix ; qu’elle servait alors, contre son intention et à son insu, le parti de l’Angleterre, en faisant en sa faveur une diversion non moins puissante et plus nuisible à la France que ne lui serait une guerre déclarée.

Si elle voulait la guerre, il lui en fit envisager les suites probables. Supérieur à toutes les considérations qui n’arrêtent que la faiblesse, il ne dissimula pas qu’il craignait la guerre, non qu’après tant de combats livrés dans les trois parties de l’ancien monde, il puisse craindre des dangers bravés tant de fois et tant de fois surmontés ; mais il craignait la guerre à cause du sang qu’elle fait verser, à cause des sacrifices sans nombre qu’elle devait coûter à l’Europe ; et par suite d’un amour peut-être excessif pour la paix, il conjura l’Autriche de cesser des préparatifs qui, dans l’état présent de l’Europe, et dans la situation particulière de la France, ne pouvaient être considérés que comme une déclaration de guerre, comme le résultat d’un accord qu’elle aurait fait avec l’Angleterre.

Bien plus, il désira que des représentations semblables fussent adressées à la cour de Vienne par tous ses voisins, qui, quoique étrangers à la cause de la guerre, quelle qu’en puisse être cette cause, devaient craindre d’en être les victimes.

La conduite de la cour de Vienne affaiblissait chaque jour l’espérance. Loin de cesser ses préparatifs, elle les augmentait ; elle effrayait, par ses armements, les peuples de la Bavière et de la Souabe ; elle faisait craindre à ceux de l’Helvétie de se voir ravir le repos que l’acte de médiation leur a rendu : tous invoquaient la France comme leur appui, comme le garant de leurs droits.

Cependant elle dissimulait encore, et, comme un gage de ses intentions pacifiques, elle offrait une sorte d’intervention qu’il est difficile de caractériser, mais qui, à ne considérer que son objet apparent, pouvait être regardée comme oiseuse et puérile. L’Empereur de Russie avait fait demander des passeports pour l’un de ses chambellans, qu’il était dans l’intention d’envoyer à Paris. L’EMPEREUR ignorait quelles étaient les vues du cabinet de Pétersbourg ; elles ne lui furent jamais officiellement communiquées ; mais, toujours prêt à saisir tout ce qui pouvait conduire à un rapprochement, il avait accordé les passeports sans délai comme sans explication. Toute l’Europe sait quel a été le prix de sa déférence. L’EMPEREUR apprit ensuite, par des voies indirectes et aussi par les bruits qui s’en sont répandus en Europe, que le dessein de la cour de Russie avait été d’essayer, par des pourparlers, de faire goûter à Paris un système de médiation fort étrange, d’après lequel elle aurait à la fois stipulé pour l’Angleterre, dont elle avait, disait-elle, les pleins pouvoirs ( ce qui prouve jusqu’à quel point l’Angleterre était sûre d’elle ), et négocié pour son propre compte ; de sorte que, médiatrice de nom, elle aurait été partie de fait, et à deux titres différents. Telle était le but de l’intervention que la Russie avait projetée, et à laquelle elle avait elle-même renoncé, sans doute parce que la réflexion lui en avait fait sentir l’inconvenance. Or, c’était précisément cette même intervention que les bons offices de l’Autriche auraient eu pour objet de reproduire. Il n’était pas vraisemblable que la France se laissât placer dans une situation où ses ennemis réels, sous le doux nom de médiateurs, osaient se flatter de lui imposer une loi dure et outrageante : mais le cabinet de Vienne, sans espérer peut-être que ses bons offices pussent être acceptés, trouvait un grand avantage à les offrir, celui d’abuser plus longtemps la France, de lui faire perdre du temps et d’en gagner lui-même.

Enfin, levant le masque, l’Autriche a, dans une réponse tardive, manifesté, par son langage, ce qu’elle avait annoncé par ses préparatifs. Aux représentations de la France, elle a répondu par des accusations ; elle s’est fait l’apologiste de l’Angleterre, et, annonçant qu’elle ouvrait ses Etats à deux armées russes, elle a avoué hautement le concert dans lequel elle est entrée avec la Russie en faveur de l’Angleterre.

Cette réponse de la cour de Vienne, pleine à la fois d’allégations injurieuses, de menaces et d’astuces, avait dû naturellement exciter l’indignation de l’EMPEREUR ; mais, à travers ces injures et ces menaces, croyant entrevoir quelques idées qui semblaient permettre d’espérer qu’un arrangement serait encore possible, l’EMPEREUR fit céder sa fierté naturelle à des considérations toutes puissantes sur son cœur.

L’intérêt de ses peuples, celui de ses alliés et de l’Allemagne, qui allait devenir le théâtre de la guerre ; le désir aussi de faire quelque chose d’agréable pour un prince qui, repoussant avec une honorable constance les insinuations, les instances, les offres tant de fois réitérées de l’Angleterre et de ceux qu’elle avait séduits, s’était montré toujours prêt à concourir, par ses bons offices, soit au rétablissement, soit au maintien de la paix ; tous ces motifs portèrent l’EMPEREUR à faire taire ses justes ressentiments. Il se détermina à demander à la cour de Vienne des explications qui fissent connaître les bases sur lesquelles on pourrait négocier. Il ordonna au ministre des relations extérieures de préparer une note à cet effet : le courrier qui devait la porter était au moment de partir lorsque l’EMPEREUR apprit l’invasion de la Bavière.

L’électeur avait été sommé de joindre son armée à celle de l’Autriche ; et comme son refus prévu de faire cause commune avec l’Autriche, dont il n’avait jamais reçu que du mal, contre la France, dont il n’a jamais reçu que du bien, eût été pour la cour de Vienne un juste motif de guerre, l’armée autrichienne, sans déclaration préalable, au mépris des devoirs qu’impose à l’empereur d’Autriche sa qualité d’empereur d’Allemagne, au mépris de la constitution germanique et de l’Empire germanique lui-même, au mépris enfin de tous les droits les plus saints, avait passé l’Inn et envahi la Bavière en pleine paix.

Après un tel acte de la cour de Vienne, l’EMPEREUR ne pouvait plus rien à avoir à lui demander. Il devenait évident que même ce congrès, proposé d’un ton si impérieux, et dans des vues si visiblement hostiles contre la France, n’était q’un nouveau piège tendu à sa bonne foi ; que l’Autriche, irrévocablement décidée à la guerre, ne reviendrait point à des idées pacifiques, et qu’elle n’était même plus libre d’y revenir. Les changes de toutes les places prouvaient jusqu’à l’évidence qu’une partie des sommes accordées au ministère anglais, pour servir à ses fins sur le Continent, était arrivée à sa destination, et la puissance qui avait ainsi trafiqué de son alliance ne pouvait plus épargner le sang de ses peuples, dont elle venait de recevoir le prix.

Toute explication ultérieure avec la cour de Vienne étant ainsi devenue impossible, la voix des armes est désormais la seule compatible avec l’honneur.

Que l’Angleterre s’applaudisse d’avoir enfin trouve des alliés ; qu’elle se réjouisse de ce que le sang va couler sur le Continent ; qu’elle se flatte que le sien sera épargné ; qu’elle espère trouvé sa sûreté dans les discordes des autres Etats, sa joie sera de courte durée, son espérance sera vaine, et le jour n’est pas éloigné où les droits des nations seront enfin vengés.

L’EMPEREUR, obligé de repousser une agression injuste qu’il s’est vainement efforcé de prévenir, a dû suspendre l’exécution de ses premiers desseins : il a retiré des bords de l’Océan ses vieilles bandes tant de fois victorieuses, et il marche à leur tête ; il ne posera pas les armes qu’après avoir obtenu satisfaction pleine et entière, et sécurité complète, tant pour ses propres Etats, que pour ceux de ses alliés.




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AGASSE - PARIS - 1805










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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