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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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ARTICLE

DU CHARIVARI

N° 348

DU LUNDI 14 DECEMBRE 1835





L’EX-PONTIFE AURA TOUT RENIE, MEME SA FEMME.

Hier matin, à la pointe du jour, alors que la civilisation ronfle encore, et que le pavé de Paris n’est guère ébranlé que par le lourd tribut de choux, de carottes, de pommes de terre, que la banlieue vient jeter chaque jour à son insatiable gloutonnerie ; à cette heure mixte, qui n’est plus la nuit, mais qui n’est pas encore le jour, un char funèbre roulait précipitamment de Saint-Thomas-d’Aquin vers le plus humble des cimetières de la grande Cité.

Deux voitures marchaient à la suite, et après elles quelques douzaines de ces pleureuses dont les larmes se louent à l’heure, comme les chevaux de fiacre.

Ce triste cortège glissait fantastiquement à travers le brouillard qui le voilait à demi. On eût dit d’une troupe de légers fantômes qui, s’étant oubliés dans leurs ébats nocturnes, craignaient enfin d’être surpris au milieu de nos carrefours par la clarté du ciel, et s’enfuyaient on ne sait où.

Hé bien ! ce corbillard si solitaire, c’était celui de la femme que l’ex-pontife avait ramené des Indes ; de la femme que le premier consul, peu ami du scandale, l’avait forcé de légitimer ; de la femme que bientôt après il l’avait laissé là, comme on laisse un gouvernement dont on n’a plus rien à attendre, comme on renie un dieu dont on n’a plus rien à espérer.

L’ex-pontife Talleyrand ne lui avait même pas laissé l’usufruit de son nom. Et en effet :

Tandis que sa défunte était transporté furtivement vers sa couche dernière, les scribes de Saint-Thomas-d’Aquin formulaient ainsi l’édifiante douleur du survivant, sur les registres de la paroisse :

L’an mil huit cent trente cinq et le douzième jour du mois de décembre a été présenté en cette église, le corps de Catherine Worlée, veuve de Georges François Grant, CONNUE CIVILEMENT COMME PRINCESSE DE TALLEYRAND, âgée de 74 ans, décédée l’avant-veille, munie des sacrements de l’église, rue de Lille N° 80. Les obsèques ont été faites en présence de Mathurin-Pierrede Goussot et de Charles DEMON, homme d’affaires du prince, amis de la défunte, lesquels ont signés avec nous.

Que vous semble de cette qualification ? Que vous semble de cette douleur d’époux qui s’en va gratter sur une tombe à peine close, le titre qu’à défaut de tendresse, la loi du moins, et les plus vulgaires convenances devaient y graver ?

Il y aurait de l’injustice toutefois à ne pas reconnaitre qu’il est des souvenirs de la défunte, dont l’ex-pontife s’est montré fort jaloux. Catherine Worlée, veuve de Georges-François Grant, connue civilement comme princesse de Talleyrand, possédait deux cassettes qu’elle avait formellement destinées, l’une aux pauvres, l’autre à sa nièce ; mais, si l’illustre défroqué aimait peu sa femme, il parait avoir conservé du moins beaucoup d’amour pour les beaux yeux de ses cassettes. L’llustre défroqué a donc envoyé au plus tôt son homme d’affaires, son Démon familier, pour mettre haro sur ces deux legs, qui serviront peut-être à réparer quelque perte de brelan.

Tels sont les hommes, ô peuple de braves ! qui depuis trente ans te représentent, te régissent, te constitutionnellisent , te brocantent ! tels sont les hommes qui te reprochent ta démoralisation, ton oubli des règles les plus respectables, ton mépris des devoirs les plus saints ! tels sont les hommes qui d’une voix usée à mentir, à flagorner, à discuter le prix de leur opinion, osent te parler à toi, de l’inviolabilité du serment, du respect de la morale éternelle, de la sainteté du mariage, et qui peut-être, au moment où une telle désinvolture t’es donné par eux, s’apprêtent à opposer à tes scandales, disent-ils, d’effroyables digues de pénalités !

Mais, en vérité, bien niais qui s’échauffe la bile en face de telles choses. Tous ces hommes-là, c’est ta vermine, à toi. Puisque tu te plais à ses morsures, garde-la donc, comme l’Espagnol la sienne.

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COLLECTION PHILIPPE MAILLARD









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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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