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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

MADAME ADELAÏDE D'ORLEANS

EN DATE DU

11 AOUT 1831







Londres, le 11 août 1831.

J’ai fait ce matin à lord Grey la commission de Mademoiselle. Il en a été extrêmement touché, et m’a dit avec émotion : « Vous ne pouvez pas trop dire au roi combien je suis sensible à ce qu’il a la bonté de me faire dire. » Après quelques moments de silence, lord Grey m’a demandé si je connaissais les dépêches que lord Palmerston venait de recevoir de Hollande. Je lui ai dit que d’abord j’avais dû venir chez lui et que j’allais, en le quittant, chez lord Palmerston qui avait indiqué une conférence pour deux heures. « Vous allez, m’a-t-il dit, y lire une lettre de La Haye qui annonce que les ordres ont été donnés pour que les troupes hollandaises rentrent immédiatement en Hollande. Vous connaissez tous les embarras que nous avons ici ; vous avez dû voir toute l’agitation produite par l’entrée de vos troupes en Belgique. Je vous conjure d’engager le roi à les rappeler en France, au moment où il aura connaissance officielle des ordres donnés par le roi de Hollande. Nous avons besoin de cette preuve de modération de votre part. Cela est essentiel pour nous et pour vous. Dites-le de ma part au roi. Deux gouvernements qui veulent être franchement d’accord se doivent des égards de circonstances ; et je vous répète que nos embarras seraient extrêmes ici, si vous ne retiriez pas vos troupes. »

Je suis monté chez lord Palmerston, qui m’a lu la lettre de M. Verstolk ; elle est explicite sur le rappel des troupes hollandaises. Il me semblerait bien grave de refuser à l’Angleterre ce qu’elle demande aujourd’hui, car les dernières vingt-quatre heures ont changé la question. La retraite des troupes hollandaises, d’une part, et la demande du roi Léopold qu’il a fait connaître ici sont deux incidents considérables. Il est certain que le ministère anglais ne saurait affronter le récri général qui s’élèverait contre lui si, les Hollandais se retirant, nous restions en Belgique. Les tories ne sont pas les seuls qui blâment la conduite du cabinet anglais dans la question hollandaise ; et le leading article du Times d’aujourd’hui (journal ministériel) en est un symptôme très remarqué. Mais, comme il ne faut pas cependant que notre mouvement militaire reste sans résultat pour la France, il faudrait, ce me semble, obtenir ou arracher de la Belgique et de son roi le consentement pur et simple, mais officiel, de la démolition des forteresses. Le maréchal Gérard pourrait aisément faire ce traité en s’en allant. Le roi Léopold, avant de quitter Londres, m’avait écrit à ce sujet une lettre que j’ai envoyée à cette époque au gouvernement. Ce prince, arrivé à Bruxelles, n’a plus tenu le même langage ; mais aujourd’hui, il faut que son langage soit positif.

Quand une fois nous n’aurons plus à traiter la question des forteresses qu’avec les quatre grandes puissances, les choses seront fort avancées, parce qu’elles sont fortement engagées dans le protocole du 17 avril.

L’Angleterre devrait bien trouver, dans tout ce qui vient de se passer en Belgique, des motifs pour croire qu’il n’y a pas de Belgique possible, et que c’est par des idées de partage que l’Europe trouverait la garantie positive d’une paix générale. Mais l’Angleterre est bien éloignée de cette idée. On avait partout aussi d’autres idées ; les ambitions avaient pris d’autres routes. Où en est-on à cet égard en France ?

Voilà une lettre bien longue ; les vieux serviteurs ne sont jamais courts, mais ils sont tendrement et sincèrement attachés….

Recevez…

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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in MEMOIRES DE TALLEYRAND










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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