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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

9 JUIN 1831







Londres, le 9 juin 1831.

Monsieur le comte,

Vous m’avez fait l’honneur de me mander, par votre dépêche du 5, que le gouvernement du roi désirerait que la place de Luxembourg cessât d’être place fédérale et fût démantelée ; et vous ajoutez que les soins de cette négociation me sont confiés.

Je sens toute l’importance de cette affaire, mais je ne pense pas qu’elle puisse se traiter à Londres, parce qu’elle tient aux intérêts particuliers de la Confédération germanique et qu’elle est étrangère aux questions que la conférence est appelée à examiner ; elle n’a d’ailleurs pas de pouvoirs spéciaux de la Confédération germanique : à la vérité, deux de ses membres entretiennent avec elle des relations suivies et exercent quelque influence sur ses déterminations, mais ils n’ont pas de pouvoirs.

Je pense que cette négociation doit se suivre à Berlin ou à Paris, et je vois, par la lettre du chargé d’affaires de France dont une copie était jointe à votre dépêche, que le cabinet prussien paraît déjà disposé à donner son assentiment à la demande de Sa Majesté : c’est un motif de plus pour continuer de la traiter directement avec lui. M.de Bülow, avec qui je me suis entretenu en particulier de cette affaire, partage mon opinion et pense que c’est à Berlin qu’il convient d’en laisser la négociation.

Vous remarquerez sans doute, dans les pièces que j’ai eu l’honneur de vous transmettre avant-hier, la manière dont la conférence repousse les allégations de quelques feuilles publiques qui ont cherché à faire penser qu’elle n’était pas étrangère à la lettre écrite par lord Ponsonby à M. Lebeau. La note adressée aux ministres de Hollande détruit toute espèce de doute à cet égard, s’il avait pu en exister.

Je n’ai pas dû faire connaître à M. le général Belliard les résolutions qui viennent d’être prises, parce que les explications donnent lieu à des interprétations et que, d’ailleurs, ce n’était que de vous qu’il pouvait recevoir des ordres.

La députation belge qui est chargée d’offrir la couronne au prince Léopold est arrivée hier soir à Londres : deux commissaires, MM. Devaux et Nothomb, sont arrivés en même temps ; ils ont vu le prince Léopold et lui ont annoncé qu’ils avaient des pouvoirs, mais ils n’en ont pas fait connaître l’objet spécial. Si ces pouvoirs avaient de l’étendue, il serait possible qu’il y eût plus de facilité pour régler les affaires de Belgique.

La conduite du prince Léopold est simple et convenable ; il acceptera probablement les offres des Belges, si les pouvoirs des deux commissaires belges sont de nature à amener des résultats satisfaisants. Ces pouvoirs n’ont pas été communiqués aux membres de la députation. Dans une conversation que j’ai eue hier avec le prince Léopold, il a annoncé le désir, si les choses s’arrangeaient, que le général Belliard fût envoyé auprès de lui.

On a appris ici, par un bâtiment de commerce venant du Brésil, que l’empereur dom Pedro, n’ayant pu comprimer les efforts d’un parti qui se donne le nom de parti national, s’était vu dans la nécessité de quitter Rio de Janeiro avec l’impératrice et presque toute sa famille. On ajoute qu’il a abdiqué en faveur de son fils, mais on ne sait pas dans quelles mains il l’a confié. Il paraît que l’empereur s’est embarqué pour l’Angleterre.

Cette révolution peut avoir de l’influence sur les affaires de Portugal : elle donne ici de l’inquiétude au commerce anglais qui a des intérêts considérable au Brésil, et les fonds publics en ont éprouvé quelque baisse.

On a reçu à Londres des nouvelles de Portugal en date du 29 mai ; elles annoncent que le commandant de l’escadre française avait établi, devant le port de Lisbonne, un blocus, mais seulement pour les bâtiments portugais. Il paraît que le gouvernement de dom Miguel, devant renoncer à l’espoir d’obtenir la médiation de l’Angleterre dans ses différends avec la France, a maintenant l’intention de réclamer la médiation de l’Espagne.

Il y a des mouvements populaires assez sérieux dans le Yorkshire et le Northumberland. Le ministère prend des mesures pour les réprimer.

P. S. – Depuis que cette lettre est écrite, j’apprends que la révolution de Rio de Janeiro a éclaté le 7 avril, par suite du refus formel de l’empereur de renvoyer son ministère. Le 8, il s’est rendu à bord de la frégate anglaise Warspite, d’où il a signé un acte d’abdication en faveur de son fils et nommé un conseil de régence. Cet acte a été publié le 9, et le même jour dom Pedro, accompagné de l’impératrice, de sa fille et de quelques autres personnes, s’est rendu à bord de la frégate anglaise Volage, devant faire route pour Portsmouth. On assure qu’on s’attendait à ce que le conseil de régence ne pourrait pas se maintenir, et qu’une union fédérale ou une république serait proclamée dans peu de jours. Les lettres de Riga annoncent que le choléra-morbus fait de grands progrès.

La Banque vient de donner avis à la Bourse qu'elle ferades avances sur dépôt d'effets de commerce ou de billets de l'Echiquier, à raison de 4 pour 100.

Recevez…

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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in MEMOIRES DE TALLEYRAND










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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