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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

3 JUIN 1831







Londres, le 3 juin 1831.

Monsieur le comte,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 31 mai, relativement à la lettre que lord Ponsonby, à son arrivée à Bruxelles, a adressée au ministre des affaires étrangères de Belgique.

Vous avez trop d’expérience des affaires, monsieur le comte, pour avoir pensé un moment que cette lettre pût être attribuée à la conférence, et je ne saurais croire que vous eussiez sérieusement exprimé quelque doute sur la part que j’aurais pu prendre à sa rédaction. Cette lettre n’a pas été préparée à Londres, et certainement, elle n’est pas de la conférence ; pour s’en convaincre, il suffit d’une simple lecture ; d’ailleurs, la conférence n’aurait pas pu dire ce que lord Ponsonby a écrit à M. Lebeau sur les changements qui, en l’espace d’une seule semaine, se sont opérés dans ses dispositions, relativement au grand-duché de Luxembourg. Au surplus, lord Ponsonby annonce lui-même que sa lettre a été écrite avec beaucoup de précipitation, ce qui prouve encore qu’elle ne lui a pas été remise avant son départ de Londres.

Il aurait été dans les formes que M. le général Belliard en prît communication avant qu’elle ne fût adressée au gouvernement belge, et la manière dont lord Ponsonby s’était exprimé ici sur le général Belliard ne faisait pas prévoir qu’une telle omission pût avoir lieu ; cependant elle peut jusqu’à un certain point s’expliquer, parce que cette lettre était une lettre particulière.

Nous voyons, par les informations qui parviennent ici de Bruxelles et que M. le général Belliard rend plus précises et plus intéressantes par les lettres qu’il veut bien m’écrire, que le prince Léopold est au moment d’être élu souverain de la Belgique, mais que le congrès mettra à son élection les mêmes conditions qu’à celle de M. le duc de Nemours ; qu’en outre, s’il donne une sorte d’adhésion aux bases de la séparation, ce ne sera que d’une manière très indirecte, et sans prononcer le mot protocole ; enfin, que le congrès ne renonce pas à ses prétentions sur Venloo, Maëstricht, et sur le Limbourg.

Il est à craindre qu’en suivant cette marche, les Belges ne s’écartent du but qu’ils veulent atteindre et qu’ils n’éprouvent de grandes difficultés pour déterminer le prince Léopold à accepter la couronne qu’ils ont l’intention de lui offrir ; on peut avoir cette opinion d’après les réponses qu’il a faites aux députés qui sont venus à Londres.

Au reste, il n’y a de difficultés sérieuses que pour Maëstricht et Venloo ; car si, comme les Belges l’annoncent, ils étaient possesseurs avant 1790 des cinq sixièmes du Limbourg, et si cinquante-quatre communes disséminées dans cette province seulement appartenaient à la Hollande, ce sont des faits que pourront facilement vérifier les commissaires démarcateurs. Il semble que des droits aussi bien établis qu’ils paraissent l’être aux yeux des Belges, ne devraient pas arrêter leur adhésion aux bases de la séparation, d’autant plus que le protocole du 20 janvier pose un principe d’échange qui s’appliquera nécessairement aux communes hollandaises qui forment des enclaves.

Quand à l’idée de placer dans Maëstricht une garnison mixte ou une garnison étrangère, je ne pense pas qu’elle soit jamais adopté. La prétention de souveraineté de la Belgique sur Maëstricht est bien nouvelle ; celle de la Hollande bien ancienne, car elle date du traité du Munster ; et il y aurait d’ailleurs de graves inconvénients à mettre des troupes hanovriennes dans cette place, comme M. le général Belliard l’avait proposé.

Ainsi, monsieur le comte, les affaires de la Belgique présentent toujours des difficultés sérieuses. Cependant la majorité qui se prononce dans le congrès en faveur du prince Léopold annonce qu’on sent en Belgique le besoin de faire cesser l’état pénible où se trouve le pays ; mais l’obstination des Belges à ne pas adhérer ouvertement aux bases de la séparation et à ne céder sur aucune de leurs prétentions peut amener les fâcheux résultats que nous avons depuis longtemps cherché à prévenir. Je suis porté à croire que les mesures indiquées à la fin de votre dépêche, combinées avec le départ de lord Ponsonby et le rappel de M. le général Belliard, pourront être la meilleure voie à suivre pour sortir d’une situation si fatigante et si opposée aux vues conciliantes et pacifiques des principaux Etats de l’Europe.

Telle est l’opinion qu’expriment les membres de la conférence que j’ai vus en particulier, en l’absence des ministres qui sont aux courses d’Ascott.

Recevez…

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. - Je joins ici une lettre pour Sa Majesté la Reine.

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in MEMOIRES DE TALLEYRAND










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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