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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

LEURS EXCELLENCES MM. LES MINISTRES

DES PUISSANCES ALLIEES

EN DATE DU

31 JUILLET 1815







Le ministre du roi a l’honneur de communiquer à Leurs Excellences MM. les ministres et secrétaires d’Etat des puissances alliées trois ordonnances de Sa Majesté : l’une rendue à Lille pour le licenciement de l’armée française et les deux autres qui ne sont encore qu’en projet et qui sont relatives à l’organisation d’une nouvelle armée. Le besoin de l’Europe, non moins que de la France elle-même, étant que celle-ci ait une armée, le roi s’est attaché et croit être parvenu à concilier ce besoin avec le besoin encore plus grand qu’elles ont également l’une et l’autre, de finir sans retour les révolutions.

Il y a vingt-six ans que la France, cherchant des garanties contre les abus d’un pouvoir ministériel sans contrepoids, et exercé sans unité comme sans contrôle, s’égara et se perdit dans cette sorte d’égalité dont l’inévitable conséquence est la domination de la multitude, c'est-à-dire, sa tyrannie, la plus effroyable de toutes, mais aussi, et par cela même, la moins durable. Cette tyrannie fit place, ainsi qu’il est toujours arrivé, et qu’il arrivera toujours, au despotisme d’un seul, lequel, par tempérament, et par calcul, déplaça la révolution en en changeant le mobile et la transporta du dedans au dehors, en substituant à l’esprit d’égalité l’esprit de conquête.

Les derniers événements ont prouvé jusqu’à quel point l’un et l’autre s’étaient affaiblis, puisque l’usurpateur qui les avait tous deux appelés à son secours n’a pu être soutenu par eux, contre les effets d’un premier et seul revers.

Mais les chances de révolution ne pouvant cesser, qu’ils ne soient tous deux entièrement éteints ou contenus de manière à ne pouvoir jamais redevenir dominants, toutes les pensées du roi, pensant sa retraite en Belgique, ont été tournées vers les moyens d’obtenir ce résultat, et tous ses actes, depuis son retour, ont eu pour but de l’assurer.

La doctrine d’une égalité extrême peut bien avoir encore pour apôtres et pour partisans quelques spéculatifs bâtissant des théories pour un monde imaginaire et un certain nombre d’hommes à qui cette doctrine seule a valu, pendant un temps, un pouvoir dont ils ont abusé et qu’ils regrettent ; mais la multitude même en est depuis longtemps détrompée par la cruelle expérience qu’elle en a faite. Cette doctrine ne pourra faire de prosélytes, et son esprit ne sera jamais à craindre tant que les droits civils de chacun seront garantis contre tout arbitraire, par une constitution politique qui exclue du pouvoir quiconque n’est pas dans cette situation où l’on sent plus le besoin de conserver que la nécessité et le désir d’acquérir.

Or, tel est le caractère de l’institution politique qui va régir la France.

La Chambre des pairs sera héréditaire. La Chambre des députés sera formée selon le seul principe qui puisse la mettre en harmonie avec les deux autres branches de la législature ; principe que l’on s’attachera à réintroduire ou à renforcer dans l’institution civile.

Elles partageront avec le roi l’initiative des lois qu’il s’était précédemment réservé.

De la manière de former la loi résultera la plus forte garantie que l’on puisse avoir de son impartiale équité, puisqu’elle sera l’expression, non de la volonté d’une seule personne ou d’un seul corps, mais d’une volonté formée par le concours de trois volontés distinctes.

Un ministère est déjà constitué dont les membres exécutent, chacun dans sa sphère d’attributions, ce qui a été arrêté dans une délibération commune. Il a ainsi toute la force d’action que donne l’unité ; il est responsable, ce qui est un préservatif contre les aberrations du pouvoir.

Les juges seront inamovibles, ce qui assure l’indépendance des tribunaux.

En matière criminelle, le jugement par jurés déjà existant sera maintenu. La confiscation reste pour tous les cas et pour toujours abolie.

Enfin les restrictions mises à la liberté de la presse ont déjà été révoquées.

Cette institution, plaçant l’Etat à une égale distance du pouvoir absolu et de la licence, ne laissera à celle-ci ni accès ni prétexte dont elle puisse abuser pour s’en faire un.

Cette même institution ne réprimera pas avec moins de bonheur l’esprit de conquête né dans des circonstances et entretenu par des causes qui ne reparaîtront plus.

Il n’y aura plus en France de dynastie révolutionnaire, intéressée au renversement des souverains légitimes pour en établir qui lui ressemblent.

Il n’y aura plus en France de dynastie tyrannique qui ait besoin de distraire le peuple de ses maux, en le berçant des illusions d’une gloire payée du plus pur de son sang.

Bonaparte est au pouvoir des alliés et a cessé pour jamais d’être à craindre.

Les instigateurs et principaux fauteurs de son dernier crime sont livrés aux tribunaux.

Les principaux instruments de son despotisme, les plus ardents de ses zélateurs sont éloignés, les uns de la France, les autres de la capitale et tous des affaires publiques.

L’esprit de conquête n’était pas celui de la France, pour qui il n’était qu’une calamité cruelle. Il ne régnait que dans l’armée ; mais il doit être nourri par le succès, il s’éteint dans les revers. Les campagnes précédentes l’avaient graduellement affaibli. Il semble impossible qu’il survive à la dernière campagne. Ceux qui en sont encore atteints ne peuvent se dissimuler qu’ils ne trouveraient plus comme autrefois l’Europe divisée, et que, contre l’Europe unie, ils n’auraient rien à espérer. Or, nul ne s’obstine à désirer sans espérance. L’esprit de conquête était encore entretenu par la presque perpétuité du service militaire qui faisait que le soldat finissait par ne plus connaître d’autre famille et d’autre patrie que l’armée. Cette cause sera ôtée par le plan d’organisation actuelle qui, rendant fréquemment les militaires aux habitudes et aux affections de la vie civile et domestique, les disposera à ne plus se faire des intérêts et des sentiments contraires à ceux de leur pays.

Le roi pense que cet ensemble de faits, de dispositions et de mesures, donne à la France, à l’Europe et à lui-même tous les motifs désirables de sécurité.

Le ministère du roi est de la même opinion.

Il prie Leurs Excellences MM. les ministres secrétaires d’Etat des puissances alliées de vouloir bien lui faire connaître s’ils la partagent, ou s’ils jugent qu’il faille ajouter quelque chose à ces dispositions, et, dans ce cas, ce qu’ils croient nécessaire d’y ajouter.

Le prince de Talleyrand a l’honneur de renouveler à Leurs Excellences….

Paris, le 31 juillet 1815.

Prince de TALLEYRAND.

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in MEMOIRES DE TALLEYRAND










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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