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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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TALLEYRAND

AU CONGRES DE VIENNE

PAR

PAUL DESCHANEL



Extrait de Orateurs et Hommes d'état - Calmann-Lévy - Paris - 1888




On attend avec impatience la publication des Mémoires de Talleyrand. Dès aujourd'hui, M. G. Pallain nous livre un grand nombre de lettres inédites de l'illustre diplomate, et des plus intéressantes, toutes celles qu'il a écrites à Louis XVIII pendant le Congrès de Vienne ; avec les réponses du roi. Publié simultanément en différentes langues, ce précieux recueil, l'un des chefs-d'oeuvre de notre littérature diplomatique, aura en Europe un grand retentissement.

Les Mémoires des hommes d'État sont plus ou moins arrangés pour la perspective de l'histoire, les lettres sont plus naturelles, plus sincères. Non qu'elles renferment toujours la vérité absolue, surtout quand c'est un Talleyrand qui tient la plume ; nature compliquée, « personnage à triple et quadruple fond », comme l'appelait Sainte-Beuve : car si, dans ses Mémoires, « ce grand politique, qui a fait tant de diplomatie avec ses contemporains, n'a pas dû échapper à la tentation d'en faire quelque peu avec la postérité », il est permis de penser aussi que, dans ses lettres, il a pu en faire parfois avec son nouveau maître. Cependant ses récits pleins de vie, improvisés et expédiés au jour le jour, sous le coup des événements, doivent se rapprocher beaucoup de la réalité, et, s'il y a eu arrangement, ce ne peut être que dans les détails.

M. Thiers, qui avait consulté cette correspondance pour son Histoire du Consulat et de l'Empire, dit que M. de Talleyrand en fournissait les matériaux à M. de la Besnardière, qui les rédigeait, et qu'ensuite il la recopiait de sa main. Il est possible que le ministre, suivant son habitude, ait, en effet, donné d'abord les matériaux ou le croquis de quelques-unes de ces lettres à l'homme distingué qui accompagnait à Vienne la légation française ; mais il nous semble bien que la plupart ont dû être écrites d'emblée par M. de Talleyrand lui-même. Sous la tournure officielle, elles ont un air de famille avec les lettres d’avant la révolution, d’avant l'épiscopat avec ses Mémoires lus à l’institut en l'an V après son retour d'Amérique, et son Eloge de Reinhard, quarante ans après, à l'Académie des sciences morales. Tout cela est de la même veine : quoiqu'à tant d'années de distance, on retrouve, sous cette manière élégante et aisée, sa subtilité dialectique si pénétrante, son bon sens, et cet esprit si français, cette grâce qu'il mettait à toute chose. Il y a là un tour trop original pour n'être pas personnel : les scènes curieuses, animées, où il se trouve aux prises avec ses adversaires, et notamment avec le tsar, avec M. de Metternich, avec lord Castlereagh, ont été évidemment jetées sur le papier ou dictées par l'auteur lui-même, encore tout chaud de ces débats passionnés.

Nous assistons avec lui aux diverses péripéties du Congrès, et aux plus intimes ; nous voyons à l'oeuvre, heure par heure, chacun des plénipotentiaires ; nous pénétrons leurs desseins ; nous suivons les évolutions, les progrès de notre représentant, qui sait profiter de tout pour arriver à ses fins ; et, quelque jugement qu'on porte sur sa politique, on ne peut méconnaître que la publication de ces lettres lui fait grand honneur. Quoiqu'il ait toujours songé à faire ses propres affaires en même temps que celle de la France, il semble que, par la finesse et l'étendue de son esprit, il retrouve, en quelque sorte, le sens moral et le patriotisme : l'élévation des idées paraît lui tenir lieu de caractère. On ne comprend pas comment M. de Vaulabelle a pu parler de « commérages », d’« anecdotes graveleuses », à propos de cette correspondance, qu'il traite de « scandaleuse chronique de salon et d’alcôve ». Nous n’y avons trouvé nulle trace de « détails cyniques ». M. Thiers lui-même ne nous paraît pas avoir donné une idée très exacte de cette correspondance lorsque, la comparant à celle qui était échangée entre M. le duc de Dalberg (nous avons des raisons de croire, d'après les renseignements fournis par des parents de M. de Talleyrand, que ce serait plutôt M. de la Besnardière) et M. de Jaucourt, qui dirigeait le ministère à l'absence de M. de Talleyrand, il trouve celles-ci « moins piquantes, mais plus sérieuses » que l'autre, où « la partie anecdotique et personnelle du Congrès est rapportée avec tous les détails qui pouvaient intéresser un roi spirituel, malicieux, aimant le scandale, et n'ayant presque aucun préjugé... » -- La correspondance de Talleyrand est sérieuse d'un bout à l'autre ; elle ne détient d'autres détails que ceux qui ont trait aux affaires publiques, et, si elle était bien faite pour charmer l'esprit et le goût du roi, elle ne l'était point pour flatter ses vices. C'est une très intéressante leçon de diplomatie, sous la forme la plus séduisante et la plus littéraire.


I



Napoléon vaincu est à l'île d'Elbe. Les alliés, à Paris, ont d'abord réglé les affaires de la France en signant avec Louis XVIII le traité du 30 mai 1814, qui la réduit à ses frontières de 1790 : le règlement des affaires de l'Europe a été réservé au Congrès, qui se réunit à Vienne au mois de septembre suivant. Là, après la tourmente de la Révolution et de l'Empire, dans cette assemblée unique des souverains, des premiers hommes d'État, des premiers capitaines, à travers les débats les plus orageux, les menaces de guerre, les ambitions rivales des gouvernements et les revendications ardentes des peuples longtemps opprimés et ruinés, au bruit des fêtes d'une société heureuse de se sentir renaître et avide de plaisirs, l'Europe moderne se constitue, et les destinées du monde sont fixées pour un demi-siècle.

D'accord contre nous, les alliés, les quatre, ne pourront pas le rester longtemps entre eux. Unis à Paris pour dépouiller la France, ils vont, par la force des choses, se diviser à Vienne pour partager le butin. La Russie et la Prusse, plus fortement unis que jamais depuis Leipzig, veulent, l'une toute la Pologne, l'autre toute la Saxe. L'empereur Alexandre, mêlant ses aspirations humanitaires à ses calculs ambitieux, un rêve de réparer la grande iniquité commise par Catherine, Frédéric et Marie-Thérèse, et, en joignant à ses Etats le grand duché de Varsovie, de constituer, du Niémen aux Krapacks, un beau royaume, qu'il dotera d'institutions libérales à la manière anglaise et qu'il gouvernera lui-même. D'autre part, comme la Prusse doit, en vertu des traités de Kalisch, de Reichenbach et de Toeplitz (1813), recouvrer précisément la plus grande partie de ce duché, on lui donnera en compensation la Saxe, objet de tous ses voeux : cette annexion corrigera sa difformité géographique, accroîtra sa cohésion, sa force et sa richesse, lui assurera en Allemagne une place prépondérante. L'Angleterre, étendant sa domination sur de nouvelles colonies, notamment sur la route des Indes, et hantée par le souvenir du blocus continental, dont de tous ses efforts contre la France, qu'elle cherche à contenir, au nord par l'établissement du royaume des Pays-Bas et la reconstitution du Hanovre, à l'est en favorisant l'ambition de la Prusse, qu'elle tâche d’allier aussi avec l'Autriche : car, si elle est favorable à l'occupation de la Saxe par les Prussiens, elle ne l'est point à celle de la Pologne par les Russes, et elle essaye d'unir à elle les deux puissances germaniques, d'une part contre la puissance française, de l'autre contre l'envahissement slave. Enfin l'Autriche, maîtresse de l'Italie septentrionale, ne doit pas voir d'un bon oeil les Prussiens venir à Dresde et les Russes jusqu'au pied des monts de Bohême : et, en effet, ni l’empereur François-Joseph ni ses généraux ne s'en soucient ; mais M. de Metternich, dans la crainte de devoir se tourner vers la France, commence par abandonner la Saxe, quoi qu'il en est dit, et quoi qu'en ait dit, d'après lui, M. Thiers. La correspondance de Talleyrand ne laisse aucun doute sur ce point.

Telle est la situation de l'Europe, telles sont les vues respectives des quatre grandes puissances au début du Congrès. L'Europe va donc inévitablement se diviser en deux, et la France, en se mettant d'un côté ou de l'autre, fera pencher la balance ici ou là. La question est de savoir dans quel sens on introduira le coin qui brisera la coalition : en s'alliant avec la Russie et la Prusse, -- ou avec l'Angleterre et l'Autriche ?

L'alliance avec la Grande-Bretagne fut la pensée maîtresse de Talleyrand ; elle domina toute sa vie : il en avait soutenu la nécessité à la Constituante, il avait tenté de la faire à Londres dans sa première mission diplomatique sous la Législative, il l’avait inutilement conseillée à Napoléon victorieux, il la réalisa au Congrès de Vienne, et termina sa longue et brillante carrière par où il l'avait commencée, poursuivant en 1830 comme ambassadeur de Louis-Philippe à Londres, le même but qu'en 1792, et l'atteignant enfin. C'était le seul moyen de rompre la coalition qui voulait broyer la Révolution française entre les armées du continent et les flottes britanniques. Cette idée, d'ailleurs, lui venait du dix-huitième siècle, dont il demeura toujours le fils et le représentant même dans le dix-neuvième : Voltaire par ses Lettres anglaises, Montesquieu par ses pages éloquentes sur la grandeur commerciale et politique nos voisins, n'avaient pas peu contribué à la fortifier chez quelques esprits encore peu nombreux, mais éminents : Mirabeau, dans deux lettres qu'il adressait de Berlin, en 1786, à son ami « l'abbé de Périgord », regarde l'alliance avec l'Angleterre comme « le salut du monde ».

Quant à l'alliance avec l'Autriche, Talleyrand l'avait déjà conseillé à Napoléon après Ulm, puis après Austerlitz : « l'Autriche, disait-il dans son remarquable mémoire du 25 vendémiaire an XIV, est encore le principal boulevard que l'Europe ait à opposer aux Russes, et c'est contre eux qu'il faut la fortifier. »

M. Thiers, dans un des plus beaux livres du Consulat et de l'Empire (LVI), s'est prononcé contre l'alliance austro-anglaise pour l'alliance prusso-russe, et a vivement blâmé M. de Talleyrand d’avoir choisi la première. M. Pallain suppose que M. Thiers a pu subir sur cette question l'influence de M. Pozzo di Borgo, le rival d’esprit de M. de Talleyrand, et qui fut le partisan constant de l'alliance russe, tentée à Tilsitt avant de l'être au Congrès de Vienne.

Ce qui est certain, c'est que l'opinion soutenue par M. Thiers avait été émise déjà par l'abbé de Pradt, est développé par l'auteur anonyme de ces Mémoires d'un homme d'État, dont se sont inspirés presque tous les historiens français de la Révolution et l'Empire. « Où l'égarement du système français a été le plus funeste, dit l'abbé de Pradt, c'est dans l'opposition qu’il n'a pas cessé d'établir contre la Prusse. Il y a deux principes invariables dans le système de la France à l'égard de la Prusse : alliance et éloignement ; l'un est le moyen de l'autre. Or, dans tout le Congrès, la France n'a travaillé qu'à s'aliéner la Prusse et qu'à la forcer de se rapprocher de sa propre frontière : ce qui était du même coup détruire l'alliance et créé l'inimitié. » M. Mignet, dans son Eloge de Talleyrand, et M. de Viel-Castel, dans son Histoire de la Restauration, se sont prononcés dans le sens de l’abbé de Pradt, de l'homme d'État anonyme et de M. Thiers ; au contraire, M. d’Haussonville, dans ses études sur le Congrès de Vienne, et sir Henry Lytton Bulwer, dans son Essai sur Talleyrand, se sont prononcés dans le sens de Talleyrand. La publication de M. Pallain renouvelle la controverse, en y apportant des éléments inédits.


II



Le point de vue tout différent auxquels se sont placés M. de Talleyrand, puis M. Thiers, explique l'opposition de leurs systèmes. Celui-ci, passionné pour la grandeur de la patrie et préoccupé avant tout de l'extension possible de nos frontières, soutient que ce fut une grande faute de régler séparément à Paris les affaires de la France au lieu d'attendre les divisions qui allaient infailliblement éclater à Vienne parmi nos adversaires, afin d'en tirer parti pour obtenir mieux qu’on ne nous offrait.

Au contraire, suivant M. de Talleyrand, qui, lui, ne jugeait pas les choses théoriquement, après coup, de son cabinet, mais qui était mêlé directement aux événements et aux hommes, qui avait à lutter contre toutes les difficultés présentes et à tenir compte des désirs et des longues fatigues du pays, la France devait tout d'abord fixer sa propre situation, et, par là, dissiper les défiances, les jalousies des puissances, les assurer de son désintéressement et de sa bonne foi, afin de se faire écouter dans leurs conseils et d'y reprendre le rang qu'elle avait perdu. Il était convaincu que la paix, cette paix tant souhaitée par la nation et par le roi, était irréalisable sans le sacrifice de la Belgique et de la rive gauche du Rhin : car la France, même vaincue, inspirait encore aux puissances de telles craintes, qu'elles ne pouvaient se départir de leur hostilité invétérée. Ainsi, nos affaires se trouvant régler par le traité de Paris, notre représentant pouvait arriver à Vienne dégagé de tout lien, avec l'intention déclarée de faire prévaloir, non des intérêts, mais des principes, de défendre les faibles, de contenir les ambitions dangereuses, enfin de travailler à rétablir en Europe un équilibre réel et durable et à accomplir ce qu'il a appelé une « restauration générale ». Ce rôle, auquel nos adversaires eux-mêmes ont rendu un éclatant hommage, ne manquait ni d'habilité ni de grandeur, et de Talleyrand était de taille à le remplir avec une hauteur digne de la France.

Du reste, la modération en matière de politique extérieure, l'opposition à l'esprit de conquête furent toujours dans ses idées : car il est remarquable que, s'il a souvent changé de maître, il n'a guère changé d'opinion. Déjà en 1792, il désapprouvait toute velléité d'annexion et soutenait que la France ne pouvait sans péril s'agrandir aux dépens de ses voisins : « Pour les Etats comme pour les individus, la richesse réelle consiste non à acquérir ou à envahir les domaines d'autrui, mais bien à faire valoir les siens. » Plus tard, sous le Directoire et sous l'Empire, il n'avait servi qu'à regret, et en essayant de la contenir, une politique violence contraire à ces maximes. Il en était plus que jamais pénétré après les désastres qu’il s'était vainement efforcé de prévenir et qui en démontraient la justesse ; et il n’hésita point à signer un acte qui, à ses yeux, « n'ôtait rien à la France d'essentiel à sa sûreté », qui seul pouvait lui assurer une paix durable, et la rendait libre de parler avec autorité et d'agir utilement dans les conseils de l'Europe.

Partant, comme on vient de le voir, d’un principe tout opposé, l'historien du Consulat et de l'Empire développe avec une grande richesse d'arguments et une grande abondance de fait et d'idées sa thèse de l'alliance prusso-russe. L'ardent patriote, souffrant impatiemment de voir la France refoulée dans ses anciennes limites tandis que ses rivales s'étaient accrues, s'étonne que M. de Talleyrand ait rechercher l'alliance de l'Angleterre qui ne serait jamais qu'une alliée malgré elle, au lieu de prendre la main que lui tendait le tsar, le tsar qui avait ramené les Bourbons, qui avait besoin d'eux, qui voulait donner sa soeur, la grande duchesse Anne, au duc de Berry.

Suivant M. Thiers, nous devions nous liguer avec la Russie et la Prusse, dont les intérêts étaient à Posen et à Dresde, contre l'Angleterre et l'Autriche, dont les intérêts étaient sur l'Escaut, le Rhin et les Alpes ; et, en supposant qu'il fallut se défier également de ces ambitions rivales, il était expédient d'attendre avant de nous prononcer. L'avidité d'Alexandre et de Frédéric Guillaume était telle, que, pour gagner notre appui, il nous aurait concédé à l'est ce que nous aurions voulu : plus notre réponse se serait faite attendre, plus ils auraient accru leurs offres. En cas de guerre, ils nous auraient rendu une partie au moins de la rive gauche du Rhin ; en cas de paix, nous aurions-les sur ses rives la Saxe, voisine pacifique, et non la Prusse. D'autre part, la Russie, en s'avançant jusqu'à la Wartha, eut gêné la Prusse, qui elle-même, en prenant la Saxe, eut inquiété l'Autriche. À la vérité, la maison de Saxe étant transportée des bords de l'Elbe à la rive gauche du Rhin, l'équilibre germanique eut été ébranlé ; mais, cet équilibre ayant pour objet d'interposer des petits Etats entre les grands, ne valait-il pas mieux que ce qui restait des Etats germaniques fût interposé entre nous et la Prusse qu’entre la Prusse et l'Autriche ? Au lieu de cela, l'Angleterre appliquant une idée de Pitt, poussa la Prusse à occuper les provinces rhénanes, et la Bavière le Palatinat du Rhin, afin de nous les rendre hostiles à jamais.

Telle est, en substance, lequel de M. Thiers. La correspondance de M. de Talleyrand y répond, et, croyons-nous, victorieusement.


III



Tout d'abord, l'alliance avec la Prusse supposait l'abandon de la Saxe : or, livrer la Saxe à la Prusse, c’eût été assurer la prédominance de la Prusse dans le centre de l'Europe, détruira à son profit l'équilibre germanique et l'indépendance de la Confédération. Les pays qu'elle devait s'assimiler le plus rapidement étaient naturellement les pays protestants, et la Saxe était justement de ceux-là, et l'un des plus riches : la limite de l'année, c'était réaliser d'un coup l'œuvre qu'elle a mis près de soixante ans à accomplir. Telle est la pensée maîtresse qui a inspiré la conduite de Talleyrand ; on la retrouve à chaque page, soit dans les instructions qu'il avait reçues et probablement rédigées avant de se rendre à Vienne, soit dans sa correspondance avec le roi et le Cabinet.

« En Italie, c'est l'Autriche qu'il faut empêcher de dominer ; en Allemagne, c'est la Prusse. La constitution de sa monarchie lui fait de l'ambition une sorte de nécessité. Tout prétexte lui est bon. Nul scrupule ne l'arrête. Dans un cours de soixante-trois années, elle apportait sa population de moins de quatre millions de sujets à dix millions... Qu’on la laissât faire, bientôt elle en aurait vingt, et l'Allemagne entière lui serait soumise. Il est donc nécessaire de mettre un frein à son ambition, en restreignant d'abord, autant qu’il est possible, son état de possession en Allemagne, et ensuite, en restreignant son influence par l'organisation fédérale. »

M. Thiers, dans les admirables pages qu'il a consacrées à la défense de son système, a été quelquefois entraîné, par l'ardeur de la discussion, à être injuste pour Talleyrand, par exemple lorsqu'il semble attribuer à l'amour-propre l'attitude du ministre à l'égard de la Saxe, et lorsqu'il le représente tellement irrité par la prétention des quatre de tout faire entre eux, si flatté, au contraire, de l'empressement que lui témoignent les petites Cours allemandes, qu'il n'y tint pas, se mit à la tête de ces petites Cours, devint ainsi le défenseur obligé de la Saxe, prit dès lors parti pour l'Autriche et l'Angleterre, qui était irrévocablement résolues à nous enfermer dans le traité de Paris, contre la Prusse et la Russie, qui étaient prêtes à améliorer notre sort, et déclara bien haut que la France ne voulait rien pour elle-même, « rien que le triomphe des principes, c'est-à-dire de la légitimité » ; ou bien lorsque, ayant raconté, d'après une bien curieuse lettre de Talleyrand, la première entrevue entre celui-ci et le tsar qu'il ajouta malicieusement : « si les vrais intérêts de la France étaient alors sur l'Elbe et la Vistule, non sur le Rhin et les Alpes, on ne l'avait jamais mieux servie. »

Il est vrai que Talleyrand avait sur la Pologne des idées très arrêtées, qu’il aurait bien voulu faire prévaloir : « Une de ses idées favorites, dit Mme de Rémusat dans ses Mémoires, c'est que la politique française devrait tendre à tirer la Pologne d'un joug étranger et en faire une barrière à la Russie, comme un contrepoids à l'Autriche. Je l'ai souvent entendu dire que toute la question du repos de l'Europe était en Pologne. Il s'effrayait de l'importance que la Russie pouvait prendre en Europe ; il opinait sans cesse pour qu'on fondât une puissance indépendante contre nous et les Russes, et il favorisait pour cela les désirs animés, quoique vagues, des Polonais. C'est le royaume de Pologne, disait-il toujours, qu’il faut créer : voilà le boulevard de notre indépendance, mais il ne faut pas le faire à demi. » Il pensait que le partage de la Pologne avait été en partie la cause et peut-être, jusqu'à un certain point, l'excuse des bouleversements auxquels l'Europe avait été en proie ; et il est remarquable qu'il parvint à faire réprouver le principe de ce partage par les puissances mêmes qui l’avaient consommé.

Il répétait à lord Castelreagh comme à M. de Metternich que, s'il s'était agi de rétablir toute la Pologne dans une entière indépendance, il aurait placé cette question en première ligne ; mais la rétablir pour la donner tout entière à la Russie, pour porter la population de cet empire en Europe à quarante-quatre millions de sujets et ses frontières jusqu'à l’Oder, « serait créer pour l'Europe un danger si grave et si imminent, qu'il faudrait arrêter, au besoin, par les armes, l'exécution d'un tel plan ».

Il est donc bien vrai que, dans son opinion, la France, comme toute l'Europe, devait avoir les yeux tournés vers l'Elbe et la Vistule. Mais faisons attention que la question de la Pologne était intimement liée à celle de la Saxe, puisque abandonner l'une, c'eût été en même temps abandonner l'autre ; et, en résistant au tsar, c'était bien encore la Saxe qui défendait ; c'était la prépondérance prussienne, l’unité germanique qu’il voulait empêcher à tout prix.

Il montre au roi, avec un sens politique admirable, le mouvement qui entraîne l'Allemagne entière, ce qu’il appelle « le jacobinisme de la noblesse », les ressentiments de « ceux que la dissolution de l'empire germanique et l’acte de Confédération du Rhin ont fait descendre du rang de dynastes à la condition de sujets, et qui, supportant impatiemment d'avoir pour maîtres ceux dont ils étaient ou croyaient être les égaux, aspirent à remplacer tous les gouvernements de ce pays par un seul. Avec eux conspirent les hommes des Universités, et la jeunesse imbue de leurs théories, et ceux qui attribuent la division de l'Allemagne en petits Etats les calamités versées sur elle par tant de guerres dont elle est le continuel théâtre. L'unité de la patrie allemande est leur cri, leur dogme, leur religion, exaltée jusqu'au fanatisme ; et ce fanatisme a gagné même des princes actuellement régnants. Or, cette unité, dont la France pouvait n'avoir rien à craindre quand elle possédait la rive gauche du Rhin et la Belgique, serait maintenant pour elle d’une très grande conséquence. Qui peut d’ailleurs prévoir les suites de l'ébranlement d'une masse telle que l'Allemagne, lorsque ses éléments divisés viendraient à s'agiter et à se confondre ? Qui sait où s'arrêterait l'impulsion une fois donnée ?


IV



M. Thiers a encore allégué qu'avec l'alliance prusso-russe, nous aurions eu sur le Rhin la maison de Saxe, et non la Prusse. (La note du comte de Nesselrode, du 31 décembre 1814, proposait de donner au roi de Saxe, comme compensation, un État séparé, de 700 000 âmes, sur la rive gauche du Rhin.) -- Cela est vrai ; mais, -- outre que le roi de Saxe, sur le Rhin, n'en aurait pas moins eu, un jour, le sort du roi de Bavière, -- les provinces rhénanes qui fut annexée à la Prusse étaient catholiques, séparées d'elle par le Hanovre, la Hesse, le duché de Brunswick, celui de Nassau, etc.., habituées à une administration française, plus éloignées d’elle encore par leurs croyances religieuses, leurs moeurs et la législation. Pour rallier ces éléments disparates, elle a dû, elle, puissance protestante, se faire la protectrice des intérêts catholiques en Allemagne. « C'est la Prusse, constituée en gouvernement absolu, qui dût se plier aux idées libérales de ces provinces ; c'est elle, protectionniste, qui dut se mettre à la tête du mouvement de liberté commerciale et créer, à force de persistance et de sacrifices, la grande union douanière de l'Europe centrale (Zollverein), afin de pouvoir rejoindre ses propres provinces. »

Pradt disait : « c'est un Etat indéfinissable ; elle a des ennemis partout, et des frontières nulles part. La Russie la presse par la pointe de ses Etats. L'Autriche la coupe par le milieu de ses provinces. La France l'atteint à l'extrémité de ses territoires, séparés du corps de la monarchie. Elle ressemble à ces maisons de Berlin qui ne se sont bâties que du côté de la rue ; cet État n'a encore qu'une façade sur l'Europe. »

Les Allemands eux-mêmes ne parlent pas autrement : « la Prusse, dit Gervinus, acquérait sur les bords du Rhin et en Westphalie une population qui, par sa confession religieuse, par les effets de la domination des Français et des institutions françaises, par les liens étroits qui avaient uni autrefois la France à ces pays, contenait des éléments aussi hétérogènes et aussi irréconciliables que possible et devait offrir les plus grandes difficultés à la migration prussienne. »

Enfin, -- et c'est ici un des points les plus importants du débat, -- s’allier avec la Russie et la Prusse, c’eût été les mettre toutes deux en contact avec l'Autriche, l'une au pied des Krapacks, l'autre aux défilés de la Saxe ; c'eût été livrer à la Prusse le champ d'opérations militaires dont Frédéric au dix-huitième siècle, et Napoléon au dix-neuvième, s'étaient servis, on sait comment. « La Saxe étant dans les mêmes mains que la Silésie, écrivait M. de Talleyrand, la Bohême pourrait être enlevée en peu de semaines, et, la Bohême enlevée, le coeur de la monarchie autrichienne serait à découvert et sans défense. » Contre l'irrésolution et la versatilité de M. de Metternich, il s'efforçait de s'armer de l'opinion de l'empereur d'Autriche et de ses généraux, qui, eux, comprenaient bien qu'il y allait du salut de la monarchie de laisser tomber entre les mains de la Prusse les défilés de la Thuringe et de la Saale.

M. Thiers écrivait son livre en 1860, avant Sadowa, avant Sedan : peut-être que, s'il l'avait écrit après, son point de vue se fût modifié. Lui-même, en 1865, en 1866, ne s’est-il pas prononcé catégoriquement, à la tribune du Corps législatif, en faveur de l'alliance autrichienne ? Ne s'est-il pas retourné, sur le terrain et au choc des événements, contre la politique qu'il avait soutenu la veille et que Napoléon III pratiquait maintenant pour notre malheur, cette politique de marchandage avec la Prusse, dont l'empire se promettait la rive gauche du Rhin, et où il devait rencontrer que déceptions et échecs jusqu'au désastre suprême ? Ecoutons le : « Le plus grand principe de la politique européenne est que l'Allemagne soit composée d'Etats indépendants. Le Congrès de Vienne a formellement maintenu ce vieux principe » (3 mai 1866). Est-ce M. Thiers qui parle, ou Talleyrand> ? Et encore : « il y a deux puissances dont l'union est faite, invariable : la Prusse et la Russie. Quelle est pour la France la puissance avec laquelle il serait sage de se préparer à pouvoir former des desseins communs ? C'est l'Autriche... » (13 avril 1865). « Lors même que l'alliance prussienne vous apporterait un accroissement de territoire quelconque, cette politique n'en deviendrait que plus honteuse ; car elle aurait consenti à recevoir un salaire pour la grandeur de la France, indignement compromise dans un prochain avenir. » (3 mai 1866.) Ici, la contradiction est flagrante : l'orateur, à six ans de distance, réfute l'historien ; et la dureté de ses paroles est le plus bel hommage à la clairvoyance de Talleyrand.

L'auteur allemand de la préface placée en tête de la traduction allemande de du livre de M. Pallain compare la situation de la France après les traités de 1815 avec celle de la France après Sadowa, et juge la première bien préférable à la seconde. Ainsi, aux yeux de nos ennemis eux-mêmes, la position de la France, vaincue et démembrée, après les désastres du premier Empire, était le meilleur que celle de la France en pleine paix, en 1866, mais compromise plus gravement encore par l'impéritie et la faiblesse du second. La Prusse, reprenant en 1866 sa tactique de 1741, de 1757, de 1778, qui consistait à se jeter dès l'abord sur la Bohême, la Prusse accomplit précisément à Sadowa le dessein que M. de Talleyrand s'était efforcé d'entraver en 1814 au Congrès de Vienne. Il faisait donc oeuvre d'homme d'État et de patriote en cherchant à empêcher le contact de la Prusse et de l'Autriche, qui devait nécessairement assurer la prépondérance de la première sur la seconde, et peut-être un jour sur nous-mêmes.


V



Tels sont les principaux motifs qui ont guidé Talleyrand : motifs plus élevés et plus sérieux, on le voit, que ceux que M. Thiers, dans le feu de son plaidoyer, lui a parfois prêtés.

Si l'on réfléchit qu’une alliance entre la Russie et la France aurait servi la première bien plus que la seconde ; que les quatre, divisés entre eux, se seraient toujours réunis contre nos tentatives d'agrandissement, et que, même avec l'appui de la Russie, nous aurions eu mille difficultés à imposer nos volontés au concert des puissances ; si l'on songe que personne, en ce moment, à Paris, ne voyait clair, ne s'intéressait à la Saxe, -- la Prusse, disait-on, est un tampon entre la Russie et la France ! -- et qu'au contraire Talleyrand faisait porter d'abord tout l'effort de ses négociations sur la Saxe, qu'il considérait comme l'affaire capitale, au lieu de s'occuper en premier lieu, comme l'aurait voulu Louis XVIII, du rétablissement de Ferdinand à Naples, question secondaire et dynastique ; si l'on considère la rapidité avec laquelle il prit rang au Congrès ; si l'on se rappelle les violentes colères des Prussiens contre le prince de Hardenberg, qui n'avait pu maintenir la Saxe en leur pouvoir ; si l'on examine les résultats obtenus : 100 royaumes conservés comme puissance de troisième ordre avec environ treize cent mille âmes ; une masse de deux millions d'habitants séparant l'Autriche et la Bavière de la Prusse ; celle-ci n'ayant ni Luxembourg ni Mayence, et ne touchant notre frontière sur aucun point (car ce n'est qu'en 1815 que les puissances établirent le contact immédiat de la Prusse et la France) ; si enfin on veut bien se souvenir que l'expérience de l'alliance prussienne avait été tentée à diverses reprises depuis 1795, sous la Convention, sous le Directoire, sous l'Empire, -- et pour quels résultats ! -- si l'on tient compte de tous ces faits, on rendra peut-être plus de justice à la politique de Talleyrand, et l'on trouvera les attaques de certains historiens et de certains critiques singulièrement exagérées.

Sans doute, tout, dans son oeuvre à Vienne, n'est point irréprochable : il a acheté cher ses nouvelles alliances ; on peut s'étonner, avec M. Thiers, qu'il ait omis de stipuler, dans le traité du 3 janvier (qui, même en cas de guerre et de victoire, liait la France aux conditions de celui de Paris), le rétablissement des Bourbons de Naples, point auquel Louis XVIII, mû principalement par les intérêts de sa race et de sa dynastie, attachait le plus d'importance ; de sorte que ce rétablissement n’eût pas lieu si l’impolitique Murat n’était venu fournir lui-même, au dernier moment, l'occasion que Talleyrand avait laissé échapper.

On peut trouver aussi qu'il a parfois obéi plus à ses nerfs qu'à sa raison en froissant à tort ceux-là mêmes dont il recherchait l'alliance et dont il avait le plus besoin (par exemple M. de Metternich, dans les réunions d'octobre et de novembre), et qu'il eut mieux fait de montrer moins d'impatience et de laisser l'Angleterre et l'Autriche venir à lui, au lieu d'aller à elles, afin d'en obtenir davantage. Certes, il n'y a pas lieu de s'extasier, comme on l'a fait, devant la conclusion d'une alliance qui, d'une façon ou de l'autre, ne pouvait pas ne pas être conclue, malgré le ferme propos des alliés de rester unis et de nous exclure de leurs délibérations. Mais ce que nous avons voulu montrer, et ce qui ressort en pleine lumière de cette correspondance, c'est que Talleyrand a admirablement compris et servi les intérêts de la France au Congrès, en cherchant à entraver de toutes ses forces l'unification de l'Allemagne par la Prusse.


VI



Tandis qu'il défendait la cause de la France et de la royauté, celle-ci faisait faute sur faute et rendait possible le retour de Bonaparte, par où fut détruit le fruit de tant d'efforts.

M. de Talleyrand eût voulu que le roi demeurât sur le territoire, d'accord en cela avec les quelques hommes éclairés qui entouraient le souverain. Le maréchal Mortier, qui était à Lille, conduisit le roi en Belgique avec tous les honneurs qui lui étaient dus, puis revint à son poste, réunit ses officiers et leur dit : « Moi, Messieurs, je reste en France. »

De tous les documents inédits publiés par M. Pallain, l’un des plus précieux est le célèbre rapport de Talleyrand à Louis XVIII pendant le voyage du roi de Gand à Paris. Ses jugements sur la politique intérieure de la France sont d'une sagesse et d'une prévoyance remarquables. Il avertit Louis XVIII en 1815 comme il avait prévenu Louis XVI en 1790 et Napoléon en 1808. Il trouve, avec une sincérité hardie, comme quoi les fautes de son entourage compromettent le principe de la légitimité. Il expose ce qu'il entend par légitimité, non celle de Louis XIV, que, par un anachronisme singulier, certains hommes de malheur voulaient ressusciter, mais bien la royauté constitutionnelle et parlementaire, qui sauvegardait les principales conquêtes de la Révolution. Il énumère les libertés indispensables et les garanties légales qui seules pouvaient assurer l'avenir de la monarchie, et réclame un Cabinet homogène et responsable, à l'instar de l'Angleterre. Encore tout rempli des délibérations de l'Europe assemblée, grandi par le rôle considérable qu’il y a joué, ministre plus que jamais nécessaire, il parle au roi avec une singulière autorité ; il lui conseil instamment d'éviter ce qu'il appelle, dans une lettre à M. de Jaucourt (qui sentait le danger comme lui), « les formes de l'immigration » à la Blacas, et les airs de Coblentz. Puis, avec une finesse charmante, et mettant dans la bouche des monarques sa propre pensée : « Les souverains m'ont dit qu'ils avaient remarqué avec regret dans la déclaration une phrase ou Votre Majesté fait entendre… qu’elle s'est soumise à accepter leurs secours... ils craignent que, par là, Votre Majesté ne se soit donné, aux yeux de la France, le tort de paraître imposée... »

Louis XVIII se servit du rapport de Talleyrand dans sa proclamation de Cambrai : on n'y trouve des phrases entières de ce Mémoire, et le ministre la contresigna. Malheureusement, de retour à Paris, -- et Napoléon en route pour Sainte-Hélène, -- Louis XVIII se laissa ressaisir par des influences contraires, et, bien peu de temps après, le 26 septembre 1815, Talleyrand donna sa démission définitive. En se privant du concours et des lumières d'un tel homme dans un tel moment, la monarchie restaurée et prouvait son incapacité de gouverner le pays de la Révolution, et préparait de loin sa chute ; car il est permis de croire que, si Talleyrand était resté aux affaires et avait appliqué le programme de 1815 au lieu de consumer sa vieillesse dans un rôle secondaire, la révolution de juillet 1830 n'eût pas eu lieu.

Ce livre n'est donc pas moins curieux au point de vue de la politique intérieure qu’au point de vue des affaires étrangères ; il jette une vive lumière sur une des périodes les plus émouvantes de notre histoire.

Il est aussi une leçon. À la fin de sa vie, le 27 novembre 1830, M. de Talleyrand écrivait à M. Molé : « la France ne doit pas songer à faire ce qu'on appelle des alliances, et elle doit être bien avec tout le monde, et seulement mieux avec quelques puissances, c'est-à-dire entretenir avec elles des rapports d'amitié qui s'expriment lorsque les événements politiques se présentent. Ce genre de lien doit avoir aujourd'hui un principe différent de celui qu'il avait autrefois. Ce sont les progrès de la civilisation qui formeront désormais nos liens de parenté. Nous devons donc chercher à nous rapprocher davantage des gouvernements ou la civilisation est plus avancée. C'est là que sont nos vraies ambassades de famille. » Cette politique, dernier mot de la vieille expérience de celui qui fut le prince des diplomates dans une époque où la diplomatie brilla d'un si vif éclat, cette politique n'est-elle pas aujourd'hui encore la meilleure, la plus conforme aux intérêts et à la gloire de ce pays ? Le jour où la République française aurait besoin d'un point d'appui au dehors, ne devrait-elle pas nécessairement se tourner vers les nations chez lesquelles la civilisation est la plus avancée et les institutions le plus conformes aux siennes ?


PAUL DESCHANEL.




FIN



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PARIS

CALMANN-LEVY, EDITEUR

Rue Auber 3, et Boulevard des Italiens, 15

A LA LIBRAIRIE NOUVELLE

1888








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Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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