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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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DISCOURS DE DEMISSION

DES DERNIERS MINISTRES,

LE PRINCE DE TALLEYRAND PORTANT LA PAROLE

24 SEPTEMBRE 1815




LES MINISTRES

AU ROI.



SIRE,

VOTRE MAJESTE daigna nous confier l’administration de ses Etats, lorsque l’Europe armée occupait les provinces du Nord, lorsqu’elle menaçait celles de l’Est et du Midi, lorsque la guerre civile était soudoyée et entretenue dans l’Ouest.

Une faction triomphante des partis comprimés par elle, mais non découragés ; des masses de populations, devenues indifférentes par l’excès de leurs craintes ou de leurs souffrances aux événements qui peuvent se développer, prêtes à supporter tour à tour la tyrannie des factions, le joug des armées étrangères, jusqu’à ce que des infortunes plus grandes les soulèvent enfin contre leurs oppresseurs : Telle est la situation de votre royaume depuis votre retour.

L’amour de la patrie n’existait plus que sous les bannières tricolores. Le parti qui s’appelait Royal proscrivait, dans ses projets, les lois et les hommes qui ne commandaient pas la subversion de l’ordre établi. La France dut-elle s’ensevelir sur ses propres ruines, et V. M. ne régner que sur des provinces désertes ! Ce parti préfère la destruction de sa gloire, de sa force, de son existence politique, à la voir se consoler de ses infortunes, et réparer ses pertes sous les lois sages et libérales accordées par V. M. Ce parti devint hostile dans le Midi, dans l’Ouest et dans le Nord, parce qu’il se crut soutenu par l’autorité : les bons citoyens attendaient en silence la parole de V. M. ; aujourd’hui ils courent aux armes, dans l’Auvergne, dans les Cévennes, dans les Vosges, dans la Franche-Comté, dans l’Alsace.

Vous ne pouviez ignorer, Sire, quel était notre dévouement à votre personne sacrée….. Nous connaissions les vœux et les besoins des Français ; nous les exprimâmes à V. M. avec une respectueuse franchise. Elle parut entendre ; et lorsque nous quittons ses conseils, nous croyons qu’elle nous permettra de les retracer à sa pensée.

Les révolutions ont changé l’état des familles, renversé les fortunes qu’elles avaient élevées, fermé les carrières qu’elles avaient ouvertes, terni la gloire qu’elles avaient exaltée. Elles ont enseigné aux peuples qu’il n’y a de bonheur pour eux que sous un gouvernement qui devient stable, parce qu’il recrée l’état de famille en harmonie avec les mœurs du temps, parce qu’il consolide les fortunes qui existent, parce qu’il fonde l’honneur national sur les principes d’une immuable justice, qui est, pour les peuples entre eux comme pour les individus, dans les rapports où l’état de société les place les uns envers les autres.

Si nous avions pu donner cette direction au gouvernement de V M., les Français se seraient associés de cœur et d’intention aux efforts de leur Roi, qui promettait à leur union des institutions solides ; leurs intérêts se seraient confondus avec la gloire, l’amour et la sûreté du Prince. Les intérêts et les passions fanatiques, qui contrarient un ordre de choses si favorable au bonheur général, se taisent et s’amortissent avec le temps, ou se perdent dans le vague d’une opposition qui reste sans effet.

Vos sujets se seraient soumis à vos lois, quelles qu’eussent été leurs opinions ou leur ancienne existence.

Les partis républicains ou impériaux ne sont plus à craindre ; la masse de la nation ne veut que la liberté et de la tranquillité.

Les cabinets étrangers, en voyant les Français ralliés autour de votre trône, auraient borné des prétentions que vous pouviez combattre.

La constitution nous a rendu responsables des actes de votre autorité. Nous nous étions promis de la régler selon les principes que nous venons de développer. Bientôt il nous a fallu lutter contre l’ignorance, les passions, la haine des personnes qui vous entourent. Elles s’immiscèrent dans le gouvernement. Des ordres furent donnés, des mesures furent prises, auxquels nous n’eûmes point de part. Des commissaires royaux allèrent allumer, dans les provinces, le feu de la guerre civile ; mettre aux séditieux les armes à la main ; diriger leur férocité contre les citoyens paisibles ; s’agiter en tous sens, pour répandre l’effroi et la terreur….. Ils y parvinrent sans peine, lorsqu’ils annoncèrent que les étrangers étaient leurs auxiliaires ; lorsqu’ils profanaient le nom de V. M., en l’invoquant dans leurs discours ; lorsqu’au Midi, que l’étranger n’occupait point encore, ils promettaient 80 000 Espagnols !

Un maréchal de France est égorgé sur les bords du Rhône ; ses assassins ne sont ni recherchés ni punis ! Etait-ce par l’oppression que l’on pouvait ramener à votre gouvernement ?

L’outrage est poussé plus loin, on prend dans quelques villes des couleurs autres que les vôtres ; des Français eux-mêmes veulent démembrer votre Royaume, et séparer le Nord du Midi.

V. M. a senti qu’il fallait ramener à la soumission les partisans aveugles d’une cause dont la légitimité était reconnue….. Nos ordres ne furent point écoutés ; des magistrats, que nous envoyâmes en votre nom, furent immolés par ceux qui agissaient au nom du Roi. Nous demeurâmes sans pouvoir ; des instructions secrètes rendaient nuls nos efforts et nos intentions : Que pouvaient faire alors les ministres de V. M. ?

M. le duc d’Otrante, lorsque Napoléon régnait encore, était parvenu, par des négociations, à désarmer la Vendée. V. M. était à peine sur le trône, que l’insurrection éclata dans la Vendée avec plus de violence que jamais. Quel pouvait en être le but après votre rétablissement ? Votre ministre de la guerre déclara qu’il n’avait point de troupes pour soumettre ses provinces. Il n’était pas dans l’intention de votre Cour que l’on combattît cette insurrection.

Nous ne pouvons vous le dissimuler, Sire, c’est contre votre trône que ces coups se frappent : vous souffrez que l’on méconnaisse le pouvoir légal ; que celui des factions le remplace. Les factions font les révolutions. Celles qui triomphent aujourd’hui peuvent être abattues demain. V. M. n’aurait même plus leur appui illégitime.

Vos ministres, toujours dévoués à votre personne royale, essayèrent encore de s’opposer à cette action réactive. Les Princes de votre maison, les grands de votre Cour, appelèrent crimes, attentats à votre couronne, leurs efforts pour ramener l’ordre et la soumission aux lois. Nous perdîmes tout crédit auprès de V. M. ; nous devenions coupables aux yeux de la nation.

Les élections furent faites ; une minorité factieuse les dirigea : cette minorité est seule représentée. Les choix que l’on a indiqués à V. M. pour la Chambre des Pairs sont faits dans le même esprit.

Ministres sans autorité, en butte aux persécutions de la Cour, sans soutien dans l’opinion publique, exposés à l’opposition des Chambres, qu’aurions nous à opposer à la clameur des peuples, lorsque enfin ils demanderont compte de tant de maux ?

Cependant les étrangers possèdent la France en pays conquis. Aux discordes civiles ils ajoutent le ravage des provinces ; ils dévorent la subsistance des peuples, qu’une famine prochaine menace ; ils enlèvent les magasins d’armes, les munitions de guerre, les canons des remparts de vos villes. Le drapeau blanc ne flotte plus que sur des débris. Ils font disparaître des monuments publics les signes de votre ancienne gloire ; ils vont s’emparer des monuments des arts, qui nous restent seuls de vingt ans de conquêtes.

C’est ce déshonneur, Sire, que les nations pardonnent le moins ; et V. M. est restée muette sur ces attentats à l’honneur national.

Nous ignorâmes longtemps que des traités secrets vous liaient à ces étrangers. V. M. avait voulu négocier elle-même. Nous ne pûmes empêcher le licenciement de l’armée. Cette mesure consommée laisse la France et votre personne au pouvoir de l’étranger.

Qu’avait à craindre votre maison de cette armée ? Napoléon n’existe plus pour la France : les couleurs nationales accordées, quelques concessions faites à l’opinion publique, cette armée devenait la vôtre, elle vous servait de résistance aux ambitions de vos alliés. Fallait-il s’abandonner aux combinaisons et aux séductions de votre Cour et des Princes étrangers ? Votre Cour est égarée par ses préjugés. Les Souverains étrangers ont des intérêts opposés aux vôtres. L’Empereur de Russie était peut-être le seul que vous pussiez croire sincère dans ses promesses.

Les Alliés s’opposent en ce moment aux recrutements des Légions Départementales.

Tel est le malheur où des conseils passionnés ont jeté V. M., que ses sujets se trouvent presque partout en opposition ou en armes les uns contre les autres, et que presque partout les partisans de votre maison sont le plus petit nombre.

Les Français, humiliés et mécontents, sont prêts à se porter aux dernières extrémités.

V. M. n’a plus rien à opposer aux prétentions des étrangers. Ils lui ont présenté un traité qui consommerait la ruine de la nation, qui l’entacherait d’une honte éternelle. Nous n’avons pas cru devoir y donner notre assentiment, qui nous rendrait coupables envers cette nation que l’on pourra humilier, que l’on ne pourra point abattre. Depuis que V. M. nous a confié l’autorité de ministres, nous avons toujours été sans pouvoir de faire le bien, sans pouvoir pour empêcher le mal. Nos opinions n’ont eu aucune influence ; les cabales de votre Cour ont prévalu. Nous avons dû obéir, par respect pour V. M., et revêtir de notre signature des actes que nous désapprouvions. Nous aurions sacrifié notre vie pour sauver V. M. et la patrie. Nous ne livrerons point nos têtes coupables aux fureurs populaires, pour conspirer la perte de V. M. et de la patrie.

Qu’ils sachent, ceux qui sont près de V. M., que les révolutions qu’ils susciteront n’entoureront le vaisseau de l’Etat que de nouveaux écueils ; qu’elles donneront aux factions qui nous sont contraires les projets de chercher un lieu de repos hors de l’autorité légitime de V. M. ; qu’elles élèveront des prétentions au trône où vous êtes monté.

Ce n’est pas par une fonction que V. M. doit gouverner, mais par une constitution, par sa prérogative royale, reconnue et établie.

Qu’elle tremble cette faction d’en suspendre les effets, pour mettre ses passions à leur place ! Ses agents en seraient les premières victimes et les causes des plus grands malheurs pour V. M.

Nous avons la conviction que nous ne pouvons plus continuer à faire le bien de vos sujets, que nous ne pouvons plus gouverner dans l’esprit des conseils qui dirigent V. M. Elle saura, sans doute, plus que notre zèle et nos efforts, remédier aux maux qui affligent l’Etat.

C'est pourquoi nous osons la supplier de croire aux regrets que nous éprouvons de ne pouvoir continuer plus longtemps à la servir, et aux vœux que nous formons pour la prospérité de sa maison et le salut de la France.



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1815









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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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