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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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DEUX HOTES DU CHATEAU DE VALENCAY

PAR

ALBERT DECOURTEIX





Le château de Valençay, qui est l’édifice le plus beau et le plus important du département de l’Indre, a été construit en pleine renaissance sur l’ordre de Robert d’Etampes. Il a été édifié par le grand architecte Philibert Delorme, l’auteur des plans des châteaux d’Anet et de Meudon et du Palais des Tuileries. Il fut agrandi plusieurs fois et en particulier par M. de Villemorien.

En 1801, à la suite du traité de Lunéville, M. de Talleyrand fit l’achat du château et de la terre de Valençay (1). Le gouvernement de la province, dont dépendait Valençay, avait été confié en 1736 au prince de Talleyrand-Périgord.

M. de Talleyrand avait certainement entendu parler par les membres de sa famille du château dont il se rendit acquéreur.

M. de Villemorien avait ajouté à la terre de Valençay la terre de Luçay-le-Mâle. Son fils ne porta plus que le nom de Luçay. C’est des anciens possesseurs de Luçay que descend l’écrivain Henri Rochefort.

Sous Napoléon 1er le château de Valençay brilla d’un vif éclat. Les réunions élégantes, les représentations théâtrales, les entrevues diplomatiques, le séjour des grands personnages attiraient tout particulièrement l’attention sur cette partie du Berry. Un peintre, M. Tenré, a exposé au Salon de 1899, un très beau tableau représentant les grands personnages et les femmes élégantes de l’époque assistant à un spectacle au théâtre du château de Valençay, en 1806.

Parmi les hôtes du château pendant la vie de Talleyrand il y en a plusieurs qui se distinguèrent à des titres et sous des rapports bien différents. L’un d’eux fut le roi Ferdinand VII, d’Espagne, devenu prisonnier de Napoléon 1er. Un autre, dont la réputation est due, surtout, à sa vie aventureuse et au mariage qu’il contracta, s’appelait de Montrond. Il fut particulièrement connu parce qu’il avait épousé Aimée de Coigny, chantée par le poète André Chénier, sous le nom de « La Jeune Captive ».

Une étude sur la vie du roi Ferdinand VII et sur son séjour au château de Valençay et une autre étude sur l’emprisonnement de M. de Montrond, sur son mariage avec « La Jeune Captive », sur ses aventures et sur l’hospitalité que Talleyrand lui offrit dans notre département m’ont semblé avoir de l’intérêt pour les lecteurs qui aiment à faire revivre quelques traits de la physionomie des personnes ayant séjourné dans le Berry.

I


LE ROI FERDINAND VII


Dans les premières années du XIXe siècle, l’Espagne n’était pas encore entrée dans la véritable voie de la civilisation. Les Bourbons n’avaient pas réalisé de sérieux progrès dans ce pays qui était resté fidèle à la barbarie antique. La noblesse et le clergé étaient les maîtres de cette contrée dont le peuple indolent, sobre, énergique pour soutenir ses idées, conservait un mélange d’ardeur chevaleresque et de brutalité africaine.

L’Espagne était gouvernée par une dynastie tombée dans une dégradation et dans un affaiblissement moral des plus grands. Charles IV avait abandonné le pouvoir à Godoï, qui était devenu premier ministre et prince de la Paix. Ce favori, qui était détesté en Espagne, contracta une alliance secrète avec la coalition. Au mois d’octobre 1806, lorsque Napoléon fut attaqué par la Prusse, il appela les Espagnols à se lever contre un ennemi qu’il ne désignait pas. Mais après Iéna, il s’humilia et envoya dans l’armée de Napoléon quatorze mille hommes qui firent partie du corps de Bernadotte.

Napoléon, voyant qu’il ne pouvait plus compter sur l’alliance espagnole, prit la résolution de dominer l’Espagne soit en détrônant sa dynastie, soit en annexant une partie de la péninsule à la France.

La Cour d’Espagne se trouvait en proie aux divisions et aux scandales. Ferdinand, fils aîné du roi Charles IV, était un prince sans caractère et sans instruction. Mais, en butte aux vexations de sa mère et du favori Godoï, il avait les sympathies du peuple espagnol. Il forma le projet de renverser Godoï et de prendre le pouvoir. Il fit part de ses intentions à Napoléon et lui demanda son concours. Charles IV, ayant été informé de ses projets, le fit arrêter au mois d’octobre 1807 et, à son tour, implora la protection de l’empereur pour faire « révoquer la loi qui appelait Ferdinand au trône ».

Quand Napoléon vit qu’il était l’arbitre choisi par le père et le fils, il résolut de profiter de ces divisions de famille pour se rendre maître de l’Espagne. Il envoya dans la péninsule des armées françaises qui ne tardèrent pas à s’emparer de Figuières, Barcelone, Pampelune, etc… Le 1er mars 1808, Napoléon fit savoir à la Cour d’Espagne qu’il exigeait la réunion à l’Empire français des provinces situées entre les Pyrénées et l’Ebre. Godoï accablé par cette déclaration n’opposa aucune résistance et accepta la cession demandée. Puis, ayant appris que Napoléon voulait détrôner les Bourbons, il décida le roi et la reine à s’enfuir en Amérique. Les partisans de Ferdinand, furieux de la décision prise, se révoltèrent contre le roi, qui abdiqua en faveur de son fils.

Ferdinand se rendit à Madrid au milieu d’un enthousiasme général. Mais Charles IV écrivit à l’Empereur pour lui dire que son fils avait attenté à ses jours et était un ennemi irréconciliable de la France. Ferdinand était convaincu qu’il ne pouvait régner sans la protection de Napoléon et il se rendit en France au-devant de l’Empereur, qu’il trouva à Bayonne. Ce dernier, à la vue de ce descendant dégénéré de Louis XIV, lui demanda sa renonciation à la couronne d’Espagne. Mais Ferdinand refusa énergiquement. Sur ces entrefaites Charles IV et sa femme arrivèrent à Bayonne. Une insurrection venait d’éclater à Madrid. Alors Charles IV supplia son fils d’abdiquer et Ferdinand signa son abdication le 5 mai. Ils signèrent tous, Charles, Ferdinand, son frère Carlos et son oncle, un traité par lequel ils cédaient à l’Empereur tous leurs droits au trône d’Espagne. Charles, sa femme et Godoï partirent pour Marseille ; Ferdinand, son frère et son oncle se dirigèrent vers le château de Valençay.

Ferdinand fut conduit à Valençay avec une escorte d’honneur de quatre-vingts gendarmes. Le voyage dura quatorze jours. Il fut effectué dans une ancienne voiture rouge et or, construite sur le modèle des carrosses de la Cour de Louis XIV. Ce carrosse excita longtemps et très vivement la curiosité des personnes qui visitaient le château (2).

Napoléon avait accordé à Ferdinand, en échange de ses droits le château de Navarre avec un revenu de 400 000 francs et 600 000 francs de rente viagère. Charles IV avait reçu des châteaux et une rente de trente millions de réaux. « Cela fera en tout dix millions, écrivait Napoléon à Mollien, toutes ces sommes seront remboursées par l’Espagne. » La rente ne fut pas régulièrement payée. Moins de trois mois après la signature de la convention, Ferdinand était déjà obligé de faire des démarches auprès du Trésor français pour obtenir le paiement des deux premiers mois de sa pension.

Ferdinand était né en 1784. Il avait donc 24 ans quand il vint en Berry. Il y resta jusqu’à la fin de l’année 1813. Par le traité de Valençay (11 décembre 1813), Napoléon lui rendit la couronne d’Espagne.

Talleyrand a raconté lui-même comment les princes arrivèrent à Valençay sous la garde du colonel Henry, de la gendarmerie d’élite : « Les princes étaient jeunes, dit-il, et sur eux, autour d’eux, dans leurs vêtements, dans leurs voitures, dans leurs livrées, tout offrait l’image des siècles écoulés. Le carrosse d’où je les vis descendre pouvait être pris pour une voiture de Philippe V.

Croirait-on qu’à Valençay je fis connaître aux princes d’Espagne un genre de liberté et de plaisir qu’ils n’avaient jamais connu auprès du trône de leur père. Jamais, à Madrid, les deux princes aînés ne s’étaient promenés ensemble sans une permission écrite du roi. Etre seuls, sortir dix fois par jour dans le jardin, dans le parc, étaient des plaisirs nouveaux pour eux ; ils n’avaient pu jamais être autant frères. »

L’empereur avait entretenu plusieurs fois Talleyrand de son projet de s’emparer de l’Espagne et ce dernier avait vivement combattu ce désir en faisant valoir les dangers et l’immoralité d’une semblable entreprise. Napoléon avait été extrêmement blessé de l’opinion de Talleyrand sur la guerre d’Espagne. Il trouvait que les dispositions prises à Valençay avaient trop pour objet la sûreté des princes et il crut devoir adresser à Talleyrand les instructions suivantes : « Je désire, écrivit-il, que ces princes soient reçus sans éclat extérieur, mais honnêtement et que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les amuser. Si vous avez à Valençay un théâtre et que vous fassiez venir quelques comédiens, il n’y aura pas de mal. Vous pourriez y amener Madame de Talleyrand avec quatre ou cinq dames. Si le prince des Asturies s’attachait à quelque jolie femme, cela n’aurait aucun inconvénient, surtout si on en était sûr. J'ai le plus grand intérêt à ce que le prince des Asturies ne commette aucune fausse démarche. Je désire donc qu’il soit amusé et occupé. La politique voudrait qu’on le mît à Bitche ou dans quelque château fort ; mais comme il s’est jeté dans mes bras, qu’il m’a promis de ne rien faire sans mon ordre et que tout va en Espagne comme je le désire, j’ai pris le parti de l’envoyer dans une campagne en l’environnant de plaisirs et de surveillance. Que ceci dure le mois de mai et une partie de juin, les affaires d’Espagne auront pris une tournure, et je verrai alors le parti que je prendrai. Quant à vous, votre mission est assez honorable. Recevoir chez vous trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans le caractère de la nation et dans celui de votre rang ».

Il est facile de deviner les sentiments qui agitèrent l’esprit de Talleyrand à la lecture de cette lettre. L’empereur ne lui pardonnait pas les conseils qu’il lui avait donnés ni les critiques qu’il lui avait adressées au sujet de l’expédition d’Espagne et il lui imposait un rôle de geôlier, dont ce dernier comprenait le sens blessant et le caractère injurieux. À partir de ce moment, le grand homme d’Etat devint l’ardent ennemi de Napoléon.

Dès que nous nous revîmes à Nantes, dit de Talleyrand en parlant de l’empereur, nous eûmes des conversations, je pourrais dire des discussions assez irritantes… Jamais il ne prononça depuis le nom de l’Espagne, celui de Valençay, le mien, sans y joindre quelque épithète injurieux que lui fournissait son humeur. »

Quelques jours après cette entrevue Talleyrand reçut à Valençay, où il venait de rentrer, une lettre de Napoléon qui contenait ces mots : « Le prince Ferdinand en m’écrivant m’appelle son cousin. Tâchez de faire comprendre à M. de San Carlos que cela est ridicule et qu’il doit m’appeler simplement : Sire ».

Talleyrand se soumit-il aux volontés de l’empereur pour les instructions qui lui furent données sur le séjour des princes à Valençay ? Il est difficile de le savoir exactement.

Le séjour des princes au château de Valençay ne fut pas toujours très heureux. Le Préfet de l’Indre recevait des plaintes qui lui étaient adressées par les captifs ou par des agents placés auprès d’eux. Ces plaintes étaient faites contre le gouverneur et l’intendant qui manquaient d’égards envers les princes et se croyaient maîtres absolus de leurs personnes et de leurs actes.

Le Préfet écrivit un jour à Savary, duc de Rovigo, qui était devenu, en 1810, ministre de la police, la lettre suivante : « Son excellence, qui ne paraît pas se douter que Ferdinand VII est un des successeurs du trône de Charles Quint et de Philippe II, se persuadera facilement en considérant le caractère des princes espagnols et leur genre d’éducation que les tracasseries intérieures dues à la rivalité d’agents subalternes plus qu’à d’autres circonstances réveillent en eux des regrets. » Le Préfet ajoutait que le caractère des princes était pusillanime et inquiet, qu’il n’y avait pas à redouter une évasion et qu’il convenait de rendre aux captifs le séjour à Valençay aussi agréable que possible. Il disait aussi que la réduction de 36 000 fr. qui venait d’être faite sur la somme que le gouvernement allouait aux princes les avait vivement mécontentés.

Les princes vécurent près de six ans dans leur retraite, presque en pleine campagne, au milieu des bois. L’oncle du roi d’Espagne, don Antonio, s’amusait à inventer des pièges à loups. Quand les princes partirent, ils laissèrent beaucoup de regrets dans le pays. Ils étaient très généreux et leurs largesses contribuèrent beaucoup à enrichir la contrée.

Ce fut par le traité de Valençay (11 déc. 1813) que Napoléon rendit l’Espagne à Ferdinand VII, qui en quittant le Berry aurait, dit-on, prononcé ces paroles : « Fasse le ciel que je ne regrette jamais les jours paisibles que j’ai passés ici ». Napoléon, obligé de se défendre contre l’invasion étrangère, avait fait offrir à Ferdinand de le rétablir sur le trône de ses pères. Le traité du 11 décembre ne fut pas sanctionné par les Cortès. Ferdinand n’en rentra pas moins, en vertu de ce traité, dès les premiers jours de mars 1814, en Espagne, où il fut accueilli avec un grand enthousiasme et il fit son entrée solennelle à Madrid le 14 mai de la même année.

Ferdinand VII resta sur le trône d’Espagne jusqu’en 1833. Son règne ne fut pas toujours calme. En 1823, il ne réussit à mettre fin à une insurrection que grâce aux secours de Louis XVIII, roi de France, qui envoya en Espagne une armée, commandée par son neveu le duc d’Angoulême. Au milieu des difficultés de son règne, il regretta peut-être quelquefois son séjour en Berry et ses promenades silencieuses à l’ombre des arbres séculaires du grand parc du château de Valençay.

II


M. DE MONTROND.


Après les cent-jours, le prince de Talleyrand cessa d’être ministre des affaires étrangères. Il resta simple pair et prit place dans l’opposition. Il ne fut pas étranger à la révolution de 1830. Aussi, dès son avènement, le roi Louis-Philippe le nomma plénipotentiaire en Angleterre. En 1834, il signa le traité de la quadruple alliance et il se décida peu de temps après à se retirer des affaires.

Pendant les dernières années de sa vie, il eut, au château de Valençay, un hôte assidu, dont l’existence avait été agitée et romanesque. Ce compagnon fidèle du grand diplomate s’appelait de Montrond. Perclus de goutte, sans situation, sans ressources, cet homme traînait ses infirmités et vivait sans souci en usant largement de la bienfaisante hospitalité qui lui était généreusement offerte.

L’existence de Montrond fut un véritable roman. Elle n’est pas dénuée d’intérêt pour les personnes qui aiment à connaître les familiers de l’ancien diplomate qui a fait briller d’un si vif éclat le château de Valençay.

Dans la vie de Montrond, nous nous attacherons tout particulièrement à l’histoire de son mariage avec Aimée de Coigny et au rôle qu’il joua en présentant au prince de Talleyrand la jeune femme qui devint Mme de Talleyrand.

***

Le 4 mars 1794 était conduite à la prison de Saint-Lazare une Dame que le poète André Chénier devait rendre célèbre en lui adressant sa belle poésie : La jeune captive.

Cette prisonnière appartenait à une famille d’ancienne noblesse. Elle s’appelait Aimée de Coigny. Ses parents l’avaient mariée, en 1784, avec le duc de Fleury, petit neveu du Cardinal, qui n’avait que quinze ans. Le ménage n’était pas resté longtemps uni et le 7 mai 1793 les époux avaient divorcé. Le poète André Chénier, qui fut arrêté dix jours après la duchesse de Fleury, resta pendant quatre mois son compagnon de captivité.

Aimée de Coigny avait alors 35 ans. Elle était dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté. Les contemporains disent qu’elle avait la prestance de Vénus. André Chénier séduit par la grâce et le charme irrésistible de sa compagne puisa dans son admiration et dans son amour pour elle une inspiration d’une grandeur et d’une beauté merveilleuses. Il lui consacra deux pièces de vers. Dans l’une ayant pour titre : La jeune captive, se trouvaient ces beaux vers :

L’épi naissant mûrit de la faux respecté ;

Sans crainte du pressoir le pampre, tout l’été,

Bois les doux présents de l’aurore :

Et moi, comme lui belle et jeune comme lui,

Quoique l’heure présente ait de trouble et d’ennui,

Je ne veux pas mourir encore.

L’autre pièce qui a pour titre : à Mlle de Coigny commence ainsi :

Blanche et douce colombe, aimable prisonnière,

Quel injuste ennemi te cache à la lumière ?…

Chénier offrit le manuscrit de son élégie à sa compagne qu’il avait tant poétisée. Mais celle-ci n’a pas semblé apprécier comme ils le méritaient ces beaux vers.

Aimée était plus attirée vers un autre prisonnier que vers le poète. Le même jour qu’elle, avait été emprisonné à Saint-Lazare le jeune Mouret de Montrond, qui avait été officier dans les dernières années de la monarchie. Blond et rose, plein de grâce et d’entrain, ayant une physionomie charmante et une tournure des plus élégantes, ce prisonnier passait son temps à faire la cour à la séduisante Aimée. Très entouré au régiment, joueur et coureur d’aventures, Montrond était dénué de ressources au moment où il fut arrêté. Mais son assurance et son audace ne connaissaient pas d’obstacles.

Parmi les prisonniers se trouvaient des agents qui cherchaient à faire parler leurs compagnons et à les compromettre. Au milieu des misérables qui jouaient ce rôle, il y avait un acteur belge nommé Jaubert. Cet homme inscrivait sur sa liste les détenus qu’il croyait les plus riches et ensuite il les rayait s’ils le payaient cher. Fouquier-Tinville était de moitié dans cette ignoble exploitation.

Montrond, qui étudiait avec soin le travail des agents, n’avait qu’un désir : acheter sa liberté et sauver sa vie et celle de sa charmante compagne. Bien qu’il fût sans ressources, il négocia audacieusement le versement de cent louis à Jaubert et fit ainsi rayer de la liste néfaste son nom et celui d’Aimée.

Le soir du 8 thermidor, le chancelier Pasquier entra à Saint-Lazare. « Je rencontrais, dit-il, sur mon passage M. de Montrond dont les aventures ont fait depuis tant de bruit dans le monde. Il s’approcha de moi sans avoir l’air de me regarder et me jeta dans l’oreille ce salutaire avis : « Ne parlez ici à personne que vous ne connaissiez bien ».

Pendant que Montrond se préparait à quitter la prison, l’infortuné poète André Chénier attendait son triste sort et supportait avec une résignation pleine de grandeur la captivité que lui imposaient ses bourreaux. Il fut conduit à l’échafaud le 8 thermidor, la veille du jour où mourait Robespierre.

Montrond et sa compagne avaient, à partir du 9 thermidor, une tranquillité d’esprit presque complète, mais ils ne furent mis en liberté que le 12 vendémiaire an III, deux mois et trois jours après le 9 thermidor.

Pendant tout le temps qu’il avait passé en prison près de Mlle de Coigny, Montrond s’était montré le plus ardent et le plus empressé des amoureux. Il avait employé pour séduire la jeune captive tous les moyens que lui prodiguaient ses avantages physiques ainsi que toutes les ressources et toutes les audaces de son esprit et de son cœur. En faisant prononcer son divorce avec le duc de Fleury, Aimée n’avait cherché qu’à prendre des mesures pour protéger ses biens et assurer sa tranquillité. Elle appartenait à une grande famille et ses relations avec Montrond, qui n’était qu’un petit gentilhomme de La Franche-Comté, ne pouvaient que la faire déchoir au point de vue du rang qu’elle occupait.

Son amour pour l’élégant compagnon qui lui avait fait rendre la liberté et lui avait sauvé la vie l’amena bien vite au but que celui-ci cherchait à atteindre et elle céda à ses sollicitations enflammées. Quatre mois après sa sortie de prison, elle consentit à épouser l’homme qui l’avait sauvée. Ce fut le 9 pluviôse de l’an III que l’officier public de la commune de Boulogne, département de Paris, célébra le mariage de l’ex-duchesse de Fleury avec Mouret (de Montrond) de la commune de Delaceux (Doubs).

Mme de Montrond avait conservé quelques-unes des relations qu’elle avait eues pendant son premier mariage. Elle fréquentait Mme de Staël : elle voyait également le prince de Talleyrand ainsi que sa maîtresse, la vicomtesse de Laval et la princesse de Vaudemont. Dans un monde qui était nouveau pour lui, Montrond se tenait sur une réserve prudente et il jouait d’abord un rôle effacé. Mais avec son habileté et son audace, il ne tarda pas à être remarqué par le prince de Talleyrand et à réussir auprès de lui : leur commun scepticisme, l’insensibilité de leur âme, leur esprit souple et habile les attiraient l’un vers l’autre et leurs relations devinrent promptement pleines d’aisance et de familiarité.

La lune de miel des jeunes époux ne fut pas de longue durée. Ils avaient, après leur mariage, fait un voyage en Angleterre pour y chercher, dans un tête-à-tête qu’ils trouvaient charmant, l’expansion de leur amour et les manifestations de leur tendresse. Mais Aimée qui avait un cœur ardent et une nature aussi passionnée que généreuse ne tarda pas à s’apercevoir que son mari avait plus d’esprit que de sentiments élevés, plus d’amitié pour sa propre personne que pour celle qu’il avait courtisée autant par distraction que par amour.

Pendant que Montrond laissait sa femme en proie à de cruelles déceptions et cherchait la variété dans les plaisirs et dans la galanterie, Aimée s’obstinait à rester une épouse digne et fidèle. Au moment où il abandonnait sa femme, la situation politique de la France se modifiait sensiblement. Le Directoire avait lassé la France : les divisions des représentants du pays, leur impuissance, leur bavardage inutile et fastidieux éloignaient beaucoup de personnes des idées républicaines. Le pouvoir autoritaire semblait recueillir des partisans nombreux et dévoués. Mme de Staël restait attachée au parti libéral, tandis que de Talleyrand se rangeait nettement du côté du pouvoir despotique. Montrond le suivi résolument dans cette voie, tandis que sa femme resta fidèle à Mme de Staël.

Dans les salons que fréquentait Mme de Montrond, les idées d’opposition au pouvoir tyrannique trouvaient d’habiles et éloquents défenseurs. Au nombre de ces derniers était Garat qui parlait sans cesse de la liberté, de l’intérêt et des droits du peuple. Mailla-Garat, qui attirait l’attention par son attitude libérale et ses déclamations en faveur de la démocratie, était le neveu de Garat, l’ancien ministre de la Justice et le frère de l’acteur. L’opposition considérait Garat comme un orateur dont l’indépendance plaisait aux ennemis de Bonaparte.

Mme de Montrond, qui avait un cœur noble et généreux, détestait son mari tant à cause de son inconduite que de son dévouement aux adversaires des idées libérales. En comparant Garat à Montrond, elle le regarda comme un homme qui était le représentant d’une cause faite pour attirer et séduire.

Aussi, se laissant entraîner par les théories et les déclamations de cet orateur, elle voulut oublier son mari, qui, continuant à mener une vie déréglée, compromettait la fortune de sa femme en se livrant sans retenue à sa passion du jeu.

Quant Aimée eut donné son cœur à Garat, elle voulut rompre définitivement avec Montrond et elle forma une demande en divorce. Le 6 germinal an X, elle obtint gain de cause. La dissolution de son mariage fut prononcée pour incompatibilité d’humeur et de caractère. Quinze jours après le divorce, aimée, dont la fortune avait été considérablement diminuée par Fleury et par Montrond, renonça par un acte notarié à la communauté de bien ayant existé entre elle et son mari.

Montrond oublia bien vite la femme pour laquelle il avait eu une tendresse bien courte et une amitié éphémère. Aimée semble aussi n’avoir pas gardé longtemps le souvenir de son mari. Dans ses mémoires, elle ne parle de lui qu’une seule fois. En racontant son retour au château de Vigny, elle dit : « Ces grands arbres sous lesquels mon enfance s’est écoulée, qui ont reçu sous leur ombre protectrice mes parents, le duc de Fleury, un moment même M. de Montrond, après un espace de dix-huit années je les revoyais, j’étais sous leur abri »…

***

Montrond resta le familier de Talleyrand. Dans sa vieillesse, il passa de longs mois au château de Valençay. Il s’y trouvait en 1838 au moment de la mort du grand diplomate. Talleyrand se montra toujours bon pour l’homme qui s’était attaché à lui, avait suivi sa fortune politique et lui avait présenté la jeune dame qui était devenue sa femme.

L’histoire du mariage de Talleyrand doit trouver une place dans le récit de la vie de l’hôte du château de Valençay.

L’ancienne maison Gallifet, située rue du Bac, était, sous le Directoire, le ministère des relations extérieures. Son principal portail n’existe plus ; mais les passants peuvent voir par la porte du n° 71, rue de Grenelle, au fond d’une cour, les belles colonnades obliques de l’hôtel. En 1798, de Talleyrand habitait cet immeuble. Il consacrait ses matinées aux affaires, ses journées aux réceptions et le soir il jouait aux cartes jusqu’à l’heure avancée à laquelle il pouvait espérer obtenir le sommeil.

Une nuit qu’il rentrait à son hôtel, en sortant du jeu, il apprit par son domestique qu’une Dame, qui désirait lui parler d’une affaire urgente, l’attendait au salon. Cette Dame avait pu pénétrer dans la maison grâce à une lettre d’introduction du citoyen Montrond.

Talleyrand, fatigué et de mauvaise humeur, pénétra dans le salon où il trouva la visiteuse endormie. Cette personne élégamment vêtue portait un capuchon très ample qui laissait apercevoir le bas d’une magnifique robe de bal en gaze d’or. La dormeuse se réveilla ; elle rejeta son capuchon et se leva gracieusement. C’était une grande femme blonde, d’une taille élancée et d’une beauté des plus séduisantes. Elle s’appelait Mme Grand. S’étant mariée avec un Anglais, dont elle était séparée, elle avait toute sa fortune à Londres. Sortant d’un dîner où elle avait entendu dire que Bonaparte devait piller les banques en Angleterre, elle s’était fait donner un mot d’introduction et elle venait solliciter l’appui du ministre.

Talleyrand, charmé par la beauté de la visiteuse et égayé par sa naïveté, lui fit un excellent accueil. Quelques jours plus tard il la reçut à nouveau et la protégea contre la police, qui l’accusait de correspondre avec les émigrés. Cette fois, le ministre la garda à dîner et pour lui tenir compagnie il se priva de sa quotidienne partie de cartes.

Mme Grand ne tarda pas à conquérir de Talleyrand et à s’installer au ministère. Cette aventure fit beaucoup de bruit dans Paris. Les journalistes se livrèrent à des plaisanteries et cherchèrent à savoir quelle était la Dame qui avait été assez habile pour s’emparer du cœur d’un homme qui passait pour être peu accessible aux aventures galantes.

Les personnes avides de renseignements apprirent bientôt que Mme Grand était une française, née aux Indes en 1762. Son nom était Catherine-Noël Worlée. Grâce à sa beauté elle avait, sans aucune dot, à l’âge de quinze ans, épousé un officier anglais, qui passait pour un homme vulgaire et lourd. Elle le quitta au bout d’un an après avoir fait la connaissance d’un autre anglais sir Philippe Francis, cavalier élégant et spirituel. Le mari obtint de la cour de Calcutta que Francis lui versât cinquante mille roupies pour le dédommager de la perte qu’il avait faite.

La belle Créole resta un an avec Francis qu’elle laissa pour se rendre à Paris où elle entra en relations avec un troisième anglais qui lui constitua une rente de 30 000 fr. et lui fit cadeau de diamants d’une très grande valeur. Se trouvant dans un monde élégant et aristocratique, elle émigra en 1792, pour faire comme les personnes qu’elle fréquentait. Et elle rentra, comme elles, en France en 1798.

Elle avait 36 ans lorsqu’elle fit la connaissance de Talleyrand : son avenir était peu assuré, car elle avait perdu ou gaspillé une partie de sa fortune. Comme son mari ne lui avait pas donné signe de vie depuis plusieurs années, elle obtint facilement son divorce.

Talleyrand ne cacha pas ses relations avec sa nouvelle amie et s’afficha de plus en plus avec elle. À Neuilly, dans la villa louée par Talleyrand, Catherine joua un rôle prépondérant. Tous les partis se réunirent dans les salons du ministre. Le roi et la reine d’Étrurie y furent reçus. Joséphine, elle-même, la femme du Consul, y assistait à des dîners ou à des soupers que servaient à la Grecque des nymphes portant des noms de la mythologie.

Au milieu d’un monde qui représentait presque toutes les puissances et les hauts personnages de l’époque, la créole ne possédait pour elle que sa beauté. Elle avait une intelligence des plus médiocres et une instruction presque nulle. Elle passait pour être incapable de soutenir une conversation ; mais, malgré son insuffisance et son défaut d’éducation, elle avait un sans-gêne et une aisance extraordinaires. Les personnes qui fréquentaient son salon lui attribuaient toutes sortes de niaiseries et de sots propos. Elles racontaient qu’un soir après dîner Népomucène Lemercier lisait une de ses tragédies et disait que la scène était à Lyon. Mme Grand, s’adressant à de Talleyrand, aurait prononcé ces mots : « Vous voyez, j’avais raison : vous vouliez que ce fût la Saône !… » On lui attribue beaucoup d’autres mots et des réflexions extrêmement naïves. On prétend que lorsqu’elle parlait de naissance elle avait l’habitude de répéter : « Moi, je suis d’Inde ». Talleyrand, qui passait pour avoir beaucoup d’esprit, acceptait, sans s’en blesser et sans faire de véritables efforts pour les corriger, les réflexions extraordinaires et déplacées de sa compagne.

Malgré cette infériorité Mme Grand voulut jouer un rôle et elle osa engager une lutte contre Talleyrand, contre Napoléon et même contre le Pape. Napoléon, qui aurait désiré rendre à l’église l’ancien évêque d’Autun et lui confier, après l’avoir fait cardinal, la direction des affaires religieuses, l’invita à quitter Mme Grand. Mais ce projet ne plaisait ni à Talleyrand ni à sa compagne, qui menaçait de faire du bruit si elle n’obtenait pas satisfaction.

Talleyrand se décida à s’adresser à la Cour de Rome pour obtenir l’autorisation de se marier. Cette demande fut suivie d’un refus, mais d’un refus timide et embarrassé ! Un arrêté consulaire, inséré au bulletin des lois, dénatura la réponse et lui donna le caractère d’autorisation.

Malgré les protestations de Rome, Mme Grand épousa de Talleyrand le 9 septembre 1802. Quand elle parut aux Tuileries, Bonaparte la salua d’une façon hautaine et l’engagea à faire oublier son passé. Mme de Talleyrand répondit qu’elle ne saurait mieux faire que de suivre l’exemple de la citoyenne Bonaparte.

Napoléon n’oublia pas cette réponse. Et plus tard il eut à l’égard des deux nouveaux époux une véritable antipathie, qu’il manifesta dans de nombreuses circonstances.

Après son mariage, Mme de Talleyrand alla souvent au château de Valençay. Elle s’y trouvait avec son mari au moment de l’arrivée des princes d’Espagne et elle y séjourna longtemps. Cinq jeunes personnes de sa maison y restèrent aussi et jamais leur conduite ne donna lieu à des critiques.

L’union entre M. de Talleyrand et son épouse ne fut pas de très longue durée. Avant la fin du règne de Napoléon 1er, ils vivaient déjà séparés l’un de l’autre.

***

Après avoir quitté sa femme, Montrond s’était à nouveau lancé dans les aventures d’une vie mondaine et élégante. Il n’avait pas tardé à se lier avec la belle madame Hamelin, qui, au temps du Directoire, avait été une reine de Paris. Avec son aisance habituelle et son extraordinaire liberté d’allures, il critiquait et il raillait le pouvoir. Le gouvernement l’invita à aller se fixer à Anvers. Quelques dames influentes obtinrent son retour en France. Mais il ne tarda pas à être enfermé au fort de Ham. Ensuite il fut autorisé à résider à Châtillon-sur-Seine. En juillet 1812, il put se rendre en Espagne.

Vers la fin de la Restauration il rentra en France, conservant son insouciance et toujours disposé à l’intrigue et à la raillerie. Ses meilleurs amis étaient le prince de Talleyrand et Mme Hamelin.

En 1823, il habitait un petit pavillon de la rue Blanche. Perdu de dettes, il vit un jour à sa porte une affiche annonçant la saisie et la vente de ses meubles et de la maison. L’immeuble eut comme acquéreur le propre domestique de Montrond, qui conserva pour son maître une amitié dont il lui prodigua les preuves en l’aidant à vivre et en le gardant dans sa maison.

Son fidèle ami de Talleyrand ne l’abandonna pas et lui offrit au château de Valençay une longue et généreuse hospitalité. Dans les premières années du règne de Louis-Philippe, Montrond, atteint de la goutte et en proie à beaucoup d’infirmités, était promené en voiture dans les allées du parc de Valençay. Il tenait compagnie au diplomate et il faisait avec lui des parties de whist qui se prolongeaient jusqu’à une heure avancée de la nuit. Il n’avait pas à se préoccuper des soucis matériels de l’existence et il comptait que son ami lui laisserait une rente qui le mettrait à l’abri du besoin. Sur ce point ses espérances furent déçues. Le prince de Talleyrand, qui mourut le 17 mai 1838, ne laissa à son ami qu’un seul souvenir ; il lui légua son fauteuil.

Quand l’insouciant Montrond, dont la vie avait été un peu comparable à celle du brillant Lauzun, n’eut plus de ressources, il pensa à l’ancienne merveilleuse, à son amie Mme Hamelin et il se rendit au château de la Madelaine, qu’elle habitait près de Fontainebleau. Mme Hamelin l’accueillit avec beaucoup de bonté et lui fit donner tous les soins dont il avait besoin. Après un voyage à Paris, il rentra fatigué et il s’alita. Il fit alors demander l’abbé Petitot qui pendant neuf jours lui fit de longues visites et qu’il appelait « son bon petit curé ». Il s’éteignit doucement, à l’âge de 76 ans, le 20 octobre 1844, entouré de soins dévoués et conservant jusqu’à la fin cette aménité et cette bonne humeur qui l’avaient rarement quitté au milieu des aventures d’une vie si étrange et si romanesque.

ALBERT DECOURTEIX.

Notes :

(1) Le compte de Lancosme-Brèves a raconté le fait dans une publication ayant pour titre : Valençay en 1845. On le trouve confirmé dans les Mémoires de la duchesse de Dino : Un jour Napoléon, en présence de M. De Luçay, apostropha ainsi son ministre des Affaires étrangères : « M. de Talleyrand, je veux que vous achetiez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique », etc. M. de Luçay, gêné dans ses affaires, proposa, séance tenante, sa magnifique propriété de Valençay ; et comme la fortune du diplomate n’eût pu suffire à cette acquisition, l’empereur s’engagea à compléter la différence, pour récompenser les services que lui avait rendus M. de Talleyrand et l’engager à ne pas les lui ménager dans l’avenir.

(2) Mais il a subi le sort commun à tous les magnifiques souvenirs historiques qui étaient conservés à Valençay ; il fut vendu en 1899 et se trouve actuellement chez un carrossier de Tours.

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REVUE DU BERRY ET DU CENTRE - AVRIL-MAI 1910









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Membre fondateur
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