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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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TALLEYRAND ET DECAZES 1815-1821

PAR

L. J. ARRIGON





Le 21 septembre 1815, le roi Louis XVIII recevait dans son cabinet des Tuileries le prince de Talleyrand, ministre des Affaires étrangères et président du Conseil. C’était l’ancien cabinet de travail de Napoléon. Au plafond, Minerve, couronnée par la Gloire, recevait les hommages des Arts. Dans les panneaux de la boiserie s’encastraient des paysages de Francisque Milet, un peintre du XVIIe siècle ; mais ils disparaissaient en partie sous des tapisseries que Louis XVIII avait fait poser depuis son retour. Le Roi, assis devant sa modeste petite table de bois blanc, reproduite dans le tableau de Gérard, écoutait Talleyrand qui exposait la situation difficile de son ministère et offrait sa démission ; immobile et silencieux, il considérait les figures du plafond, semblant absorbé dans ses réflexions.

— Je vois, dit-il enfin, c’est comme en Angleterre. Eh bien ! ajouta-t-il d’un ton fort tranquille, je prendrai un autre ministère. Je vous demande de garder secrète pour l’instant la nouvelle de votre démission.

Trois jours plus tard, elle était publique et le duc de Richelieu recevait mission de former le nouveau ministère. Talleyrand était mécontent, ulcéré d’avoir été pris au mot par Louis XVIII et congédié avec cette désinvolture ; il quittait le pouvoir sans dissimuler un regret cuisant et ne pardonnait sa chute ni au Roi ni à son successeur. « Bon choix, disait-il ironiquement de ce dernier, c’est l’homme de France qui connaît le mieux la Crimée. » Tout en lui n’était qu’amertume. Son échec politique rendait plus cruels ses chagrins intimes et l’absence de la comtesse de Périgord partie pour l’Italie et Vienne afin de rejoindre le comte Clam-Gallas. Un moment il eut l’espoir que le duc de Richelieu échouerait dans sa tâche. Richelieu, émigré et au service de la Russie depuis vingt-cinq ans, était mal informé des choses de France. Il avouait plus tard qu’au moment de prendre le pouvoir il ignorait tout de la carrière de ses collaborateurs et ne connaissait qu’à peine leur visage. Peut-être, livré à lui-même, ne se fût-il pas tiré d’affaire ; mais il avait, dans son cabinet, un conseiller qui, tout en ne négligeant pas ses propres ambitions, mettait à son service son sens politique, sa réelle intelligence des affaires, son habileté pratique, son art d’éviter les embûches et enfin sa connaissance du personnel légué par l’Empire : c’était Decazes, ministre de la Police générale (1). Decazes, notamment, lui fit choisir Barbé-Marbois pour la Justice et Corvetto pour les Finances. Quand Talleyrand apprit que Decazes inspirait Richelieu, son dépit se changea en colère et il conçut pour l’ancien secrétaire des Commandements de Madame Laetitia une animosité aiguë.

Les relations du prince de Talleyrand et du comte Decazes remontaient à moins de trois mois. Le 6 juillet au soir, Talleyrand, déjà officieusement désigné pour la présidence du Conseil, avait laissé Louis XVIII à l’abbaye de Saint-Denis et était venu coucher à Paris. Mais son hôtel de la rue Saint-Florentin ayant été mis sous scellés pendant les Cent-Jours, il dut accepter un gîte de fortune dans l’hôtel de la place Vendôme contigu au ministère de la Justice et qui porte actuellement le numéro 9. Une partie de cet hôtel, occupé par le service de la liquidation de la Dette publique que dirigeait Defermon, avait été, sous la première Restauration, mis à la disposition du baron de Vitrolles qui y installait la secrétairerie du Conseil des ministres. Vitrolles y fit aménager un appartement pour que le prince pût passer la nuit. Le lendemain matin, Talleyrand apprenait que Fouché, ex-résident du gouvernement provisoire devenu ministre de Sa Majesté Très Chrétienne, lui avait joué un méchant tour ; par ordre du duc d’Otrante les barrières de Paris avaient été fermées : impossible de sortir de la capitale. Et il fallait pourtant que le prince se rendît à Saint-Denis auprès de Louis XVIII. Sur ces entrefaites on lui annonça la visite de son ami Jaucourt. Il donna l’ordre de l’introduire et Jaucourt parut, accompagné d’un inconnu d’environ trente-cinq ans qui n’était autre que M. Decazes, conseiller à la Cour de Paris.

Decazes, dans la matinée, se trouvait chez sa très intime amie Mlle de Rigny, nièce du baron Louis. Exilé de Paris pendant les Cent Jours, il s’était retiré à la Grave, près de Libourne, auprès de sa famille. Durant son absence Mlle de Rigny l’avait tenu au courant des évènements à l’aide d’une correspondance chiffrée. Revenu de son exil après Waterloo, il cherchait à se faire présenter au prince de Talleyrand qui, malgré sa courte disgrâce de Mons, restait le maître de l’heure. Pour être introduit auprès du chef du futur gouvernement, il comptait sur l’oncle de Mlle de Rigny et voilà que, justement, ce matin-là, il rencontrait chez celle-ci le comte de Jaucourt, un des familiers du prince. Decazes faisait contraste avec Jaucourt, très ancien régime, d’une haute distinction, un peu raide et gourmé. Brun, élancé, portant beau, une grande assurance dans le maintien et la parole, l’audace de l’arriviste, affectant la chaleur dans ses propos, d’une élégance recherchée mais que d’aucuns trouvaient provinciale et même un peu commune, tel était Decazes en 1815 : un jeune ambitieux de Balzac. Auprès de Jaucourt, il protesta habilement de son dévouement à la fois à la cause royale et au libéralisme constitutionnel ; il montra de la conviction, de l’enthousiasme, du feu, tout cela un peu de commande. Jaucourt se laissa séduire et proposa au jeune magistrat de l’emmener chez le prince.

Decazes arrivant le 7 juillet 1815 chez Talleyrand, c’est Eugène de Rastignac entrant dans le salon de Mme de Beauséant. Devant Jaucourt et Decazes, Talleyrand fit part, en termes amers, de son embarras. Decazes, prenant hardiment la parole, lui suggéra de demander une escorte au duc de Wellington qu’il venait de voir passer place Louis-XV accompagné d’un peloton de cavalerie. Talleyrand était l’homme des expédients ; il saisit au bond l’idée et trois quarts d’heure plus tard il partait pour Saint-Denis escorté de cavaliers anglais.

Avant de sortir, il demanda distraitement à Jaucourt :

— Qui est ce Monsieur ?

— C’est M. Decazes.

— Eh bien ! répondit-il évasivement, qu’il revienne ce soir.

La journée fut pour Talleyrand bien remplie : les épisodes, les scènes, les incidents, les visiteurs se succédaient. Revenu de Saint-Denis, il regagna sa demeure provisoire de la place Vendôme ; c’est là qu’il apprit que les Prussiens minaient le pont d’Iéna. On discutait encore de l’événement pendant le dîner qui eut lieu à cinq heures, selon la coutume de Talleyrand. Au sortir de table, les convives dont le baron Louis et Beugnot, se tenaient dans un salon quand une des portes s’ouvrit pour laisser passer un nouveau venu : c’était Decazes qui n’avait eu garde d’oublier l’invitation lancée à la légère par le prince, dans la matinée. Le baron Louis alla au-devant de lui et le conduisit à Talleyrand. Le prince, sans se lever de son siège, l’air maussade, le salua froidement et ne sembla pas le reconnaître.

— C’est M. Decazes, conseiller à la Cour royale qui a présidé avec tant de succès les assises, dit le baron Louis.

— Je le crois volontiers, répliqua Talleyrand, mais, monsieur Louis, nous sommes fort occupés et je n’ai pas un instant de plus à vous donner.

Le présentant et le présenté se retirèrent.

— Concevez-vous Louis, dit Talleyrand à Beugnot, qui m’amène, je ne sais à quel propos, un homme que je ne connais d’aucune façon. Comment s’appelle son homme ?

— M. Decazes.

— Qu’est-ce que M. Decazes ? Le connaissez-vous Beugnot ?

— Je ne l’ai jamais vu, mais j’en ai entendu parler comme d’un homme introduit chez Madame Mère et chez la reine de Hollande. Il est fort bien.

— Je ne sais s’il est bien ou mal, car je ne l’ai pas regardé.

Le lendemain 8 juillet, jour de l’entrée du Roi à Paris, Talleyrand avait réintégré, dans l’hôtel de la rue Saint-Florentin, son appartement de l’entresol. Dans l’après-midi, il y eut conseil des ministres nouvellement nommés : à qui confier la place de préfet de Police ? Quelqu’un proposa le comte Anglès, choix que Talleyrand, après avoir songé à Bourrienne (2), qui avait le tort d’être absent, accepta avec légèreté et indifférence, malgré les protestations du baron Louis, ministre des Finances.

Dans la soirée, nouveau conseil. Talleyrand avait ait connaître le refus d’Anglès. C’est alors qu’une fois de plus Decazes rentra en scène. Prévenu, ou même amené par le baron Louis, il se tenait dans la bibliothèque voisine du salon où, autour d’une vaste table, les ministres étaient réunis. Le prince venait de dire, avec un accent d’humeur prononcé :

— Il nous faut un préfet de Police… Eh bien ! Où allons-nous en trouver un ?

Le baron Louis saisit l’occasion.

— Mais nous avons M. Decazes.

— Decazes ? Qui est-ce ? Qui le connaît donc ?

Le prince ici se rappela vaguement le personnage qui accompagnait Jaucourt et que Louis lui-même lui avait présenté. Le ministre des Finances retraça brièvement la carrière de son candidat.

Decazes, dit-il, est conseiller à la Cour royale. C’est un homme de grand talent qui vient de témoigner de son dévouement à la cause des Bourbons. Après le retour de Bonaparte, il s’est montré opposé à ce que la Cour aille le féliciter en corps aux Tuileries. A la suite de quoi il a dû s’exiler en Gironde. De là, tandis que j’étais à Gand, il m’a fourni les plus utiles renseignements. Il a présidé les assises avec une grande autorité.

— Oui, dit mollement Talleyrand. Vous le connaissez, monsieur Pasquier ? ajouta-t-il en s’adressant au garde des Sceaux.

— Fort peu, répondit prudemment l’interpellé. Il était le gendre de M. Muraire, premier président de la Cour de cassation, qui me l’a présenté quand j’étais moi-même préfet de Police ; mais je l’ai rarement vu.

— Et vous, M. le duc d’Otrante ? demanda encore Talleyrand.

Fouché, qui n’était pas mécontent d’avoir un novice comme subordonné, prit un air de bonhomie.

— Mais Decazes est un bon enfant, nous nous entendrons fort bien ensemble.

— Soit. Voyez cela, monsieur Louis.

Le baron Louis sortit et vint à Decazes :

— Voulez-vous être préfet de Police ? lui demanda-t-il avec sa brusquerie habituelle. Voulez-vous ou ne voulez-vous pas ?

— Qui aurais-je comme ministre ?

— Le duc d’Otrante.

— Pourquoi ne nomme-t-on pas Anglès ?

— Il refuse.

— Eh bien ! J’accepte.

Le baron Louis alla transmettre la réponse à ses collègues. Presque tout de suite il revint chercher Decazes. Celui-ci entra, écrit Vitrolles, « sans chapeau à la main, les bras ballants ». Talleyrand s’était absenté un instant. Près de la cheminée, Fouché était assis dans un fauteuil, « morne et silencieux ».

Comme Talleyrand revenait, le baron Louis lui dit :

— Mon prince, voici M. Decazes.

Talleyrand lui confirma sa nomination.

— Messieurs, répondit Decazes avec assurance, je vous suis bien reconnaissant du témoignage de confiance que vous m’avez accordé ; je vous prie de croire que je m’en rendrai digne et que vous n’aurez pas à vous plaindre du choix que vous avez fait.

Là-dessus il salua, tourna les talons et s’en alla.

— Savez-vous, dit Talleyrand à Vitrolles, que ce monsieur a un peu l’allure d’un assez beau garçon perruquier.

— La morale de cela, répondit Vitrolles, c’est qu’il ne faut jamais entrer sans avoir son chapeau à la main.


***


Decazes s’était tout de suite révélé comme un habile préfet de Police. Son activité et son initiative étaient remarquables ; il détachait aussitôt des « observateurs » auprès des souverains présents à Paris, des diplomates étrangers, des personnages politiques en vue, et piquait la curiosité de Louis XVIII en mettant leurs rapports sous ses yeux. Car, dès ses débuts, il s’était ménagé l’accès direct auprès du Roi. La première affaire importante qu’il eut à traiter était assez singulière ; il s’agissait d’une prétendue tentative d’empoisonnement de l’empereur de Russie. Après en avoir d’ailleurs référé à Talleyrand, il se présenta le 10 juillet au soir aux Tuileries pour mettre Louis XVIII au courant de ce faux drame. Le Roi l’accueillit avec bienveillance, le garda longtemps, l’interrogea sur sa carrière et finalement l’invita à revenir le lendemain : c’était le commencement d’une faveur qui devait décider de l’avenir de Decazes. Le baron de Vitrolles avait vite discerné le danger que présentaient ces audiences quotidiennes ou presque. De même Fouché, qui s’inquiétait de l’importance prise par ce collaborateur devenu un rival. « Decazes, disait-il, est un mauvais petit chien qui veut me pisser aux jambes ». Auprès de ses amis, il ricanait de Talleyrand qui avait fait renvoyer l’ancien favori Blacas, que sa médiocrité et sa solennelle infatuation rendaient inoffensif.

Talleyrand, tout d’abord, ne s’était pas ému de cette fortune soudaine du « garçon perruquier ». « M. de Talleyrand, écrit Molé, avec son imprévoyance ordinaire, ne donnait aucune attention à ce crédit naissant. Une sorte de fatuité qui lui est naturelle l’empêchait de le craindre. » A la longue Seulement, il commença de s’alarmer.

— Quelle idée, lui disait Vitrolles, d’avoir été prendre Decazes comme préfet de Police ! Pourquoi n’avez-vous pas nommé Bourrienne qui était en place au 20 mars ?

— Que voulez-vous ? répondait le prince, Bourrienne n’était pas là. Il revenait de Hambourg dans une mauvaise calèche. Une roue a cassé et il a passé vingt-quatre heures à la faire réparer au lieu d’en acheter une neuve, s’il avait eu trois cents ou quatre cents louis dans sa poche ! Voilà ce que c’est d’être pauvre diable ! Pour réussir dans la vie, il ne faut jamais être pauvre diable.

Ses yeux s’ouvraient enfin et, auprès de Louis XVIII, il attaquait le nouveau favori.

— Qu’a-t-on donc à reprocher à M. Decazes ? répliquait le Roi. Il travaille beaucoup, il m’aime beaucoup. Ici, on ne l’aime pas : on le trouve un peu suffisant.

— Oui, sire, suffisant et insuffisant.

Mais il était trop tard ; Decazes avait tous les atouts en mains. On le vit bien lorsqu’il s’agit du renvoi de Fouché ; par ses insinuations au Roi, Decazes contribua puissamment au départ de l’ancien régicide.

Maintenant que Decazes était ministre aux côtés du duc de Richelieu, le prince de Talleyrand ne manifestait plus à son égard le dédain de naguère. Il considérait désormais le « garçon perruquier » comme un adversaire dangereux, devinant en lui les plus inquiétantes aptitudes. On ne peut imaginer deux hommes plus dissemblables que Richelieu et Talleyrand : le duc, de caractère sérieux et de jugement droit, sans peut-être grande largeur dans les vues ni pénétration profonde de l’esprit, mais loyal, doué du sens de l’honneur, dévoué à la cause qu’il servait, méprisant la fortune ; le prince, sceptique, cynique, corrompu, d’un tempérament de joueur, avec le goût du risque et de l’audace pour l’audace, vénal, avide d’argent, d’une alarmante souplesse, ondoyant, prêt à toutes les trahisons. En revanche, maints traits apparentaient Decazes et Talleyrand : dans la vie de l’un et de l’autre le rôle et l’influence des femmes avaient tenu une large place ; l’un et l’autre pratiquaient sans scrupule l’amoralisme politique, et Decazes, comme Talleyrand, favorisera tantôt les ultra-royalistes, tantôt les doctrinaires et même les libéraux. Il estimait qu’un ministère devait acheter sa majorité. A Molé, scandalisé, ne déclarait-il pas : « Avec les Chambres un ministère ne peut se soutenir que l’argent à la main ». Même légèreté désinvolte : « M. Decazes, disait le duc de Berry, traite tout avec une légèreté révoltante ». Même penchant pour les expédients. « Il ne connaissait, disait encore Decazes à Molé, d’autre manière de gouverner que celle qui consiste à résoudre les difficultés et à surmonter les obstacles à mesure qu’ils se présentent. » Même goût du faste et de la dépense.

Ces similitudes étaient autant de raisons pour Talleyrand de détester Decazes. La ressemblance, au surplus, n’était que partielle ; la personnalité du prince était d’une tout autre envergure que celle de son adversaire et, comme Richelieu, il descendait d’une illustre maison historique, tandis que Decazes, de petite origine, étant le fils d’un ancien procureur de Libourne. Enfin Talleyrand restait un homme du XVIIIe siècle, mais Decazes appartenait bien au XIXe : ce ministre possédait les caractéristiques qui devaient faire la fortune de tant d’hommes politiques en ce siècle : hardiesse un peu vulgaire, entregent, cordialité facile, poignée de main accueillante, art de prodiguer les bonnes paroles et de promettre sans s’engager.

Tout aussitôt Talleyrand ouvrait les hostilités contre le ministre de la Police. Une idée machiavélique avait germé dans son esprit. Au nouveau favori de Louis XVIII pourquoi ne pas opposer l’ancien, c’est-à-dire le comte de Blacas ? Peut-être ce dernier, retrouvant l’affection du Roi, éliminerait-il le nouveau ? Oubliant les critiques acerbes qu’il avait naguère prodiguées à Blacas, oubliant qu’il l’avait fait chasser de l’entourage de Louis XVIII, Talleyrand songeait maintenant à s’en faire un allié. Dans la bouche du prince, aux réflexions sardoniques et cruelles dont il avait accablé l’ex-ministre de la maison du Roi, succédaient des louanges emphatiques. Blacas était alors ambassadeur à Naples. En octobre 1815, le prince chargeait son familier, le marquis Giamboni – qui était d’ailleurs auprès de lui l’espion de Metternich – d’une mission en Italie ; il s’agissait de déterminer la comtesse de Périgord à se séparer du comte Clam-Gallas et à rentrer en France. Mais l’objet du voyage de Giamboni était double : il devait également prendre contact avec le comte de Blacas et l’inciter à revenir lui aussi à Paris. Giamboni devait échouer dans ses deux démarches. Mais, à la même époque, Frédéric de Gentz réussissait à provoquer le retour de l’infidèle. Il s’ensuivit pour le prince une période d’euphorie où il sembla oublier son animosité contre Richelieu et Decazes, tout au moins négliger de les combattre. D’ailleurs, à la fin d’avril 1816, il quittait Paris pour son château de Valençay où il allait passer des mois en compagnie de la comtesse de Périgord et quelques semaines avec la duchesse de Courlande.

Même éloigné de Paris, il restait une des personnalités politiques les plus en vue et les visiteurs affluaient à Valençay. Decazes, qui se méfiait, s’inquiéta du grand nombre de voitures de poste qui, chaque jour, se dirigeaient vers Valençay ; il alerta le préfet de l’Indre, Dessoles, et lui prescrivit de recueillir tous renseignements sur les visites reçues par le prince de Talleyrand. Le marquis d’Herbouville, directeur général des Postes, recevait comme instructions de noter « le point de départ des lettres qui parviennent à Valençay et le point d’arrivée de celles qui en partent ». En même temps, Decazes dépêchait au préfet un agent secret du nom de Rousseau-Châtillon qui avait mission de s’introduire à Valençay et d’y « observer ». Le 8 mai, Dessoles faisait lui-même une visite au prince ; il remarqua « l’état de distraction » de Talleyrand « qui annonçait une grande préoccupation », mais ce fut tout ce qu’il put communiquer au ministre. A la fin de mai, un bruit assez vague fut recueilli d’après lequel La Besnardière, resté directeur politique aux Affaires étrangères, trompait la confiance du duc de Richelieu et transmettait au prince ce qu’il apprenait dans ses fonctions. Le « cabinet noir » ouvrait les lettres de Talleyrand ; tel fut le cas pour celle que, le 4 mai, il adressait à la princesse de Bauffremont : « Le ministère, y lisait-on, est fort méprisé. Il n’y a aucune circonstance où on ne le montre. M. de Richelieu est le plus méprisé de tous parce qu’il a été mis plus en avant et que l’on espérait davantage de lui. On ne sait pas le nom des autres. Un des principaux personnages de Châteauroux disait hier à dîner : « M. Decazes est le Réal de ce ministère ». La lettre fut communiquée à Louis XVIII qui l’annota : « La vanité blessée, l’ambition aiguë qui règnent dans ces lettres les rendent fort curieuses. J’en parlerai au Réal du ministère. » Au mois d’août, pendant la cure du prince à Bourbon-l’Archambault, les agents de Decazes s’attachaient encore indiscrètement à ses pas.

Talleyrand revenait à Paris en novembre 1816. Cette fois la lutte allait reprendre et le prince liait partie avec les ennemis de Decazes, les ultra-royalistes, aidé dans cette volte-face par Vitrolles qu’il avait traité durement pendant son ministère, mais qui, très ambitieux et possédé du démon de l’intrigue, ne lui gardait pas rancune. A Mme de Staël, qui lui demandait s’il était vraiment devenu ultra, il déclarait « : « Si vous voulez dire que je suis contre le ministère, oui, je suis contre le ministère et nommément contre M. Decazes. » Et il répétait à qui voulait l’entendre que les ministres allaient « perdre la France ». Pour blesser son ennemi il ne dédaignait pas les plus petits moyens. C’est ainsi qu’il fit choix du mercredi pour ses grands dîners ; par malice il invita Molé et Pasquier afin de les empêcher d’aller chez Decazes qui donnait lui aussi, chaque mercredi, un dîner politique : dans la suite, Decazes changea son jour et adopta le jeudi. Molé, qui était parti pour la campagne, s’excusa ; quant à Pasquier, il fit attendre sa réponse jusqu’à l’après-midi précédent le dîner et prétexta alors une indisposition subite.

En même temps Talleyrand accentuait son attitude anti-russe. C’était pendant le congrès de Vienne que les premiers désaccords entre le prince et le tsar Alexandre s’étaient produits. Durant les trois mois passés au pouvoir par Talleyrand, la situation n’avait fait que s’aggraver. L’hostilité d’Alexandre 1er et de son ambassadeur à Paris, Pozzo di Borgo, avait contribué à la retraite du prince. « C’était un homme perfide, disait Talleyrand de Pozzo ; sans lui le cabinet que je dirigeais serait encore en place ». Maintenant, Talleyrand haïssait encore plus Pozzo di Borgo, car celui-ci, s’improvisant le précepteur de Decazes en matière de politique étrangère, avait acquis de l’influence sur le favori du Roi. De son côté Talleyrand inclinait de plus en plus vers l’Angleterre, bien que Wellington eût cessé de le tenir en haute considération. Le prince s’était rabattu sur sir Charles Stuart, ambassadeur de Grande-Bretagne, devenu son confident et tout acquis à ses vues. Au surplus ses paroles de sympathie à l’adresse de la politique anglaise, ses diatribes contre la Russie et le Tsar répondaient trop aux vœux de l’ambassade du faubourg Saint-Honoré et du cabinet de Saint-James pour qu’il n’y fût pas, malgré l’hostilité passagère de Wellington, considéré comme persona grata.

Decazes n’ignorait pas cette alliance Angleterre-Talleyrand. Adroit joueur politique, il voulut, en Angleterre même, contrebalancer l’influence du prince. C’était une tradition, depuis l’Empire, que le ministre de la Police prélevât une somme très importante sur le produit de la ferme des jeux, alors si prospère, car les maisons de jeu abondaient à Paris. Decazes n’avait eu garde de renoncer à cet usage. Il montra à Louis XVIII l’intérêt qu’il y avait à employer une partie de ces fonds à subventionner des journaux anglais – dont le Times – qui devaient, en revanche, insérer des articles favorables au ministère français. D’autre part, déjà lié avec lord Lowther, confident du prince régent, Decazes entretint une correspondance avec lui où il glissait des flatteries à l’adresse du régent. Enfin il s’efforçait de gagner les bonnes grâces de Wellington. Là, il ne réussit qu’en partie, car Wellington nourrissait une prévention contre lui, lui trouvant « un vernis de parvenu, des manières d’aigrefin et une dissimulation vulgaire ». Le prince de Talleyrand surprit le secret de ces manœuvres et en fut violemment irrité ; il expédia outre-Manche son ami Montrond, afin d’obtenir quelques éclaircissements et précisions, voyage dont s’émurent à la fois le duc de Richelieu et Decazes.

Le 18 novembre, sir Charles Stuart donnait à l’ambassade un grand dîner ; parmi les invités, le prince de Talleyrand, le baron Pasquier, alors président de la nouvelle Chambre qui succédait à la Chambre introuvable, plusieurs Anglais de distinction parmi lesquels le ministre Canning dont le séjour à Paris piquait les curiosités, Prosper de Barante, Lally-Tollendal. Talleyrand avait l’habitude de ne faire qu’un repas par jour, le dîner, il mangeait de très bon appétit. « Au sortir de table, écrit Molé, son teint se colore, ses yeux s’animent, ses mouvements sont brusques, sa voix devient plus forte ; il cède, comme une femme, au besoin de parler de ce qui l’occupe ; ce fut toujours après le dîner que, sous Napoléon, il laissa échapper ces bons mots qui causèrent sa disgrâce ; c’est aussi lorsqu’il prenait son café que ses amours avec… faisaient baisser les yeux aux plus aguerris ; enfin, c’est après son dîner que, régulièrement, depuis sa sortie du ministère, il se répandait en injures contre Decazes et M. de Richelieu. Il ne se maîtrisait plus et sa colère s’exhalait dans les termes les plus grossiers. »

On se leva de table ; le prince conduisit l’ambassadrice au salon et tout aussitôt prit à partie Barante et Lally-Tollendal, défenseurs du ministère. Sa voix, gonflée par la fureur, s’élevait avec force ; le bruit attirait les auditeurs qui faisaient cercle autour de lui. « Ce n’est pas un pareil cabinet, s’écriait-il, qui peut convenir à la France, mais bien un cabinet composé d’hommes qui ont des racines dans le pays. C’est celui-là seulement qui doit tenir les rênes du pouvoir. Le traité (3) est le scandale de la France ; on n’aurait pas dû le signer. Il faut que les ministres rendent compte de leur faiblesse à cet égard. Le cabinet dont j’étais le président ne fit que des choses nobles et grandes. Il n’y a qu’un cabinet de ce genre qui peut sauver la France ; le cabinet actuel la déshonore. » Attaquant personnellement Decazes, il dit qu’un ministre de la Police « était dans un ministère ce qu’étaient autrefois dans l’armée les soldats du guet ». Sa voix s’enflait de plus en plus. Pasquier, très ennuyé et très embarrassé, se tenait un peu à l’écart, écoutant de loin, sans trop en avoir l’air, ne sachant quelle contenance tenir.

Talleyrand, le voyant qui se disposait à gagner la porte et à s’esquiver, écarta aussitôt le cercle qui l’entourait et, tout en boitillant, se précipita pour lui barrer le chemin.

— M. Pasquier, s’écria-t-il, tenez pour certain ce que je disais tout à l’heure, c’est qu’un ministre de la Police n’est autre chose qu’un m… et qu’une Chambre ne peut sans s’avilir avoir aucune relation avec lui.

Il ajouta quelques mots où il était question de « sauver le Roi du malheur de soumettre la France à une influence personnelle ».

— Prince, répondit Pasquier, tous les ministres du Roi me paraissent avoir les mêmes droits aux égards et à la considération du public et des Chambres et il m’est impossible d’admettre sous ce rapport aucune distinction entre eux.

La fureur de Talleyrand redoubla. Mais, à ce moment, on annonça la voiture du président de la Chambre. Pasquier s’échappa, au dépit du prince.

Le scandale était grand. Le Roi fut informé de l’incident par Decazes. Le ministère délibéra. Fallait-il enlever à Talleyrand sa charge de grand chambellan ou se contenter de lui défendre de paraître à la cour ? Le duc de Richelieu, estimant que le prince tenait, aux regards de l’Europe et surtout de l’Angleterre, une place trop importante pour que l’on pût le frapper sévèrement, se prononça pour ce dernier parti, et le Conseil se rallia à son avis. Le 21 novembre, le premier gentilhomme en quartier de la chambre du Roi se rendit à l’hôtel de la rue Saint-Florentin pour signifier à Talleyrand la décision royale. Le prince répondit par une courte lettre où la soumission et le respect dans les phrases voilaient à peine l’impertinence.

La colère de Talleyrand se tournait maintenant contre Pasquier qu’il accusait d’avoir perfidement dénaturé la scène de l’ambassade, et cette colère était partagée par la comtesse de Périgord. Molé s’entremit pour ménager un accommodement, mais il ne réussit ni au gré de Talleyrand, ni à celui de la comtesse Dorothée. « Elle était verte, écrit Molé, et tremblait de la tête aux pieds ; au lieu de répondre à ses injures, je lui tournai le dos et, avec un visage impassible, je continuai d’adresser la parole à M. de Talleyrand. Elle ne pleurait de rage et semblait prête à me dévorer. » Le soir de ce 21 novembre, il y avait grande soirée chez le comte de Goltz, ministre de Prusse ; les ministres étaient invités et aussi le grand chambellan. « Le prince de Talleyrand, écrivait Goltz à Hardenberg, malgré la lettre fâcheuse qu’il venait de recevoir y est arrivé décoré de l’Aigle noir et accompagné de Mme la comtesse de Périgord. Mais aucun des ministres ne s’est approché de lui ; il s’est retiré bientôt et n’a parlé à personne. A cette soirée, la comtesse Dorothée gardait son expression irritée. »

Dans les semaines qui suivirent, on vit Talleyrand, à la Chambre des Pairs, très entouré par les chefs du parti ultra, Mathieu de Montmorency, Jules de Polignac, etc. A la séance du 23 novembre, Chateaubriand alla à sa place le saluer ostensiblement.


***


Tandis que le prince reste éloigné de la cour, son attitude paraît énigmatique et complexe. Ouvertement, il poursuit la lutte contre le ministère, attaquant les projets de loi que le cabinet dépose à la Chambre des pairs, notamment la loi sur les élections, mais, dans la coulisse, il semble qu’il y ait alors des négociations, menées par l’intermédiaire de Beugnot et du baron Louis, afin de préparer un accord et une réconciliation. Très probablement les besoins d’argent du prince n’étaient pas étrangers à cette tentative. C’est le moment où il engage des relations secrètes avec Metternich afin de céder à l’Autriche, pour cinq cent mille francs, sa correspondance avec Napoléon. En 1816, il avait fait vendre une importante partie de sa bibliothèque, et, en juillet 1817, ce sera le tour de sa galerie de tableaux. A la même époque, Chateaubriand, en proie lui aussi à un cruel manque d’argent qui l’obligeait à mettre en vente sa propriété de la Vallée-aux-Loups et à disperser ses livres, cherchait de son côté, par l’entremise de la duchesse de Duras et de la marquise de Montcalm, à se rapprocher du ministère. Des pourparlers étaient alors engagés par Ouvrard pour le placement en Angleterre d’un emprunt français et le bruit courait que les banques britanniques refuseraient de conclure l’affaire si M. de Talleyrand ne recevait pas un portefeuille. On disait aussi que Canning, durant son séjour à Paris, avait fortement soutenu Talleyrand. Des projets de listes ministérielles circulaient. Mais les consultations traînaient. Officiellement, Decazes semblait se rallier à cette idée de rapprochement, mais, sourdement, il la combattait dans ses entretiens particuliers avec le Roi, lui dénonçant le double jeu et la perfidie de Talleyrand qui, en ce moment même, d’accord avec Chateaubriand et les ultras, recommençait ses menées afin de faire revenir Blacas. Le 16 février, Louis XVIII écrivait à Decazes : « Le frisson me prend. Je reconnais l’effet d’une coalition entre la rue de Grenelle et la rue d’Enfer (4) et, derrière tout cela, je vois Asmodée (5) semblable à Levelace qui compare la famille Harlowe à des marionnettes qu’il tient par des fils invisibles et qu’il fait agir dans le sens qui convient aux intérêts de sa rouerie. » Mais les tractations n’aboutirent pas, ou plutôt elles n’eurent qu’un demi effet : le 29 février, le duc d’Aumont, premier gentilhomme de la chambre, vint annoncer au prince que le Roi l’autorisait à reparaître aux Tuileries, et le dimanche 2 mars, il reprenait son service de grand chambellan. Decazes, si l’on en croit Molé, aurait bien voulu prolonger sa disgrâce.

Au printemps de 1817, un coup de théâtre se produisit. Cédant enfin aux sollicitations de ses amis ultra-royalistes, le comte de Blacas, sous prétexte de soumettre à Richelieu les difficultés qui s’élevaient avec la Cour de Rome (6) au sujet de l’application du nouveau Concordat, arriva brusquement à Paris dans la nuit du 22 au 23 avril. Le lendemain il se présentait au duc de Richelieu, qui l’accompagnait ensuite au Château chez le Roi. L’accueil que lui fit Louis XVIII ne fut peut-être pas aussi chaleureux que l’espérait Blacas, néanmoins il autorisait toutes les espérances. Le soir de son arrivée, la comtesse de Boigne alla chez Decazes où il y avait grande réception. Dans son for intérieur, le ministre était sans doute inquiet, car Blacas réoccupait aux Tuileries l’appartement réservé à sa fonction de grand maître de la garde-robe qui communiquait avec celui du Roi, mais il affectait de n’en rien laisser paraître. Il quitta ses invités pour se rendre, comme chaque soir, auprès de Louis XVIII. Son absence fut brève. Quand il revint il était aussi calme qu’auparavant. A Mme de Boigne qui l’interrogeait, il répondit, en accompagnant ses paroles d’un sourire « pas mal arrogant » : « Je ne crains rien, faites comme moi. » Blacas vit le comte d’Artois et les princes ; les principaux ultras lui firent visite dans son appartement des Tuileries. Lui aussi paraissait plein de confiance, mais tout ce qu’il put obtenir fut de retarder de quelques jours son départ pour Rome.

Si le « retour de Blacas » agitait non seulement la Cour, mais la Chambre des pairs, la Chambre des députés, le faubourg Saint-Germain, les ministères, la Bourse, les rédactions des journaux, le prince de Talleyrand, qui avait quitté Paris au début d’avril, passait des jours paisibles à Valençay. Il y suivait les péripéties de l’aventure, écrivant à ses amis politiques des lettres remplies d’éloges de l’homme qu’il avait jadis traité d’incapable. Quand il eut constaté que l’intrigue avait fait long feu, il en prit allégrement son parti. Dans une lettre à Mathieu de Montmorency, il disait avec une aimable inconscience ou un piquant cynisme : « Quand on n’a pas les yeux tout à fait fermés et qu’il faut absolument voir, il vaut mieux voir de loin que de près ce qui dégoûte ; quels tristes personnages que les ambitieux d’aujourd’hui ! » Sans doute était-ce là une allusion à l’affaire Blacas. Talleyrand, jouant le sage vertueux, désintéressé et désabusé, raillait à la fois le vaincu et les vainqueurs. Estimant que, pour le moment, mieux valait disparaître de la scène politique, il entreprit un grand voyage aux Pyrénées avec retour par la Provence qui le mena jusqu’à la fin d’octobre.

***

Durant cette retraite, il prépara une des plus curieuses volte-face, un des plus singuliers « renversements » de sa carrière. « Talleyrand, disait Napoléon, traite ses ennemis comme s’ils devaient être un jour ses amis, et ses amis comme s’ils devaient devenir ses ennemis ». De ces cyniques revirements, il allait bientôt donner un nouvel exemple.

Revenu à Paris, il continue d’intriguer avec Vitrolles et autres ; mais cette alliance avec les ultra-royalistes n’est plus guère qu’un paravent. Secrètement, le prince de Talleyrand commence une évolution qui, avec des à-coups, des interruptions, des retours en arrière, va peu à peu le rapprocher des « libéraux » et de la gauche. Sans doute estimait-il qu’avec l’hostilité du Roi, la méfiance du comte d’Artois, le caractère brouillon de certains ultras, leur impopularité, leurs conceptions inactuelles ou déraisonnables, leur attachement excessif au passé, leur méconnaissance des réalités politiques et sociales, il n’avait guère chance de revenir au pouvoir avec eux. Il reconnaissait les qualités et la valeur de Villèle, mais d’autres n’offraient à ses yeux que leur incapacité gouvernementale. D’autre part, les élections de septembre 1817, où un cinquième de la Chambre avait été renouvelé, lui donnaient à réfléchir. Les ultras étaient battus, la majorité ministérielle accrue, mais vingt-cinq libéraux entraient à la Chambre, dont Laffitte, Benjamin Constant, Delessert, Bignon, Dupont de l’Eure, le marquis de Chauvelin. Talleyrand, sans renoncer à ses coquetteries avec les ultra-royalistes, n’hésite pas à esquisser des avances à ces triomphateurs. « Le côté gauche, disait-il à Charles de Rémusat, n’est point redoutable aujourd’hui ; son intérêt est d’être modéré cette année. Il n’y a donc point d’inconvénient à s’appuyer sur lui. » Il va voir Laffitte, cherche à piquer son amour-propre, à stimuler ses ambitions. Pozzo di Borgo, dans ses lettres à Nesselrode et à Capo d’Istria, le représente volontiers comme un personnage satanique, surexcitant les vanités, les convoitises, les haines de chacun, donnant « à espérer à chaque passion non satisfaite tout ce qu’elle désire obtenir », travaillant « à embrouiller les affaires ». « Talleyrand s’offre à tous ceux qui ne sont pas de l’avis du gouvernement… Il propose à Laffitte de former un nouveau ministère et il part de là pour dire à Monsieur et aux vieilles duchesses qu’il est encore à même de les sauver des Jacobins. C’est un Protée de scélératesse et d’intrigues, qui mystifie une infinité de personnes et d’imbéciles. » En même temps, le prince s’exprimait avec beaucoup moins d’âpreté sur Decazes. « Il m’a paru plus modéré que l’année dernière, écrivait Mme de Rémusat en avril 1818 : il m’a même fait quelques éloges de M. Decazes, lui accordant de l’habileté et des intentions. »

Au printemps et durant l’été de 1818, le ministère Richelieu était profondément divisé par les dissentiments, les rivalités et les intrigues. Au début, Decazes avait servi de conseiller et de guide à Richelieu qui, de son côté, lui témoignait entière confiance. Puis, peu à peu, des désaccords étaient nés. Le duc désapprouvait telles des mesures préconisées ou appliquées par Decazes (7), et la froideur et la défiance succédaient à l’amitié. Decazes se plaignait de l’ingratitude du duc qui méconnaissait tant de services précieux. « M. de Richelieu, a-t-il jamais payé du moindre retour mon amitié ? » disait-il. D’autre part, l’ambition de Decazes, stimulée par sa faveur grandissante auprès du Roi, s’était développée. Son mariage avec Mlle Egédie de Saint-Aulaire, petite-fille du prince de Nassau-Saarbrück et petite-nièce de la duchesse de Brunswick, le titre de duc que lui conférait à cette occasion le roi de Danemark et que reconnaissait Louis XVIII contribuaient encore à élargir ses aspirations. Decazes souffrait de n’être que ministre de la Police ; ce titre lui semblait de mauvais aloi ; il eût voulu réunir son département à celui de l’Intérieur, mais il aurait fallu déplacer ou éliminer Laîné, à peu près le seul ministre qui, en toutes circonstances, se rangeât à l’opinion du duc de Richelieu et qui, en outre, ne voulait pas entendre parler d’un changement de portefeuille. Pasquier, garde des sceaux, Molé, ministre de la Marine, intriguaient tantôt avec Decazes, tantôt contre lui. Gouvion Saint-Cyr, ministre de la Guerre, dans l’opinion de certains de ses collègues, inclinait trop vers l’ancienne armée, celle de l’Empire. Corvetto, ministre des Finances, était le seul dont l’activité fût strictement technique (8). Le duc de Richelieu perdait quelque peu la tête au milieu de l’enchevêtrement de tant d’intrigues. Il se montrait souvent irrésolu, ne sachant quel parti adopter. La majorité qui, à la Chambre, soutenait le ministère, était, elle aussi, divisée. Les doctrinaires, Barante, Guizot, Royer-Collard, se détachaient de Richelieu. Ils estimaient qu’après le Congrès d’Aix-la-Chapelle qui, à l’automne de cette année 1818, devait décider si les armées étrangères évacueraient le territoire français, le duc de Richelieu n’aurait d’autre parti à prendre que la retraite. Enfin, en politique étrangère, des divergences séparaient maintenant Richelieu de Decazes. Pendant le congrès d’Aix-la-Chapelle, profitant de l’absence du duc, Louis XVIII, sous l’influence de Decazes, renonçait à la politique pro-russe de Richelieu et, par l’intermédiaire du marquis de Caraman, ambassadeur à Vienne, engageait des négociations secrètes avec Metternich. Désorienté, le duc songeait parfois à abandonner le pouvoir. Qui, de l’avis des doctrinaires, devait lui succéder ? Decazes, que Royer-Collard, en 1816, avait accablé de sarcasmes et qu’il méprisait. « Moralité, esprit, talent, écrit Molé, il lui refusait tout. Je crois voir (disait-il), un vil affranchi de Galba. » Pasquier, de son côté, mettait en avant le nom de Decazes ; celui-ci, disait-on, avait son ministère tout prêt.

De tant de désaccords, de jalousies, de querelles, de pourparlers, de négociations, de conciliabules et de tractations, le prince de Talleyrand était informé. Il possédait d’ailleurs auprès de Richelieu lui-même un « observateur » en mesure d’être bien renseigné ; c’était son propre frère Archambaud, duc de Talleyrand-Périgord. Archambaud de Périgord avait obtenu les faveurs de Mme de G…, maîtresse de Richelieu, à qui le duc confiait ses soucis politiques et qui le trahissait au profit d’Archambaud. Bref, la fin du Cabinet Richelieu semblait proche à Talleyrand. Que Richelieu donnât sa démission, ce serait l’occasion rêvée pour lui de reprendre le pouvoir. Mais ce retour aux affaires ne pouvait se réaliser qu’en accord avec celui qui possédait la faveur de Louis XVIII, c’est-à-dire avec Decazes. Depuis l’été, le bruit courait d’une réconciliation entre les deux anciens adversaires. On disait qu’entre le favori du Roi et le « vieil ambitieux », il y avait un traité secret. On ajoutait que la duchesse de Dino (9) avait favorisé le rapprochement, rendu plus facile par le mariage de Decazes, qui le faisait entrer dans une famille alliée de celle de Talleyrand.

En novembre (10), le jour de l’anniversaire du Roi, le prince se rendit aux Tuileries pour complimenter le souverain. Les ministres y allèrent de leur côté. Un tableau surprenant frappa les regards de Molé au moment où celui-ci pénétrait dans le cabinet de Louis XVIII : Talleyrand et Decazes s’entretenaient à voix basse dans la pièce et Decazes affectait de prendre un vif intérêt à cette conversation. Le lendemain soir, Molé allait chez Decazes. Décidément, les surprises se multipliaient pour lui. Dans le salon du ministre, au milieu d’un cercle nombreux, il aperçut Decazes très empressé auprès de la duchesse de Dino. « Il se troubla en me voyant arriver, puis vint droit à moi pour m’expliquer que la famille de Saint-Aulaire, où il était entré, étant alliée de la famille de Talleyrand, cette dernière lui avait fait, à l’occasion de son mariage, des avances auxquelles il avait été obligé de répondre. Decazes se donna même la peine de m’expliquer de la même manière sa conversation dans le cabinet du Roi, laquelle, ajouta-t-il, j’avais sans doute remarquée. » En ce même mois de novembre, Mme de Rémusat rencontrait chez Decazes la duchesse de Dino et la baronne Alexandre de Talleyrand. Quelques jours plus tard, elle entendit le prince faire l’éloge du ministre de la Police, « le regardant comme le seul homme du ministère et l’avouant habile ».

Le duc de Richelieu ne tarda pas à soupçonner l’entente entre Decazes et le prince. Ce fut un nouveau sujet de discussion dans le ministère. En décembre, Richelieu confiait à Molé : « J’ai bien envie de les dispenser de plus longues intrigues et de céder tout de suite la place à M. de Talleyrand. Mais ne nous trompons pas, assurons-nous d’abord qu’il ne refusera pas et qu’il pourra lui-même former un ministère. » Et il demandait à Molé de suggérer à Decazes de faire pressentir Talleyrand par son beau-père, le comte de Saint-Aulaire. « Mais, ajoutait-il, prenez garde que ce vieil ambitieux ne puisse se vanter d’avoir refusé ni au Roi ni à moi. »

Decazes se déroba. A la vérité, il ne voulait pas d’un ministère Talleyrand-Decazes, car il connaissait trop bien les sentiments du Roi à l’égard du prince. Il pensait qu’un ministère avec Talleyrand, placé entre l’hostilité du souverain et les partis de la Chambre, ne pouvait durer longtemps, quelques semaines au plus. Ce qu’il souhaitait, c’était « user » Talleyrand, lui faire constituer un cabinet et ensuite travailler dans la coulisse à le renverser. Après quoi, le champ était libre pour un ministère Decazes. Talleyrand, de son côté, jouait-il franc jeu et était-il la dupe de Decazes ?

Aux ouvertures de Molé, Decazes feignit une vive surprise et se récria :

— Quant à moi, déclara-t-il, rien ne me fera livrer le Roi à M. de Talleyrand et ni mon beau-père ni moi ne nous emploierons à une œuvre pareille.

Quelques jours plus tard, il protestait encore auprès de Molé « de son mépris et de son horreur pour M. de Talleyrand ». Evidemment il jouait la comédie. Quant à Talleyrand, il croyait vraiment toucher au but désiré. On s’agitait beaucoup à l’hôtel de la rue Saint-Florentin. Le 25 décembre 1818, le ministère Richelieu démissionnait. Le soir, malgré les solennelles protestations de Decazes, le comte de Saint-Aulaire écrivait à la duchesse de Dino en lui demandant un rendez-vous pour le lendemain matin. Ce jour-là, il vint l’avertir que le Roi pourrait bien demander à Talleyrand de former un ministère et, en conséquence, il l’avertissait d’avoir à en tenir un tout prêt. Aussitôt la duchesse de Dino se rendit chez son oncle et travailla avec lui à établir une liste… Le dimanche 27, après la messe aux Tuileries, on remarqua que le Roi parlait bas à son grand chambellan. A cinq heures du soi, le bruit se répandit que Talleyrand allait être président du Conseil. Mais ni le prince ni Decazes ne furent choisis. La présidence échut au général Dessoles avec le portefeuille des Affaires étrangères ; Decazes eut le ministère de l’Intérieur.

***

Après la constitution du ministère Dessoles, Talleyrand reprit son jeu de bascule, tantôt intriguant avec les ultra-royalistes, tantôt flattant les libéraux. Mais il continuait de négocier secrètement avec Decazes. Dans un rapport secret à Metternich daté de Valençay, 25 septembre 1819, le marquis Giamboni écrivait : « M. de Talleyrand désire beaucoup de rentrer dans les affaires… En ce moment, il a des chances, et j’ai la conviction qu’il est peut-être le seul homme de France capable de la ramener à un système raisonnable… Dorothée, qui s’est faite dévote, a une grande soif du pouvoir et ne lui fait pas de partisans. »

En novembre 1819, le cabinet Dessoles disparaissait ; cette fois Decazes arrivait à la présidence du Conseil. Il était au comble de sa faveur auprès de Louis XVIII ; le Roi ne voyait, n’entendait, n’agissait que par lui. « M. Decazes, en ce temps-là, a véritablement régné sur la France », a écrit Pasquier. Le 21 novembre, on lisait dans le Journal des Débats : « Voilà M. Decazes président du Conseil ! Son élévation rend désormais tout rapprochement impossible entre lui et M. de Richelieu, entre lui et M. de Talleyrand. La chute de M. Decazes peut seule rappeler aux affaires l’un de ces deux personnages. » Et, en effet, la démission de Decazes, après l’assassinat du duc de Berry, provoqua le retour de Richelieu. Malgré toutes ses intrigues, toutes ses machinations, malgré sa duplicité, Talleyrand une fois de plus était écarté.

En mars 1821, Decazes, qui était ambassadeur à Londres, vint à Paris, amenant la duchesse gravement malade. Talleyrand le vit et, d’après les déclarations de Decazes lui-même, s’efforça de le séduire par ses flatteries, « allant même jusqu’à dire qu’il avait, lui, Talleyrand, l’honneur de lui appartenir ». Decazes, durant son séjour, semblait avoir gardé l’entière affection du Roi, mais déjà s’annonçait le règne de Mme du Cayla. L’entente Talleyrand-Decazes paraissait subsister ; le gouvernement anglais la favorisait ; mais elle restait secrète. Dans le monde, Talleyrand affectait de parler de Decazes avec Sévérité, disait que c’était « un homme fini ». « Decazes, disait-il encore, vaut mieux que ce qui existe, parce que ce qui existe a seul des racines, un point d’appui à l’étranger, tandis qu’un favori qui déjà n’a pas pu ou su résister est facile à renverser une seconde fois. » Mais ce n’étaient que phrases destinées à masquer leur collusion. Decazes, de son côté, déclarait qu’il ne prendrait pas « la place toute chaude de M. de Richelieu » et revenait à son idée d’un ministère Talleyrand de transition et de courte durée.

Depuis les élections de 1820, la droite ultra-royaliste de la Chambre était considérablement renforcée ; un nombre important de députés à la Chambre introuvable y étaient rentrés et bataillaient contre Richelieu. La gauche et le centre gauche avaient pour candidat éventuel Decazes. Mais Talleyrand ne désespérait pas de se pousser à la présidence et il préparait un ministère étrangement composite où se mêlaient les noms de La Bourdonnais, de Sébastiani, de Chateaubriand, de Molé, du duc de Broglie et de Mollien. La droite et la gauche s’étant associées par une entente passagère, le cabinet Richelieu, mal soutenu par Louis XVIII que la comtesse du Cayla commençait à incliner vers les amis du comte d’Artois, donna sa démission (12 décembre 1821). La droite arrivait au pouvoir avec un ministère sans président du Conseil officiel, mais dont Villèle était en réalité le chef.

Talleyrand désormais avait perdu tout espoir, tant que règnerait la branche aînée des Bourbons, de revenir au pouvoir. C’est pourquoi, poussé par la duchesse de Dino, il s’orienta de plus en plus vers les libéraux. Du même coup, Decazes était éliminé de la scène politique. Dans la retraite où le condamnaient les évènements, l’ancien favori du Roi était, comme son vieil adversaire, hanté par le désir passionné de retrouver le pouvoir. « Je n’ai jamais rencontré d’homme travaillé du besoin d’être ministre au même degré que M. Decazes, écrit Haussez dans ses Souvenirs. C’est une maladie, une sorte d’idée fixe qui lui a fait commettre des actes et tenir des propos fort au-dessous des qualités d’esprit qu’il montre sur d’autres sujets. Il voyait sans cesse devant lui un portefeuille après lequel il courait, et qui lui échappait au moment où il croyait le saisir. Par un singulier mirage, ce portefeuille qu’il laissait derrière lui se reflétait à l’horizon, de sorte qu’en s’en éloignant, il croyait s’en approcher. Sa vie devait se consumer dans cette poursuite. » En août 1829, quand fut formé le ministère Polignac, Decazes croyait recevoir le portefeuille de la Marine (11) et il confiait son espoir à Haussez, préfet de la Gironde, lui-même désigné pour la fonction.

Talleyrand fut plus favorisé par le sort que son rival. Louis-Philippe en fit un de ses conseillers en matière de politique extérieure et lui confia le poste d’ambassadeur à Londres, tandis que Decazes devait se contenter de la fonction de grand référendaire de la Chambre des Pairs, qui était une sorte de questeur.

L.-J. ARRIGON.


Notes


Notes :

(1) Au temps du Consulat, le duc de Richelieu, revenu en France et s’efforçant de sauver des débris de sa fortune, avait eu recours aux services de M. Decazes, le père, avoué à Libourne, pour les affaires concernant le duché de Fronsac. Sous la première Restauration, Decazes s’entremettait afin de faciliter la vente des terres de Fronsac ; ainsi s’étaient nouées des relations entre Richelieu et l’ancien secrétaire des Commandements de Madame Mère.

(2) Bourrienne avait déjà été préfet de police, nommé en mars 1815, après le débarquement de Napoléon.

(3) Le traité de Paris, signé par Richelieu le 20 novembre 1815.

(4) L’hôtel de Blacas était situé rue de Grenelle et Chateaubriand habitait alors rue d’Enfer.

(5) Talleyrand.

(6) Blacas était maintenant ambassadeur près le Vatican.

(7) Par exemple au sujet de la Note secrète de Vitrolles aux puissances alliées, que Decazes put se procurer et qu’il fit publier, ainsi que pour la conspiration ultra-royaliste, dite du Bord de l’eau, qui avait été en partie machinée par des agents provocateurs au service de la police.

(8) Primitivement, le cabinet Richelieu comprenait, outre son chef, Dambray à la Justice, Laîné à l’intérieur, le duc de Feltre à la Guerre, Dubouchage à la Marine ; mais, successivement Dambray, Dubouchage et le duc de Feltre avaient été remplacés par Pasquier, Molé et Gouvion Saint-Cyr.

(9) La comtesse de Périgord était devenue, en 1817, la duchesse de Dino.

(10) En novembre 1818, un nouveau désaccord opposait Richelieu, partisan d’une modification de la loi électorale, à Decazes qui y été défavorable.

(11) Certaines démarches du prince de Polignac pouvaient autoriser les espoirs de Decazes. En 1829, alors que le ministère Martignac était sur le point d’abandonner le pouvoir, Polignac fit demander à Decazes un entretien par son neveu, le duc de Guiche. Au cours de la conversation, le prince interrogea Decazes : croyait-il pouvoir constituer un ministère capable d’obtenir la majorité à la Chambre ? L’offre n’était peut-être pas sincère, mais elle était formulée. Decazes déclara qu’il n’accepterait la mission qu’avec l’entière confiance du roi Charles X, dont il doutait, non sans raison. En août, quand Polignac forma son cabinet, il songea en effet à s’assurer la collaboration de Decazes. Mais ce dernier, dans une lettre au duc de Guiche publiée par E. Daudet dans le « Figaro » (10 août 1910), recommandait la prudence à Polignac : « Je serais vivement affligé que Jules consentît à former un ministère de sa couleur ». Pour lui, il estimait ne pouvoir faire partie de la combinaison sans que Pasquier y entrât lui aussi.



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REVUE DES DEUX MONDES N° 77 DU 15 FEVRIER 1948








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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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