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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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REFLEXIONS

SUR LES DERNIERES NOUVELLES

RECUES D'EUROPE

ET PARTICULIEREMENT SUR CELLES

RELATIVES A LA FRANCE







AVANT-PROPOS

Ce texte écrit anonymement est attribué à Talleyrand grâce à l'information suivante :

Le 15 février 1796, Talleyrand, de son petit logement de la 2è rue Sud, adresse à Moreau de Saint-Méry un court billet : « Je vais vous envoyer un morceau pour votre feuille de demain, ce sont deux pages assez piquantes. Gardez-leur de la place. Ce sera fort mal écrit parce que vos plumes ne sont pas assez fendues. »

extrait des Archives Poniatowski in Talleyrand aux Etats-Unis p. 458 – Librairie Académique Perrin - 1977.


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Sans même parler de l’ancienneté de ces nouvelles, dont les plus récentes s’arrêtent au 7 Décembre dernier, il serait bien difficile d’en tirer aucun résultat probable en politique ; puisque sur des points d’une importance générale, la contradiction paraît de toute part. Il semble, lorsqu’on lit les extraits des quelques gazettes qui se sont comme échappées de France ou d’Angleterre pour irriter notre curiosité plutôt que pour la satisfaire, qu’on ait entrepris la tâche, aussi bizarre qu’impossible, de complaire successivement à tous les partis, à toutes les opinions, et de laisser, en dernière analyse, flotter les esprits dans l’incertitude où ils nagent depuis plusieurs années. On quitte cette lecture avec un soupir vers l’avenir, et lorsqu’un jour de plus a encore déçu l’attente qu’il avait fait concevoir, notre pensée appelle le lendemain pour lui confier de nouvelles espérances. C’est ainsi que courant sans cesse après une ombre fugitive, nous accusons le temps de ne pas seconder assez notre impatience, sans réfléchir que chaque mouvement de ses ailes ravit quelque chose à notre existence, et que sa course n’a pas toujours pour but celle que lui indique nos désirs.

Cependant à travers cet amas indigeste de détails recueillis avec empressement et publiés avec le projet de remplir les papiers-nouvelles, il est quelques événements qui semblent ne pas permettre le doute.

C’est ainsi que nous devons croire que la fureur des éléments s’est en quelque sorte combinée avec celle des hommes pour augmenter les désastres. Les vagues en furie ont englouti ceux qui étaient destinés à aller porter au loin les ravages de la mort, et des êtres qui se confiaient aux flots pour aller verser le sang de leurs ennemis sur des bords éloignés, ont perdu la vie, avant de quitter les propres bords de leurs pays, tous couverts de leurs cadavres défigurés. La mer s’est apaisée, mais la colère d’Albion subsiste et elle recueille des débris pour les faire servir encore, si elle le peut, à l’exécution de ses projets.

Sur les bords du Rhin, où l’on dit que la victoire capricieuse, vole de l’une à l’autre rive, le sang humain ruisselle et cette déchirante vérité est la seule que nous sachions bien.

Ah ! quels vœux ardents pour la paix des maux aussi longs et aussi multipliés doivent faire naître dans tous les cœurs sensibles ! et s’il en est d’assez atroces pour que la haine s’y nourrisse encore, qu’ils soient, s’il est possible, les seuls à éprouver les horreurs d’aussi longues calamités, et qu’un repos dont l’humanité a si grand besoin ajoute, s’il le faut, à leurs impuissantes fureurs !

Comme nous pensons que beaucoup de nos lecteurs, attachés par plusieurs liens à la France n’auront pas lu, sans une grande attention, ce que les travaux de la nouvelle législature ont produit, nous leur offrirons ici quelques observations que nous avons entendu faire sur des actes émanés d’elle.

Celui qui porte un caractère vraiment remarquable, c’est le décret qui établit des notes qu’on échangera contre les assignats à un pour trente.

Il est impossible de se dissimuler que depuis longtemps la multiplicité des assignats les dépréciait et que leur dépréciation contraignait à son tour à les multiplier. Ainsi tournant dans ce cercle vicieux, il fallait absolument qu’il arrivât un moment où, périssant de leur propre nullité, les assignats eussent le sort de tout papier-monnaie forcé : cette crise salutaire est arrivée. Nous disons salutaire, car il ne s’agit plus de chercher si les circonstances actuelles ont pu être évitées ou non, ni de s’ériger en juge des causes et des effets d’une grande révolution, pour établir une hypothèse et en faire marcher les conséquences sur le papier ; il faut prendre les circonstances au point où elles sont parvenues. Et c’est alors qu’on ne peut nier que l’anéantissement des assignats est un bien.

Leur valeur décroissant chaque jour, il est sûr que l’ouvrier qui, pour son labeur, avait reçu, au commencement d’un mois, une somme supérieure à sa dépense, et qui conservait l’excédent, se trouvait n’avoir rien économisé au commencement du mois suivant, parce que les assignats avaient continué à perdre, et qu’il devait arriver par l’effet de la misère générale, que son travail n’était plus suffisant pour le faire vivre. C’était déjà et depuis longtemps le sort de presque tous les rentiers, classe sur laquelle les assignats avaient le plus d’influence, puisque recevant des arrérages en assignats, au taux légal, ils voyaient, à chaque paiement, leurs revenus disparaître sans pouvoir rien opposer à ce malheur. Enfin les assignats étaient avilis à un tel point, que les frais que leur fabrication exigeait ne pouvaient plus être payés par eux.

On ne cherche point à se dissimuler que cet instant qui réduit nécessairement l’assignat au taux des notes, ne soit douloureux, c’est celui d’une opération qui rappelle à la vie un corps que des crises lentes mais continuelles allaient paralyser.

Mais, dira-t-on, tous les moyens, toutes les ressources, toutes les fortunes sont détruites, car il n’est personne qui ne possède une quantité quelconque d’assignats, et qui n’éprouve ainsi une perte plus ou moins sensible, et cette secousse causée aux fortunes particulières doit détruire la fortune publique.

A cela l’on peut répondre par deux grands exemples. C’est que la France n’a pas péri à la chute du système de Law.

C’est que l’Amérique n’a pas péri lorsque son congrès a prononcé que son papier-monnaie n’aurait plus d’autre valeur que celle qu’il avait à l’époque du décret, c’est-à-dire, un pour quarante relativement à l’argent monnayé.

On demande ensuite où est, pour les notes, une garantie plus forte que dans les assignats ? Elle est dans les biens nationaux dont la vente est suspendue pour que l’hypothèque soit connue et conservée. Mais elle est bien plus encore dans l’établissement d’un gouvernement qui, dès son principe, annonce clairement qu’il ne veut pas que les maux produits par les assignats s’aggravent et se sent assez fort pour proposer une opération douloureuse au moment où elle est un moyen curatif pour le corps politique.

Cette énergie qui est un grand moyen d’inspirer la confiance, produira celle qu’on paraît vouloir faire entretenir et nourrir par des compagnies financières qui, trouvant dans une hypothèque réelle une base solide pour leurs opérations, sauront faire partager des sentiments qu’elles auront conçu elles-mêmes.

D’ailleurs n’est-il pas notoire qu’une des causes qui a le plus accéléré l’avilissement des assignats, a été la concurrence dans laquelle ils se sont trouvés avec la monnaie métallique. Et puisque cette dernière a reparu dès qu’on le lui a permis, si elle est déjà assez commune pour que beaucoup de transactions n’aient plus lieu que par son moyen, pourquoi ne se montrerait-elle pas avec plus d’abondance lorsque tous les soins du gouvernement l’y exciteront ? Le numéraire de la France n’est pas tombé au fond d’un abîme. Tout ce que la terreur avait enfoui doit reparaître lorsqu’il n’y a plus de terreur ; ce qui avait été transporté dans des contrées étrangères, reviendra, puisque l’on peut désormais être riche et industrieux en France, sans courir le risque de monter à l’échafaud.

Pour produire tant d’heureux effets, une seule chose suffit : la confiance ; et l’on peut répéter que celle avec laquelle la législature compte sur l’esprit public, est suffisante pour donner la plus heureuse impulsion à ce grand moyen de gouvernement.

Il faudrait avoir bien peu réfléchi sur ce qui s’est passé à l’époque du détestable Robespierrisme et à celle qui l’a suivie, pour ne pas reconnaître dans les principes actuels d’autres vues, et dans ce qu’ils ont déjà produit de grands sujets d’espérer. Un trait entre autres en fera bien juger.

La législature calculant que la paix qu’elle veut, doit ramener à l’état de simple citoyen des individus dont la paye militaire est peut-être l’unique ressource, met en réserve pour l’armée un milliard, destiné à être tout à la fois et récompense et moyen d’exister. Et pour qu’on soit bien convaincu qu’elle croit que chacun concourra avec elle au rétablissement de l’ordre, elle met en dépôt entre les mains de chaque département une portion de ce milliard. Ce n’est plus une seule cité s’arrogeant la suprématie ; ce n’est plus Paris disant : Moi seule je suis la République entière et réservant toujours tout pour se l’appliquer ou pour s’en arroger l’emploi. Ici chaque département est associé à la distribution des bienfaits ; chacun d’eux est dépositaire et gardien d’un moyen de puissance dont on ne croit plus qu’il puisse abuser, et pour lui prouver qu’on ne veut plus y produire de commotions, on lui destine à l’avance des moyens de calme et de bonheur. On ne rivalise plus, ou bien c’est seulement du désir de faire sortir la France de l’état où l’on jeté des hommes qui souffraient tout de ceux qu’ils n’osaient pas envoyer à la mort.

Une autre preuve que le gouvernement a le sentiment de sa force, c’est la suppression des réquisitions militaires au moment même où le directoire exécutif se plaint d’une désertion alarmante. On se contente de mettre la force armée à sa disposition dans les cas indispensables. Voilà donc l’action du pouvoir exécutif sur tout citoyen quand il doit devenir soldat : organisée ; et tant que la France aura des ennemis elle aura des défenseurs. Il ne faut pour les faire accourir par milliers que leur parler de l’infamie de recevoir une loi étrangère.

Et ce directoire exécutif, il a aussi le sentiment de son importance. On a amèrement censuré le langage qu’il a pris avec les ministres étrangers et l’on a même cru que c’était lui qu’on injuriait en comparant ceux-ci à des écoliers, mais il a dit en parlant à l’ambassadeur de Suède : Les Chefs de la République Française, et quand une grande nation, célèbre par sa valeur, est revenue, par un mouvement d’horreur pour les crimes par lesquels on s’est efforcé de la déshonorer pendant deux années, à n’avoir plus d’autre besoin que d’être libre et tranquille, ses chefs peuvent la rendre respectable aux yeux des autres nations et la diriger de manière à convaincre ces dernières qu’elles doivent perdre l’espoir et de la soumettre et de l’exciter encore à se déchirer de ses propres mains.

Enfin on est frappé d’un décret qui fait sortir des prisons, pour venir s’asseoir à leur rang de députés, des hommes, livrés à des accusations qui autrefois étaient presque toujours un signal de mort.

Ce qui nous plaît le plus de toutes ces remarques c’est qu’elles semblent faites pour fortifier encore l’espérance de la paix. Car comment concevoir l’idée d’une tranquillité durable en France, si la paix ne vient pas y ramener l’abondance en y rendant d’innombrables bras à l’agriculture, des hommes industrieux aux manufactures, d’utiles spéculations au commerce. Elle seule peut y reproduire les biens qui en feraient encore un des lieux les plus délicieux à habiter, et où les arts et les jouissances agréables, réunis aux douceurs de son climat, attireraient, comme autrefois, des habitants de toutes les autres contrées.



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COURRIER DE LA FRANCE ET DES COLONIES

PUBLIE, A PHILADELPHIE, PAR GATEREAU

N° 49 DU VENDREDI 26 FEVRIER 1796










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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