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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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CONSIDERATIONS

SUR

LA PAIX

AVRIL 1814




Au cours du mois d’avril 1812 la France disposait de la moitié de la population de l’Europe, combattait ou menaçait l’autre moitié et paraissait à la veille de tout subjuguer.

Mais ce qu’avait dit Montesquieu des projets de monarchie universelle, qu’ils ne pouvaient manquer sur un point qu’ils ne manquassent partout, se vérifia.

Au mois d’avril 1814, la France n’avait plus un seul allié. Tous les états grands et petits, à la seule exception de la Turquie et de la Suisse, s’étaient ligués contre elle. Tout le territoire étaient envahi dont la capitale, mais plus heureuse par ses défaites qu’elle ne l’avait été par ses victoires, elle recouvrait ses anciens souverains et voyait naitre de ses revers même l’aurore de sa propre tranquillité et du repos du monde.

La presque totalité des liens qui l’avaient unie au reste de l’Europe ayant été rompue par la guerre, il lui faut aujourd’hui recomposer le système presqu’entier de ses rapports avec les autres peuples.

En faisant la paix.

En formant de nouvelles alliances.

En rétablissant son commerce extérieur et en l’assurant par des traités.

Il ne sera question dans ce mémoire que de la paix, outre qu’elle est le premier et le plus puissant besoin de la France, sa conclusion doit nécessairement précéder toute autre transaction diplomatique.

La France put faire en juillet et en août dernier la paix avec les puissances du Nord. On ne lui demandait à cette époque :

que d’évacuer les pays et les fleuves au-delà de l’Elbe.

de renoncer à toute possession au-delà de ce fleuve.

de donner, en deçà à la Prusse, une frontière tenable.

de consentir à ce que la Prusse reprit Dantzig, et qui composait le duché de Varsovie au moment de sa formation.

et de rendre à l’Autriche le reste de ce duché et les provinces Illyriennes.

L’Autriche, alors médiatrice avait déclaré de la manière la plus franche et à diverses reprises, que, si les conditions n’étaient point acceptées, elle unirait ses forces à celles de la Russie et de la Prusse.

Le chef de la France ne crut point en cette menace. Il aima mieux tenter la fortune, et l’éprouva contraire, la bataille de Leipzig ne lui laissa d’alliés que le Danemark qui ne lui pouvait être d’aucun secours et devait être bientôt victime de sa constance, et Naples qui déjà traitait de sa défection.

De tant de forces qu’il avait portées au-delà du Rhin, il n’en ramena point assez pour couvrir cette barrière. Cependant l’ennemi craignait d’abord de la franchir et proposa en novembre de conclure non plus une paix partielle, mais une paix générale et pour conditions de cette paix que la France se refermât dans les limites formées par les Alpes, les Pyrénées, et le Rhin, sauf une frontière qu’elle conserverait en Piémont, l’Autriche devant en acquérir sur le golfe adriatique, qu’elle renonçât à exercer sur les pays hors de ces limites aucune autre influence quelconque que celle qui appartient naturellement et nécessairement à un grand état, qu’elle reconnut l’indépendance de l’Espagne sous la souveraineté de Ferdinand VII, l’indépendance de l’Italie et celle de la Suisse, de l’Allemagne et de la Hollande.

Pour comprendre les renonciations qui lui étaient demandées, on lui faisait espérer la restitution de ses colonies, on annonçait que l’Angleterre qui avait les mains pleines rendrait à pleines mains.

La première réponse du cabinet français fut vague : pressé de s’expliquer, il adopta les bases proposées, qu’on a appelées « bases de Francfort ».

Si, dès l’instant qu’on les lui proposa, il eut fait partir un plénipotentiaire avec pouvoir de les signer, les alliés – et eux-mêmes l’ont avancé depuis – n’auraient pas su se rétracter et peut-être même n’en auraient pas eu l’idée, mais perdant en hésitations le moment favorable et donnant aux ennemis le temps de connaitre sa situation, il leur fit naitre l’envie d’en profiter ; ils pénétrèrent en France sans trouver de résistance de la part d’un peuple qui avait cru renoncer pour toujours à toute espérance de paix, s’il eut donné à son gouvernement les moyens de vaincre, et retardèrent assez l’ouverture du Congrès pour que, quand il s’ouvrit, ils se trouvassent déjà dans les vallées de la Marne, de l’Aube et de la Seine à quarante lieues seulement de la capitale.

La première demande de leurs plénipotentiaires fut que la France rentrât sans ses anciennes limites. Le négociateur français venait de recevoir des pouvoirs illimités. Une bataille générale paraissait inévitable. Paris était menacé. Pour prévenir l’une et sauver l’autre, il offrit de consentir au sacrifice demandé si les alliés voulaient conclure un armistice immédiat, ajoutant que, dans ce cas, il remettrait sur le champ plusieurs des places fortes occupées par la France dans les pays qu’elle ne devrait plus conserver.

Au moment même où il adressait cette proposition au ministre du cabinet de l’une des puissances alliées, les conférences furent inopinément suspendues, sans qu’on n’en donnât aucun motif, sur la seule demande de la Russie.

Huit jours se passèrent. Suivant le temps l’armée française obtint sur presque tous les points des succès marqués. La négociation que, peut-être on avait voulu rompre, reprit son cours. Les alliés dont les généraux demandaient à leur tour un armistice, firent déclarer par leurs plénipotentiaires au Congrès que le seul moyen d’amener la cessation des hostilités était de signer des préliminaires de paix dont ils firent présenter un projet. Ils voulaient se prévaloir de l’offre qui leur avait été faite, quoique n’ayant pas accepté, en temps utiles, la condition sous laquelle elle avait été faite, et quoique la situation des choses ne fut plus la même.

Il leur avait été représenté dès le commencement de la négociation que chaque sacrifice qui pouvait être fait et le degré dans lequel il pouvait l’être dépendait nécessairement du nombre et de l’appui de ceux qui seraient demandés, comme la somme des sacrifices dépendait aussi nécessairement de la somme des compensations qui seraient offertes ; que les conditions de la paix étant essentiellement liées et subordonnées les unes aux autres, il était impossible de prendre parti sur aucune avant de les connaitre toutes et ils avaient été requis de présenter à la fois l’ensemble de leurs propositions et de leurs vues.

Leur projet satisfaisait, mais incomplètement, à cette demande.

La diminution de puissance relative résultant pour la France des arrangements de la paix était seule la mesure vraie des sacrifices qu’elle aurait faits.

La grandeur de ceux-ci ne pouvait donc pas dépendre uniquement des cessions et renonciations faites par elle ou son chef ; elle dépendait encore nécessairement de l’emploi des territoires auxquels ils auraient renoncé, du sort des pays possédés, sous divers titres, par des princes de la famille qui régnaient en France ou par des français, du mode futur d’existence des confédérations jusques là placées sous l’influence en quelque sorte constitutionnelle de celui qui gouvernait la France, et enfin du futur état respectif de possession, des principales puissances de l’Europe.

Les alliés ne voulaient traiter avec la France que des renonciations à faire par elle ou par son chef et des restitutions qu’on lui ferait.

Ils demandaient que l’empereur Napoléon renonçât à tout ce que la France avait acquis au royaume d’Italie, au protectorat de l’Allemagne et au titre de médiateur de la Suisse.

Ils offraient de rendre à la France la Martinique, Sainte-Lucie et Marie-Galante, mais sous la condition d’abolir la traite des noirs, ses comptoirs d’Afrique et ses établissements sur le continent de l’Inde ; mais à la condition qu’elle ne possèderait ceux-ci que comme des comptoirs de commerce, qu’elle ne pourrait fortifier et où elle ne pourrait tenir plus de troupes qu’il n’en faudrait indispensablement pour la simple police.

L’Angleterre voulait garder Tobago, les Saintes, l’île de France et celle de Bourbon.

Quoique traitant pour l’universalité des puissantes engagées avec eux dans la guerre actuelle et quoique la Guadeloupe ne fut passé des mains de l’Angleterre dans celles de la Suède qui par un acte que le droit des gens n’avouait pas, les alliés se bornaient à promettre leurs bons offices pour faire rendre à la France cette colonie et la Guyane.

Des arrangements futurs de l’Europe, le projet ne faisait connaitre autre chose sinon que l’Espagne devait être indépendante, dans ses anciennes limites, sous la souveraineté de Ferdinand VII, que l’Italie serait divisée en état indépendant, la Suisse indépendante dans ses anciennes limites, l’Allemagne indépendante avec un pacte fédératif, et la Hollande indépendante sous la souveraineté de la maison d’Orange, avec un accroissement de territoire.

Pour tout le reste, les alliés prétendaient avoir le droit de le régler seuls, conformément au traité qu’ils avaient fait entre eux et sans l’intervention de la France ; ils demandaient qu’elle reconnût ce droit.

Ainsi de l’ensemble de leurs propositions, il résultait que, d’une part, ils demandaient à la France des sacrifices dont ils ne lui laissaient pas connaitre l’étendue, que, de l’autre, ils réduisaient tous les arrangements de la paix, à convenir de ce qu’elle céderait et de ce qu’il lui serait rendu ; et qu’en présentant comme simple préliminaire un projet qui réglait complètement les deux choses, ils voulaient lui faire subir toutes les conditions d’une paix définitive, sans lui en laisser recueillir le fruit.

Quand bien même le négociateur français aurait cru nécessaire d’acquiescer à leurs demandes et de se contenter de leurs offres, il ne le pouvait plus, ses pouvoirs avaient été restreints.

Il eut ordre de représenter que depuis vingt ans, la Russie avait acquis huit millions de sujets, qu’outre l’acquisition de la Trinité et des possessions hollandaises dans l’île de Ceylan, l’Angleterre avait doublé des possessions sur le continent de l’Inde, qu’elle voulait aujourd’hui garder Malte, ce qu’on ne lui contestait plus ; que le passage de la Pologne, la sécularisation de l’Allemagne, la dissolution de la république de Venise, avaient prodigieusement accru l’Autriche et la Prusse ; que si ces deux puissances avaient depuis éprouvé des pertes, elles allaient les réparer ; que quand tous les autres grands états de l’Europe avaient ainsi augmenté leurs forces absolues, si la France revenait au point où elle était en 1792, elle perdrait en puissance relative dans la proportion de ce qu’ils ont gagné, ce qui serait un résultat contraire à la justice, aux déclarations solennelles et réitérées des alliés et à ce que eux-mêmes avaient reconnu être de l’intérêt de l’Europe, que les restitutions offertes étaient dans une étrange disproportion avec les sacrifices exigés, que déjà insignifiantes par elles-mêmes, elles devenaient absolument de nulle valeur par les conditions qu’on y mettait, et que les conditions étaient en outre injurieuses pour la France.

Enfin que pouvoir la priver de toute participation aux arrangements d’un tout dont elle était une partie considérable et nécessaire, c’était choquer la nature des choses, et qu’en acquiesçant à cette prétention elle s’exclurait, en quelque sorte, elle-même de la société européenne.

Pour toute réponse à ces représentations, on le somma de déclarer s’il voulait ou non remettre dans les 24 heures un contre-projet en le prévenant que, s’il n’en remettait point ou s’il en remettait un dont l’esprit différât sensiblement du projet des alliés, les négociations seraient sur le champ suspendues.

Il avait acquis la certitude et n’avait cessé d’écrire à sa cour que l’affaire était impossible si l’on ne cédait, non seulement Anvers et Mayence, mais encore la plus grande partie de la Belgique et des nouveaux départements à la rive gauche du Rhin. Il n’avait pu obtenir d’être autorisé à se départir des bases de Francfort. Il prit néanmoins sur lui de promettre un accroissement de territoire pour la Hollande et le plénipotentiaire remit un projet non d’articles préliminaires, mais de traité de paix définitif.

Par ce projet l’empereur Napoléon à toutes les acquisitions de la France au-delà des Alpes et du Rhin, au royaume d’Italie en faveur du prince vice-roi, cédant à l’Autriche la partie de ce royaume au-delà de l’Adige, avec les provinces illyriennes et à tout titre quelconque pris des pays qu’il ne devait plus posséder en souveraineté. Il reconnaissait l’indépendance de l’Espagne sous la souveraineté de Ferdinand VII, celle des états entre lesquels l’Italie devait être divisée, celle de la Suisse, celle de l’Allemagne unie par un pacte fédératif et enfin l’indépendance de la Hollande sous la souveraineté de la maison d’Orange avec un accroissement de territoire, sous la condition que la souveraineté en Hollande ne pourrait en aucun cas appartenir ou être exercée par un prince portant ou appelé à porter une couronne étrangère.

Le Pape devait être immédiatement rétabli dans ses états, le roi de Saxe être remis dans sa pleine et entière jouissance de son royaume ; le grand-duc de Berg, le prince de Lucques et Piombino, les princes de Neuchâtel et de Bénévent, être maintenus dans leurs états et possessions respectifs tels qu’ils étaient avant la guerre.

Toutes les colonies de la France, ses établissements et comptoirs, dans les mers et sur les continents de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie lui devaient être restituées, mais elle offrait de céder à l’Angleterre ce que celle-ci désirait garder, moyennant un équivalent raisonnable.

Enfin la France devait concourir aux arrangements généraux de l’Europe dans le nombre desquels serait compris le règlement des indemnités à donner aux rois et aux princes dépossédés par la guerre présente, mais ces arrangements devaient être renvoyés à un nouveau congrès qui serait immédiatement formé après la conclusion de la paix.

Le projet fut remis le 15 mars. Le 19, les négociations étaient rompues et le congrès dissout.

Les événements postérieurs sont connus, ainsi que la déclaration des alliés au moment de leur entrée à Paris.

Ils ont promis d’exiger moins de la France quand l’empereur Napoléon ne règnerait plus et quand ils n’auraient plus à enchaîner son ambition.

Quelles concessions peut-on s’en promettre et jusqu’où peut-on espérer qu’ils les portent ?

Ils ne songeront certainement plus à vouloir que la France reste étrangère aux arrangements généraux de l’Europe. Elle y doit intervenir ne fut-ce que pour l’honneur et dut-elle n’y influer en rien. Mais si on les comprenait dans le traité de paix, la conclusion en serait retardée. L’évacuation de la France le serait à proportion, or ce qu’elle doit souhaiter avant tout c’est le départ des alliés. Une fois rendue à elle-même, elle aura, sur les arrangements à faire, une influence, sans doute encore très restreinte, mais qu’elle ne pourrait se flatter d’avoir tant que son territoire sera occupé. Elle a donc deux raisons de désirer que ces arrangements soient renvoyés à un congrès rassemblé après la paix.

Les alliés ont déclaré que non seulement la France ne perdra rien de son ancien territoire, mais encore qu’elle obtiendra quelque chose de plus.

L’Angleterre qui a conquis toutes les colonies hollandaises ne veut les rendre qu’à la Hollande agrandie assez pour que son existence et son indépendance soit assurée, or la Hollande ne peut être ainsi agrandie que par la Belgique.

L’Autriche veut recouvrer le Tyrol, le Salzbourg et les pays à la droite de l’Inn, ce qu’elle ne peut faire qu’en procurant à la Bavière des équivalents.

La Prusse en veut obtenir pour l’Amspach et le Bayreuth passés sous la domination de la Bavière et doivent lui rester.

Or ces équivalents ne peuvent guère se trouver que dans les nouveaux départements français à la rive gauche du Rhin.

Les alliés pensent d’ailleurs qu’il ne peut y avoir de sécurité ni pour la Hollande ni pour l’Allemagne si la France possède les départements et la Belgique.

Il est donc peu probable que leurs concessions portent sur l’un ou l’autre de ces points.

Les belges ne deviendront hollandais qu’en dépit d’eux. Ils voudraient ou former un état séparé et indépendant, ou redevenir autrichien, ou rester français, parce que le marché de la France lui a été ouvert, ce qui a fait fleurir ses manufactures. Elle craint que ce marché ne lui soit fermé et qu’elles retombent.

De son côté la France pourra regretter la Belgique et les départements du Rhin ; il semble donc n’être pas hors de propos de rechercher jusqu’à quel point elle aurait raison de les regretter. Si la France avait encore des projets d’ambition et que l’expérience qu’elle vient de faire ne l’en eut pas désabusée, elle devait sans doute désirer conserver et la Belgique et les départements du Rhin.

Maîtresse de la Belgique, elle le serait de la Hollande dont l’existence serait si précaire que ce ne serait pas la peine de la rétablir. Maîtresse de Mayence et de la rive du Rhin au-dessous de cette place, elle le serait de l’Allemagne divisée en petits états, et qui du Rhin à l’Elbe n’a presque pas une seule forteresse.

Mais le premier besoin de la France est la paix, et une paix longue qui lui permette de recréer sa marine, de rétablir ses colonies, de relever son commerce. Son premier besoin est donc de ne pas être dans une situation à faire ombrage à ses voisins. L’Angleterre ne serait point tranquille si la France possédait la Belgique, l’Allemagne ne le serait pas si la France possédait toute la rive gauche du Rhin.

La Belgique n’est point nécessaire à la sûreté de la France, dont tous les points de défense sont en deçà, la Belgique étant elle-même un pays ouvert.

La France peut être utile à la prospérité de la Belgique, mais non pas la Belgique à la prospérité de la France, beaucoup d’anciennes provinces françaises perdraient ce que la Belgique gagnerait ayant un genre d’industrie ou de commerce analogue au sien et ne pouvant soutenir la concurrence avec elle. Or une nation sage ne doit pas vouloir transporter à une province, nouvelle et frontière, que la guerre lui a donnée et que la guerre peut lui ôter, des avantages dont seraient privées par là des provinces qui lui ont appartenues de tout temps et qu’elle ne saurait perdre.

On peut dire la même chose des départements du Rhin.

Sous l’ancien régime français, une province ajoutée à la monarchie influait sur la force ou sur la richesse de l’état mais n’influait point sur ses institutions, ses lois, ses mœurs. Aujourd’hui les habitants des nouvelles provinces auraient sur toutes les choses, sur l’esprit et le caractère français et sur la langue même une influence qui pourrait aller jusqu’à les altérer d’une manière sensible. Si donc la Belgique et la rive gauche du Rhin ne doivent plus appartenir à la France, elle aura de puissants motifs de ne les pas regretter

Il est très vrai que la France, revenant au point où elle en était en 1792, n’aurait plus aujourd’hui la même puissance relative qu’elle avait alors, mais il est vrai de dire aussi que toutes les acquisitions faites dans les derniers temps par les autres états, n’ont pas entièrement compensé ce que la France avait acquis sous le règne de Louis le Grand.

Pour juger de la véritable force de la France dans ses anciennes limites, qu’on se rappelle la guerre qu’elle eut à soutenir au commencement du siècle passé, le nombre et l’acharnement de ses ennemis, l’habileté de leurs généraux, les désastres qu’elle essuya, les calamités intérieures qui la désolèrent, la longue durée de cette lutte et son issue. Cependant alors la Lorraine n’était point unie à la France. Renfermée dans ses anciennes limites la France serait toujours la première puissance de l’Europe, la seule puissance parfaite, parce que seule, elle réunit dans une proportion élevée les hommes et la richesse. Elle pourrait donc sans se nuire se contenter de son état ancien. Mais il lui sera doux de conserver grâce à l’influence du souverain qui lui est rendu, une portion des conquêtes pour lesquelles elle a prodigué son sang pendant vingt années.

S’il est possible qu’elle garde même quelque partie de la Belgique, ou des départements adjacents, tel que celui des forêts où se trouve Luxembourg, et celui de l’Ourthe, ancien pays de Liège, elle doit espérer de conserver le Montbéliard, le Porrentruy, Genève et la Savoie.

Mais il lui importe moins de garder sur le continent que de recouvrer au-delà des mers.

Tout en France favorise depuis vingt ans la division des propriétés. Cette division favorise à son tour la population et en amène facilement l’excès. Cet excès est des plus grands maux qu’un état ait à craindre. Les guerres extérieures ou les commotions intestines ou d’autres fléaux en sont l’inévitable suite. Si l’on n’a pas pris soin ou si l’on n’a point eu les moyens de le prévenir, en procurant à la population surabondante celui de se porter au dehors par la navigation, le commerce et les établissements lointains.

La France en avait à peine assez. Le plus considérable de tous a éprouvé des révolutions qui peut-être rendent impossible son retour à son état ancien. Il n’en est que plus nécessaire que tous les autres lui soient rendus. Les plénipotentiaires anglais à Chatillon avaient fait entendre qu’on restituerait, sans difficulté, la Guadeloupe et la Guyane, et qu’il ne serait plus question de prohiber la traite des noirs. On doit présumer que l’Angleterre rendra aussi Tobago et les Saintes. Mais il est à craindre qu’elle ne veuille garder les îles de France et de Bourbon et ne restituer les comptoirs de l’Inde que sous des conditions qui en rendraient la possession humiliante. Dans ce cas il paraitrait préférable de les abandonner pour un équivalent dans le golfe du Mexique, et de demander, à ce titre, les iles autrefois françaises de la Dominique, Grenade et Saint-Vincent.

Si l’intérêt du continent est évidemment que la France ne soit pas seulement une puissance continentale, mais qu’elle soit encore une puissance maritime, afin qu’elle divise ses forces entre la terre et les mers, le continent est intéressé comme la France à ce qu’elle recouvre un état colonial égal à celui qu’elle avait avant les dernières guerres.

Une fois d’accord sur ce que la France devra conserver et sur ce qui lui sera rendu, on le sera facilement sur le mode et le terme des évacuations et sur quelques autres points d’un intérêt secondaire.

Il en est un qu’il importera de régler d’une manière conforme à la dignité de la couronne de France. En reprenant son titre antique de royaume, la monarchie ne doit pas déchoir du rang qu’elle avait sous la dénomination d’Empire.



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DOCUMENT TRANSMIS PAR EMMANUEL DE WARESQUIEL










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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