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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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TALLEYRAND,

ANCIEN EVEQUE D'AUTUN,

A SES CONCITOYENS




CITOYENS,

Je viens de lire dans le N° 5 du Bulletin de la Convention Nationale, le plus officiel, dit-on, de tous les journaux, la phrase suivante : Par une lettre du 21 Avril, la Porte adresse au Roi une pièce de l’Evêque d’Autun, qui, dit-il,parait désirer de servir sa Majesté. Il m’a fait dire que vous pouviez faire l’essai de son zèle et de son crédit. Le Bulletin ajoute que de suite, la Convention Nationale a décrété d’accusation Talleyrand-Périgord, ancien Evêque d’Autun.

Ma réponse à cette inculpation est simple et courte. Je n’ai jamais rien dit ni rien fait dire de semblable ; je n’ai jamais eu de rapport direct ou indirect, ni avec le Roi, ni avec M. la Porte. Je n’ai pas rencontré quatre fois dans ma vie M. La Porte ; je l’ai vu chez lui deux fois pour des objets forts étrangers à nos questions révolutionnaires. La première, pour solliciter, avec un artiste célèbre, un appartement au Louvre, dont on voulait le priver pour le donner à une personne de la cour. La deuxième fois, pour réclamer, au nom du Département, l’ouverture de la galerie du Louvre, sans laquelle un grand nombre de tableaux n’auraient pas pu être exposés.

A l’époque du mois d’Avril 1791, voici ce qui s’est passé. On s’occupait à Paris de l’arrêté du Directoire du Département, concernant les églises paroissiales, les chapelles, etc. etc. Cet arrêté, pris le 11 Avril, fut soumis par le Directoire à l’Assemblée Nationale, qui, le 18, le renvoya au comité de constitution, pour qu’il fit son rapport. Je fus chargé de ce petit travail, (1) et m’en occupait au même instant. Ce fut le lendemain ou le surlendemain, que je rencontrai dans une société M. la Porte. On y parla beaucoup, comme on faisait ailleurs, des Pâques du Roi, de l’arrêté du Département et du bon ou mauvais succès qu’il aurait dans l’Assemblée. Je dis que j’ignorais quelle serait l’opinion de l’Assemblée à cet égard, mais que la mienne était bien décidée, et qu’au Département et à l’Assemblée je soutiendrais l’arrêté. (2) J’ajoutai que j’avais déjà rédigé dans ces principes le projet de rapport du comité de constitution. L’objet de ce rapport devant être de rendre très familières des vérités importantes à l’ordre public, j’avais le projet de consulter plusieurs personnes. Quelques-uns de mes collègues, actuellement de la Convention Nationale, peuvent se rappeler que je le leur ai communiqué à cette époque, et que je profitai de leurs conseils en y faisant des changements considérables. M. la Porte qui, comme tous les serviteurs du Roi, s’était en ce moment occupé que des inquiétudes de consciences qu’il manifestait aux approches de Pâques, paraissait s’intéresser vivement au succès d’un arrêté, qui déclarait que la liberté du Citoyen,, dans ces opinions religieuses, doit lui être garanti contre toute espèce d’atteinte. J’ai su ensuite d’une personne de la chambre, dans laquelle nous étions, qui me demanda de lui prêter ce rapport, que M. la Porte en avait obtenu d’elle communication. Et c’est apparemment cette pièce qu’il se hâta de faire copier et d’envoyer au Roi, comme propre sans doute à rassurer sa conscience. Je disais en effet dans ce rapport : « Ne parlons pas ici de tolérance : cette expression dominatrice est une insulte, et ne doit plus faire partie du langage d’un peuple libre et éclairé. S’il est un culte que la Nation ait voulu payer, parce qu’il tient à la croyance du plus grand nombre, il n’en est aucun hors duquel elle ait voulu, elle ait pu déclarer qu’on ne serait pas Citoyen et par conséquent habile à toutes les fonctions. Portons le principe jusqu’où il peut aller. Le Roi lui-même , le premier fonctionnaire de la Nation, qui certes, avant tout doit faire exécuter la loi acceptée ou sanctionnée par lui, et ne laissera aucun doute à cet égard sur son imperturbable résolution, pourrait, en remplissant ce premier devoir, suivre un culte différent, sans qu’on ait aucun droit de l’inquiéter : car le temps n’est plus où l’on disait, et où malheureusement on soutenait les armes à la main, que la religion du Roi doit être nécessairement la religion de la Nation. Tout est libre de part et d’autre ; et il en est du Roi à cet égard comme de tout autre fonctionnaire public. Voilà le principe dans toute son exactitude, dans toute sa pureté, tel qu’il sera vrai dans mille ans, tel qu’il doit le paraître dans ce moment. »

Ces idées obtinrent les applaudissements de l’Assemblée constituante et l’approbation de tous les hommes justes et éclairés ; et l’on crut même que ce rapport tout entier pouvait servir de préservatif populaire contre le fanatisme et l’intolérance ; car on en ordonna l’envoi dans les Départements, et, (3) à plusieurs reprises, l’affiche dans la Capitale.

Si M. la Porte, en envoyant cette pièce à Louis XVI, lui a écrit que je paraissais désirer servir sa Majesté, s’il lui a parlé de mon zèle et de mon crédit, parce que je voulais, avec tous les patriotes de l’Assemblée constituante, faire consacrer la liberté générale des opinions religieuses, où le Roi devait trouver, comme tous les citoyens, sa liberté particulière, M. la Porte s’est servi d’une expression très inconvenable. Mais d’après quels principes de Justice puis-je être décrété d’accusation ? parce que M. la Porte s’est mal exprimé ou a cherché à faire valoir son zèle auprès du Roi, par des espérances imaginaires ? Les faits que je viens de rapporter, suffisent, par leur rapprochement, pour expliquer le véritable sens des expressions de M. la Porte.

Je n’ai plus qu’un mot à dire, et ce mot suffira à tout homme d’honneur, qui sait en reconnaître dans les autres, et les principes et le langage. C’est le 19 de ce même mois d’Avril, que je rédigeais cette fameuse adresse du Département ; (4) Adresse que les patriotes appelaient alors républicaine. Je prie les hommes justes qui ont accordé quelque estime à une conduite politique dans le cours de la révolution, de relire cette adresse ; et de se demander si l’homme qui adressait au Roi de telles paroles le 19, qui les lui portait le 20 au matin, et qui n’ignorait pas de quelle manière elles avaient été reçues, pouvait le 21 faire parler au Roi de son zèle pour lui.

L’explication que je viens de donner, suffit, je pense, à ma justification et à la demande que je forme du rapport de mon décret d’accusation.



Signé TALLEYRAND.

Londres, 12 décembre 1792, l’an 1er de la République.

P. S. J’ai lu dans plusieurs papiers publics, que j’ai payé le Passeport avec lequel je suis venu en Angleterre. Je dois à la vérité de déclarer que cette allégation est absolument fausse ; rien ne pressait mon retour en Angleterre ; je ne suis parti de Paris qu’au milieu du mois de Septembre, et j’ai été près de 8 jours en route.

(1) On me recommanda de lui donner à peu près la longueur d’une affiche.

(2) Depuis l’exécution de l’arrêté du Directoire, il n’y a plus eu de troubles religieux à Paris.

(3) Mes conclusions n’étaient pas si étendues. Je me bornais à demander, quant à présent, l’exécution de l’arrêté dans le Département de Paris.

(4)

Adresse au Roi, du 19 Avril 1791, rédigé par M. Talleyrand, ancien Evêque d’Autun.

…..SIRE, la confiance que le Peuple a dans votre personne, peut-elle résister longtemps aux impressions que des hommes pressés de jouir de la liberté, reçoivent de tout ce qui est auprès de vous ?...On voit avec peine que vous favorisez les Réfractaires, que vous n’êtes servi presque que par des ennemis de la Constitution, & l’on craint que ces préférences trop marquées, n’indiquent les véritables dispositions de votre cœur.

Sire, les circonstances sont fortes. Une fausse politique doit répugner à votre caractère, et ne serait bonne à rien.

Sire, par une démarche franche, éloignez de vous les ennemis de la Constitution : annoncez aux nations étrangères qu’il s’est fait une glorieuse Révolution en France, que vous l’avez adoptée, que vous êtes maintenant le Roi d’un Peuple libre ; et chargez de cette instruction d’un nouveau genre, des Ministres qui ne sont pas indignes d’une si auguste fonction. Que la Nation apprenne que son Roi s’est choisi pour environner sa personne, les plus fermes appuis de la liberté ; car aujourd’hui il n’est pas d’autres véritables amis du Roi. Sire, ne repoussez pas la démarche qu’a faite auprès de vous le Département de Paris ; le conseil qu’il vous offre, vous serait donné par les quatre vingt-trois Départements du royaume, si tous étaient à portée de se faire entendre aussi promptement que nous.



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De l'Imprimerie de PLASSAN, rue du Cimetière Saint-André-des-Arts, N° 10









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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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