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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DU MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES

A

M. LE COMTE PHILIPPE COBENZL

EN DATE DU 5 THERMIDOR AN 13 [24 JUILLET 1805]




Le soussigné a mis sous les yeux de Sa Majesté l’EMPEREUR et ROI la lettre de M. Rostagny, dont il a l’honneur d’envoyer la copie à son excellence M. le comte de Cobenzl.

Sa Majesté a été sensiblement affecté de l’outrage fait à un membre de l’Institut de France, homme personnellement digne de toutes sortes d’égard, et qu’elle honore d’une bienveillance particulière.

M. le comte de Cobenzl ne sera pas donc surpris d’apprendre qu’elle ait cru devoir, pour la sûreté de M. Prony et pour sa propre dignité, donner l’ordre que deux des Autrichiens les plus notables, qui se trouvent à Paris, soient mis aux arrêts.

M. de Prony n’est ni le premier ni le seul qui ait eu à souffrir des mauvais procédés que les autorités de l’Autriche, sans égard pour l’état de paix, et en opposition aux liens d’amitié qui existent entre les deux souverains, font journellement essuyer aux sujets de Sa Majesté. Les Etats de l’Autriche leur sont interdits comme à des ennemis, comme si les deux nations étaient en guerre. Récemment encore et à Vienne même, M. Coiffier en a fait la triste épreuve. Homme de lettres d’une réputation intacte, exempt de reproche et au dessus de tout soupçon, il n’a pu se rendre en Hongrie, parce que sans raison, sans prétexte même, on n’a pas voulu le lui permettre. Dans les rapports avec les Etats, une exacte réciprocité étant la règle de conduite la plus juste et la plus sage, Sa Majesté, soit comme EMPEREUR DES FRANÇAIS, soit comme ROI d’Italie, la suivra toujours invariablement. Ainsi les passeports des ministres, généraux et autres agents de Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche auront créance en France, et aussi longtemps seulement que les passeports des ministres et autres agents de Sa Majesté l’EMPEREUR et ROI trouveront créance en Autriche, et ce que les sujets autrichiens rencontreront en France de facilités ou d’obstacles sera fidèlement calculé sur un système de procédés dont la Cour de Vienne aura fixé la mesure.

Le soussigné a l’ordre exprès d’en informer S. E. M. le comte de Cobenzl.

Il est en même temps chargé de demander des explications sur le cordon de l’Adige, qui, dans la saison et dans les circonstances où nous sommes, n’est évidemment propre qu’à gêner le commerce et les relations des deux peuples. De tous les points des possessions de la Maison d’Autriche, des troupes sont dirigées sur l’Etat de Venise, des magasins sont formés, des chevaux sont achetés : tout ce qui caractérise des préparatifs de guerre se fait en Autriche, et dans le temps même où Sa Majesté Impériale n’a cessé de donner des preuves de la plus extrême condescendance pour la cour de Vienne ; tout ce que cette puissance a fait de contraire à l’esprit et à la lettre des traités, l’EMPEREUR l’a toléré. Il ne s’est point récrié contre l’extension immodérée donnée au droit d’épave, contre l’acquisition de Lindau, contre tant d’autres acquisitions faites en Souabe, et qui, postérieurement au traité de Lunéville, ont matériellement altéré la situation relative des Etats voisins dans le midi de l’Allemagne. Il a feint d’ignorer que la dette de Venise n’était point acquittée, nonobstant l’esprit et la lettre des traités de Campo-Formio et de Lunéville, qui portent expressément que les dettes hypothéquées sur le sol des pays cédés, seront à la charge des nouveaux possesseurs : il s’est tu sur le déni de justice que ses sujets éprouvaient à Vienne, où aucun d’eux n’était payé malgré les stipulations du traité de Lunéville. Il a également, et par amour de la paix, gardé le silence sur la partialité avec laquelle l’Autriche, contre ses intérêts et contre ses propres principes, a, par une aveugle déférence, favorisé les prétentions les plus monstrueuses de l’Angleterre ; de sorte que les contrées qu’il a plu au gouvernement britannique de déclarer en état de blocus, ont été tenues pour réellement bloquées par la cour de Vienne, qui a contremandé à Trieste et à Venise les expéditions destinées pour ces contrées, et lorsque l’Angleterre, violant, comme elle l’a fait constamment, le pavillon autrichien, la cour de Vienne l’a souffert sans résistance. Sa Majesté, quoiqu’elle fût en droit d’accuser une partialité contraire sans doute à la dignité de l’Autriche, mais non moins contraire aux intérêts de la France, a fait encore à l’amour de la paix un nouveau sacrifice en gardant le silence.

Ce sera toujours un sujet du plus juste étonnement, que la cour de Vienne, à des procédés si remplis de modérations et d’égards, n’ait répondu que par des démarches qui mettent aujourd’hui Sa Majesté l’EMPEREUR et ROI dans la nécessité de demander des explications.

Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche est libre sans doute d’établir dans ses Etats la police qui lui convient ; cependant le droit général de l’Europe a restreint la liberté que les souverains ont à cet égard, en lui donnant pour limites l’utilité réelle et les convenances. Si ces convenances, ou n’étaient point senties, ou étaient dédaignées par la cour de Vienne ; si elle adoptait des principes différents, et si elle persistait à maintenir un cordon qui, dans l’état de paix et avec des vues pacifiques, ne peut être d’aucune utilité, le soussigné est chargé de prévenir M. le comte de Cobenzl, que Sa Majesté l’EMPEREUR se verrait pour lors forcé d’ordonner un contre-cordon sur l’Adige, et que ses Etats d’Italie seront fermés aux marchandises de Trieste et de Venise.

Sa Majesté veut éloigner jusqu’à l’idée que le cabinet de Vienne ait pu compter sur une condescendance illimitée de sa part, dans un moment où elle est engagée dans une guerre maritime qui absorbe une partie de ses moyens ; mais la violation de ses droits les plus sacrés et les plus chers l’obligeant à manifester ses sentiments, elle a chargé le soussigné de faire connaître à M. de Cobenzl, que dans aucun cas, et quelles qu’en puissent être les suites, elle ne souffrira les outrages qu’une police oppressive se plaît à faire endurer aux citoyens français.

Si, ce que Sa Majesté ne peut encore se persuader, si tous ces outrages n’étaient qu’une sorte de prélude pour commencer la guerre, et pour s’unir à une coalition à laquelle les Anglais se vantent d’avoir amené la Maison d’Autriche, Sa Majesté l’EMPEREUR et ROI ne le verrait pas sans regret ; mais quelque douleur qu’elle en pût ressentir, et quelques larmes qu’il en pût coûter à l’humanité, elle préférerait une guerre ouverte et décidée, à une guerre de préparatifs hostiles, d’outrages et de menaces.

Cependant Sa Majesté enjoint au soussigné de terminer sa présente note par une déclaration positive, qui est qu’elle veut la paix avec Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche, mais une paix loyale, évidente, entière ; une paix que des mouvements de troupes, la formation de camps hostiles, des insultes faites à ses sujets, et des entraves mises à leur commerce, ne rendent pas plus fâcheuse et pire mille fois que la guerre elle-même ne le pourrait être ; une paix telle enfin que l’EMPEREUR, pendant que ses forces sont occupées sur l’Océan, ne soit pas obligé, par des préparatifs de la Maison d’Autriche, à croire ce que disent les Anglais, qu’elle est entrée dans une coalition, puisque dans tous les temps une semblable conduite, dans des circonstances pareilles, ne serait point susceptible d’une autre interprétation.

Le soussigné a reçu l’ordre de porter immédiatement à la connaissance de Sa Majesté l’EMPEREUR et ROI, la réponse que M. le comte de Cobenzl sera chargé par sa cour de faire à la présente note.

Il saisit cette occasion pour renouveler à M. le comte de Cobenzl l’assurance de sa très haute considération.

Signé, CH. MAUR. TALLEYRAND.



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A PARIS

DE L'IMPRIMERIE DE H. AGASSE, RUE DES POITEVINS, N° 14

VENDEMIAIRE AN 14 -- 1805









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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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