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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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PREMIERE DECLARATION

EN FORME DE NOTE

REMISE A PARIS

PAR M. DE TALLEYRAND,

MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES,

A

M. LE COMTE PHILIPPE COBENZL

LE 13 AOUT 1805




Le soussigné s’étant empressé, à l’issue de la conférence qu’il a eu l’honneur d’avoir avec Monsieur le Comte de Cobenzl, d’envoyer à Boulogne la Déclaration qui lui a été remise par son Excellence, a reçu de l’Empereur et Roi l’ordre d’y faire la réponse suivante.

L’Empereur n’a pu qu’être touché des sentiments de modération manifestés par la Déclaration susdite, et des dispositions amicales qui portent Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche à vouloir hâter par son intervention la fin des maux que la guerre cause à la France. Mais plus Sa Majesté attache d’importance et de prix aux bons offices de Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche, plus elle est reconnaissante de l’intention qui les a fait offrir, et plus elle sent que sa reconnaissance même lui défend de s’en prévaloir, lorsque, soit par la nature des choses, soit par celle des circonstances, il n’est pas même permis d’espérer qu’ils puissent être employés avec fruit, ni conséquemment sans compromettre la dignité du Médiateur. Ce motif seul serait déterminant pour Sa Majesté quand bien même il serait possible d’oublier de quel retour les Cabinets de Londres et de Pétersbourg ont payé tout récemment encore ses procédés les plus nobles et les plus généreux.

Monsieur de Novossilzoff venait en France sans que l’Empereur sut avec quelles intentions. Le Roi de Prusse avait demandé des passeports pour ce Chambellan de l’Empereur de Russie. Les passeports avaient été délivrés sur le champ et sans explication. Quel fruit Sa Majesté a-t-elle retiré de cette extrême déférence ? Une note injurieuse et remplie d’assertions mensongères a été l’unique résultat d’une mission que l’Empereur n’avait ni provoquée ni désirée.

Ainsi insulté dans son honneur, il ne lui est plus possible de rien vouloir ni de rien attendre de la Russie, qui d’ailleurs, loin de désirer la paix, trouve son intérêt à la guerre et fonde sur son renouvellement des espérances qu’elle voudrait en vain dissimuler, quand de toutes parts sa conduite les dévoile aux regards les moins pénétrants.

Depuis un an, l’Empereur n’a reçu du Cabinet Russe que des outrages. Son caractère et ses sentiments sont trop connus pour que l’on puisse croire qu’il s’exposera à des outrages nouveaux. C’est à l’Empereur Alexandre à juger lequel de ces deux partis lui convient ou de persister dans le système que des suggestions étrangères lui ont fait embrasser, ou de revenir à des sentiments plus modérés, plus justes et plus sages. Il a plus d’intérêt à y revenir que la France à l’y ramener : ce changement doit être le fruit de ses propres réflexions, et ne peut faire l’objet d’aucune négociation.

Quant à l’Angleterre, Sa Majesté fit, il y a huit mois, pour la porter à la paix, des instances que l’Europe sut apprécier, et qui n’auraient point été vaines, si l’Angleterre n’eut compté que sur ses propres ressopurces : mais par la réponse du Cabinet de St. James il devint évident qu’elle ne penserait à la paix qu’après avoir perdu l’espoir d’embraser le continent et de couvrir de carnage et de sang l’Allemagne et l’Italie. C’est dans cette vue, et dans cette vue seulement, qu’elle avait appelé l’intervention de la Russie. Le Cabinet de Vienne trop éclairé pour s’y être mépris, quand bien même les projets et les motifs de l’Angleterre ne lui auraient pas été connus par les sollicitations et les offres de subsides dont elle n’a cessé d’obséder la Cour de Vienne pour l’engager à reprendre les armes.

Ce n’est point à une telle Puissance que l’on peut espérer de faire goûter les conseils de la modération et de la justice. Ce serait même inutilement qu’on lui parlerait de ses intérêts les plus chers. Des passions aveugles les lui font méconnaître. La voix de la persuasion n’aurait sur elle aucun empire : mais ce que les bons offices de l’Autriche ne pourraient obtenir de l’Angleterre, l’Autriche peut la mettre dans la nécessité de le faire. Elle n’a besoin pour cela ni d’efforts ni de menaces, mais uniquement d’une démarche fort simple, qui donne à l’Angleterre la conscience de son impuissance.

L’Angleterre sait, et plus d’une fois elle a déclaré, que la Russie seule ne peut lui être d’aucun secours, et qu’une diversion lui serait inutile tant que la Prusse et l’Autriche n’y coopéreraient pas.

La Prusse a déclaré dans tous les temps que, dans aucun cas, elle n’entrerait dans aucun projet hostile contre la France. Que l’Empereur d’Autriche fasse la même déclaration, et aussitôt le Cabinet Britannique sentant ses intérêts sur lesquels aucune illusion ne l’abusera plus, entraîné par l’opinion des hommes éclairés de son pays, verra la nécessité de revenir aux stipulations du Traité d’Amiens, et sera heureux de cette nécessité même. Alors non seulement l’Empereur d’Allemagne aura obtenu des droits à la reconnaissance de l’Empereur des Français, mais encore il aura plus fait pour sa propre utilité que s’il eut gagné dix batailles contre la France : car une conséquence immédiate de la paix sera l’exécution de l’engagement que Sa Majesté l’Empereur des Français a pris, et qu’il se plaît à renouveler de séparer les Couronnes de France et d’Italie.

Si au contraire, l’Autriche par des mesures indécises, laisse flotter l’opinion dans le doute et l’incertitude ; si par là elle autorise les assertions du Ministère anglais qui la dit entraînée dans une coalition ; si elle persiste à avoir 72 000 hommes en Italie, l’Empereur ne pourra s’empêcher de croire qu’elle voit avec une joie secrète, une guerre qui affaiblit la France, et qu’elle juge le moment favorable pour recommencer des hostilités dont la génération actuelle doit être fatiguée.

Sa Majesté qui n’a en Italie que 50 000 hommes, dont 15 000 à l’extrêmité du Royaume de Naples, voyant sa frontière la plus importante exposée, et ne pouvant la regarnir qu’en retirant des troupes de son armée de l’Océan, ne pourra considérer l’Autriche que comme faisant, en faveur de l’Angleterre, une diversion non moins efficace et plus onéreuse pour lui qu’une guerre ouverte.

Son Excellence Monsieur le Comte de Cobenzl n’aura pas manqué d’observer que les circonstances présentes ont de grand et d’extraordinaire. De telles circonstances nécessitent des mesures qui leur correspondent. C’est une vérité sentie de tous les hommes éclairés et dont Sa Majesté est pénétrée : Frédéric II., quand il vit que l’on méditait la guerre contre lui, prévint ses ennemis. Plus d’une fois la Maison d’Autriche en a fait autant : Aujourd’hui l’Empereur des Français voit des préparatifs se faire en Pologne et d’autres préparatifs en Italie. Les lieux mêmes où ils se font indiquent, et qu’ils sont le résultat d’un concert, et contre qui ils sont dirigés. Le Soussigné doit le demander à Monsieur le Comte de Cobenzl : que ferait l’Empereur d’Allemagne s’il était à la place de l’Empereur des Français ?

Cependant l’Empereur se plaît à bien augurer de l’avenir qu’il dépend de l’Autriche de rendre heureux pour l’Europe, et dont il regarde comme un présage les sentiments exprimés dans la note que le Soussigné a reçue de Monsieur de Cobenzl. Que l’Autriche fasse la même déclaration que la Prusse, et que, confirmant cette déclaration par les faits, elle remette sur le pied de paix toutes ses forces et tout le matériel de son armée ; qu’elle renonce à tenir 72 000 hommes en Italie ; qu’elle fasse rentrer dans leurs garnisons habituelles les régiments qui sont réunis en corps d’armée dans le Tyrol ; qu’elle fasse cesser la formation de ses magasins et les travaux de fortification de campagne qui désignent que la guerre est imminente ; rien alors ne pourra plus troubler la paix du continent, cette paix si désirable pour tous, puisque la France n’a rien à gagner dans une nouvelle lutte, l’Autriche n’y gagnera pas davantage, et la paix maritime suivra de près. Lorsque l’Autriche aura déclaré qu’elle reste et veut rester neutre, la paix sera le désir et l’espoir de l’Angleterre ; avant le mois de janvier elle sera conclue et le Traité d’Amiens rétabli ; les couronnes de France et d’Italie seront séparées pour toujours ; l’Europe jouissant de la sécurité et du repos, les devra à la sagesse de l’Autriche, qui, par une conduite opposée, l’aurait précipitée dans un état de choses que ni le Cabinet des Tuileries, ni celui de Vienne, ni tout autre ne pourrait calculer ni prévoir.

Son Excellence Monsieur le Comte de Cobenzl sentira que dans ces communications, que le Soussigné a été chargé de faire, il était impossible à Sa Majesté de mettre plus de franchise, de grandeur et de loyauté. C’est pour les intérêts de l’Autriche elle-même et pour la gloire de son Souverain qu’elle désire que Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche mette à profit l’occasion qui lui est offerte. Il a maintenant entre ses mains et le destin de ses propres Etats et celui de l’Europe. Dans l’une il tient les troubles et les bouleversements, dans l’autre la paix générale. Une impartiale neutralité lui suffit pour obtenir ce qu’il désire et pour assurer la paix du monde. La médiation la plus efficace que puisse l’Autriche pour la paix, c’est d’observer la plus parfaite neutralité, de ne pas armer, de n’obliger la France à aucune diversion, de ne laisser à l’Angleterre aucun espoir de l’entraîner.

Le Soussigné ne peut douter que son Excellence Monsieur le Comte de Cobenzl n’apprécie les considérations développées dans la présente note, et ne contribue par son influence, à les faire envisager sous leur véritable point de vue.

Il saisit cette occasion pour renouveler à son Excellence Monsieur le Comte de Cobenzl, l’assurance de la plus haute considération.



Ch.-Mau. De TALLEYRAND-PERIGORD.



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in : DECLARATIONS ECHANGEES ENTRE LES COURS DE VIENNE, DE PETERSBOURG ET DE PARIS

CONCERNANT LE RENOUVELLEMENT DES NEGOCIATIONS PACIFIQUES PROPOSE PAR LA PREMIERE DE CES COURS









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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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