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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE CIRCULAIRE

DE M. TALLEYRAND,

MINISTRE FRANCAIS

DES AFFAIRES ETRANGERES,

A TOUS LES AGENTS

DE SA MAJESTE L'EMPEREUR DES FRANCAIS

A AIX-LA-CHAPELLE

EN DATE DU 5 SEPTEMBRE 1804




Vous avez dû, Monsieur, dans le temps de la publicité de la note de lord Hawkesbury aux ministres étrangers résidant à Londres, observer et connaître, d’après mes instructions, l’impression que cette manifestation des plus étranges maximes de moralité politique et sociale n’a pu manquer de produire sur l’esprit du gouvernement auprès duquel vous résidez. Je crois devoir revenir sur cet objet, et en vous envoyant, officiellement, une copie de cette note, je vous charge expressément, par l’ordre de sa Majesté, d’en faire l’objet d’une conférence spéciale avec le ministère de ….

Le projet que le gouvernement anglais, a conçu depuis un demi-siècle d’abolir graduellement le système tutélaire du droit public qui unit et engage toutes les nations policées, se développe avec une progression effrayante. Les gouvernements attendront-ils, pour s’élever contre une telle entreprise qu’il n’existe plus aucun lien moral qui préserve leurs droits, garantisse leurs engagements, et protège leurs intérêts ?

Les puissances du continent ont vu avec quelle audace il se jouait de la foi des serments : des traités solennels ont été rompus, avant même d’avoir reçu leur exécution. Les nations maritimes font tous les jours l’expérience de sa tyrannie. Il n’existe aucun principe théorique de navigation, il n’existe aucune convention écrite, qui ne soient scandaleusement violés sur tous les rivages et sur toutes les mers. Les états neutres savent, que même en mettant la plus timide circonspection à user des droits qui leur restent encore, ils s’exposent à l’insulte, au pillage, et à l’extermination.

Les Etats, enfin, qui ont le malheur d’être en guerre, ne comptent sur aucun principe réciproque de modération et de justice. Tous les liens existant entre eux et les neutres, sont rompus. L’approche des côtes, l’accès des ports et des îles, souvent situés à deux cents lieues de la station de leurs escadres, sont interdits par de simples proclamations.

Ainsi le gouvernement anglais a jusqu’ici opposé à chaque puissance, selon sa position particulière, une maxime injurieuse à son honneur et subversive de tous ses droits. Aujourd’hui, il les attaque ensemble, et pour mieux atteindre son but, il adresse ses coups à la morale même, et, si je puis ainsi dire, à la religion du droit public.

En tout pays, et de tout temps, le ministère des agents diplomatiques fut en vénération parmi les hommes. Ministres de la paix, organes de conciliation, leur présence est une augure de sagesse, de justice, et de bonheur. Ils ne parlent, ils n’agissent que pour terminer ou prévenir ces différents funestes qui divisent les princes, et dégradent les peuples par les passions, les meurtres, et les misères, que la guerre produit. Tel est le but du ministère diplomatique ; et il faut le dire, c’est à l’observation des devoirs qu’il impose, c’est au caractère généralement respectable des hommes qui exerce ce ministère sacré en Europe, qu’elle doit la gloire et le bonheur dont elle jouit ; mais ces heureux résultats tourmentent la jalouse ambition du seul gouvernement qui se soit fait un intérêt de la ruine, de la honte et de la servitude des autres gouvernements.

Il veut que des ministres diplomatiques soient des instigateurs de complots, des agents de troubles, des régulateurs de machinations sourdes, de vils espions, de lâches embaucheurs ; il les charge de fomenter des séditions, de provoquer et de payer des assassinats ; et il prétend couvrir cet infâme ministère du respect et de l’inviolabilité qui appartiennent aux médiateurs des rois et aux pacificateurs des peuples.

Les ministres diplomatiques, dit lord Hawkesbury, ne doivent pas conspirer dans le pays où ils résident, contre les lois de ce pays ; mais ils ne sont pas sujets aux mêmes règles à l’égard des Etats où ils ne sont pas accrédités. Admirable restriction ! L’Europe sera couverte de conspirateurs mais les défenseurs du droit public n’auront pas à se plaindre. Il y aura toujours quelque distance locale entre le chef et ses complices. Les ministres de lord Hawkesbury paieront les crimes qu’ils feront commettre ; mais ils auront cette déférence prudente pour la morale publique, de ne pas être à la fois les instigateurs et les témoins.

De pareilles maximes sont le comble de l’audace et de l’hypocrisie. Jamais on ne s’est joué avec aussi peu de pudeur de l’opinion des cabinets et de la conscience des peuples. Sa Majesté l’empereur pense qu’il est temps de mettre un terme à ce cours désastreux de principes subversifs de toute sociabilité.

En conséquence, vous avez ordre de déclarer au gouvernement près duquel vous résidez, que sa Majesté ne reconnaîtra pas le corps diplomatique anglais en Europe, tant que le ministère britannique ne s’abstiendra pas de charger ses ministres d’aucune agence de guerre, et ne les contiendra pas dans les limites de leurs fonctions.

Les maux de l’Europe ne viennent que de ce qu’on se croit partout obligé à observer des maximes de modération et de libéralité, qui, n’étant justes que par réciprocité, ne sont obligatoires qu’à l’égard de ceux qui s’y soumettent. Ainsi les gouvernements ont autant à souffrir de leur propre justice que de l’iniquité d’un ministère qui ne reconnaît de loi que son ambition et ses fantaisies.

Les maux de l’Europe viennent encore de ce qu’on y considère le droit public sous un point de vue partiel, tandis qu’il n’a de vie et de force que par son intégrité. Le droit maritime, le droit continental, le droit des gens ne sont pas des parties du droit public qu’on puisse considérer et conserver isolément. La nation qui prétend introduire dans une de ces parties des règles arbitraires, perd tous ses droits au privilège de l’ensemble. L’infracteur systématique du droit des gens se met de lui-même hors de ce droit et renonce à tout intérêt fondé sur le droit maritime et le droit continental.

Sa Majesté l’empereur regrette d’avoir à ordonner des mesures qui sont une véritable interdiction prononcée contre un état ; mais tous les hommes qui réfléchissent n’auront pas de peine à voir qu’en cela, il ne fait que constater des faits. Le ministère anglais, par la généralité de ses attentats, a mis les côtes, les îles, les ports, les neutres, le commerce général en état d’interdiction. Récemment enfin, il vient de proclamer la prostitution du ministère le plus saint et le plus indispensable à la tranquillité du Monde. Sa Majesté croit devoir exciter l’attention de tous les gouvernements et les avertir, que sans des mesures nouvelles, et prises dans le sentiment des dangers présents, toutes les anciennes maximes sur lesquelles se fondent l’honneur et l’indépendance des Etats, seront incessamment anéanties.



Ch.-Mau. De TALLEYRAND-PERIGORD.



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MONITEUR UNIVERSEL











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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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