Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS









MOTION D'ORDRE

FAITE

A LA CONVENTION NATIONALE,

LE 18 FRUCTIDOR, L'AN 3 DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE [4 SEPTEMBRE 1795]

EN FAVEUR DE TALLEYRAND-PERIGORD,

ANCIEN EVEQUE D'AUTUN,

PAR MARIE-JOSEPH CHENIER ;



IMPRIMEE PAR ORDRE DE LA CONVENTION NATIONALE




CITOYENS-REPRESENTANTS,

Le décret équitable que vous avez rendu hier sur les réclamations du général Montesquiou, me prescrit de ne pas différer plus longtemps une démarche que je regarde comme un devoir pour tout ami de la Liberté. Il s’agit d’intéresser votre justice en faveur d’un homme connu par de grands services durant l’assemblée constituante, en faveur d’un philosophe que ses principes invariables et ses talents distingués ont placé dans le nombre des fondateurs de la liberté française : je veux parler de Talleyrand-Périgord, ancien évêque d’Autun. Je réclame votre attention : je tiens à gloire de venir défendre dans une assemblée républicaine la cause d’un patriote de 89, honoré comme nous par la haine des tyrans et des esclaves.

Talleyrand-Périgord n’a point quitté la République française comme ces enfants dénaturés et qui ont eu l’atrocité de tourner contre elle un fer parricide, ou l’impardonnable lâcheté de n’oser partager ses périls. Il a quitté la République chargé d’une mission du gouvernement : son passeport en fait foi ; et je tiens en main l’original de ce passeport, signé par les membres du conseil exécutif provisoire, Clavière, Roland, Servan, Danton, Monge et Lebrun.

Tous les ministres envoyés successivement en Angleterre, atteste la conduite courageusement civique de Talleyrand-Périgord pendant son séjour à Londres, et les services essentiels qu’il y a rendus à la République. J’ai moi-même entre les mains un excellent mémoire dont on a dû trouver une copie dans les papiers de Danton, qui avait été son collègue au département de Paris. Ce mémoire, plein de vues lumineuses et patriotiques, porte la date du 25 novembre 1792, et prouve qu’il s’occupait des moyens de consolider la république, à l’instant même où, sans rapport préalable et sur une simple motion d’ordre, on le décrétait d’accusation.

Je ne ferai point à la Convention nationale du neuf thermidor l’injure de discuter devant elle les prétextes de ce ridicule décret d’accusation qu’on n’a jamais pu motiver, malgré la haine que les tyrans anarchistes portaient à Talleyrand, et malgré les continuelles réclamations de ses amis. À l’heure même où je parle, chose étrange, son acte d’accusation reste encore à rédiger, et dans le temps même où il était proscrit en France par Robespierre et Marat, Pitt le proscrivait en Angleterre. Seul de tous les Français réputés émigrés, il a joui du privilège honorable d’être exclu d’une terre ennemie de la République française ; ne pouvant alors venir chercher une mort certaine parmi ses concitoyens, quel asile a-t-il choisi ? L’a-t-on vu se mêler à la horde sanguinaire de Coblentz ? l’a-t-on vu ramper dans les cours des despotes ligués contre la France ? l’a-t-on vu solliciter humblement à Rome l’absolution de son mépris pour les préjugés, de son respect pour la philosophie, de son amour pour la liberté ? Non : républicain par fierté d’âme et par principes, c’est au sein d’une république, c’est dans la patrie de Benjamin Franklin qu’il a couru contempler le spectacle imposant d’un peuple libre, en attendant que la France, alors sanglante, eût des juges et non des meurtriers, la liberté pour tous, et non la tyrannie successive de quelques-uns sur tous, une constitution républicaine enfin, et non l’anarchie constituée.

Cette époque est arrivée, représentants ; et l’époque est arrivée aussi d’être complètement juste. Voulez-vous que vos lois sur les immigrés soient respectées ? ne confondez pas avec les ennemis de la France ou avec les lâches insouciants qui ont abandonné leur patrie en danger ; ne confondez point, dis-je, avec ces hommes coupables, des patriotes éclairés qui, n’ayant quitté la République que pour servir la République, ne sont pas revenus y subir l’arrêt de mort qu’un caprice de vos tyrans avait prononcé contre eux. Quelques livres et quelques meubles, voilà tous les biens de Talleyrand. Depuis que, dans l’assemblée constituante, il s’éleva contre la tyrannie et l’opulence orgueilleuse de l’ancien clergé, depuis que, le premier de tous, il fit à la patrie le sacrifice des bénéfices considérables qu’il possédait comme évêque, aucune propriété d’aucune espèce ne lui appartenait plus en France ; et cette observation qui, sous le point de vue financier, est indigne d’influer sur votre délibération, ne doit cependant pas être négligée, puisqu’elle démontre le civisme désintéressé qui a dicté sa pétition.

Je me résume, et je réclame auprès de vous Talleyrand-Périgord ; je le réclame au nom de ses nombreux services ; je le réclame au nom de l’équité nationale ; je le réclame au nom de la République qu’il peut encore servir par ses talents et ses travaux ; je leur réclame au nom de votre gloire ; je le réclame au nom de votre haine pour les émigrés, dont il serait, comme vous, la victime, si des lâches pouvaient triompher. Ne laissez point à vos successeurs la gloire d’une décision équitable : ceux qui veulent repousser la justice, ne peuvent jamais que l’ajourner ; elle est décrétée par la nature. Ne vous laissez pas effrayer par de prétendus inconvénients, par des périls que la crainte exagère. Pour un gouvernement, quel qu’il soit, il n’y a jamais d’inconvénients, il ne peut exister de véritables périls que dans l’injustice.



DECRET


La Convention nationale décrète que Talleyrand Périgord, ancien évêque d’Autun, peut rentrer sur le territoire de la République française, et que son nom sera rayé de toute liste d’émigrés ; en conséquence elle rapporte le décret d’accusation lancé contre lui.

La Convention nationale décrète l’impression et l’insertion au bulletin de la motion d’ordre de Chénier, et du décret rendu en conséquence.


DE L’IMPRIMERIE NATIONALE
Fructidor, l’an III





FIN










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement