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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LE PETIT PANTIN

ET

LE VIEUX DIRECTEUR

DE MARIONNETTES





M. de Talleyrand ayant formé M. Thiers à son image se reposa. Et M. Thiers, quand il eut été pétri de terre limoneuse se mit à grouiller si fort et si ferme, que tout le monde crut réellement qu’il existait et qu’il était président du conseil des ministres. On vient de découvrir que ce n’est qu’un chef-d’œuvre de petite mécanique, un automate-nain.

Il y a une farce de société, chère aux commis-voyageurs, ces illustres béotiens du commerce. Elle consiste à faire faire par un autre les gestes d’un discours qu’on articule. Dans cette scène, le farceur en chef passe les mains sous les bras du farceur en second, et par ses mouvements il réjouit l’aimable société.

M. de Talleyrand impotent, paralytique et podagre, M. de Talleyrand qui n’a plus même la force de prononcer six mots de suite, a imaginé de prendre quelqu’un non seulement pour faire les gestes, mais aussi pour parler. M. Thiers lui sert aujourd’hui, comme le langage lui servait autrefois, à déguiser sa pensée.

C’est la présidence que rêvait M. de Talleyrand ; M. Thiers est son éditeur responsable ; il fera obtenir à ce président-mannequin quelques bouts de ruban étranger pour assaisonner la croix de Conception qu’il porte sur sa poitrine maculée.

Ainsi, quand M. de Talleyrand formait M. Thiers avec tant de soin, lorsqu’il l’élevait à l’art de parler pour ne rien dire, c’était au porte-voix qu’il se préparait pour suppléer à l’extinction de son organe.

Lorsqu’il lui inculquait l’art d’écouter sans entendre, c’était un cornet acoustique qu’il façonnait pour aider sa surdité.

Lorsqu’il lui enseignait à faire usage des doigts que la nature lui a donnés, c’était une pince qu’il fabriquait pour replacer ses mains débiles et flétries.

Lorsqu’il s’exerçait à marcher, sans avancer, c’était tout bonnement faire une paire de béquilles toute prête pour soutenir son corps paralysé.

Et quand, de même que la nourrice de Gargantua, il formait son nourrisson à humer le piot, comme nous l’avons vu faire avec tant de grâce quand il vidait les pots-de-vin, c’était pour donner au jeune drôle les forces qui devaient faire faute au vieillard.

On ne croyait pas M. de Talleyrand aussi habile dans l’art de Vaucanson, M. Thiers lui fait honneur.

On porte deux fois par jour à Neuilly ou à Paris le vieux de Valençay, on le roule jusqu’auprès du tapis vert du conseil ; là il prend du tabac, il rêvasse, et M. Thiers traduit en prose et en gesticulation les idées cacochymes qui traversent la tête poudrée du pied-bot. M. Thiers, ces jours derniers, voulait qu’on intervint en Espagne ; M. de Talleyrand lui a tout aussitôt inspiré un discours non-interventionnel. Le petit ministre l’a prononcé avec beaucoup de feu.

Avant-hier, le pseudo-président avait résolu de faire une visite à lord Granville, l’anglais ; M. de Talleyrand lui a envoyé sa voiture qui, sans hésiter, l’a conduit chez M. d’Appony, l’autrichien.

Hier, Mme Dosne voulait inviter un illustre américain ; M. de Talleyrand lui a amené trois russes.

Ce matin même, Mme Thiers avait mis dans sa tête de paraître ce soir à l’Opéra avec une couronne de coquelicots ; M. de Talleyrand a fait poser sur sa toilette une couronne de roses blanches.

Quand M. Thiers croit serrer la main grasse de M. Marmitonlivet, c’est la main sèche de M. Guizot qu’il serre dans la sienne.

Il a voulu prendre des leçons d’anglais ; c’est le cosaque qu’on lui a fait apprendre.

Toute sa vie M. de Talleyrand a tenu les fils de quelques marionnettes ; il tient aujourd’hui les ficelles du conseil des ministres.

Puis, les vieillards sont comme les enfants, il leur faut des pantins.



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LE CHARIVARI - 6 AOUT 1836







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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