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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LES VOEUX

DE LA VIEILLESSE

DE

M. DE TALLEYRAND





Il ne peut plus marcher que dans un fauteuil roulant ; il est tout cerclé de fer ; il ne se meut plus qu’à la manivelle ; ses paroles ne sortent plus que lentes, sourdes et inintelligibles ; son regard passe, de jour en jour, de la finesse à l’accablement. Il est réduit à la nécessité de s’embaumer vivant, tous les matins, pour combattre je ne sais quelle sépulcrale exhalaison qui semble l’entourer. Il ne digère plus que par un procédé qui ferait frémir ces gosiers pavés que le vin ne chatouille plus que faiblement. En voici la recette. Après chacun de ses repas, son maître d’hôtel prend un petit pain, il l’évide ; puis, à la place de la mie qu’il en a enlevée, il verse le double contenu d’une salière et d’une poivrière ; il referme l’ouverture ; enduit le dehors d’une couche de beurre et présente ce friand régal au prince de Bénévent, qui le mâche à belles dents, pour accélérer, par cette irritante préparation, le travail de son estomac paresseux.

M. de Talleyrand a aussi des hallucinations.

Il lui serait impossible de soutenir une conversation suivie avec M. Sébastiani della Porta ; les deux vieux aliénés finiraient par se disputer et se gourmer comme ces deux bègues convaincus, chacun de leur côté, que l’on s’amusait à singer l’autre.

Pourquoi faut-il que nous ayons à nous occuper des infirmités de M. de Périgord ? C’est qu’il se représente comme une menace ; c’est qu’il brigue la présidence du conseil des ministres. Il y a quelque chose de par trop humiliant à voir cet homme venir s’offrir pour diriger nos destinées politiques. N’est-ce pas un spectacle singulièrement hideux que la France toujours condamnée à être livrée à ces vieillards, roués et dissolus de toutes les époques, et qui traitent la nation actuelle comme une jeune Annamite réservée à l’honneur insigne de régénérer par le contact de son adolescence le sang appauvri qui coule dans leurs veines.

Parce que M. de Talleyrand a été le précepteur de M. Thiers, il s’imagine qu’il a le droit incontestable d’être président du conseil des ministres.

Il regarde apparemment la France comme faisant partie de son domaine de Valençay ; il voudrait en achevant sa carrière laisser un morceau de notre territoire à l’Autriche, un autre à la Russie, un troisième à la Prusse. C’est à nos dépens qu’il prétend faire toutes ses restitutions politiques, lui qui a trompé tant de monde !

Il espère que s’il parvient à mourir dans les bonnes grâces de tous les souverains de l’Europe, le roi du ciel lui donnera place en sa cour. Il veut acheter, à force de protections terrestres, un peu de faveur en paradis, et un petit bout d’indulgence papale.

MM. Pozzo di Borgo, Sébastiani della Porta, et Talleyrand de Bénévent-Périgord, ces trois Parques de la diplomatie qui s’en va, tiennent conseil à Paris. Ces hommes-douairières, ces duègnes politiques règlent le sort de l’avenir, et mesurent bonnement les événements futurs à leurs décisions cacochymes. M. de Talleyrand surtout est possédé de la manie de penser qu’on ne peut pas se passer de lui.

Il prend auprès de M. Thiers toutes les allures d’une vieille bonne et d’une ancienne nourrice, et il ne peut abandonner l’idée que le marmot a encore besoin de ses soins. Quand M. Thiers s’assied à la table du conseil, M. de Talleyrand lui noue sa serviette, puis il lui fait signe de ne pas mettre les doigts dans son nez et de ne pas se moucher sur sa manche.

Dans les dîners diplomatiques, il lui coupe son pain.

Dans les repas du château, il lui fait dire par un valet affidé de ne pas essuyer son couteau et de ne pas tremper son pain dans la sauce. Ces soins n’empêchent pas M. Thiers d’être fort mal élevé, et c’est même à cause de ces manquements à la civilité puérile et honnête que cette ambition posthume de présidence de conseil des ministres a traversé le cerveau affaibli de M. de Talleyrand.

Il n’exige pas de portefeuille, mais il désirerait qu’on l’installât dans un bon fauteuil, et que, de cette place, il pût, tout à l’aise, inculquer à nos affaires l’impression russe, autrichienne ou prussienne, selon qu’il conviendrait aux intérêts de Saint-Pétersbourg, de Vienne, ou de Berlin.

Avant-hier, un de ses familiers exposait, à la Folie-Saint-James, comment cet homme ingénieux avait trouvé un moyen de présidence muette qui s’accorderait merveilleusement avec sa paralysie.

S’agirait-il d’être favorable à l’Autriche ? M. de Talleyrand arriverait au conseil avec une tabatière ornée du portrait de l’empereur François ; il la poserait à côté de lui, d’un air tout à fait indifférent ; cela signifierait : « Aujourd’hui, l’empereur d’Autriche préside en effigie le conseil des ministres de France. »

Nicolas le moscovite et Guillaume le brandebourgeois seraient tour à tour appelés au même rôle.

« Paris, ajoutait l’officieux démonstrateur, deviendrait ainsi le centre de la Sainte-Alliance ; et, en vérité, les beaux et splendides présents que les souverains étrangers et reconnaissants ne manqueraient pas de faire tant en rubans qu’en menue bijouterie, seraient une compensation plus que suffisante de la criaillerie des peuples, lesquels, après tout, sont trop heureux qu’on veuille bien prendre la peine de les gouverner. »

M. de Talleyrand, en mettant son pays sous la triple protection du knout, de la schlague et des menottes, espère gagner :

1° Des prières publiques pour la conservation de ses jours ;

2° Une lettre de recommandation du serviteur des serviteurs de Dieu, auprès de Saint-Pierre son prédécesseur ;

3° Les funérailles d’un premier ministre ; il en fera les frais ;

4° Et enfin le Panthéon : -- Oui, le Panthéon, au fronton duquel il est écrit : « AUX GRANDS HOMMES, LA PATRIE RECONNAISSANTE. »



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LE CHARIVARI - 22 JUILLET 1836







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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