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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE DU CHAPITRE D'AUTUN

A M. L'EVEQUE D'AUTUN

ET

REPONSE

DE M. L'EVEQUE D'AUTUN

AU CHAPITRE DE

L'EGLISE CATHEDRALE D'AUTUN





M.

Nous avons lu avec le plus vif intérêt la Déclaration d’une partie des Membres de l’Assemblée Nationale en faveur de la Religion Catholique, et nous avons été profondément affligés d’y chercher en vain le nom de notre Député et de notre Evêque.

A Dieu ne plaise que nous osions penser qu’un Ministre de Jésus-Christ, honoré de son Sacerdoce, élevé à la dignité éminente de l’Episcopat ait refusé de donner son nom à la Profession de Foi, que tout simple Fidèle doit être prêt à faire à tous les instants de sa vie.

Loin de nous, ce soupçon injurieux à l’honneur de l’Episcopat et à la gloire du Siège que vous occupez.

Sans doute, le désir de vous réunir au Clergé de votre Diocèse pour rendre encore plus solennel et plus énergique votre hommage à cette Sainte Religion, a jusqu’ici suspendu votre zèle. Nous nous reprocherions d’en arrêter plus longtemps l’essor généreux, et nous nous empressons de vous faire parvenir la Délibération dans laquelle nous avons consacré notre fidélité et notre attachement à la Religion Catholique, Apostolique et Romaine.

Nous vous prions, Monseigneur, après l’avoir enrichi de votre signature, de l’offrir à l’Assemblée Nationale, comme le monument le plus glorieux et le plus authentique de notre patriotisme.

Persuadés que nous ne saurions donner trop de publicité au témoignage de votre croyance et de la nôtre, que nous en devons un compte éclatant à toute l’Europe Chrétienne ; nous avons délibéré de livrer à l’impression notre adhésion à la Déclaration des Membres de l’Assemblée, ainsi que la lettre que nous avons l’honneur de vous adresser. Elle est honorable pour vous, puisqu’elle est dépositaire de notre confiance que vous justifierez. Elle l’est également pour les membres de votre Chapitre, parce qu’elle propagera et solennisera les sentiments Religieux et Patriotiques dont ils ont fait et feront constamment la profession la plus inviolable.

Nous sommes avec respect,

M.





Vos très humbles et très obéissants

serviteurs, les Doyens, Chanoines et

Chapitre de l’Eglise d’Autun.

L’Abbé SAUTEREAU, Chanoine-Syndic

Par Ordonnance, CHASSEY, Secrétaire, Sous-Chantre.





******************************************




Paris, le 29 mai 1790.



C’est avec toute la franchise que vous avez droit d’attendre de moi, Messieurs, que je vais répondre à la lettre que vous m’avez adressée. Vous semblez croire, dans cette lettre, que c’est afin de pouvoir m’appuyer de votre vœu que j’ai différé de signer la déclaration d’une partie de l’Assemblée sur le Décret du 13 Avril. Non, Messieurs ; l’attente d’un vœu, que je me serais en quelque sorte reproché de prévoir, ne pouvait suspendre ma détermination, comme ce vœu connu ne peut la changer en ce moment. On ne délibère point, on n’attend point une impulsion quelconque quand il s’agit de remplir un devoir. Si je n’ai point signé une telle Déclaration, si je suis très décidé à ne la signer jamais, c’est donc parce que je la crois, sous tous les rapports, absolument inconvenable. Je suis loin toutefois de vouloir m’ériger en accusateur de ceux qui l’ont rendue publique : je vois parmi eux des hommes respectables dont les intentions ne peuvent être suspectes ; je crois à la pureté de leurs motifs ; mais cet hommage, tout sincère qu’il est, ne peut me faire illusion au point de dénaturer dans mon esprit une démarche qui présente tous les caractères de l’erreur ou de la surprise. Oui, je pense, et je pense fermement qu’ils ont été trompés par leur zèle. Je crois par conséquent aussi que la vôtre vous a égarés.

Comment, en effet, puis-je concevoir autrement, que vous ayez vu dans cette Déclaration une Profession de Foi, « telle », dites-vous, « que tout fidèle doit être prêt à la faire à tous les instants de sa vie ? » Cette proposition est assurément bien étrange ! Je ne connais qu’une Profession de Foi ; la voici : « Je déclare, je jure que je suis résolu de vivre et de mourir dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, que je crois fermement la véritable. » Qu’a de commun, je vous le demande, avec cette sainte Profession de croyance tout Catholique doit faire, au péril même de ses jours, la Déclaration ou Protestation d’une partie de l’Assemblée ! Je dis Protestation, car, quel qu’en soit le titre, puisqu’il y est expressément dit qu’un Membre de l’Assemblée s’est levé et a prononcé les paroles suivantes : « Je proteste au nom de la Religion, au nom de mes Commettants, de mon Diocèse, de l’Eglise de France, contre le Décret qui vient d’être rendu. » puis qu’on y ajoute : « Nous nous levâmes tous et nous déclarâmes adhérer à cette Protestation. » ; il est clair qu’on y déclare, en termes très positifs, qu’on a protesté ; la Déclaration est donc une Protestation véritable : or, pour que cette Protestation pût vous paraître l’équivalent d’une Profession de Foi, il eût fallu évidemment qu’elle portât sur un acte attentatoire à la divinité de la Religion ; car professer la Religion ou protester contre ce qui l’attaque est nécessairement une et même chose ; mais est-il permis de dire, Messieurs, qu’il existe un seul mot dans le Décret du 13 Avril, qui seulement alarme la Religion par le moindre doute ? Qu’on l’articule donc ce mot, car, jusqu’à ce jour, la malveillance elle-même n’a osé lui faire un pareil reproche. Rien donc n’a dû vous porter à confondre cette Déclaration avec une Profession de Foi ; et j’ai quelque droit d’être surpris que vous affirmiez avec autant d’assurance que l’honneur de l’Episcopat et la gloire du Siège que j’occupe seraient compromis par mon refus de la signer. Il me semble que vous auriez pu vous interdire cette saillie de votre zèle, et ne pas vous permettre de penser qu’un Evêque qui n’a pas voulu, qui ne veut pas protester contre un Décret de l’Assemblée Nationale, dans lequel, non seulement il n’a rien vu qui blessât la Religion, mais où chaque ligne porte l’empreinte du respect qui lui est dû, a, par là méconnu cette Religion.

Quel serait donc le but de la Protestation que vous voulez m’imposer comme un devoir ?... D’apprendre au peuple à désobéir à la Loi ? d’ébranler la confiance qu’il a placé dans ses Représentants ? Nous avons, Messieurs, une idée bien différente de la sainteté de nos fonctions : c’est, au contraire à faire chérir l’autorité légitime, à faire respecter ses Décrets, à concourir par la persuasion, au maintien du bon ordre, que nous sommes tenus d’appliquer tous nos soins, et de faire servir toute l’autorité de notre Ministère. Et comment hésiterions-nous à professer ce principe, également religieux et tutélaire, depuis que la Loi est devenue l’ouvrage de tous, nous pour qui il était si sacré, lorsque la Loi, déchue de son origine, n’était plus que l’ouvrage d’un seul ? Je dis plus, car il faut bien que vous le sachiez, puisque cette vérité devient si frappante de jour en jour ; comment ne sentirions-nous pas que c’est par là, et par là seulement, que nous pourrons reconquérir cette confiance publique qui, malheureusement, s’est trop éloignée de nous, et qui pourtant est si essentielle pour le bien que nous avons à faire.

Sans doute, et je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle, la Religion a ses Lois. Je connais toute la force de leur autorité ; je respecte même jusqu’aux illusions du zèle qui les réclame, lorsqu’il est sincère : mais le zèle le plus exagéré, le plus extrême dans ses délicatesses, qu’a-t-il donc pu reprocher au Décret ?... Tout au plus de n’avoir pas dit assez ( je ne vois même que ce reproche qui soit consigné dans la Déclaration ), et non, bien certainement, le blâmer sur ce qu’il a dit. Il a pu peut-être le juger insuffisant : il ne lui était pas permis de le croire vicieux. Or, un Décret qui n’est qu’insuffisant peut-il, dans aucun cas, devenir un sujet de protestation ? On a souvent protesté contre ce qui était dans un acte ; a-t-on jamais protesté sur ce qui n’y était pas ?

Je suis bien loin de penser, toutefois, qu’en effet ce Décret ne fût pas suffisant. Je suis, au contraire, intimement convaincu qu’il renferme tout ce qu’il devait renfermer. De quoi s’agissait-il ? De prononcer, d’après une motion incidente, sur la Religion Nationale. Ici, comme sur presque tous objets que l’on discute, on pouvait distinguer un point de droit et un point de fait. Le point de droit étant la vérité même de la Religion Catholique, il est clair qu’il ne pouvait être livré à une discussion : c’eût été un outrage, une sorte d’impiété ; l’Assemblée devait donc prononcer, comme elle l’a fait que « le respect qui est dû à la Religion, ne permet point qu’elle devienne un sujet de délibération ». Quant au point de fait qui consistait à savoir si la Religion Catholique était réellement la Religion Nationale, il ne pouvait non plus y avoir de difficulté ; car ce point était unanimement & publiquement reconnu dans l’Assemblée. La difficulté résidait donc toute entière dans la manière dont l’Assemblée prononcerait que la Religion Catholique est la Religion nationale. Une partie de l’Assemblée désirait qu’elle fût déclarée nationale, en ce sens qu’elle serait la seule la seule dont le culte serait à la charge de la Nation. De part & d’autre, la Religion Catholique était donc reconnue nationale : il ne s’agissait donc plus, en quelque sorte, que d’une différence de rédaction ; & dès lors, comment n’eût-on pas préféré celle qui, étant littéralement exacte, étant irréprochable dans toutes ses expressions, était évidemment la plus propre à prévenir les troubles ? Aurait-on pu prévoir alors, que le Décret une fois prononcé, une partie des Législateurs eux-mêmes se croiraient permis de protester contre ?...

Ici se présente un raisonnement bien simple. Y avait-il, avant ce Décret, une Loi en France qui déclarât la Religion Catholique nationale, dans le sens de la protestation ? ou cette Loi n’existait-elle pas ? Si elle existait, elle existe encore ; car l’Assemblée Nationale n’a, du moins jusqu’à ce jour, rien révoqué à cet égard ; et, en ce cas, pourquoi protester ? Si elle n’existait pas, pourquoi protester maintenant, & n’avoir pas protesté longtemps avant la tenue de l’Assemblée Nationale ? Je ne vois point de réponse à ce raisonnement ; car sans doute on ne voudra pas faire porter la protestation sur le commencement du Décret, où l’Assemblée Nationale déclare « qu’elle n’a aucun pouvoir à exercer sur les consciences ». S’il est principe sacré parmi les hommes, c’est incontestablement celui-là ; c’est celui qui dit que la conscience est un asile inviolable, que « nulle puissance humaine », selon l’expression de Fénelon, « ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté du cœur », que tout moyen de contrainte, en matière de Religion, est un attentat contre le premier des droits de l’Homme : ce principe éternel de raison & de paix, que l’ignorance & la passion ont pu seules obscurcir à des époques désastreuses de notre Histoire, ne pouvait être trop hautement proclamé par l’Assemblée Nationale : il est le garant de la tranquillité des Peuples ; il est aussi la gloire de la Religion ; car une Religion qui a manifesté sa Divinité dans les moyens de douceur & de persuasion qui l’ont répandue sur terre, ne veut certainement pas affaiblir un si beau triomphe, en permettant que jamais des moyens contraires soient employés pour la défendre.

Après ces observations, je me persuade que vous verrez d’un œil différent mon refus de signer la déclaration d’une partie de l’Assemblée Nationale, sur le Décret du 13 Avril. Ce refus a été très réfléchi : il est très sincère ; j’y persisterai toujours, car je le crois commandé par les vrais principes. Je vois avec douleur, Messieurs, que vous vous en êtes écartés, & que votre délibération, en donnant publiquement le signal de l’effroi, a engagé dans une semblable démarche des Communautés respectables, dont il a été si facile d’alarmer la piété. Je remarque en même temps, & avec une extrême satisfaction, qu’un grand nombre de Communautés d’Autun, non moins recommandables par leur zèle pour la Religion, & par les lumières qui l’accompagnent, n’ont pas cru devoir suivre votre exemple. Je n’ose vous parler des regrets que vous vous êtes préparés, dans la supposition malheureuse où des dissensions affligeraient le Royaume, & pourraient vous donner lieu de craindre d’avoir, contre votre vœu, contribué peut-être à échauffer l’esprit des Peuples… J’écarte ce présage funeste… Je viens, en finissant, à l’endroit de votre Lettre où vous m’inviter à présenter à l’Assemblée Nationale votre délibération. Je vous supplie, Messieurs, de trouver bon que je me refuse tout à fait à ce désir ; je ne sais ce que c’est que de présenter au Corps Législatif une protestation contre ses Décrets, & de la présenter, surtout, ainsi que vous le désirez, comme « un monument glorieux de votre patriotisme » ; j’aime bien mieux la lui laisser ignorer.

J’ai l’honneur d’être, &c.


CH. MAU., Ev. D’AUTUN.



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A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE










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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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