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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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NOTE

DE M. DE TALLEYRAND-PERIGORD

AU

CARDINAL CAPRARA

LEGAT DU PAPE

A PARIS

EN DATE DU

24 MAI 1806




Le soussigné ministre des relations extérieures est chargé de faire connaître à S. Em. M. le cardinal Caprara, légat a latere, combien S. M. a lieu d'être blessée des déterminations où les ministres du Saint-Siège viennent encore d'entraîner leur gouvernement.

Lorsque S. M. fit promulguer à Gènes et à Parme le concordat français, Elle n'éprouva et ne dut éprouver aucune difficulté. Les mêmes principes dans la discipline ecclésiastique devaient être suivis dans les pays régis par les lois du même empire.

S. M. par des considérations semblables, a fait publier dans la principauté de Lucques le concordat d'Italie. Lucques, ainsi que les états de Venise, font partie de ses états d'Italie ; les mêmes lois doivent y être observées, et ce qui n'avait paru entraîner aucun inconvénient à Bologne, ne peut en avoir à Lucques.

L'ordre de publier dans cette ville le concordat a été donné à Paris ; il était connu de la cour de Rome ; et si elle avait eu des représentations à faire, c'était à l'empereur qu'elle devait s'adresser. Les gouvernements ne peuvent correspondre qu'entre eux ; tout appel à leurs sujets s'écarte des principes du droit des gens, et peut avoir pour but et pour résultat, de soulever les peuples contre l'autorité légitime. Cependant la cour de Rome émet un bref rempli de maximes qui ne s'accordent ni avec l'autorité des souverains, ni avec le désir de maintenir la paix. Quelle serait son espérance ? Pense-t-elle porter le trouble dans la principauté de Lucques ? pense-t-elle faire revenir S. M. de ses déterminations ? Les ordres de S. M. seront suivis. Elle maintiendra son autorité et les droits de sa couronne, et la responsabilité des troubles qu'on aurait cherché à faire naître portera toute entière contre les personnes dont les conseils les auraient excités.

La cour de Rome avait eu toujours la sagesse de marcher d'accord avec les grands souverains, surtout avec ceux de France ; si elle a pu s'écarter de cette marche sous des monarques faibles, les temps et les monarques ont changé, et le prince le plus puissant de la chrétienté est sans doute celui dont la cour de Rome doit le plus désirer l'amitié. Ce système entre dans les intérêts du Saint-Siège ; il entre dans ceux de la religion, et ce serait compromettre les uns et les autres, que de suivre les impulsions des puissances que leur politique et leur religion rendent les ennemis naturels de la cour de Rome.

Les sentiments que S. M. porte personnellement au Pape lui font désirer que la conduite tenue à Rome envers Elle, dans un temps où on la croyait écrasée par la coalition, et dans la vue de faire sa cour aux princes de la religion grecque et anglicane, change enfin aujourd'hui, et que S. S., qui n'a besoin, pour faire le bien, que de se laisser aller à ses propres impulsions, éloigne d'Elle ceux qui voudraient convertir le plus beau et le plus saint des pontificats en un pontificat d'anarchie, de désordres et de malheurs pour les peuples. Le bien de la religion n'a jamais résulté que d'un parfait accord entre les princes temporels et le Saint-Siège, et de cet accord est dérivé le paisible exercice de l'autorité des papes ; mais les papes n'ont jamais mieux fait valoir l'autorité de l'église générale, que lorsqu'ils n'ont pas eu des vues temporelles, et dès qu'ils n'ont pas conservé autour d'eux des personnes uniquement occupées à les éloigner des princes qui avaient été et qui sont encore les véritables soutiens de l'Église.

S. M. l'Empereur désire vivement que la cour de Rome renonce à un système de provocation dont il lui serait pénible de prévoir les suites. S. M. ne doit, pour le maintien de la paix et pour celui de ses droits, autoriser, entre le Saint-Siège et ses états d'Italie et de Lucques, aucune correspondance qui ne lui ait été communiquée ; toute autre relation clandestine ou entretenue sans son aveu, serait une infraction à ses droits, et S. M. ne pourrait y voir qu'un moyen d'exciter des troubles.

Autrefois les bulles du Saint-Siège n'étaient jamais publiées en France qu'avec l'autorisation du monarque, et après avoir été enregistrées dans les cours souveraines. Le maintien de ces précautions est nécessaire à la paix des états, et S. M., qui professe envers la religion le respect qu'ont eu pour elle les empereurs français, ne peut déroger à aucun des privilèges qui lui ont été transmis.

Le soussigné prie S. Em. M. le cardinal Caprara de donner communication de cette note à son gouvernement ; il espère que le bon esprit et le discernement de S. Em. la porteront à appuyer les considérations qu'il a eu l'honneur de lui présenter, de toutes celles qu'Elle jugera propres à ramener la cour de Rome aux liaisons et au système d'amitié qui avaient si heureusement subsisté entre elle et la France.

Le soussigné s'empresse de renouveler à S. Em. M. le cardinal-légat les assurances de sa respectueuse considération.

Paris, le 24 mai 1806.

Signé CH. MAU. TALLEYRAND.



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in ARCHIVES HISTORIQUES ET POLITIQUES TOME II PAR F. SCHOELL - PARIS - CHEZ N. MAZE - 1819










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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