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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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BALZAC ET TALLEYRAND

PAR

LOUIS J. ARRIGON





Balzac, dans son œuvre, a fait de fréquentes allusions à Talleyrand, qui toutes témoignent de son admiration pour les talents de l’homme d’État. Dans Une Ténébreuse affaire, il le met en scène et lui fait jouer un rôle important. Non seulement il le montre participant au complot ourdi à la veille de Marengo aux côtés de Fouché, Sieyès, Carnot, mais il le mêle à l’action du récit. C’est Talleyrand qui dicte la lettre que les frères Simeuse et leurs cousins Hauteserre doivent signer pour demander leur grâce à l’Empereur, lui qui donne au marquis de Chargeboeuf les instructions auxquelles se conformera Mlle de Cinq-Cygne dans sa démarche auprès de Napoléon, lui enfin qui démasque le policier Corentin.

Balzac donne l’impression d’avoir pénétré dans le cercle de Talleyrand. En réalité, il ne devait se rencontrer avec le prince qu’une fois, sous la monarchie de Juillet. Mais des causeries, des confidences avaient rendu familier à son imagination le personnage de Talleyrand.

Parmi les financiers et gens d’affaires avec qui, avant la Révolution, l’abbé de Périgord était en relation figurait Daniel Doumere. Daniel Doumere, né à Montauban en 1738, avait tenu, au temps de Terray et de Necker, situation importante dans le commerce des grains et le ravitaillement en blé de Paris ; à la Révolution il était devenu fournisseur aux armées ; sous le Consulat et l’Empire, établi dans un bel hôtel de la rue Cerutti, c’était un grand personnage dans le monde des financiers et spéculateurs (1), mais ses affaires, menées sans doute avec trop de hardiesse, aboutissaient à une débâcle. A différentes époques, il avait été mêlé aux opérations financières de Talleyrand. Après la mort de Doumere, survenue en 1816, le prince était resté en relations intimes avec sa belle-fille, Mme Alexandre Doumere ; elle habitait à Versailles le château de Montreuil, qui fut la demeure de Madame Elisabeth sœur de Louis XVI.

Or, les parents de Balzac touchaient de très près au clan Doumere. Jadis le père, Bernard-François, lors de sa venue à Paris, était entré comme commis dans les bureaux de Daniel Doumere. Plus tard, en 1792, il suivait son ancien patron dans l’administration des vivres et fourrages aux armées ; sous l’Empire et au début de la Restauration, Daniel Doumere favorisait sa carrière dans les vivres militaires. De son côté Mme Balzac, la mère, avait été la grande amie de Mlle Joséphine Doumere, fille du financier, laquelle devenue Mme Delannoy (2) fut une dévouée protectrice de Balzac (il l’appelait sa seconde mère) et à plusieurs reprises l’aida pécuniairement. Sous la Restauration, le prince de Talleyrand faisait des visites à Mme Alexandre Doumere, au château de Montreuil. Dans les dernières années de sa vie, B.-F. Balzac, retiré à Versailles, l’y rencontrait.

Combien de souvenirs, combien d’anecdotes racontés devant le jeune Balzac évoquaient et rendaient vivants dans son esprit la physionomie, l’attitude, les gestes, la parole du prince ! Après 1830, les conversations avec la duchesse d’Abrantès devaient compléter la « documentation » de Balzac sur Talleyrand.

Dans les premières années du règne de Louis-Philippe, le romancier vit, aux réceptions données à l’ambassade d’Autriche par le comte et la comtesse Apponyi, la duchesse de Dino, nièce du prince. Lui fut-il présenté ? A la vérité la belle duchesse n’aurait guère été flattée, semble-t-il, de cette rencontre. Elle écrivait au comte Molé en juillet 1835 : « A propos de littérature, je fais mes réserves sur Balzac. D’abord les Contes drolatiques, je ne les connais pas. Et je mets une grande différence entre ses autres ouvrages. Les Scènes de province sont de petits chefs-d’œuvre, surtout Eugénie Grandet et les Célibataires. Les Scènes de la vie privée, que je lis maintenant, me plaisent moins. On ne fait bien que ce qu’on connaît ; aussitôt qu’il se place plus haut que la sphère de ses habitudes, il est à faux ; il ne sait pas faire parler une grande dame et n’entend rien au mouvement de ce commerce, corrompu si l’on veut, mais élevé et élégant » (3).

Enfin, en 1836, Balzac se trouve pour la première fois en présence du prince de Talleyrand. Il projetait alors d’acquérir une propriété en Touraine et son choix se portait sur la Grenadière situé à Saint-Cyr, près de Tours, où il avait fait un séjour avec Mme de Berny en 1830. De la Grenadière, il poussa jusqu’à Rochecotte, domaine de la duchesse de Dino. « Dans trois jours, écrivait-il à Mme Hanska, le 28 novembre 1836, j’irai, je crois, à Rochecotte, voir Mme la duchesse de Dino et le prince de Talleyrand que je n’ai jamais vu… Quant à Mme de Dino je l’ai déjà vue chez Mme Apponyi. » Et le 1er décembre il écrivait encore : « Je vous parlerai une autre fois de la visite que j’ai faite à Mme de Dino et à M. de Talleyrand il y a dix jours à Rochecotte, en Touraine. M. de Talleyrand est étonnant. Il a eu deux ou trois jets d’idées prodigieuses. Il m’a fort invité à le venir voir à Valençay. »

Si le prince se montra aimable, il ne semble pas qu’il en fût de même de la duchesse. On lit dans sa Chronique, à la date du 28 novembre : « M. de Balzac, qui est Tourangeau, est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s’est fait amener ici par un de mes voisins. Malheureusement il faisait un temps horrible, ce qui m’a obligée à le garder à dîner.

J’ai été polie, mais très réservée. Je crains horriblement tous les publicistes, gens de lettres, faiseurs d’articles ; j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de proférer un mot, j’ai été ravie quand il a été parti. Il est vulgaire de figure, de ton et, je crois, de sentiments ; sans doute il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse, M. de Talleyrand surtout.

Je me serais bien passée de cette visite et, si j’avais pu l’éviter, je l’aurais fait. Il vise à l’extraordinaire et raconte de lui-même mille choses auxquelles je ne crois nullement. »

Balzac et Mme de Dino, devenue duchesse de Talleyrand, devaient se retrouver à Berlin en octobre 1843 ; Balzac revenait de son séjour à Saint-Pétersbourg. « Je viens de dîner, écrit-il, chez Mme Bresson, née de Guitaut, car il y avait grand dîner aux Affaires étrangères à cause de la fête du roi. Excepté l’ambassadrice, tout était vieux et laid, ou jeune et horrible. La plus belle était celle à qui j’ai donné le bras. Devinez ? La duchesse de Talleyrand (ex-Dino), cinquante-deux ans ! Venue avec le duc de Valençay, son fils, qui a l’air d’avoir dix ans de plus que moi. »

On lit d’autre part dans la Chronique : « Nous possédons ici l’agréable Balzac qui revient de Russie dont il parle aussi mal que M. de Custine, mais il n’écrira pas un voyage ad hoc ; il prépare seulement des Scènes de la vie militaire, dont plusieurs actes se passeront, je crois, en Russie. Il est lourd et commun. Je l’avais déjà vu en France ; il m’avait laissé une impression désagréable qui s’est fortifiée. »

Le ton est aussi hautain et méprisant qu’en 1836 ; la duchesse ne fait pas allusion au bras offert par Balzac. Princesse d’origine souveraine, elle était la personnalisé féminine la plus éminente du dîner, et la célébrité de Balzac, alors dans tout son éclat, donnait à celui-ci importance exceptionnelle ; ce rapprochement entre elle et le romancier dut bien la choquer.

De ces brèves rencontres avec la belle duchesse, Balzac gardera dans son souvenir maints traits qu’il conférera à ses héroïnes aristocratiques.

L.-J. ARRIGON.

Notes :

(1) La rue Cerutti est devenue la rue Laffitte.

A un certain moment de la Révolution, Daniel Doumere, mêlé peut-être à quelque complot, dut émigrer. Rentré en France il fut élu sous le Directoire député du Lot au Conseil des Cinq-Cents ; au 18 fructidor il fut déporté à l’île d’Oléron (Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l’Empire du Dr Robinet).

(2) Le mari de Mme Delannoy était lui aussi fournisseur des armées ; il possédait le château de Neuilly qu’il loua à Talleyrand sous le Consulat.



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REVUE DES DEUX MONDES DU 1 ER JUIN 1958








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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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